CHAPITRE XI
l'état ecclésiastique. — II. l'attrait
(suite). VALEUR DE l' ATTRAIT.
Il nous reste à examiner, par rapport à l'attrait sacerdotal, une question importante. Quelle conclusion le directeur doit-il tirer, pour ou contre une vocation, de la présence ou de l'absence de cette marque ? En d'autres termes , il s'agit d'examiner si l'attrait pour le sacerdoce, au sens expliqué dans les chapitres précédents, a, pour établir l'existence de la vocation, une telle importance que, d'une part, de sa seule présence on puisse conclure que le sujet dans lequel il se trouve est bien appelé; que, de l'autre, s'il
fait défaut, il faille se prononcer dans un sens contraire.
Quelques distinctions, pour répondre à cette question, sont nécessaires.
i° Lorsque le sujet dont on étudie la vocation réunit les conditions d'aptitude requises, et que, en même temps, il manifeste pour le sacerdoce un attrait revêtu de tous les caractères que nous avons exigés, il n'y a pas à hésiter ; on peut prononcer sans crainte que la vocation est divine. En effet, en dehors du miracle, on ne saurait concevoir un fondement plus solide pour croire à l'appel de Dieu.
2° Si on croyait reconnaître l'attrait dans un sujet absolument inapte aux fonctions sacerdotales, il faudrait tirer une conclusion toute contraire. L'aptitude est, pour l'entrée dans le sacerdoce, une condition sine qua non, au défaut de laquelle, rien ne peut suppléer. Et même, comme Dieu ne peut se contredire en donnant à une âme de l'attrait pour une vocation dont elle est impuissante à
remplir les obligations, à laquelle par conséquent il n'appelle pas, il faut dire que, dans le cas qui nous occupe, on n'a pas bien apprécié l'attrait qu'on a cru découvrir. Ou il n'existe pas et n'est qu'une vaine illusion, ou il manque de quelqu'une des conditions exigées, ou, pour n'en avoir pas bien saisi la nature , on ne l'a pas convenablement interprété.
Le discernement des attraits est parfois difficile et, pour le faire, il y a lieu de tenir compte de nuances très délicates. Cela est vrai spécialement quand il s'agit d'en préciser le véritable objet. Ainsi , facilement on peut, se tromper en prenant pour un attrait sacerdotal l'attrait pour la vie religieuse. Le cloître ne demande pas les mêmes aptitudes que le sacerdoce. Quand on rencontre un sujet bien doué du côté de la piété et désireux de se consacrer à Dieu , de quitter le monde pour pratiquer la vie parfaite, de se livrer aux œuvres charitables, mais dépourvu des talents exigés pour être admis à participer
aux Saints Ordres, on peut raisonnablement supposer que c'est vers l'état religieux que son attrait le dirige. C'est une indication à lui donner.
30 En quelques cas, qu'il n'est pas rare de rencontrer, ce n'est pas l'aptitude qui fait défaut, c'est l'attrait. Le sujet possède, aux divers points de vue que nous avons considérés, des qualités précieuses. Il a tout ce qu'il faut pour s'acquitter dignement et même avec une certaine perfection, des fonctions sacrées du sacerdoce. Mais non seulement il n'a pas pour ces fonctions et pour le sacerdoce en général l'attrait qu'on pourrait désirer; l'état ecclésiastique, qu'il estime pourtant et qu'il honore, ne lui inspire que de l'éloignement. Dans les moments même où il se sent plus pieux et plus touché de Dieu, la pensée du sacerdoce ne l'attire pas; il admire ceux qui l'embrassent, mais il n'est nullement porté à les imiter. Ses vues, ses sympathies, ses goûts ne l'inclinent pas de ce côté ; il a depuis longtemps en perspective une autre car-
rière qui. a toutes ses préférences et pour laquelle il se croit fait.
Nous pensons que généralement il faut se prononcer contre une telle vocation. On pourrait être parfois tenté de passer outre, et, frappé des bonnes qualités du sujet et du bien que produira son ministère dans l'état ecclésiastique, lui conseiller de ne pas tenir compte de ses répugnances qui sans doute disparaîtront. On sera surtout incliné à le faire si le jeune homme, confiant en notre expérience, se déclare prêt, malgré tout, à suivre l'avis que nous lui donnerons. Nous n'oserions, pour notre part, nous résoudre à donner une telle décision. L'entrée dans le sacerdoce doit être spontanée et volontaire ; il ne faut pas qu'on y soit poussé contre son gré, et ici le compelle ïntrare n'a pas d'application. On cite, il est vrai, des exemples de vocations en quelque sorte forcées et qui, cependant, ont bien réussi; mais ce sont là des exceptions qui ne doivent pas faire loi.
4° L'absence d'attrait, surtout d'attrait pré-
dominant, se présente quelquefois dans des conditions un peu différentes. C'est un sujet dans lequel on ne trouve aucun attrait bien prononcé pour quoi que ce soit. Indifférence complète non seulement de volonté, mais de goût et d'inclination. « Je ne me sens, » vous dira-t-il, « attiré de préférence vers aucun » état ; mais je n'ai non plus de répugnance » pour aucun. Je suivrai la voie que vous » m'indiquerez ; elle sera pour moi la voie » providentielle. Si vous me dites d'aller » dans le monde, je tâcherai d'y vivre en bon » chrétien ; d'être religieux, j'aurai le courage » de faire ce sacrifice ; d'être prêtre, je vous » obéirai. »
Nous ne blâmerions pas un directeur qui, en présence de cette situation, dissuaderait du sacerdoce et conseillerait une carrière laïque. Cependant, si le sujet présentait un tel ensemble de qualités que, d'une part, on fût assuré qu'il rendrait d'utiles services dans le saint ministère, et que, de l'autre, on eût toutes les garanties nécessaires pour croire qu'il
sera un prêtre correct et qu'aucun péril n'est à craindre pour l'honneur du sacerdoce, nous inclinerions à l'admettre. Si, dans ce sujet, on ne trouve pas pour le sanctuaire un attrait prédominant, il n'en présente pas non plus pour une autre carrière ; il est par conséquent, relativement au choix d'un état de vie, dans une sorte d'équilibre, sans qu'on voie de raison péremptoire de pencher d'un côté plutôt que de l'autre. Mais c'est un jeune homme dont toute la vie a été dirigée vers le sacerdoce, en vue duquel on lui a fait commencer et continuer ses études, et qui, du reste, comme nous l'avons dit, présente par rapport à l'avenir toutes les garanties désirables. Ne faut-il' pas voir là une indication providentielle suffisante pour faire pencher la balance du côté de la carrière ecclésiastique ?