‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 21 sur 31 · III. — L'Humilité · texte numérisé non relu

III. — L'Humilité

L'attrait sacerdotal doit présenter un troisième caractère que les auteurs désignent d'ordinaire par l'appellation de crainte respectueuse. Nous exprimons la même idée en disant que l'attrait doit être accompagné. d'humilité.

A quelque point de vue qu'on l'envisage, le sacerdoce est digne de tout respect; car

il n'y a sur la terre aucune grandeur qui l'égale. Il est grand par l'association, au sacerdoce de Jésus Christ, à laquelle il nous élève ; grand par les pouvoirs étonnants qu'il nous donne le droit d'exercer; grand par le rang d'honneur qu'il nous assigne et l'autorité qu'il nous confère. Nous devons donc reconnaître que cette sublime dignité est infiniment au-dessus de nos mérites.

De plus , les fonctions sacrées que remplissent les prêtres sont difficiles, délicates, parfois périlleuses. Elles exigent de la prudence, de la discrétion, de la science, surtout une piété éminente et une vertu solide. Nous devons donc, si nous sommes vraiment humbles, être convaincus de notre insuffisance pour nous en acquitter comme il faut.

Aussi l'Eglise nous avertit, dans le Pontifical, qu'on ne doit s'y voir élevé qu'avec une grande crainte : Cum magno quïppe timoré ad tantum gradum ascendendum est (i) ; et le saint

(1) Pont. Rom. in Ord. presb.

Concile de Trente ne craint pas de déclarer que le sacerdoce est un fardeau redoutable aux Anges mêmes : Omis angelicis humer is formidandum (i). Les saints Pères parlent de même. Omnes sanctos , dit saint Cyrille d'Alexandrie, reperio divini ministerii ingéniera veluti molem reformidantes (2). — Sancti quique , dit saint Ambroise, onus tanti ordinis vehementer expaverunt et quantum in ipsis fuit effugerunt.

Il est remarquable, en effet, que les Saints les plus illustres ont redouté le sacerdoce, et qu'il a fallu faire subir à plusieurs une sorte de violence pour les y élever. Saint Martin ne se crut pas digne du diaconat auquel saint Hilaire voulait le promouvoir; et ce fut avec une grande peine et après bien des résistances, que saint Jérôme consentit à être ordonné prêtre.

Tels seront nos sentiments , si , nous éle-

(1) Sess., VI, c. 1, de Reform.

(2) S. Cyr. Alex., I Hom. Pasch.

vant au dessus des pensées terrestres, nous nous faisons une idée vraie du sacerdoce. Pénétrés de respect pour cette éminente dignité, et reconnaissant tout ce qui nous manque pour en remplir les fonctions, nous n'y aspirerons qu'avec crainte et tremblement. Loin de croire qu'en nous donnant à l'Église nous faisons un acte de générosité dont Dieu doit nous savoir gré , nous devons être convaincus, au contraire, que l'Église, lorsqu'elle nous ouvre les portes du sanctuaire, nous accorde un honneur dont nous ne sommes pas dignes, que Notre-Seigneur, en nous recevant au nombre de ses ministres , nous donne infiniment plus que nous ne lui donnons, et que c'est à nous qu'incombe le devoir de la reconnaissance.

Et remarquons que cette crainte respectueuse du sacerdoce n'est point incompatible avec l'attrait intérieur qui nous porte à le désirer, et que ces deux dispositions ne se contredisent pas l'une l'autre. L'amour, en effet, que nous sentons pour le sacerdoce, pour

ses divins ministères et pour la fin sublime qui en est le terme, n'est point opposé à la crainte religieuse que doit inspirer l'éminence auguste de la dignité. Bien plus, le véritable attrait sacerdotal ne se concevrait pas sans cette crainte qui lui donne sa perfection ; en sorte qu'un attrait qui n'en serait pas accompagné et qui porterait à désirer le sacerdoce comme une profession vulgaire à laquelle chacun peut prétendre , devrait paraître très suspect.

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