I .,. m nu Bcin, pi ohé à pr ent sur moi
demandait :
Souffre beaucoup, mon enfanl ?
Je ne répondii .1 «oui le
deux personnes qui cherchaient à s'élo p*er s; bruit. J'ét s sûre que c'étai fc mon | et mj mè] [ui s'en allai it ainsi, et malgré la doul r de ma hanche, je -\ ulus me dresser pour les appeler, mais le médecin appuya des deux mains sur
ma poitrine, en disant :
Il ne faut pas bouger, surtout.
Penché sur moi, il me cachait une partie de la die, mais dans l'ouverture que formait l'un de ses bras, je voyais mes parents gagner la sortie.
Oh! comme ils avaient l'air malheureux! Ma mère si légère d'habitude, marchait presque lourdement, et mon père la suivait, tête basse, et son chapeau à la main comme à un enterrement.
J'en ressentis un immense chagrin. Et tandis que le médecin continuait à s'informer de ma souffrance, des larmes se pressèrent en foule sous mes paupières, et malgré moi, jaillirent avec force. Les jours suivants, la douleur de mon corps devint si vive que je n'apportai d'attention à rien d'autre qu'à elle. La présence même de mes parents me laissait indifférente. Je souffrais. J< souffrais atrocement et sans répit, et mon immobilité parfaite n'avait pas un seul instant raison de cette souffrance. Pendant la nuit, je la sent s à travers une somnolence insupportable, et dont j'essayais de sortir par des soubr< :uts violen i s qui
8 i , ELLE AU ? IN
[mentaient mon mal. CV ait <:Iors l'affreux rêvi qui arrivait. Un homme, toujours le même, levait
sur moi un marteau, et cherchait à me briser la hanche en la frappant à grands coups. L'infirmière effrayée des cris sourds que je poussais venait me parier en mettant sa main sur mon front, et je m'efforçais moi-même de chasser la somnolence et son rêve.
Cet état dura une semaine qui me parut plus longue que tout mon temps déjà vécu. Puis, l'homme au marteau céda sa place à un tombereau plein de pierres dont une roue m'écrasait la hanche, mais de temps à autre, je réussissais, pour une minute, à soulever le lourd tombereau, et cette minute sans souffrance m'était plus précieuse que la clarté du soleil.
L'apaisement se décida pourtant à venir. Mon mal qui continuait à veiller pendant la nuit s'endormait parfois durant le jour. Dans ces momentslà, il me venait un grand désir de remuer, car je pensais à la maison, où malgré mes quatorze ans seulement j'étais si nécessaire.
Qui donc prenait soin des jumeaux en mon absence? Ce n'était pas ma mère occupée au dehors ainsi que mon père. Ni Angèle, qui préparait sa première communion. Pas davantage Firmin qui ne savait que jouer. Et je n'avais guère confiance en la femme de ménage, vieille et toujours lasse. Et puis, qui donc à part moi pouvait faire obéir l'espiègle Nicole et le turbulent Nicolas? Et mon imagination créait mille dangers auxquels les deux enfants ne pouvaient échapper.
Ma mère essaya de me tranquilliser en m'assu-
DE LA \ IL1 B Kl) *
.ni allai! ! n à la mai on, et m< pè n :v i ii ■ lit ] dire :
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n'est indi ible Londe.
Il, «n tt, mes parents an it bii t
toute la petil fs nille.
Non, itais pas indispen ble à la o
et je dus oon air quoique j'< fupse peu mortifiée. 1 ; jumeaux avaient bonne mil
ils irdaient un air si sage que je ï trouvais aucune recommanda Lion à leur faire.
C'est grand-mère qui nous avait élevés tandis que nos parents travaillaient. À sa mort, trois ans plus tôt, j'étais déjà grande et forte et ma mère avait décidé que je resterais à la garde des j umeaux, et qu'on m'adjoindrait une femme de ménage pour m' éviter les gros travaux.
Ainsi, tout avait bien marché, nos parents très unis ne se plaisaient qu'auprès de nous. Notre père passait ses veillées à fabriquer des jouets pour les petits. Et pendant les vacances notre mère nous emmenait clans la petite maison qu'elle possédait, tout près de chez son frère, que nous appelions oncle meunier, et dont le moulin tournait sur une jolie rivière descendant à la Loire.
Brusquement tout avait changé. Des discussions, î ds de véritables disputes s'étaient élevées entre nos parents et cela n'avait fait qu'au Lien 1er jusqu'au jour où face à face, comme deux ennemie aveuglés de rage, ils avaient été si près de se frapper. Maintenant la paix paraissait faite entre eux, ils se parlai t avec douceur et tov * trace de rancune était effacée de leur visage.
Dès sa première visite Firmin tout joyeux s*i tait attardé auprès de mon lit, pour me dire :
— A présent, chez nous, c'est comme autrefois. Firmin était certainement celui de nous qui
avait le plus souffert de la désunion de nos parents. Il les aimait l'un et l'autre d'un amour infini, et leurs disputes l'avaient souvent affecté au point de le rendre malade. Que de fois, le soir, tout grelottant de fièvre dans son lit, je l'avais vu se torturer l'esprit pour essayer de découvrir le motif de la désunion avec l'espoir d'y apporter remède.
Une nuit, enfin, nous avions appris de quoi il s'agissait. Notre mère croyant tous ses enfants endormis pleurait sans contrainte dans la chambre voisine. Elle ne faisait pas de violents reproches comme d'habitude. Elle répétait seulement à travers ses pleurs :
— Pourquoi m'as-tu repris ton amour?
Ses sanglots étaient si pressés et si déchirants que nous retenions notre souffle pour ne pas nous mettre à crier comme elle.
Notre père, pris de pitié sans doute, avait dit des mots consolants, et peu à peu le silence était revenu. .Mais Firmin et moi n'avions nulle envie de dormir. Assis par terre, dans la ruelle étroite qui séparait nos deux lits, silencieux et remplis d'étonnement, nous réfléchissions aux paroles de douleur et de reproche. « Pourquoi m'as-tu repris ton amour? » L'amour! C'était donc une chose si nécessaire à la vie, que sa perte pouvait amener un pareil désespoir. Et le cœur tout gonflé de regret, en pensant que nous ne pouvions rendre à notre
DE la VILLE m MOULIN 11
mère ce bien si précieux, nous ('-lions pestes longtemps d la ruelle, g] i par le froid, et sfn l'un contre l'aul re comme deux coupabh
Aujourd'hui, il fallait ci r pour toujours < vilains souvenirs. « A présent, chez non c'est
imme autrefo Et je revoyais le mince visa de mon frère, tout épanoui de joie et 'le confianc en l'avenir.
Firmin n'avait qu'un an de moins que moi, niais il i ùt si petit et si faible qu'on l'eût dit beaucoup plus jeune. Nous nous aimions profondément, et pour mon compte, j'aurais pu jurer que, de toute ma famille, c'était lui qui m'était le plus cher.
Le travail des veillées nous rapprochait encore. Firmin m'apprenait le soir ce qu'on lui avait enseigné pendant le jour, à l'école. Je retenais les leçons plus facilement que lui, et il m' arrivait d'être à mon tour son professeur. Je lui faisais surtout réciter ses fables qu'il ne parvenait pas à retenir malgré toute sa bonne volonté. Il lui fallait plus d'une semaine pour en apprendre une. Et encore! Gela ne l'empêchait pas d'être persuadé quïl la savait dès sa première lecture.
Notre père s'en mêlait, parfois :
— Voyons Firmin, et cette fable du laboureur ?
Je la sais, papa.
Tout entière?
Oui, papa. Alors, récite-nous la.
Tout le monde faisait silence, et Firmin prenait je l'espace. Il se dandinait, sûr de lui, et lançait
d'une voix beaucoup plus haute qu'il n'était nécessaire :
Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Et Firmin s'arrêtait net. Il gardait la bouche ouverte comme pour laisser passer la suite, mais la suite ne venait pas.
— Elle est là, disait-il, en montrant le bout de sa langue. Puis il rougissait, s'impatientait et frappait du pied :
— Oh ! là, là, qu'est-ce qu'il a bien pu leur dire à ses enfants, ce laboureur.
Notre père riait et renvoyait Firmin apprendre sa fable. li e se doutait pas que beaucoup de notre temps passait à cela.
Il y avait aussi une punition de l'école que nous tions seuls à connaître, Firmin et moi. Cette punition arrivait à peu près une fois par semaine, toujours pour le mên motif.
— Qu'as-tu fait? lui demandais-je en le voyant rentrer en retard et tout penaud.
Et lui, près de pleurer, répondait une fois de plus :
— Je me suis encore promené à quatre pattes sous les bancs, et quand je me suis relevé, le professeur était encore assis à ma place.
Angèle qui allait sur ses douze ans était placide et triste. Sa petite enfance avait été difficile, et grand-mère l'avait souvent menée à l'église, où elle faisait brûler des cierges à son intention. Angèle en avait gardé le goût de la prière, et à la
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Une fois pourtant, nous r ioj vw en ( bail au cours d'une pou sole qui no bligeail Firn t moi, de garder la chambre. Pour évit la conta ion, nos parents avaient installa les ois m ut s à l'autre bout de l'appartement avec défense d'entrer dans notre chambre. Nous n'étions pas très malades, et les journées nous semblaient longues ainsi éloig] ; de tous. Pour nous distraire, notre père nous apporta des romans d'aventures, et bientôt Firmin ne parla plus que par Brahmane et Vichnou. Je devins vite la belle Sita dont il était le respectueux serviteur. Coiffé d'un énor e turban fait d'une serviette éponge, il venait à tout instant prendre mes ordres. Il se tenait devant me les jambes ridiculement arquées, et les bras si drôlement appuyés sur la tête que y iatais de rire à chaque fois. De plus je ne pouvais retenir le nom bizarre de ce serviteur hindou, et je l'appelais Gigotar. C'était alors des rires qui s'en fondaient dans tout l'appartement. Angèle se lassa de les entendre; malgré la défense de nos parents elle entr'oi rit soudain notre porte et nous dit l'air indigné :
Vous n'avez pas honte de rire comme ça, quand le bon Dieu vous envoie des malad 9 pour vous punir d vos péchés?
Et, courbée vers nous, un pied en avant, et les yeux tout en éclairs, elle nous avait menacés d'affreux châtiments venus du ciel, si nous avions l'audace de continuer à rire.
La première surprise passée, le serviteur hindou s'était brusquement changé en chien de garde, aboyant furieusement contre l'intruse, et l'obligeant à fuir. Puis la porte refermée, le chien avait aboyé avec la même fureur, par le trou de la serrure, autour de nos lits, contre la fenêtre, et même vers le plafond comme pour faire peur autant qu'à Angèle, aux maladies, aux péchés, et à tous les châtiments dont nous étions menacés.
A me souvenir de ces instants, ma tranquillité s'affermissait. Je me revoyais déjà de retour à la maison où je retrouvais la gaieté si amusante de mon frère, les caresses des deux petits, et enfin toute la tendresse de mes parents avec leur bon accord revenu.
Dans la joie de ce jour proche j'oubliais de rester immobile. Ah! non, il ne fallait pas bouger. Un chien hargneux s'était caché dans ma hanche, et au plus petit mouvement de ma part, il mordait et déchirait et sa colère était lente à s'apaiser.
Je n'aurai pas la joie du retour à la maison. Et qui sait si je rentrerai jamais dans cet appartement d'où je suis sortie un jour, blessée de telle sorte que je vais en porter la marque toute ma vie. Dans un instant, mon père et ma mère viendront me prendre pour me conduire au moulin de la Haie, chez oncle meunier, où je continuerai à vivre étendue, en attendant- ma complète gué-