‹ De la vocation sacerdotaleChapitre 29 sur 31 · II. — La correspondance fidèle · texte numérisé non relu

II. — La correspondance fidèle

On se persuade quelquefois que, la légitimité de la vocation bien constatée , tout est fait, et que l'on est par là même comme assuré d'être un bon prêtre. C'est une grave erreur.

Pour nous déclarer bien appelé, il n'est pas nécessaire ni que les directeurs du Séminaire, ni que notre confesseur nous reconnaissent doués de toutes les qualités que l'Église exige pour conférer à un sujet la dignité et les pouvoirs du sacerdoce. Il suffit que, par un sérieux examen, on ait reconnu en nous ce qu'on peut appeler les germes de la vocation, c'est-à-dire des indices qui ont permis de

pressentir et d'espérer que l'Église, plus tard, posséderait en nous un véritable prêtre.

Il faut donc que ces germes se développent, que ces indices donnent ce qu'ils promettent. Pour cela un long travail de formation est nécessaire ; c'est dans le cours du Séminaire qu'il doit s'accomplir, et notre appel ne s'est fait qu'à la condition que nous nous y livrerons avec ardeur.

Ici se révèle à nous d'une manière très nette le but de la règle à laquelle on nous soumet, des études auxquelles on nous applique , des pratiques pieuses qui sanctifient chacune de nos journées. Ce sont là autant de moyens ménagés par la Providence, pour nous aider à atteindre le degré de science, de vertu , de piété que le sacerdoce exigera de nous. A ce point de vue, le sacerdoce se présente comme une échelle mystique dont il nous faut parcourir les échelons, ou comme une montagne dont nous devons, par des ascensions successives, atteindre le sommet. Le prophète-roi emploie cette dernière image

dans un psaume dont l'Eglise fait l'application aux ordinands dans la cérémonie de la Tonsure : Quis ascendet in montent Domini, aut quis stabit in loco sancto ejus (i). Les échelons dont se compose cette échelle, les ascensions qu'il faut parcourir pour arriver au sommet de cette montagne , ce sont sans doute , d'abord , les ordinations successives par lesquelles, peu à peu et de degré en degré, nous nous élevons jusqu'au sacerdoce ; mais ce sont aussi les progrès dans la perfection sacerdotale qui y correspondent.

Au début du Séminaire, la vocation se constate; la tonsure, que l'on reçoit régulièrement à la fin de la première année , est comme le sceau authentique de cette constatation. On n'exige pas, en celui qui y est admis, la science intégrale que le prêtre doit posséder; mais on veut qu'il soit doué d'un degré d'intelligence suffisant pour lui permettre de l'acquérir, et que, par son applica-

(1) Ps. XXIII, 5.

tion au travail sérieux, il donne l'espoir fondé qu'il parviendra à l'acquérir. On n'exige pas qu'il possède toutes les vertus qui font le prêtre parfait ; mais on veut qu'il y aspire et qu'il soit dans la disposition ferme et généreuse de prendre tous les moyens que le Séminaire lui offre pour y parvenir. On n'exige pas qu'il soit un homme consommé dans les pratiques de la vie intérieure; mais on veut qu'il aime l'oraison , qu'il ait le goût de la prière, et qu'il soit résolu de s'y appliquer de tout son cœur. Ce n'est pas encore le fruit dans toute sa maturité, c'est la fleur qui le contient et d'où il sortira.

Ces espérances que donne le tonsuré se réaliseront peu à peu , s'il est fidèle, et le rendront digne de participer aux ordinations auxquelles il sera appelé. Chaque ordre qu'il reçoit suppose, en effet, un progrès, un développement, un degré nouveau de ressemblance avec Jésus le modèle du prêtre. Ce modèle a été mis sous les yeux du tonsuré, qui s'est engagé à le reproduire en lui-même.

Visible déjà dans le minoré, il faut qu'il soit de plus en plus reconnaissable dans le sousdiacre et dans le diacre, et qu'enfin il resplendisse avec tout son éclat et toute sa beauté dans le prêtre.

En exposant les marques de la vocation sacerdotale, nous avons fait connaître, dans ses grandes lignes, le travail de développement auquel le clerc doit se livrer pour correspondre à l'appel de Dieu et former en lui le prêtre de Jésus-Christ.

C'est d'abord l'étude, devoir capital sur lequel trop souvent on se fait illusion. Les motifs de s'y livrer sont graves et nombreux; ils sont souvent remis sous les yeux des séminaristes ; nous croyons superflu de les reproduire ici. Bien médités et bien compris, ils montreront la nécessité qui s'impose aux aspirants au sacerdoce de s'appliquer au travail de l'étude , non d'une manière superficielle, sans goût et à la façon d'un écolier qui n'a d'autre souci, en étudiant, que de se débarrasser d'une tâche ennuyeuse ou d'évi-

ter un châtiment; mais consciencieusement et avec ardeur. Nous verrons dans l'étude sérieuse, attentive, approfondie , patiente, la condition essentielle de cette science que l'Église exige dans ses prêtres et sans laquelle, eussent-ils toutes les autres qualités, ils seront toujours très incomplets.

Nos écoles publiques renferment un grand nombre de jeunes gens qui, pour parvenir à une carrière, dans laquelle ils voient tout leur avenir, se livrent à des études longues et pénibles, et ne reculent, pour y réussir, devant aucun effort. Serait-il possible qu'en présence du but bien autrement élevé que les élèves du sanctuaire ont en perspective, ils fussent, dans leur application au travail, moins constants et moins généreux ?

Nous ne négligerons donc aucun des moyens de nous instruire que nous offre le Séminaire; toutes les branches delà science sacrée seront, au même titre, l'objet de notre application; dans le désir de devenir le prêtre instruit que réclament plus impérieuse-

ment que jamais les exigences des temps modernes , nous mettrons à profit toutes les ressources intellectuelles que nous avons reçues de Dieu, et que nous devons consacrer, comme tout le reste, au service de l'Eglise. Mais au-dessus de la science qui brille, il faut placer la piété qui édifie. Ce sera, dans le cours de notre Séminaire, le second objet de notre application et de nos efforts. Le prêtre doit être un homme de foi profonde, de vie toute surnaturelle, ne s'inspirant, dans tous les détails de sa vie, que de l'amour de Dieu, de l'Église et des âmes, vivant beaucoup plus dans le ciel avec les Saints que sur la terre avec les hommes, imitant les Anges que les occupations extérieures, quelque applicantes qu'elles soient, ne détournent jamais de la présence de Dieu. Le séminariste, désireux de répondre à l'appel divin, aura donc sans cesse devant les yeux cet idéal qu'il s'efforcera de réaliser, en devenant de jour en jour plus uni à Dieu et plus intérieur. Il en demandera la grâce à Notre-Seigneur dans

le très Saint Sacrement et à la Sainte Vierge, reine du clergé ; et il y parviendra par la fidélité aux pieuses pratiques du Séminaire, surtout par la ferveur de ses communions et de ses oraisons.

Enfin, il faut que dans toute sa personne intérieure et extérieure le prêtre de Jésus- Christ soit parfait : Perfectus sit homo Del (i).

Le séminariste, désireux de parvenir à la perfection qu'exige le saint état auquel il aspire, mettra donc tous ses soins à acquérir les habitudes surnaturelles qui font l'homme vertueux et qui toutes se résument dans le renoncement à soi-même : Abneget semetipsum (2). Il s'exercera à la pratique de l'humilité, de la mortification, de la patience, de la charité, du support, de la douceur et des autres vertus qui toutes doivent se trouver dans un prêtre à un haut degré : Sacerdos omnibus virtutibus débet esse ornaius (y) ; et comme il

(1) 2 Tim., III, 17.

(2) Matth., XVI, 24.

(3) Imit., 1. IV, c. v, n. 2.

sait que la Règle du Séminaire bien observée lui fournit chaque jour mille occasions d'en faire des actes, il se montrera religieusement fidèle à l'accomplir jusque dans les plus minimes détails.

Dans son zèle pour se rendre parfait, il n'aura garde de négliger la réforme de son caractère ; il en surveillera les défauts, et, pour parvenir à les connaître plus parfaitement, il aura recours à la charité d'un moniteur. Son application à rectifier ce qu'il y aurait en lui de défectueux, sous ce rapport, sera d'autant plus grande qu'il n'ignore pas quelles fâcheuses conséquences peuvent entraîner dans l'exercice du ministère sacerdotal les imperfections du caractère.

Dans un prêtre, où tout doit être irréprochable, l'extérieur même a son importance. C'est pourquoi le clerc du Séminaire sera attentif à ne choquer aucune bienséance. Il sera correct et digne dans son langage, poli dans ses manières, distingué même dans toute sa personne. Il évitera avec soin tout

ce qui serait vulgaire, tout ce qui rappellerait l'enfant ou l'écolier; tout en se montrant bon, simple, modeste, sans morgue et sans affectation, il s'inspirera, en toutes choses, du respect de lui-même et des autres.

Tel est en résumé le travail de transformation qui doit s'accomplir dans l'âme du jeune clerc, durant les années du Grand Séminaire. Années éminemment fécondes au cours desquelles l'Esprit de Dieu renouvelle invisiblement les merveilles du Cénacle; et, par une action mystérieuse analogue à celle qu'il exerça sur le chaos pour en faire sortir le monde de la nature, il ne cesse d'y créer des âmes de prêtres. Ainsi, le sacerdoce se perpétue ; les vides occasionnés par la mort dans les rangs de la tribu sainte se comblent; jamais, malgré les efforts de l'enfer, la succession apostolique ne sera interrompue; et jusqu'à la fin des siècles le Verbe incarné aura des représentants qui continueront son oeuvre rédemptrice.

I RREGU LARITES.

Pour compléter ce que nous avons dit des conditions d'aptitude que doit présenter un sujet qui demande à entrer dans l'état ecclésiastique, nous donnons ici un exposé sommaire des irrégularités.

On appelle ainsi certains défauts qui , en vertu d'une loi canonique, sont, sauf le cas de dispense, un obstacle à la réception et à l'exercice des Saints Ordres.

Elles sont de deux sortes : Ex defectu et ex delicto. Les premières sont celles qui se peuvent contracter sans péché. Elles résultent d'un défaut qui,, bien qu'involontaire, rend, au jugement de l'Église, un sujet impropre au ministère des autels , ou parce qu'il lui rendrait impossible l'exercice des fonctions sacrées, ou parce qu'il ne lui permettrait pas de s'en acquitter avec la décence convenable, ou enfin parce qu'il

pourrait attirer quelque déconsidération sur le prêtre qui en serait atteint. — Les secondes supposent toujours une faute et même une faute grave, un péché mortel. Ce péché, pour constituer une irrégularité, doit être extérieur et consommé dans son espèce.

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