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CHAPITRE V

Pathogénie de la voix eunuchoïde.

La grande révolution qui s’accomplit dans le larynx à l’époque de la puberté, et que nous avons étudiée en détail au chapitre précédent, va nous servir de base pour édifier notre théorie sur la pathogénie de la voix eunuchoïde ; mais auparavant il importe de faire remarquer ce fait qui nous à frappé et qui vient à l’appui de l'hypothèse que nous allons émettre, que la plupart des sujets présentant une voix eunuchoïde ont eu, après leur guérison, une voix de basse très marquée.

Peut-on tirer de ce fait une conclusion pouvant servir à jeter un peu de lumière sur la pathogénie de cette infirmité ?

Cela nous semble possible; on sait, en effet, que les dimensions du larynx sont à peu près en rapport avec le ton de la voix. Cet organe est d'autant plus volumineux que la voix s’étend d'avantage dans le registre d’en bas. Aussi trouve-t-on, chez les individus ayant des voix de

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basse, des cordes vocales longues et larges et un larynx présentant de grandes dimensions dans tous les sens et surtout dans le diamètre vertical. Inversement, chez les ténors on trouve un larynx petit dans toutes ses dimensions et des cordes vocales courtes. La saillie de la pomme d'Adam, très marquée chez les basses, est chez eux très peu accentuée. Leur larynx est un type de transition entre celui de l’homme et celui dela femme. Les larynx de baryton présentent des dimensions moyennes.

Etant données ces différences de volume entre les larynx de basse et ceux de ténors, pour ne parler que des types extrêmes, on comprend aisément que chez les premiers, à l’époque de la mue, le remaniement que subit leur organe

vocal ne se fasse pas sans quelque difficulté et que

les troubles pathologiques, tels qu’enrouement, aphonie, soient plus fréquents chez eux où l’appareil laryngien se modifie dans des proportions énormes. Cette constatation nous donne la clef de la voix eunuchoïde qui n’est, en somme, qu'une mue persistante et vicieuse.

Peu d’auteurs se sont occupés de rechercher l’origine de ce singulier type de voix.

Fournié, que nous avons déjà cité en parlant des troubles anatomo-pathologiques qui seraient d’après lui l'apanage de la voix de châtré, pendant l’émission des sons, à reconnu que chez tous ses malades ces troubles s'étaient manifestés au moment de la mue. Pendant toute cette période, leur voix a été très altérée, ils ont eu de l’enrouement, même de l’aphonie et lorsqu'ils ont parlé à nouveau, ils l’ont fait avec le timbre de la voix eunuchoïde.

Ilexplique ce phénomène par un manque d’harmonie

PER ae dans le développement des différentes pièces du squelette laryngien ; les unes se développant d’une manière trop prompte et les autres trop lentement.

Il résulterait de ce manque de concordance une glotte d'une forme spéciale, ka forme en V due à ce que les crico-aryténoïdiens latéraux et les thyro-aryténoïdiens sont impuissants à rapprocher les cordes vocales.

Nous avons déjà dit que, pour nous, la glotté en forme de V n'existe pas, par conséquent cette théorie pathogénique ne saurait être admise. |

Dans l'observation déjà citée du D’ Trifiletti, celui-ci émet l'hypothèse que la voix eunuchoïde pourrait être due à des altérations très légères du système nerveux central et périphérique.

Le faible degré d'intelligence de son malade et le ce balbutiement qu’il présentait ne lui ont point paru devoir être séparés des troubles vocaux. Pour lui, la voix eunu- choïde serait bien le résultat d’une mue défectueuse, mais qui serait due à un vice de développement du système neuro-musculaire qui préside à la fonction de la formation de la voix. |

Cette observation et l'hypothèse qu’elle a fait naître touchant la pathogénie de la voix eunuchoïde ne nous semblent présenter qu’un intérêt médiocre, attendu qu'on peut considérer les troubles intellectuels présentés par le malade comme exceplionnels. Dans aucune des observations que nous rapportons, le sujet ne présentait de troubles du côté de l’inteliigence, ni d’aucun autre côté de l’appareil phonateur, pouvant faire penser à une lésion du système nerveux central ou périphérique.

Il est plus simple et plus rationnel d'admettre pour

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