OBSERVATION IX
(Résumée.)
Coup de revolver dans l'oreille droite. Oltorrhagie consi-
dérable. Le projectile laissé dans la plaie est parfaite-
ment toléré (observation de M. le Dr Gangolphe).
Drainage par une voie pratiquée à la face interne du
ptérygoïdien interne à la hauteur de l'angle du maxillaire inférieur.
P..., âgé de 43 ans, entre à l’Hôtel-Dieu dans le service de M. le professeur Poncet, le 10 août 1885, pour une blessure à l'oreille droite par arme à feu, L’interne de garde se contente d'appliquer un pansement antiseptique sur la plaie.
Le lendemain, à la visite, le malade raconte qu’il s’étaittiré, avec un revolver de sept millimètres, un coup de feu dans l'oreille droite ; il était tombé à terre sans perdre connais-
sance, L’hémorragie auriculaire fut très abondante, Le malade évalue à un litre environ la quantité de sang perdu par le
conduit auditif externe. Pas de paralysie faciale. La région préauriculaire est tuméfiée et douloureuse ; les mouvements du maxillaire inférieur provoquent une douleur très vive du côté de l'articulation.
On fait transporter le malade à la salle d'opérations. Anesthésie à l’éther. Le projectile a pénétré dans le conduit auditif et la trace ne peut être retrouvée. On ne note l’existence d'aucune plaie soit sur le pavillon, soit sur la partie visible
. du conduit auditif externe. La région préauriculaire étant le siège d'une tuméfaction notable, M. le professeur Poncet pratique une petite incision qui donne issue à un liquide sanguinolent. D'ailleurs, le malade ne présentant aucune espèce d'accident inflammatoire autre que celui que nous venons de signaler, et les symptômes subjectifs que l’on rencontre habi-
(1) Voir thèse de Puig. Blessures de l'oreille par armes à feu, page 62.
tuellement dans les traumatismes de cette nature, faisant défaut, on ne pratique aucune tentative d'extraction du corps étranger.
Après avoir appliqué un pansement antiseptique sur la plaie, le malade est ramené à son lit.
M. le professeur Poncet quitte le service; M. Gangolphe chargé de le remplacer, juge cette conduite très prudente et Jaisse de côté toute idée d'intervention. On est encore d’autant plus confirmé dans cette idée que le malade n’a pas de température et que l’état local est aussi satisfaisant que possible.
Le 14. — Un peu de température, la mastication est de plus en plus difficile : grande sensibilité de la région préauriculaire. Dans la nuit du 14 au 15, douleurs violentes empêchant tout sommeil. Paralysie faciale, Le malade est agité, bruyant; élévation notable de la température, gonflement au- dessous du conduit auditif externeet dans la région préauriculaire. En présence de ces symptômes, on décide d'intervenir, plutôt dans le but d’assainir le trajet et d'assurer le libre écoulement des liquides que dans l’idée d’aller à la recherche du projectile.
Anesthésie à l’éther. Un stylet simple introduit dans le conduit auditif externe arrive sur un corps résistant et donne lieu à un son qui ne ressemble en rien à celui que l’on obtient sur une surface osseuse dénudée.
Pour confirmer le diagnostic, on introduit avec beaucoup de difficulté le stylet de Nélaton, qui donne une empreinte caractéristique. Quelques tentatives d'extraction sont faites par la voie directe avec une pince à séquestre très fine ; mais le projectile paraît fortement enclavé dans l’os. M. Gangolphe jugeant alors son extraction trop dangereuse en raison de la profondeur à laquelle il est situé et son siège probable dans le voisinage de la carotide interne, abandonne toute idée d’extirpation. Il ne songe plus qu’à établir une désinfection parfaite de la région et un drainage aussi complet que possible. À
Une incision de deux centimètres est alors pratiuqée un