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CHAPITRE PREMIER

Considérations sur le Larynx envisagé comme

organe vocal.

Si l’on jette un coup-d’œil sur l’historique de la phonation, on est frappé par ce fait que tous les physiologistes ont essayé, pour étudier ce phénomène, de comparer le larynx à l'instrument de musique qu’ils supposaient avoir le plus d’analogie avec l’organe vocal.

Cette idée, évidemment très ingénieuse, ne péchait que par sa simplicité même : car, en dépit des ressemblances, aucun instrument de musique n’est exactement comparable au larynx humain. « Le larynx ressemble à un larynx », ont dit Richerand et Beraud, et pour obéir aux mêmes lois d’acoustique que les cordes d’un violon ou les lames d’un hautbois, il n’en est pas moins vrai que les cordes vocales s’en distinguent par beaucoup d’autres

AD points, ce qui fait la difficulté de la physiologie de la voix. Si nous passons en revue quelques-unes de ces comparai+ sons, nous voyons que Galien (172) avait comparé le larynx à une flûte, la glotte figurant l'embouchure, la trachée le corps de l'instrument; Fabrice d’Aquapendente (1537) adopte la comparaison de Galien en la modifiant quelque peu. Pour lui, c’est le tuyau vocal sus-glottique qu’il assimile au corps de Pinstrument.

Doddart (1700) comparé le larynx, d’abord, a un cor de chasse, puis à un châssis bruyant, enfin à un sifflet humain.

Ferrein (1741) invente un nouvel instrument, le dicorde pneumatique, auquel il compare le larynx. Le courant d'air jouant le rôle d'archet fait vibrer les cordes d’une viole.

Cuvier (1805) compare les variations de la glotte à celles des lèvres des joueurs de cor ou à celles de la lame de cuivre des jeux d’anches.

Despinez (1821) trouve une certaine analogie entre le larynx et le trombone et, pour justifier sa comparaison, il admet que les changements de dimension du pharynx modifient la hauteur des sons vocaux, comme le fait le raccourcissement ou l'allongement du tube mobile des trombones. |

Magendie (1823) assimile le larynx à un hautbois; il défend, ainsi que Biot, la doctrine des anches.

Savart (1825) qui compare le larynx à l’appeau des oiseleurs fait jouer un grand rôle aux ventricules.

Malgaigne (1831) compare la glotte à un petit instrument qu’on appelle une pratique, les cordes vocales inférieures sont des anches doubles molles et flexibles

ERA PNR

qui ont besoin d’être tendues pour entrer en vibration.

Longet (1841) admet la comparaison de Savart.

Diday et Pétrequin (1840) assimilent le larynx à un cor de chasse dans la voix sombrée, à un hautbois dans la voix blanche et à une flûte dans la voix de fausset.

La question entre ensuite dans une phase plus scientifique avec Bataille (1861), Moura-Bourouillou (1861), Fournié (1866), Mandl (1872), Helmholtz. Ces auteurs s'occupent de savoir si le son est produit par la vibration de Pair à travers la glotte ou par les vibrations des lèvres mêmes de l’orifice glottique.

Doddart, Favart, Biot, Loscovins, Longet, Helmholtz, Mandi admettent que le son glottique est dû aux vibrations de Pair.

Muller, Bataille, Fournié, M. Duval, Gay, etc., prétendent au contraire que la voix est produite par la vibration des cordes vocales.

= Nousne voulons point passer en revue les divers arguments fournis par les partisans de ces deux théories, cela ne rentre pas dans le cadre de notre travail, d’autant que c’est un fait aujourd’hui à peu près universellement admis, que la voix est due uniquement aux vibrations des cordes vocales inférieures.

Que les vibrations des cordes vocales rendent des sons peu en rapport avec leurs dimensions : on l'explique aisément par l'intervention de cette énorme caisse de renforcement située au-dessous d’elle et qui est le thorax avec le poumon et la trachée.

Le poumon renforce les sons, cela ne fait de doute pour personne, et les différentes maladies (pneumonie massive, pleurésie double, etc.) modifient plus ou moins Pintensité

TO NCE de la voix parlée, mais en est-il de même de la trachée ; le fait est plus douteux.

Gouguenheim et Lermoyez (Physiologie de la voix et du chant) pensent que son rôle renforçaieur chez l’homme est presque nul.

- Quant aux cordes vocales supérieures, il est probable qu’elles renforcent le son dans des proportions d’ailleurs assez faibles.

Ceci étant admis, la production de la voix par la vibration des cordes vocales inférieures et le renforcement du son par les différents organesque nous venons de nommer, il importe de signaler maintenant quels sont ceux qui donnent à la voix son timbre spécial, c’est-à-dire les résonnateurs.

À l'inverse des renforçateurs de la voix, qui sont situés au-dessous de là glotte, tous les résonnateurs sont au cohtraire situés au-dessus. Le son étant émis, il passe dans ces diverses caisses de résonance qui sont les ventricules, le pharynx, la bouche, les fosses nasales et leurs sinus, et c’est dans ces différentes cavités qu’il s’harmonise et acquiert son timbre particulier.

Avant d'étudier le fonctionnement de la glotte et les diverses théories de la formation de la voix, ce qui fera l’objet du chapitre suivant, jetons un coup d’œil sur les différentes hypothèses émises au sujet du corps qui vibre dans la glotte.

On sait, en effet, qu’elle est essentiellement constituée par un muscle, le thyro-aryténoïdien, recouvert par une muqueuse dont le sépare un cordon fibro-élastique.

Quel est, de ces trois éléments, celui qui vibre pendant l’émission des sons ou bien vibrent- ils tous ?

Toutes les opinions ont été soutenues. Pour Fournié, le corps qui fournit les vibrations caractéristiques des sons de la voix est constitué par la muqueuse et il explique ainsi aisément l'influence queles causes les plus légères, telles que refroidissement, poudres irritantes, ete.,

exercent sur l'intégrité de la voix. Le larynx est donc,

pour lui, assimilable à une anche membraneuse et le son est produit par les vibrations des bords de cette anche.

Quant aux différents tons de l’échelle vocale ils sont obtenus par l’union des deux procédés de tension de l'anche et par la diminution ou laugmentation de l’ouverture dans le sens de la longueur. Partant de cette idée, il donne une théorie des différentes espèces de voix et notamment de la voix eunuchoïde, théorie sur laquelle nous reviendrons lorsque nous traiterons de la pathogénie de cette affection.

Gouguenheim et Lermoyez {Physiologie de la voix et du chant) attaquent violemment cette théorie et n’attribuent à la muqueuse qui revêt les cordes vocales qu’un rôle de protection des tissus et un pouvoir sécréteur qui favorise le jeu des parties sous jacentes.

Pas plus que la muqueuse, le ligament fibro élastique ne vibre pendant l’émission des sons, son rôle est seulement d'empêcher la muqueuse de se plisser au moment de la phonation et de la faire adhérer plus intimement au muscle sous--jacent. i

Au thyro-aryténoïdien seul, ils réservent le rôle de corps vibratoire, car il possède seul l’énergie, la consis tance et l’élasticité suffisantes pour produire les vibrations vocales.

Les vibrations du muscle entraînent la muqueuse et le

ligament fibro- élastique, car toutes ces parties sont si intimement unies que, lorsque le muscle entre en vibration, il entraîne avec lui toute la corde vocale.

L'année suivante, dans sa thèse inaugurale (Étude expérimentale sur la phonation, Paris, 1886), Lermoyez conclut, de ses expériences cadavériques, à une théorie absolument contraire au sujet du corps vibratoire dans la formation des sons.

L'opinion précédemment émise au sujet du corps qui vibre dans les cordes vocales est celle de presque tous les traités de physiologie : les divers tissus qui composent la corde vocale sont si intimement unis qu'on ne saurait concevoir, disent les auteurs, que l’un d’eux vibre isolément; quand l’oscillation se produit, elle doit entraîner tout l’ensemble de la corde vocale.

Les expériences de Lermoyez vont absolument à l’encontre de cette manière de voir. Nous en relatons quelques-unes exposées dans sa thèse :

Exp. IV. « Le larynx étant en position vocale, c’està-dire la glotte postérieure étant fermée et les cordes inférieures moyennement tendues, le courant d’air passant à travers la glotte lui fait successivement prendre les aspects suivants :

D'abord l’air sort silencieusement, produit une tension de transversale qui bombes les cordes vocales et dilate la glotte. Aussitôt on voit deux membranes grises se détacher de chaque côté des lèvres glottiques et venir vibrer dans la lumière de la glotte qu’elles rétrécissent : à cet instant précis, le son se produit. Ces deux lèvres vibrantes sont constituées par la muqueuse, jamais elles n’arrivent à se toucher et laissent entre elles un espace fusiforme vide. »

Exp. V. « $i on vient alors à piquer avec une aiguille

Ja partie vibrante on ne traverse que la membrane mu-

queuse. »

Exp. VI. « Si avec un fin bistouri on enlève délicatement toute la muqueuse, le larynx devient aphone dans les circonstances actuelles. »

Les expériences de Martel lui ont donné des résultats analogues.

Comme on le voit, c’est en somme la théorie de Honie, mais qui n’est vraie que pour Be production de la voix de tête.

Il résulte en effet d’une autre série d'expériences de Lermoyez ayant trait à la production de la voix de poitrine que:

Exp. XX. « Si l’on vient à piquer avec une aiguille la zone vibrante à sa partie moyenne on traverse les cou- -ches muqueuse et fibreuse, mais non le muscle. »

Un larynx auquel on a enlevé la muqueuse vocale ne peut plus produire de sons de tête, mais continue à produire des sons de poitrine.

Enfin, Exp. XVII « Si l’on enlève la couche ae teuse des cordes vocales en laissant intact le muscle thyro-aryténoïdien, le larynx devient complètement aphone, quel que soit le procédé employé pour le mettre en vibration. »

Indépendamment de ces expériences, il existe d’autres arguments qu'on peut émettre à l’appui de la théorie soutenue par Lermoyez. [l est actuellement démontré que le muscle thyro-aryténoïdien s’amincit à mesure qu’il se tend.

Malgaigne insiste sur cette disposition que prennent

to les rubans vocaux à mesure que leur tension augmente et croit que cet amincissement contribue à accroître la hauteur du son.

A l'examen laryngoscopique, Stoerck, chez des sujets maigres dont le larynx était éclairé à l’aide d’une forte lumière pénétrant à travers les tissus, à pu se rendre compte expérimentalement de l’amincissement du muscle thyro-aryténoïdien à mesure que sa tension augmentait.

Et, d’autre part, comment admettre le rôle vibrant du muscle si l’on admet en même temps qu’il relôche par sa contraction les cordes vocales.

L'hypothèse d’un muscle qui se relâche d'autant plus qu’il se contracte n’est guère compréhensible, de sorte que Lermoyez conclut pour toutes ces raisons que : dans : la production de la voix de poitrine la muqueuse et le ligament fibro-élastique vibrent, mais que jamais le thyroaryténoïdien n’entre en vibration, se séparant très nettement ainsi de la théorie classique qui admet la vibration simultanée de toutes les parties constituant la corde

vocale.

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