‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 1 sur 31 · De la vocation sacerdotale · texte numérisé non relu

De la vocation sacerdotale

Je viens de terminer la lecture de votre traité sur la vocation, car c'en est un : Oui, imprimez-le.

Dire que ce livre est bien de vous ne suffirait pas à rendre ma pensée ; si j'osais, j'emploierais une autre expression — vous me la reprocherez peut-être — et je dirais qu'il est vous.

Pas une page, en effet, pas une ligne qui ne soil de la plus ferme et de la plus saine raison;

VI LETTRE DE MSr l'ÉVEQUE D'ORLÉANS.

pas une page , pas une ligne , ou l'on ne sente une théologie très expérimentée ; pas une page, pas une ligne qui ne soit pénétrée d'un esprit sacerdotal très grave et très doux.

Ce volume vient donc bien après tous ceux que vous ave% publiés déjà.

Les séminaristes, les religieux, les prêtres le liront avec fruit comme il leur est arrivé de vos « Méditations, » de vos préceptes touchant « la Politesse et les Convenances Ecclésiastiques, » de vos considérations sur « le Chant, » « là Lecture en public, » etc.

Pour qui connaît vos nombreux écrits , le but que vous poursuive^ est visible. Il vous plairait de laisser après vous comme une esquisse , comme un crayon du prêtre parfait devant les hommes et devant Dieu.

Qui de nous ne vous témoignerait sa gratitude <

LETTRE DE M&r L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS. VII

J'ai bien le droit d'ajouter à ce remerciement un vœu... Que le ciel vous conserve longtemps parmi nous. Vos exemples seront plus persuasifs encore pour ceux qui en jouiront que vos écrits.

Segnius irritant animos demissa per aurem Quam quae sunt oculis subjecta fidelibus...

Veuille^ agréer, cher Monsieur le Supérieur, mon affection , vous save\ combien cordiale et combien respectueuse.

f STANISLAS, Évêque d'Orléans.

Ç£> Ç^ Ç£^ Ç£^ Ç£^ Ç^> Ç^ Ç^ Ç^ Ç^» ÇjT> Ç^ Ç£^ ç^

0) ^S ^r m* ^r ^? ^m t* ^? ^? w? »? ^? Çr

INTRODUCTION

Entre les dates mémorables qui marquent, pour chaque homme, les diverses étapes de la vie, il en est une dont l'importance est capitale. C'est celle où, parvenu, si l'on peut s'exprimer ainsi, aux confins de l'adolescence et de la virilité, le jeune homme doit se déterminer sur le choix d'une carrière et donner à son existence sociale une direction et un but.

Durant le temps qui s'est écoulé depuis son entrée dans la vie, jusqu'à l'âge où il est mis en demeure de résoudre cette grave question, un grand travail s'est accompli en lui. Il a grandi; et, tandis que ses organes se fortifiaient, son intelligence s'ornait de

connaissances variées, et insensiblement son être moral se formait. Triple développement par lequel , d'une manière plus ou moins consciente, il s'est préparé au rôle, quel qu'il pût être, que l'avenir lui réservait ; fruit d'une élaboration lente, obscure, mais éminemment féconde, que notre langue désigne par un mot très heureux, Y éducation. L'homme est renfermé dans l'enfant, comme l'étincelle dans la pierre, la statue dans le bloc de marbre, l'arbre dans le germe : Y éducation l'en fait sortir.

Elle a pour premier théâtre la famille où, à l'ombre du toit domestique, sous le reg'ard et par les soins des parents, s'ils sont fidèles à leur mission, l'âme de l'enfant reçoit ces empreintes profondes qui, le plus souvent, ne s'effacent jamais, et exercent, sur toute la vie une influence décisive.

Elle se perfectionne et se complète dans les écoles publiques, qui sont comme une extension et un prolongement de la famille. Là, mêlé à une communauté où il trouve en

INTRODUCTION

abrégé les éléments de la grande société qui bientôt lui donnera place dans ses rangs, rélève commence à acquérir, avec la connaissance du monde, l'expérience de la vie. Des horizons plus étendus s'ouvrent à son intelligence. La discipline sévère qui s'impose à sa volonté et en réprime les caprices, la sage direction de maîtres dévoués, les exigences multiples de la vie commune et les sacrifices qu'elle demande, exercent sur lui une action forte et salutaire. Dans ce nouveau milieu, le caractère s'assouplit, les pensées s'élèvent, la conscience s'éveille, le sentiment du devoir se révèle avec plus de netteté. Peu à peu l'enfant disparaît et l'homme se montre,

Jusque-là l'adolescent, tout entier à ses études, concentré dans les relations restreintes de la famille et du collège, est à peu près étranger à la vie sociale. Le monde ne le connaît pas. Il n'a dans la société ni emploi ni position ; il n'y a pas même de nom. Sa personnalité est absorbée, pour ainsi dire,

en celle de ses parents qui le représentent, défendent ses intérêts, parlent et agissent pour lui. Aucune responsabilité, sauf celle qui résulte de l'accomplissement de ses devoirs d'écolier, ne pèse sur lui.

Heureux temps, dans lequel, malgré les tristesses qui sont l'apanage de toute vie humaine, les journées se succèdent doucement, à l'abri des sollicitudes, des chagrins, des déboires que l'homme fait est appelé à rencontrer sur son chemin. Quel est celui qui n'a pas jeté parfois un regard djenvie et de regret sur ces années de sa jeunesse, dont il n'a pas su apprécier les charmes et les avantages ?

Dans la famille et au collège, toutes les existences, sauf des nuances peu marquées , se ressemblent. Ce sont les mêmes études, les mêmes exercices, les mêmes devoirs. Le but qu'on s'y propose, et vers lequel tout converge, est de former des hommes. Assis sur les mêmes bancs que ceux de ses condisciples qui doivent prendre parti pour le

INTRODUCTION

monde, le futur séminariste n'a rien qui le distingue. Si sa vie est plus sérieuse, plus régulière, plus pure, plus pieuse, elle est néanmoins, dans les grandes lignes, semblable à la leur.

Mais cette première période ne peut durer toujours. Après les fleurs, les fruits. Longtemps cultivée dans la serre, où sa faiblesse était protégée contre l'intempérie des saisons, la plante est enfin jugée assez robuste pour résister aux ardeurs de l'été et aux rigueurs de l'hiver. Ainsi le jeune homme, parvenu au terme de ses études classiques, quitte le collège pour prendre place dans la famille humaine. Il y vivra d'une vie plus personnelle ; il lui faudra désormais se suffire à lui-même, en utilisant les trésors accumulés dans son âme par l'éducation.

Un grand devoir, le plus sérieux qu'il ait eu encore à remplir, depuis qu'il est sur la terre, appelle alors sa sollicitude : c'est le choix d'un état de vie.

A ses yeux se présente l'innombrable mul-

titude des carrières sociales : depuis le sacerdoce, avec les pouvoirs éminents qu'il confère et les graves obligations qu'il impose, jusqu'aux professions vulgaires du commerçant et de l'artisan.

A laquelle donnera-t-il la préférence ?

Question du plus haut intérêt pour lui , puisque de la solution qu'il adoptera dépend la direction que prendra sa vie tout entière, l'emploi plus ou moins utile des facultés qu'il possède et des dons que la Providence lui a départis, l'influence bonne ou mauvaise, féconde ou stérile qu'il exercera autour de lui , le bonheur enfin ou le malheur de son existence terrestre. Question d'un intérêt plus grand encore pour ceux que les circonstances ont conduits sur la voie du sacerdoce, qui déjà sont entrés au Grand Séminaire, pour lesquels par conséquent il s'agit d'opter entre le monde et le sanctuaire.

C'est du choix à faire par ces derniers que nous allons principalement nous occuper dans le présent Traité.

INTRODUCTION

Parmi les élèves dont se compose la communauté d'un Grand Séminaire, plusieurs ont résolu déjà le redoutable problème. Se croyant appelés de Dieu au service des saints autels, ils ont élevé , entre eux et le monde , la barrière infranchissable du Sous- Diaconat.

D'autres , sans être encore irrévocablement fixés, entrevoient pourtant le sacerdoce comme le but probable vers lequel ils doivent se diriger. Ce n'est pas encore la pleine lumière qui exclut toutes les incertitudes, mais c'est une présomption légitime qui, de jour en jour, devient plus ferme et plus décisive. Déjà, appuyé sur cette présomption, le Directeur a autorisé une première initiation aux Saints Ordres, par la réception de la Tonsure et des Ordres Mineurs.

Enfin, dans une dernière catégorie, se rangent les jeunes gens récemment entrés au .Séminaire et pour lesquels, dans l'étude de la vocation, tout est encore à faire. Il y a bien quelques indices, quelques lueurs, quelques probabilités. En s'appuyant sur ces ap-

parences, on- les a admis à commencer et à poursuivre leurs études en vue du sacerdoce. Mais sont-ils vraiment appelés ? C'est un problème dont les données n'ont pas été soumises à une étude assez approfondie, dont par suite l'inconnue n'a pu être dégagée.

Les considérations que nous allons présenter dans les pages suivantes aideront à opérer ce dégagement, en dirigeant dans l'étude de leur vocation ceux qui ne seraient pas encore fixés sur cet objet. C'est donc surtout à eux qu'elles s'adressent, et elles méritent de leur part la plus sérieuse attention.

Toutefois, ceux-là mêmes pour lesquels la vocation ne peut plus être un objet d'étude, les sous-diacres, les diacres, les prêtres euxmêmes ne les méditeront pas sans profit. En effet, la méditation des signes révélateurs de la vocation et des conditions que l'Eglise exige pour élever au sacerdoce aura pour eux un double avantage. D'une part, elle les portera à se confondre et à s'humilier devant Dieu , en se voyant si loin encore d'avoir

INTRODUCTION

réalisé les espérances que l'Église avait fondées sur eux en leur ouvrant les. portes du sanctuaire. De l'autre, elle sera une exhortation salutaire pour les déterminer à se rapprocher, par des efforts de plus en plus généreux, de l'idéal divin qu'elle leur remettra sous les yeux.

Des treize chapitres dont se composera ce Traité, les trois premiers auront pour objet la vocation en général. Nous en rechercherons la nature, nous en établirons l'existence, et nous montrerons qu'il faut y voir autre chose qu'une pure conception de notre esprit; enfin nous ferons voir la nécessité pour chacun d'étudier sa vocation, et nous dirons de quelle manière on le doit faire.

Dans les neuf chapitres suivants, nous traiterons exclusivement des marques de la vocation sacerdotale. Elles sont de deux sortes : les unes sont négatives, les autres positives. — Les premières se rattachent : i° à la famille ; 2° aux aptitudes personnelles envisa-

gées sous le rapport de la naissance , du corps, de l'esprit, du caractère, des passions, de la vie antérieure. — Les marques positives sont : i" les indications providentielles; 2° l'attrait, que nous envisagerons objectivement et subjectivement; j° les appels, c'està-dire les jugements portés sur la vocation qu'on étudie, par le public, par l'Evêque, que représentent les directeurs du Séminaire, enfin par le confesseur.

Le dernier chapitre indiquera quels devoirs restent à remplir lorsqu'on s'est reconnu légitimement appelé au sacerdoce.

Daigne Marie, la Reine du clergé, prendre sous sa protection ce modeste travail ! Que, béni par elle, il soit, pour les aspirants au sacerdoce > un phare lumineux propre à éclairer leur marche, à leur faire éviter les écueils qu'ils pourraient rencontrer dans l'étude de leur vocation , à leur faire discerner ceux que Dieu appelle de ceux qu'il n'appelle pas, et enfin à montrer aux élus du

INTRODUCTION. II

Seigneur comment ils doivent devenir, par une correspondance fidèle à la grâ.ce de leur vocation, des serviteurs dévoués de l'Église et des âmes.

Page 1