‹ De la Voie Rectale et de son Utilisation en ThérapeutiqueChapitre 23 sur 25 · INDICATIONS ET AVANTAGES DE LA VOIE RECTALE · texte numérisé non relu

INDICATIONS ET AVANTAGES DE LA VOIE RECTALE

Les indications précises de la voie d’absorption rectale sont très nombreuses et méritent d'attirer l'attention, puisque, au point de vue pratique, elles concentrent à elles seules les préoccupations du médecin désireux de faire une bonne thérapeutique. : Il serait puérile de. vanter les avantages d’une méthode opposée à la voie d'absorption per os, si elle ne possédait un rôle distinct et bien déterminé. De plus à notre époque la mode, si j'ose dire, confiante dans les bienfaits de la méthode hypodermique et enhardie par ses nombreux succès, semble rendre, dès l’abord, inutiles les tentatives faites en faveur du rectum à l’exclusion de la peau. Il est peu probable que jamais les deux méthodes d’absorption, hypodermique et rectale, soient jamais mises en parallèle, et que l’une triomphe même au détriment de l’autre. Les indications de chacune d'elles sont trop bien tranchées et les différences qui les séparent si nettes qu'il serait difficile de déclarer la première supérieure à la seconde.

Contentons-nous donc d'établir dans quels cas

RMS SUIHE déterminés d’une façon précise il y aura vraiment à indiquer plutôt la voie rectale que la voie stomacale. |

Les règles que l’on pourrait établir sont fondées sur l’opportunité qu’il y a à préférer la voie rectale toutes les fois qu’il se rencontre une impossibilité matérielle à faire prendre par la bouche les médicaments, étant admis qu’on ne pense pas aux injections hypodermiques. Dans cet ordre de faits, rentrent le rétrécissement de l’œsophage accidentel ou ofganique, le spasme œsophagien ou symptomatique ou idiopathique, le trismus, etc. Dans ces circonstances non seulement les médicaments, mais encore les aliments devront être administrés par le rectum. Je m'empresserai de dire que les médecins ont songé depuis longtemps à user du rectum quand leurs malades ne pouvaient avaler, ni aliments, ni médicaments.

Où il ya nécessité pressante de songer à abandonner l'estomac comme lieu d'absorption, c’est dans tous les cas, et ils sont nombreux, où la sensibilité gastrique a atteint une hyperesthésie douloureuse, telle que les boissons les plus légères et ptises en quantité même minimes sont rejetées d’une façon certaine et cela dans un laps de temps très court après l’ingestion.

On a fait remarquer depuis longtemps que l’administration maladroïte d’un grand nombre de médicaments à jeûn et prolongée pendant longtemps déterminent des irritations locales suffisantes pour ame-

HT ner la dyspepsie. Les malades éprouvent alors des douleurs telles que c’est pour eux un vrai supplice que de continuer à se soigner. Les syphilitiques donnent à ce point de vue de nombreux exemples de cette catégorie de malades et on en pourrait ajouter bien d’autres et surtout les tuberculeux soumis à des traitements longs et pénibles.

Les expériences mentionnées dans les chapitres précédents nous prouvent surabondamment que la voie rectale devra être choisie chaque fois que la gravité de la maladie exigera une médication prompte et efficace. Le choléra, les accès pernicieux, la fièvre typhoïde et ses complications graves seront surtout tributaires de la méthode rectale.

Dans tous les cas aussi où l’on voudra agir durant une période de temps suffisamment longue et avec énergie il ne faudra pas perdre de vue la ressource première qu'offre la muqueuse rectale. Il sera nécessaire de songer à la fidélité des procédés d’absorption par les suppositoires. Les plus fortes doses médicamenteuses passent ainsi dans l'économie sans qu'il y ait le moindre inconvénient et surtout sans qu'il y ait la moindre irritation locale à redouter.

Une réelle difficulté éprouvée par un grand nombre de médecins est l'embarras dans lequel se trouve le choix du praticien quand il est en présence de ces vives et invincibles répugnances soulevées par la saveur ou l’odeur d'un grand nombre de substances médicamenteuses. Même l’enrobement dans les ca-

chets, tel qu’on le pratique souvent maintenant est loin d'offrir toutes les garanties désirables pour le passage rapide de l'agent médicamenteux dans l’économie. Le rectum, qui facilement peut être débarrassé des matières qu'il renferme par un lavement d’eau, s'offre avec une large surface absorbante. Le traitement dans ces conditions sera poursuivi sans aucun inconvénient et sans que le médecin ait à combattre les vives appréhensions d’un malade dont

le goût se révolte.

Il est souvent malaisé d'avoir recours à l'injection dans le tissu cellulaire quand on veut administrer des doses élevées des médicaments, et c'est alors qu’il devient indispensable d'éviter la voie stomacale pour ae pas produire ces « maladies médicamenteuses > dont nous parlions plus haut, et qui sont dues, non seulement à l'action nocive des médicaments portés dans un estomac à l'état de vacuité, mais encore à l'usage trop prolongé d’une substance dont l’action corrosive, ou pour le moins irritante sur la muqueuse est incontestable.

Nous possédons deux moyens pour porter le médicament dans le rectum, les lavements et les suppositoires. Les premiers offrent de sérieux avantages sur lesquels nous ne reviendrons pas, mais ils possèdent aussi des inconvénients manifestes qui forcent parfois à abandonner leur emploi. Les suppositoires le remplaceront alors très efficacement et permettront de prolonger une absorption qui ne

to fait craindre aucun danger et dont la valeur est indiscutable. È

L'indication des suppositoires semble bien établie dans la tuberculose, la syphilis, la blennorrhagie, la spermatorrhée, les prostatites, etc. Avec les suppositoires nous possédons un moyen de dosage des médicaments très fidèle. Les suppositoires bien faits peuvent admettre des quantités de principe actif qui varient entre 10 centigrammes et 1 gramme. Le beurre de cacao se laisse facilement imprégner par les substances les plus différentes qui s’y trouvent parfaitement incorporées.

Peu de tuberculeux peuvent supporter par la voie stomacale plus d’un gramme de créosote quotidiennement, aussi a-t-on songé à l’administrer par la peau avec l’injecteur de Gimbert ou tout autre appareil analogue, sauf les dimensions plus grandes, à la seringue de Pravaz et pouvant contenir'de 15 à 20 grammes d’une solution ainsi formulée :

Créosote pute 10 grammes.

Huile d'olive vierge stérilisée 150 grammes.

Avec ce mode opératoire on ne peut pratiquer les injections que tous les deux jours. On a observé que dans l’espace de cinq à dix minutes l’haleine prend l'odeur caractéristique de la créosote. A l’aide des suppositoires au contraire, On pourra faire tolérer jusqu’à 3 grammes de créosote par jour et de plus par cette méthode la créosote est bien plus rapidement absorbée que par la voie hypodermique.

Dans un article paru dans le Bulletin de théra-

Page 1