HISTORIQUE
L'acide oléique étant un acide gras liquide résultant de la saponification des huiles non siccatives et de la partie liquide des graisses, je suis entraîné nécessairement à faire l'historique des recherches chimiques sur les corps gras.
La nature chimique des corps gras a été longtemps : inconnue. Borrichius est le premier qui ait fait une attention particulière, dans le xvu° siècle, à la fumée piquante qui se dégage des matières grasses fortement chauffées et qui ait décrit les mauvais effets qu'elle produit sur ceux qui s’y exposent. En 4740, Cartheuser, d’après l’action des acides puissants sur les huiles végétales, a le premier considéré la graisse comme une huile épaissie par un acide. Grutsmacher s’est occupé de cet acide de la graisse en 1748. Haller, Crell, Guyton, ont décrit cet acide des graisses, qui est l’acide sébacique, et Berthollet y a reconnu la présence de l’oxygène et son action sur les oxydes métalliques. Fourcroy, dans l’action de l’acide azotique sur la graisse, démontre que l’acide sébacique ne se forme que sous lPinfluence de la chaleur et, dit-il, d’une fermentation particulière, ce qui donne lieu à la rancidité de la graisse. A la suite de ses recherches sur le gras du cadavre, il attribue la formation des savons et des emplâtres à l’oxydation de l'huile sous l’influence de l’air et des alcalis ou des oxydes métalliques. La glycérine, découverte en 1779 par Scheele, fut regardée d’abord comme une matière gommeuse particulière à certaines huiles et pour ainsi dire accidentelle. Au moment des découvertes de Chevreul, Braconnot rejette les idées de Foureroy, mais il ignore le rôle de la glycérine.
C'était à notre illustre chimiste, M. Chevreul, qu’il était réservé d’établir d’une manière nette et précise cette constitution des matières grasses. Ce fut en 1815 que ce savant publia ses remarquables travaux. Il démontra les analogies incontestables que présentent les corps gras neutres avec leséthers. Darcet avait dit, ultérieurement aux travaux de Chevreul, que les savons sont des sels. En effet, les corps gras se
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dédoublent à la manière des éthers en fixant les éléments de l’eau pour régénérer des acides et de la glycérine.
Le créateur de la synthèse en chimie organique, M. Berthelot, dans ses mémorables travaux, Synthèse des corps gras, en 1854, après avoir établi la loi générale qui préside à la composition des corps gras, s'appuie même sur cette loi pour former aujourd’hui, non seulement 45 ou 20 substances naturelles, mais près de deux cents millions de corps gras, obtenus par des méthodes prévues, et dont les principales propriétés sont annoncées d’avance. Comme le dit notre éminent professeur : « Le domaine où la synthèse exerce sa puissance créatrice est donc en quelque sorte plus grand que celui de la nature actuellement réalisée. » Par cette synthèse des principes immédiats des graisses des animaux, M. Berthelot a démontré d’une façon évidente que l’oléine, la stéarine, etc., sont des espèces de sels formés d’un acide gras fixe ou volatil et de glycérine, constitution analogue à celle des éthers. MM. Pelouze, Gélis. Dumas et Péligot ont confirmé cette analogie.
En outre, M. Berthelot, dans sa synthèse de la trioléine, qui est l’oléine naturelle, démontre que la glycérine remplit réellement les fonctions d’un alcool et doit être considérée comme un alcool triatomique.
L’acide oléique, dont les premières notions viennent de M. Chevreul, a élé étudié spécialement par MM. Gottlieb, Varrentrapp, qui ont donné la manière de l'obtenir à l’état de pureté parfaite.