‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 28 sur 31 · I. — V action de grâces · texte numérisé non relu

I. — V action de grâces

Toutes les fois que, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce, nous recevons quelque bienfait de la bonté de

Dieu , le premier mouvement de notre cœur doit être de lui en témoigner notre reconnaissance, en nous acquittant du devoir de l'action de grâces. Ce devoir s'impose spécialement à nous lorsque Dieu , dans sa miséricorde, nous a fait connaître quelle direction doit prendre notre vie, et dans quelle voie il veut que nous marchions pour le servir, accomplir sa volonté et procurer sa gloire. En effet, de tous les biens que Dieu répand chaque jour sur nous, il n'en est aucun qui doive exciter à un plus haut degré notre gratitude.

Mais le devoir dont il s'agit présente un caractère plus sacré encore et plus obligatoire, si c'est au sacerdoce que nous sommes appelé. Pourrions-nous, en effet, ne pas être pénétré de la plus vive gratitude, en pensant que, par un privilège insigne, Dieu, de toute éternité, a jeté les yeux sur nous pour nous associer au Verbe incarné dans l'accomplissement de sa divine mission ; que Jésus -Christ veut nous donner dans son

Eglise un poste d'honneur, nous confier la dispensation de ses mystères, faire de nous son représentant, son organe, son coopérateur dans l'œuvre de sanctification qu'il veut opérer dans les âmes ; enfin qu'il nous réserve dans le ciel, si nous sommes fidèle, une couronne plus riche et plus belle que celle qui ornera le front des simples chrétiens ?

Si nous avons un sentiment vrai de l'éminence de la dignité sacerdotale, nous ne nous lasserons pas de bénir et de glorifier Dieu qui nous y a prédestiné; qui a déposé dans notre âme, en la créant, le germe précieux de la vocation, cet attrait sacerdotal dont, dès le début de notre vie, l'impression s'est fait sentir ; qui a placé sur notre chemin des protecteurs et des pères, dont il s'est servi pour nous conduire , au travers de dangers sans nombre, au bienheureux terme où nous sommes parvenu. Comparant cette grande bonté de Dieu à notre égard avec ce que nous sommes, nous nous écrierons, emprun-

tant le langage de l'Apôtre : Gratias Deo super inenatrabili dono ejus (i).

Aussi le pieux séminariste, au sortir de l'entretien dans lequel son directeur lui a fait connaître que la volonté de Dieu était qu'il fût prêtre, n'a rien de plus pressé que de se rendre à la chapelle, pour y épancher son âme en présence du très Saint Sacrement. Il éprouve le besoin de repasser dans son esprit les conduites mystérieuses de la Providence, par rapport à sa vocation, d'en rendre grâces à Dieu et de s'abandonner à lui pour être un prêtre selon son cœur. Depuis longtemps, le sanctuaire était l'objet de toutes ses aspirations , il estimait que le plus grand bonheur de sa vie serait de se consacrer au service des saints autels. Cette perspective lui semblait si belle, qu'il n'osait presque se persuader qu'un jour, ce qui n'était qu'un rêve deviendrait pour lui une réalité. Et maintenant qu'il y touche pour

(1) 2 Cor., IX, 15.

ainsi dire, que déjà il a revêtu l'habit des clercs et que les portes du sanctuaire vont s'ouvrir pour lui, de quelle joie reconnaissante ne se sent-il pas pénétré î

Le Psalmiste, après avoir proclamé que le Seigneur était la part d'héritage qui lui tenait lieu de tout le reste, s'écriait : « Le sort » m'est échu d'une manière avantageuse ; » car mon héritage est excellent. Je bénis le » Seigneur qui m'a donné l'intelligence , et » jusque dans la nuit je me sens excité à le » faire... C'est pourquoi mon cœur s'est ré- » joui et ma langue a chanté des cantiques » d'allégresse ; ma chair même se repo- » sera dans l'espérance (1)... » Tels, et plus vifs encore, sont les sentiments de gratitude joyeuse que doit ressentir l'âme du futur clerc à l'heureuse annonce de l'appel de Dieu ; c'est avec ces transports qu'il doit dire adieu au monde et se consacrer au Seigneur. A mesure que les ordres se succé-

(1) Ps. XV, 6, 7, 9.

dant le rapprocheront du terme béni , objet de tous ses vœux et de toutes ses aspirations, son hymne d'action de grâces sera plus joyeux; et que sera-ce lorsque parvenu au sommet de la sainte montage , il se sentira prêtre pour l'éternité?

Page 1