‹ De la Voix Eunuchoïde son TraitementChapitre 12 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Evolution de la voix.

Avant d'aborder les différentes théories émises sur la pathogénie de la voix eunuchoïde, il est de toute nécessité d'étudier les diverses phases du développement du larynx et les modifications considérables qu’y apporte la puberté.

Chez le nouveau-né, il est à remarquer que le diamètre transverse ou respiratoire du larynx l'emporte sur le diamètre antéro-postérieur ou vocal d’une quantité plus grande que chez l’adulte. Aussi, chez un enfant de deux à trois mois, le diamètre transverse est de 15 à 18 millimètres, tandis que le diamètre antéro-postérieur n’est que de 10 à 12 millimètres, eest-à-dire; que le diamètre antéro-postérieur est au diamètre transverse dans la proportion de 3 à 5, ce qui ne surprend pas, attendu que l’enfant a beaucoup plus besoin de respirer que de crier.

Pendant les premières années de la vie, le larynx varie très peu dans ses dim nsions, et son accroissement n’est pas proportionné à celui de la taille, mais comme le pou-: mon est le viscère prédominant, on s’explique facilement que la voix de l’enfant soit si aiguë et si intense, étant

donnée la petitesse de l’organe mis en vibration par un aussi puissant soufflet. 4 . Le développement du larynx se fait d’abord dans les régions d’articulation, on remarque que, dans les premières années de la vie, les cornes inférieures du cartilage thyroïde sontaussi développées que les cornes supérieures ; la courbe présentée par l’épiglotte en avant, dans le sens transversal, est plus prononcée que chez l'adulte, ce qui répond à une gouttière plus marquée sur sa face postérieure; les ventricules de Morgagni sont également plus développés relativement que chez l'adulte. La partie inter-aryténoïdienne ou glotte respiratoire est également très développée relativement à la glotte interligamenteuse ou vocale. Ce n’est que vers l’âge de six à sept ans que les ligaments fibreux des cordes vocales et les muscles commencent à se développer. À ce moment, l'enfant peut parcourir assez facilement l’échelle diatonique d’une octave. Puis, jusqu’à l’âge de quatorze ans, le larynx se développe lentement, il y acomme une nouvelle pause, pendant laquelle il y a presque similitude entre la voix de la fillette et celle du garçon, similitude qui correspond du reste à une grande analogie dans la conformation anatomique de leur organe vocal. Vient ensuite la grande révolution de la puberté, la mue de la voix, qui apporte dans le larynx des changements énormes et amène des différences caractéristiques entre la voix du jeune garçon et celle de la jeune fille. Get accroissement brusque du larynx est en rapport avec le développement rapide des organes génitaux ; il dure de six mois à deux ans, sauf pour des cas exceptionnels déerits sous le nom de mues multiples. (Thèse de R. Bergeron, 1879, De la Mue de la voix.)

Ces mues peuvent être réunies en deux groupes : les mues prémonitoires qui sont au larynx ce que les menstruations infructueuses et avortées sont à l’utérus. Il peut se faire, en effet, qu’un certain temps avant la puberté, le Jarynx s’essaie à muer, que des troubles de la phonation apparaissent, mais sans être suivis dans l’organisme de modifications dénotant l’apparition de la puberté. Ce sont de fausses mues et les modifications laryngées ne seront durables qu’autant qu’il y en aura d’analogues du côté des organes génitaux.

Dans d’autres cas, et ces mues peuvent être désignées sous lenom de mues tardives, il se produit, après une mue véritable et ayant évolué normalement, une autre mue qui viendra abaisser encore la tonalité de l'organe vocal, par suite du nouvel agrandissement qu’elle apportera dans les diamètres du larynx.

= Soit un individu qui, lors de sa puberté, a pris une voix de ténor, cet individu peut être pris à nouveau de troubles laryngiens caractéristiques de la mue et cette mue nouvelle aura pour résultat de faire descendre sa voix de quelques notes et, de ténor, il sera devenu baryton. Plusieurs mues successives peuvent se produire et il peut, à la suite d’une mue nouvelle, prendre une voix de basse.

Pendant tout le temps de la mue, la voix est rauque et inégale à mesure que son timbre se rapproche de celui de l’adulte.

L'âge où elle se produit est très variable selon les climats, elle suit nécessairement la précocité ou le retard de l'apparition de la puberté qui, on le sait, se produit plus vite dans les pays chauds que dans les pays froids.

Il y a en effet plus que simultanéité, il y a halancement

entre le développement des organes génitaux et le déve- : Joppement du larynx. Si l’un se développe de préférence, il semble que ce soit au détriment de l’autre dont l’évo= lution passe de ce fait inaperçue. C’est ainsi que, dans les pays chauds où la transformation des organes génitaux s’aäccompagne d’une hyperémie considérable, on note peu ou pas de phénomènes pathologiques du côté du larynx pendant la mue, tandis que, dans les pays froids, il se pro— duit exactement le contraire, le remaniement du larynx à la puberté s’accompagne de troubles nombreux, laryngites, aphonie même, et la transformation des organes génitaux passe au second plan.

Cette relation intime entre le développement des organes génitaux et celle du larynx explique la voix particulière de l’eunuque; bien plus, elle démontre la préséance du développement génital sur le développement laryngé.

Il faut que les organes génitaux se développent pour que le larynx s’accroisse. Aussi, à la suite d’un arrêt de développement ou d’une suppression brusque des organes génitaux à une période antérieure à la mue de la voix, verra-t-on le phénomène de la mue faire défaut, le larynx garder sa configuration infantile et le timbre de la voix rester le même, à cette petite exception près, que nous avons signalée d’ailleurs, que la voix de castrat diffère un peu de la voix d’enfant et se rapproche un peu plus du soprano féminin. Gette corrélation intime entre les organes génitaux et la voix est encore mise en évidence par ce fait bien connu des chanteurs, de l'influence désastreuse des excès vénériens sur l’émission des notes élevées.

Dans le sexe féminin, l’action de l’appareil génital sur l'appareil laryngienretentit de différentes manières. C’est

ainsi qu’il n’est pas rare de voir coïncider avec la menstruation ou la grossesse, certaines névroses laryngéés. On a vu également des aphonies survenir à la suite de versions ou de flexions utérines et guérir après le redressement de l’organe.

L’accroissement des organes génitaux et celui du larynx se font dans des proportions analogues pendant la période de la mue et cet accroissement est considérable. En effet, ainsi que le fait remarquer Fournié, pendant cette période les diverses parties du larynx prennent un développement deux fois plus grand que celui qu’elles avaient acquis depuis la naissance jusqu’à cette époque. |

Ce sont les cartilages thyroïdes et aryténoïdes qui se développent principalement, et c’est surtout le diamètre antéro-postérieur qui s’accroît par suite de l’augmentation des lames du cartilagethyroïde dans le sens postérieur. C’est cela surtout qui caractérise la mue, ainsi que la con séquence physiologique de cet allongement du diamètre antéro-postérieur du larynx, c’est-à-dire l’abaissement de tonalité de la voix. |

Le diamètre vertical du larynx s’accroît par l’allongement en hauteur des cartilages thyroïdes et aryténoïdes.

Le diamètre transversal augmente dans de moindres proportions.

Les cordes vocales deviennent plus épaisses et s’allongent, surtout les inférieures qui passent de 15 à 25 millimetres chez l’homme et de 15 à 20 millimètres chez la femme. Les cartilages deviennent plus résistants à mesure qu’ils acquièrent une épaisseur plus grande.

Enfin, on note du côté de la muqueuse un certain état inflammatoire qui détermine la raucité particulière de la voix

à cette période et peut même ameneruñeaphonie passagère. * Ce phénomène de la mue doit être étudié chez le jeune garçon, si on veut le voir se produire dans toute sa netteté et avec tous les phénomènes d'ordre physiologique ct pathologique qui accompagnent le plus souvent. Chez la fillette les troubles laryngés qui constituent la mue, sont beaucoup moins accusés et cela se conçoit aisément, étant donné que son larynx se modifie beaucoup moins que celui du jeune garçon. Nous avons vu plus haut queles cordes vocales passent de 15 à 25 millimètres de longueur chez ce dernier pendant la durée de la mue, tandis que chez la femme elles prennent un accroissement moitié moindre pendant cette période, d’où cette conséquence phy- ‘siologique que chez elle la voix, aulieu de baisser d’une octave, gagne beaucoup moins dans le registre d’en bas. Après l’époque de la puberté, Le larynx continue à croître mais bien plus lentement et ce développement ne se distingue plus du développement des autres parties du corps. Son évolution complète n’est terminée que vers l’âge de vingt à vingt-deux ans chez la femme, et de vingt à vingt-cinq ans chez l’homme, alors que l’accroissement général est également arrêté.

A lapproche de la vieillesse, de quarante-cinq à cinquante ans chez l’homme et un peu plus tôt chez la femme, suivant en cela toujours les modifications de l’évolution génitale, surviennent des modifications sensibles de la voix.

C’est chez la femme surtout que ces phénomènes de mue tardive se font sentir, inversement de ce qui se produit à l’époque de la puberté, où le larynx masculin est de beaucoup le plus modifié.

A l’époque de la ménopause, alors que la femme tend à

De se neutraliser, pour ainsi dire, par suite de l’atrophie utéro ovarienne, l'organe vocal subit une puissante modification, la voix prend une tonalité beaucoup plus basse.

Chez l’homme, les phénomènes sont moins accusés et la voix garde son timbre clair, jusqu’au moment où la vieillesse imprime au larynx comme au reste de l’organisme le sceau de la déchéance finale et l’effrondement de la voix accompagne celui de lindividu.

Ces modifications séniles tiennent à l’ossification des cartilages, à l’ankylose des articulations, à la plus grande faiblesse des muscles, au desséchement de la muqueuse et aussi à la diminution de la force d’expiration pulmonaire chez le vieillard qui amène une diminution de Pintensité vocale.

On peut cependant observer au lieu de cet abaissement de tonalité qui est la règle chez le vieillard, que certains d’entre eux parlent en voix de fausset. Fournié admet que, chez ceux-ci, l’infiltration granulo-graisseuse empêche les muscles de se contracter efficacement, l’accollement des cordes vocales ne peut se faire, l’ellipse reste plus large, ce qui donne à la voix le caractère de la voix eunuchoïde.

D’autres causes contribuent encore à donner à la voix des vieillards son timbre spécial, ce sont les altérations qui se produisent dans les cavités sus-glottiques et notamment la disparition des dents.

En somme, la mue d’une voix n’est qu’un long abaissement de tonalité, depuis le premier cri de l’enfant, jusqu’à la dernière plainte du vieillard, traversée par cette phase brusque de la puberté.

Page 1