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III. — Attrait pour le sacerdoce considéré en lui-même

Nous sommes parvenus à la limite de l'attrait sacerdotal proprement dit ; nous y touchons pour ainsi dire, et nous l'entrevoyons; toutefois, il ne s'est pas encore révélé à nous d'une manière explicite et directe. Nous en avons découvert le vestige et l'indice dans les aspirations surnaturelles dont nous venons

de parler, il nous reste à en déterminer avec précision le véritable objet. Cet objet, c'est le sacerdoce considéré, non plus dans ses accessoires ou dans ce qui n'est en lui que secondaire, mais en lui-même et dans sa constitution intime.

Or, dans le sacerdoce ainsi envisagé, il faut distinguer trois choses qui doivent être, au même titre , l'objet de l'attrait , s'il est légitime : i° La fin pour laquelle il a été institué; — 2° les moyens mis à la disposition du prêtre pour atteindre cette fin; — 30 la forme de vie imposée au prêtre pour qu'il puisse employer efficacement ces moyens.

A. Fin du sacerdoce. — Plusieurs fois déjà nous avons insinué quelle est cette fin ; nous allons essayer d'en donner une notion nette et précise.

Le sacerdoce est une dignité qui nous associe à Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans l'accomplissement de sa divine médiation. C'est le degré le plus élevé de cette union au Verbe de Dieu fait chair qui est le fonde-

ment de l'ordre surnaturel. Or, le grand but de la médiation de Jésus, le dernier terme de tous ses mystères est la glorification de Dieu par la sanctification et le salut des âmes. Telle est donc aussi la fin de notre sacerdoce ; et saint Paul l'a parfaitement définie dans le texte de l'Épître aux Hébreux si souvent cité : Omnis poniifex , ex hominibus assumptus, pro hominibus constituitur in iis quae sunt ad Deuin (i). Là est la différence qui sépare le prêtre du simple fidèle et même du religieux. Sous le rapport de la perfection à laquelle ils peuvent prétendre, ils ne diffèrent pas essentiellement; car en chacun de ces trois états, on peut parvenir à la plus haute sainteté. Mais sous ie rapport de la fin, le sacerdoce se présente à nous comme un état essentiellement distinct des deux autres.

Le fidèle et le religieux ont la même fin : arriver au salut par la pratique de la vie chrétienne. Le second ne diffère du premier qu'en

(i) Héb., V, i.

ce qu'il s'efforce de tendre à cette fin d'une manière plus parfaite, en suivant les règles de perfection énoncées dans l'Évangile, c'està-dire en obéissant non seulement aux préceptes, mais aussi aux conseils.

Le prêtre, outre cette fin générale qui lui est imposée comme chrétien, en a une autre qui lui est propre, qui ne convient qu'à lui, qui le fait prêtre : Pro hominibus constituitur in ils quae sunt ad Deum. Est-il besoin d'ajouter que c'est aussi ce qui fait son honneur et sa plus belle prérogative, ce qui élève sa dignité au-dessus de toutes les dignités humaines, en sorte qu'après la maternité divine, il n'y a rien de plus grand dans le monde que le sacerdoce. Ce qui a fait dire à M. Olier : « Dieu a fait deux prodiges dans l'Église : le prêtre et la très sainte Vierge (i). »

Il suit de là que l'attrait sacerdotal, s'il est réel, doit nécessairement s'appliquer à

(i) Traité des Saints Ordres, IIIe partie, ch. 6e.

cette fin et produire dans celui qui le possède le besoin de travailler à la sanctification des âmes, le zèle apostolique qui est le trait caractéristique du bon prêtre.

Il est donc essentiel que, pour nous rendre un compte exact de la valeur de l'attrait qui nous porte à vouloir être prêtres, nous recherchions avec soin, si nous sommes dans cette disposition. Pour le connaître, nous examinerons les points suivants :

a) Quelle idée nous faisons-nous d'une âme créée à l'image de Dieu, rachetée par le sang de Jésus-Christ et destinée à jouir du bonheur du ciel ? En apprécions-nous la grandeur et la noblesse ? Sommes-nous pénétrés de cette pensée, que la perte d'une âme est un effroyable malheur ?

b) Désirons-nous ardemment le salut de nos frères ? Nous y intéressons- nous ? La vue de tant d'âmes, qui vivent loin de Dieu et s'exposent ainsi à la damnation éternelle, nous cause-t-eile de la tristesse ? Sommesnous, au contraire, réjouis et consolés au

spectacle de celles qui se montrent fidèles aux devoirs de la vie chrétienne ?

c) Quel intérêt prenons-nous aux œuvres de zèle ? Les nouvelles religieuses qui concernent le ministère pastoral, les missions, les conversions, le nombre des communions pascales, les manifestations religieuses, le développement des œuvres catholiques, etc., excitent-elles notre sympathie, ou nous laissent-elles indifférents ?

d) Au récit des travaux apostoliques auxquels les prêtres se livrent, sentons-nous le désir de nous y livrer nous mêmes ? Pensonsnous avec bonheur au temps où il nous sera donné de le faire ? Nos rêves d'avenir ont-ils principalement pour objet les efforts que nous tenterons, les industries que nous mettrons en œuvre pour convertir les pécheurs et renouveler les âmes dans la pratique de leurs devoirs religieux ? Eprouvons-nous quelque bonheur en pensant aux succès par lesquels nous avonsl'espoir que Dieu bénira notre zèle?

e) Avons-nous quelquefois éprouvé le dé-

sir de nous consacrer à l'œuvre des missions étrangères? Ce désir, quand il se rencontre, n'est pas toujours une preuve qu'on soit appelé à être missionnaire ; mais il est un témoignage authentique de la sincérité et du caractère surnaturel de notre attrait sacerdotal. C'est un indice bon à constater.

/) Saisissons-nous avec empressement les occasions qui peuvent dès maintenant se présenter de faire du bien aux âmes ? Pendant les vacances spécialement, ces occasions se rencontrent d'ordinaire assez fréquemment. Nous les trouvons dans notre famille dont peut-être tous les membres ne sont pas chrétiens, et dans les relations diverses que nous pouvons avoir avec des enfants qu'il faudrait instruire, ou même avec des condisciples auxquels une bonne parole dite par nous serait profitable.

g) Exerçons-nous du moins l'apostolat de la prière, qui est la forme du zèle la mieux appropriée à notre situation présente ? Prionsnous pour la conversion des pécheurs, pour

attirer les bénédictions de Dieu sur les travaux des prédicateurs et des prêtres de paroisse, pour la propagation de la foi catholique, pour la multiplication des vocations sacerdotales ? Communions-nous parfois à ces intentions ?

h) Notre zèle pour le salut des âmes s'inspire-t-il principalement du désir de la gloire de Dieu ? Les intérêts de Dieu nous sont-ils plus chers que tout le reste ? Nous attristons-nous de le voir outragé, blasphémé?

Nous efforçons-nous, par les hommages religieux que nous lui rendons, de lui faire amende honorable et de lui restituer la gloire que le péché lui ravit ?

Tels sont les principaux signes au moyen desquels nous pourrons reconnaître si c'est vraiment le sacerdoce considéré dans sa fin qui est l'objet de notre attrait.

B. Fonctions sacerdotales. — Mais pour nous assurer plus complètement encore qu'il en est ainsi, il sera bon d'envisager la grand< fin du sacerdoce, non plus seulement en elle-

même, mais aussi dans les moyens pratiques que l'Eglise met aux mains des prêtres pour la leur faire atteindre. Ces moyens sont les divers ministères que le prêtre exerce et 4ans lesquels se concrète, pour ainsi dire, la pratique du zèle sacerdotal. Si la flamme du zèle est allumée dans notre cœur, nous aimerons ces ministères; ils nous attireront, nous aurons pour eux le goût et la sympathie qu'on doit avoir pour les emplois de l'état auquel on se sent appelé. Un notaire aime les affaires, un avocat la plaidoirie, un commerçant le négoce, etc. ; un prêtre, s'il est attaché à son état, aimera donc aussi les ministères qui lui sont propres. Ils sont au nombre de quatre, savoir : la prière, la prédication, l'administration des sacrements, les œuvres de zèle.

a) La prière comprend tous les exercices religieux auxquels un prêtre doit vaquer. Elle est pour les bons prêtres le grand instrument de zèle, le principe fécondant qui, en attirant la grâce, assure le succès des travaux apostoliques.

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Suis-je un homme de prière ?

Ai-je de l'attrait pour l'oraison ?

Comment au Séminaire m'acquitté-je des diverses pratiques qui ont pour objet le culte de Dieu? La sainte Messe, la communion, la visite du Saint Sacrement, le chapelet, la récitation du Petit Office , qui est la préparation à la récitation du Bréviaire.

Suis-je attiré vers les cérémonies sacrées par lesquelles l'Eglise manifeste sa religion? Aimé-je le chant religieux, les rites de la liturgie, les saints Offices ?

b) La prédication comprend toutes les formes que revêt, dans la bouche du prêtre, la parole de Dieu. Elle est, après la prière, le principal instrument du zèle sacerdotal : Nos vero, disaient les Apôtres, o ratio ni et mimsterio verbi instantes erunas (i).

Nous devons donc nous demander quel attrait nous ressentons pour ce genre de ministère.

(i) Act., VI, 4.

En ai-je compris l'importance ? Ai-je pour iui l'estime que j'en dois avoir ?

Le peu de goût qu'il m'inspire n'est-il pas de nature à me faire craindre que je ne sois un jour du nombre de ces prêtres qui ne peuvent être déterminés à le remplir que par la terreur que leur inspirent les peines canoniques portées contre ceux qui le négligent ?

Ne serai-je pas du moins du nombre de ceux qui s'en acquittent si mal et avec si peu de préparation, que leur prédication ne produis aucun fruit ?

Il est un genre de prédication tout particulièrement cher aux bons prêtres , celui que Mgr Dupanloup appelait Y Œuvre par excellence, l'instruction des enfants par le catéchisme. A-t-il pour moi quelque attrait , et lorsque, dans le cours de mon séminaire, il s'est présenté quelque occasion de le remplir, Tai-je saisie avec empressement?

c) Sacrements. — L'examen de notre attrait par rapport à cet objet doit surtout s'appliquer au sacrement de Pénitence et à la visite

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des malades , à raison du caractère pénible de ces ministères et des difficultés qu'ils présentent.

Sans doute , l'attrait sacerdotal , même quand il est véritable, n'exclut pas les répugnances que l'on peut ressentir pour le confessionnal et le soin des malades ; mais du moins faut-il que nous ayons pour ces ministères l'estime qu'ils méritent, et que nous nous sentions le courage de nous en acquitter sans défaillance et avec zèle, soutenus par la pensée des précieux avantages qu'en retirent les âmes.

d) Œuvres de \ele. — Nous entendons par là toutes les industries, distinctes de l'exercice normal du ministère sacré, que l'amour des âmes et le désir de leur faire du bien inspirent aux bons prêtres. L'emploi de ces industries est de nos jours d'une importance capitale; c'est presque, en certains milieux, le seul moyen de faire quelque bien.

Ai-je de l'estime et de l'amour pour ies œuvres ?

Ne serais-je pas au contraire du nombre de ceux qui les dénigrent comme si elles étaient inutiles, se servant de ce prétexte pour excuser leur paresse ?

Me suis-je appliqué à profiter des ressources qui m'ont été offertes pour m'y initier, en connaître le fonctionnement, m'instruire de la manière de les fonder, de les gouverner, d'en assurer le maintien ?

C. Vie sacerdotale. — Pour permettre aux prêtres d'atteindre la fin si élevée et si sainte qui leur est assignée, afin qu'ils puissent s'acquitter dignement des fonctions si différentes de celles des laïques que leur impose le sacerdoce, l'Église a dû leur prescrire une forme de vie spéciale appropriée à leurs emplois. Cette forme de vie, qui n'est ni celle des gens du monde, ni celle des religieux, doit être , aussi bien que les ministères sacerdotaux et que la fin du sacerdoce , l'objet d'un attrait de la part de ceux qui aspirent à être prêtres. Elle comprend cinq choses , sur lesquelles il importe que

chacun consulte ses goûts et ses préférences.

a) L'Église a voulu en premier lieu que ses prêtres se distinguassent des laïques par un vêtement d'une forme sévère, la soutane. Un des traits caractéristiques du bon prêtre est d'avoir un grand amour pour ce vêtement vénérable. Suis-je dans cette disposition ? Ce que nous disons de la soutane doit être dit de la tonsure qui en est le complément.

b) La vie des prêtres s'écoule en grande partie dans la solitude du presbytère. Il faut donc qu'un prêtre aime la retraite et le silence.

c) L'occupation qui s'impose aux prêtres dans les moments de loisir que leuf laisse le saint ministère est l'étude. Outre le besoin qu'ils ont de s'instruire et par conséquent d'étudier, les convenances de leur état leur indiquent ce genre de travail comme le mieux approprié à leur caractère , le plus propre à les maintenir à la hauteur de pensées et de sentiments qu'il exige. Il faut donc qu'un prêtre ait le goût et Pamour de l'étude, en

sorte qu'il puisse y trouver un dédommagement à l'isolement que lui crée sa solitude.

d) Les saints Canons de l'Eglise interdisent aux ministres sacrés 'les professions mondaines et les divertissements profanes. Les prêtres bien appelés acceptent volontiers et sans regret cette privation. L'amour du monde, de ses fêtes, de ses plaisirs, des intérêts qui le captivent n'est guère compatible avec l'attrait sacerdotal.

e) Enfin, l'Eglise, dans la haute idée qu'elle s'est faite du sacerdoce , exige que ceux qui en sont revêtus ne se contentent pas de la chasteté commune des gens du monde, mais que, yivant sur la terre de la vie des anges, ils pratiquent cette vertu dans toute sa perfection. Ce n'est donc pas assez pour s'engager dans l'état ecclésiastique que l'on ait mené jusque-là une vie pure; il faut encore que, comprenant l'excellence de la virginité, on se sente attiré à la pratique de cette vertu.

Tels sont, en résumé, les principaux caractères de la vie sacerdotale. Il convient,

pour juger de notre vocation , de nous demander quels sentiments elle nous inspire. Est-ce de l'éloignement, est-ce de l'attrait? Il est facile à un séminariste d'en juger d'une manière à peu près décisive en considérant comment il apprécie la vie du Séminaire. Cette vie, en effet, est, à quelques modifications près , le type même de la vie sacerdotale. Si elle nous plaît, si elle répond à nos goûts, c'est, au point de vue de notre vocation, un indice favorable. Dans le cas contraire, il y aurait lieu de douter.

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