‹ De l’anémie et specialement de l’anémie chez les mineursChapitre 16 sur 17 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Durée, Pronostic, Prophylaxie et Traitement.

Durée.

Il est évident que la durée de l'anémie, chez les mineurs, variera suivant le temps qu'ils resteront exposés aux causes qui lui ont donné naissance.

Cette durée variera encore plus suivant la forme de l'anémie dont ils sont atteints.

Quelques semaines de repos suffiront, le plus souvent, avec un traitement convenable, à faire disparaître les symptômes de l'anémie fonctionnelle.

L'anémie confirmée, au contraire, l'anémie essentielle, qui s'accompagne d'une déglobulisation quelquefois si considérable du liquide sanguin, exigera un temps beaucoup plus long avant d'aboutir à une terminaison.

L'aglobulie qui peut succéder aux intoxications par les gaz délétères ne se produisant qu'à la suite d'une respiration prolongée de ces gaz,

et lorsque dos troubles dyspeptiques existent ordinjiirenipnt déjà depuis longtemps, sera égalelement lente à disparaître.

Les formes d'anémie qui accompagnent les empoisonnements métalliques ne peuvent cesser d'exister que lorsque les effets produits par l'agent toxique sont eux-mêmes complètement eflacés.

Bien plus, il résulte des recherches du docteur Malassez que l'anémie saturnine disparaît trèslentement, môme après la cessation des accidents aigus (1).

Quelquefois on voit durer autant que la vie certaines anémies d'origine saturnine, mercurielle ou arsenicale, tant les désordres produits par ces poisons offrent de ténacité.

Par contre, les anémies des convalescents, celles qui suivent les fièvres continues ou les maladies à cycle déterminé, comme la pneumonie, se font remarquer par la rapidité avec laquelle les globules se reproduisent.

L'anémie qui suit ou plutôt accompagne les manifestations aiguës de la diathèse rhumatismale, est plus persistante, mais elle l'est moins encore que l'anémie qui survient pendant qu'un sujet est sous l'influence de l'impaludisme, surtout

(1) Recherches sur l'anémie saturnine. (Gazette médic ilo dd Paris, 1874).

lorsque des atteint(;s longues et répétées ont amené cet état d'affaiblissement de l'organisme souvent compliqué d'altération de la rate, auquel on donne le nom de cachexie paludéenne.

Quant aux formes d'anémie qui compliquent beaucoup de maladies chroniques, qu'elles soient ou non diathésiques, leur durée est habituellement la même que celle de ces maladies.

Pour ce qui est des anémies vraies que laissent les hémorrhagies, leur durée est subordonnée à l'abondance ou aux causes de ces hémorrhagies. Si ces hémorrhagies sont entretenues par une cause interne non disparue, elles risqueront de se perpétuer, d'aller même croissant, tandis que si l'hémorrhagie a été d'origine

traumatique, peu abondante, et qu'elle ne se reproduise pas, l'anémie ira vite en diminuant.

3° Terminaison.

Quand l'anémie aboutit à une terminaison, celle-ci est bien plus souvent heureuse que fatale. Mais beaucoup d'anémies primitives persistent parce que les causes physiologiques qui les ont produites ne cessent pas d'exercer leur action.

Les anémies fonctionnelles se terminent généralement par la guérison. Il est cependant des cas dans lesquels les symptômes résistent long-

temps, même aux médicaments toniques, et l'on est obligé de prescrire un arrêt de plusieurs mois dans le travail habituel pour les voir s'amender.

Les anémies de cause toxique peuvent tendre à la chronicité quand les empoisonnements, qui les ont amenées, ont laissé des vestiges profondément implantés dans l'organisme.

L'anémie paludéenne peut aboutir à la guérison, mais, si l'état cachectique est déjà survenu, elle peut passer à l'état chronique et peut-être même céder sa place à la leucocytose.

On guérit de l'anémie rhumatismale ; on guérit encore mieux de l'anémie des convalescents ; mais les formes d'anémie qui accompagnent les manifestations tuberculeuses et cancéreuses ne guérissent point. Et si les anémies dyspeptiques peuvent sous l'influence d'un traitement tonique, diminuer d'intensité, elles attendent pour disparaître complètement que la dyspepsie soit disparue, ou du moins grandement améliorée.

Les autres anémies consécutives aux maladies chroniques ne peuvent, elles aussi, aboutir à une terminaison qu'après la guérison de la maladie primitive.

Quant aux anémies hémorrhagiques, leur terminaison varie suivant la nature et le degré de l'hémorrhagie.

5" Pronostic.

Les éléments du pronostic de l'anémie se tirent surtout de la notion causale. On peut dire que les anémies secondaires ont le môme pronostic que la maladie dont elles sont la conséquence ; pronostic bénin, si la maladie primitive est complètement disparue, pronostic plus sérieux, si elle persiste encore.

Il faut tenir compte du degré de l'anémie; car même celle qui succède aux hémorrhagies peut fournir un pronostie très-grave si l'hémorrhagie a été très-abondante.

Il faut tenir compte aussi de l'idiosyncrasie, de la nature même du sujet anémique, mais de tous les éléments de pronostic, le plus important siégera dans le fait de la persistance d'action des causes qui ont fait naître l'hémorrhagie.

Le pronostic sera favorable, si l'anémique peut être soustrait aux influences anémiantes, pourvu toutefois que son état ne remonte pas à une date trop ancienne.

Enfin le pronostic peut être fatal dans les cas d'hémophilie, où les hémorrhagies succèdent aux hémorrhagies sans que la thérapeutique ait tou- • jours le pouvoir d'entraver leurs réapparitions; fatal aussi, dans certaines anémies confirmées et à un degré extrême, où les syncopes sont

excessivement fréquentes, où le travail même (le la digestion ne peut plus se faire par suite de l'insutrisance du sang ; et le corps, ne pouvant plus recevoir les aliments réparateurs, achève d'épuiser le liquide sanguin si pauvre déjà, et qui va s'appauvrissant encore tous les jours, jusqu'à ce qu'une dernière syncope vienne terminer la scène.

4° Degré de fréquence.

En rapportant au chiffre de 1,000 ouvriers et à la durée d'une année le nombre des cas d'anémie que j'ai constatés dans la houillère où j'ai fait mes observations, j'arrive aux proportions suivantes :

Pour 1,009 ouvriers et par année,

Anémies fonctionnelles, environ. . . 30 cas

t° Anémies essentielles 'I

3° Anémies par intoxication (*)

4" Anémies secondaires, consécutives au rhumatisme, à la fièvre intermittente et aux autres maladies

aiguës ou chroniques ^4

5" Anémies consécutives aux hémorrhagies 6

Total 61 cas

(*) Le malade qui fait le sujet de ma 2™« observation a une forme d'anémie que l'on pourrait classer dans le 3'"" groupe ; car il est mineur aux rochers et par conséquent exposé h respirer des gaz délétères, mais la fiovro intermittente, qu'il a eue h plusieurs reprises cette année, me paraît avoir ou plus d'influence sur la production de son anémie que son travail professionnel.

C'est pourquoi j'ai mis ce cas dans le groupe suivant.

Je ferai remarquer que ce cliilïre d'aiiéiuiques n'a jamais existé dans son enlier à un momont donné. Beaucoup de ces formes guérissent rapidement, en sorte que le môme mineur pourrait être porté plusieurs fois dans une môme année et dans des groupes différents .

5" Influence générale de l'anémie des mineura sur la durée de leur vie.

Michel Lévy dit : « Les statistiques anglaises prouvent que la vie du bouilleur est abrégée ; dans le sud du pays de Galles, ils atteignent rarement leur 45'"*' année, et sur 1,163 individus, il n'y en a pas 6 qui soient arrivés à 60 ans. » (1).

R. Wilson, dans ses statistiques, a constaté que tandis que la durée probable de la vie pour les individus âgés de 20 ans est pour toute l'Angleterre de 39 ans, elle est pour les mineurs des comtés de Durbam et de Nortbumberland, de 42 ans.

Pour les mineurs du Staffordshire elle ne serait que de 35 ans ; pour ceux de Cornouailles de 34 ans, et pour ceux du pays de Galles de 30 ans seulement. Wilson a attribué l'élévation de la survie probable dans les deux premiers comtés

{\) Traité d'Hygiène publique et privée. o"'« édition. Paris, 1869, tome n, p. 920.

à la boiiiie iiygiène autant qu'à la bonne conduite observées par les mineurs tlu Nord de l'Angleterre (1).

D'autre part, Vuillemin a publié un tableau donnant l'âge de 1,456 bouilleurs du Nord de la France (2).

403 ouvriers ou 2!()p.Vo sont âgés de 10 à 20 ans 441 — 30 — 20 à 30

157 — 10 — de plus de 50

Dans la bouillcre, à laquelle je suis attacbé en qualité de médecin, sur un cbiffre d'environ 2,000 ouvriers on en comptait, à la fin de juin 1876, 119 qui avaient travaillé pendant plus de 30 ans sans interruption, et on en comptait 256 ayant entre 20 et 30 ans de travail continu à la mine.

N'ayant pu faire le relevé de l'âge des autres ouvriers, je dois me contenter de faire une statistique, qui porte seulement sur les plus vieux ouvriers, en faisant remarquer qu'il y en a un certain nombre, un grand nombre même parmi

(1) Tho Coal-Mincrs ofDurhamand Northiimberland, their Habits and Disoases. in Brit. mod. iourri. 1863 t. !i, p. 329.

(2) lîullotin de la Sociùtô de riiiduslrie minérale, tome X, p. 89.

les autres, qui pourraient venir grossu' les cliiiï'res que je vais donner, mais qui n'ayant pas plus de W ans de travail continu à la mine, se trouvent exelus de cette liste.

Ouvriers .lyant travaillé pondant plus de 20 an.s sans interruptioa à la mine:

âgés de plus de 00 ans 52

— 50 à 00 ans. 88

— 40 à 50 ans 147

— 30 à 40 ans. . : 88

Total 375

On voit donc que l'état sanitaire des mines s'améliore de plus en plus. Ces chiffres se rapportent tous à de vieux ouvriers ; 1 9 d'entre eux ont plus de 40 ans de travail continu à la mine ; (en disant continu, on exclut les interruptions forcées pour cause de maladie.) Le travail se fait donc dans des conditions hygiéniques assez bonnes pour ne pas abréger la durée de la vie. Peu de mineurs cependant continuent après l'âge de 55 ans leur travail souterrain. On les emploie alors aux travaux extérieurs.

L'anémie est par elle-même très-rarement mortelle; mais elle peut, en affaiblissant l'organisme, augmenter le degré de gravité des maladies et constituer môme une prédisposition à les acquérir. Or, il faut reconnaître que, si l'anémie était

chez les iiiiiieuis aussi fréquente qu'autrefois, elle aurait traduit son influence d'une façon plus marquée sur les chiffres que nous avons donnés.

Et si quelques auteurs contemporains atFirment encore l'existence d'une anémie des mineurs, d'une anémie essentielle, très-répandue parmi ces ouvriers, parce qu'elle tient aux conditions même du travail intérieur des mines, on est en droit (le leur répondre qu'ils diagnostiquent l'anémie un peu trop facilement, et peut-être sur la foi seule de la pâleur, ou que les mines, dont ils parlent, doivent être bien deshéritées, tant au point de vue des conditions hygiéniques, qu'au point de vue de la race de leurs ouvriers.

Déjà en 1846, Pétermann (1) avait dit : i< L'anémie, qui autrefois était le partage exclusif et, pour ainsi dire, certain du mineur, ne figure plus pour notre localité dans le cadre de ses maladies, ce que nous sommes heureux de déclarer. »

Schœnfeld (2.) a son tour disait en 1859: « Grâce à nos ingénieurs, l'anémie des houilleurs a disparu depuis 1843-'! 844. »

('I) EnqiKHo nn ''-ois .■iriM-, Bnixellos, tomo iir p. '

(2) Recliorchos sur i 'état sanitaire des houilleurs pondant la période de salubrité des mines en Belgique.

A ces voix si autorisées, je suis heureux de venir Joindre la mienne, et, sans être aussi explicite que Scliœnleld, je dirai que l'anéniie des mineurs tend à disparaître ; que les symptômes d'anémie qu'ils présentent sont très-passagers, et que les cas en deviennent tous les jours plus rares, et sont bien moins graves que ceux qui tirent leur origine de causes autres que le travail souterrain.

Si nous comparons les mineurs aux autres ouvriers, nous pourrons presque affirmer que, sauf la profession d'agriculteur, il n'en est peutêtre pas qui puisse offrir un contingent aussi faible d'anémies que la profession du bouilleur.

Et si nous rapprochions les mineurs des ouvriers des grandes villes, bien que nous n'ayons pas sous la main de statistique exacte et complète, nous croyons pouvoir affirmer que la comparaison au point de vue de la fréquence de l'anémie serait alors de beaucoup à l'avantage des mineurs.

6° Traitement.

L'anémie des mineurs arrivant rarement à un degré très-prononcé n'aura pas toujours besoin pour disparaître d'une thérapeutique bien compliquée.

Le plus souvolU (511 oflbl, il siiiïira de soustraire le mineur atteint d'anémie aux influences qui l'ont produite, pour la voir guérir spontanément.

L'anémie fonctionnelle est dans ce cas.

Mais, comme elle se complique souvent de troubles digestifs, on sera obligé de soigner ces derniers pour empêcher l'iiypoglobulie de se produire à la suite d'une nutrition insuffisante.

Un purgatif doux au début, ou un simple laxatif, huileux ou salin, puis les amers, le quassia, la gentiane, le quinquina, rempliront cette indication.

Mais dans les cas où nous avons constaté une diminution notable dans le volume d'un grand nombre de globules, les ferrugineux ne devrontils pas être employés ? '

Jusqu'ici il est admis que les ferrugineux produisent une augmentation dans le chiftre des globules rouges du sang ; mais nous ignorons s'ils peuvent avoir une influence sur l'augmentation de leur volume. Toutefois, dans le doute, il est permis d'avoir recours à la médication martiale qui ne pourra, en toute occurence, produire aucun mauvais effet.

C'est surtout à l'anémie essentielle que s'adressent les préparations de fer, et cependant, quand l'anémie est extrême, on doit plutôt avoir recours

aux rooonstitiiaiits, à iiik; noiirrilun^ sul)stnnti(!ll(; et à la fois d'iiiio digestion facile, aidée do vins généreux. Peut-èL?;e pa.urrait-an aussi, dans les cas les plus graves, avoir recoui's à la méthode de traitement conseillée par le docteur Brown- Séquard (1). Elle consiste à ne donner qu'une très-petite quantité d'aliments à la fois, en faisant manger le malade tous les quarts-d'heure, ou toutes les 20 minutes. Au lieu de trois repas par jour, on lui en fait fiùre 50 et 60.

L'avantage de cette méthode reposerait : « Sur la rapidité de k formation du sang par suite de l'accroissement notable de la quantité d'aliments que peuvent digérer les malades. » (2).

D'autre fois, on aura recours dans l'anémie essentielle à des soins hygiéniques plutôt que thérapeutiques. Si l'anémie est due à un excès de travail, joint à de l'irrégularité dans les repas et à une nourriture insuffisante, on devra supprimer ces causes d'affiiiblissement en adoptant un genre de vie mieux réglé.

Les anémies occasionnées par la fatigue nerveuse, par une vie sédentaire, par des veilles prolongées, seront soignées d'une manière analogue.

(1) D'un nouveau mode de traitement de la dyspepsie fonctionnelle, de l'anémie et de la chlorose. (Archives of scientifie and pratical medicine), i, 4873.

(2) Revue de» Sciences médicales, dirigée par Georges lîayem, 2, 1873, p. 800.

Mais, en somme, le 1er tiendra toujours la première place dans le traitement de l'aglobulie. « Aussi pourrait-on dire dans ce sens, avec le professeur Potain (1), que les beaux souffles vasculaires promettent de beaux succès à cette médication, et que le silence des vaisseaux lui est de mauvaise augure. »

Bien que l'existence du manganèse dans les globules ait été révoquée en doute (Béchamp) (Z), les expériences de Pétrequin (3) autorisent à en essayer l'emploi dans les cas où le fer a échoué ou dans ceux où il est mal toléré par l'estomac des malades.

Parlerons-nous del'arséniatede soude préconisé par le docteur Bouchut, du chlorure de sodium vanté par Plouviez (1849), du sucre de raisin exalté par Von Maak (de Kiel) en 1860?

Ces médications ne sont pas suffisamment entrées dans la pratique générale, pour que nous puissions émettre sur leur compte une opinion motivée.

Il est une méthode de traitement bien différente, mais qui paraît appelée à jouer un rôle de plus en plus important dans la thérapeutique de l'anémie, je fais allusion à la gymnastique et à l'hydrothérapie.

(1) Diclionnairc ciicyclop6diquo dos Sciences mùdicalfîs do Decliambro, toino ii, p. 403. (^i) Journal de Physiologie, 1860, p. 197. (3) nullotin do Thérapeutique, 1852, p. 193.

De la gymnastique ccpendaiU il ne laiidrait pas abuser. Car nous savons qun lo muselo on se contracianl consoniine des globules; et l'on ne devra avoir recours à l'exercice musculaire, qu'en tenant compte des aptitudes fonctionnelles du sujet anémique et de manière à ne pas faire dépasser la limite des oxydations que ses fonctions nutritives sont capables de réparer. L'hydrothérapie rendra également de bien grands services, surtout quand l'anémie se trouve compliquée d'un certain degré d'atonie dans les fonctions digestives. Si le malade est trop faible, on pourra avoir recours aux succédanés des douches, au drap mouillé par exemple. Les bains de mer, les bains sulfureux et les simples bains froids seront conseillés dans certains cas spéciaux.

Mais on ne devra jamais oublier qu'il est des contre-indications formelles à l'emploi de l'hydrothérapie comme de la gymnastique, ce sont les affections du cœur ou un degré de faiblesse trop accentué.

Les anémies qui succèdent aux intoxications par les gaz délétères seront, aussitôt après la soustraction des malades à l'influence de' ces gaz, soignées par les mêmes méthodes (jue l'anémie essentielle.

Quant à l'anémie qui accompagne l'empoisonnement saturnin, l'iodure de potassium, (pii combat le poison, pourra arrêter dans sa marche

la déglobulisation du sang, mais l'iodure de fer favorisera la reproduction rapide des globules rouges, car Malassez a trouvé que leur nombre augmentait en 15 jours de 500,000 par millimètre cube sous l'influence de ce médicament chez des saturnins (1).

Dans l'anémie mercurielle, on devra surtout employer un traitement tonique et fortifiant, secondé par une hygiène bien dirigée. Les symptômes de l'empoisonnement disparus, on aura recours au quinquina, aux ferrugineux, aux analeptiques et l'on conseillera l'exercice en plein air.

Les anémies secondaires qui suivent" le rhumatisme seront soignées de la même manière que les autres anémies globulaires.

Mais dans l'anémie paludéenne, surtout chez les sujets qui sont en proie à un commencement de cachexie palustre, on devra souvent recourir d'abord à une médication iodée avant de se servir des ferrugineux; ici, et dans cette forme d'anémie plus encore que dans les autres, les amers et en particulier le quinquina seront indiqués.

Les anémies que laissent la plupart des maladies aiguës, les vraies anémies des convalescents n'auront généralement besoin d'aucun traitement pour aboutir à une rapide disparition.

(■1) Gazette médicale de Paris. <874. 15

Mais par contre, les formes d'anémies liées aux maladies chroniques ne pourront être soignées d'une manière efïicace que lorsque la maladie dont elles sont la conséquence sera elle-même en bonne voie de guérison. Aussi est ce plutôt sur la dyspepsie, sur les maladies de l'estomac, sur les maladies des voies respiratoires, sur les diathèses elles-mêmes que devra d'abord se porter le traitement.

Les anémies dénature hémorrhagique guérissent rapidement, aussitôt l'hémorrhagie arrêtée, pourvu qu'elle n'ait pas été trop considérable.

Mais les anémies qui accompagnent fréquemment les hémorrhoïdes fluentes, le scorbut, etc., devront être soignées par les ferrugineux et les toniques ; tandis que dans l'hémophilie, les ferrugineux seront au contraire rigoureusement bannis du traitement; car on sait qu'ils produisent ordinairement des effets nuisibles en favorisant la réapparition des hémorrhagies. C'est dans ce dernier cas peut-être que l'on pourrait tenter la transfusion du sang; mais on sait que, malheureusement, ce remède héroïque ne réussit pas souvent à faire disparaître la tendance aux hémorrhagies.

T Prophxjlaxie.

Il est bon de guérir une maladie mais il est mieux encore d'en prévenir le développement.

Cette vérité ae(juiert unei2,ran(le importance quand il s'agit d'une maladie professionnelle. C'est ici surtout que la prophylaxie mérite beaucoup plus que le traitement d'attirer l'attention.

Mais depuis longtemps déjà, dans les mines plus que dans les autres industries, on s'est préoccupé de faire disparaître les causes qui favorisaient autrefois la production de l'anémie.

Aussi aurai-je plutôt à constater les améliorations accomplies qu'à en conseiller de nouvelles. Et d'abord, l'aérage s'opère presque partout dans des conditions à peu près irréprochables. Et s'il se fait un dégagement subit trop-abondant de gaz délétères, il suffît quelquefois d'activer l'aérage, pour faire disparaître tout danger; cela s'est vu à Decize, où un dégagement d'acide sulfhydrique put s'échapper avec la colonne d'air, sans amener les graves désordres que ce gaz avait jadis produits à Anzin.

Dans les galeries inachevées, que l'air ne peut traverser, on installe des ventilateurs portatifs.

La viciation de l'air des mines, la présence des gaz délétères et les petites dimensions des galeries étaient les sources principales de maladies chez les mineurs d'autrefois; elles sont aujourd'hui réduites, je ne dirai pas à une impuissance

complète, mais à un minimum d'action trèscompatible avec la santé des ouvriers.

Les mesures générales, capables d'améliorer les conditions du milieu dans lequel travaillent les ouvriers, ont donc été réalisées presque partout. Mais à côté de ces influences générales, il reste des influences professionnelles qui, si elles peuvent être atténuées, ne peuvent pas disparaître complètement.

Cependant la durée du travail a été abrégée, les fatigues de la descente dans les puits et de l'ascension au dehors sont presque supprimées ; l'on n'admet les ouvriers dans l'intérieur des mines qu'après que leur développement est à peu près achevé, l'opération si fatigante du traînage du charbon depuis la taille jusqu'au puits d'extraction n'est plus exécutée par des hommes, elle est faite généralement par des chevaux.

Il reste à veiller à ce que dans les galeries malsaines, les postes d'ouvriers soient changés fréquemment. On devra aussi chercher à obtenir qu'à la sortie du puits le mineur ne soit pas exposé aux brusques 'atteintes d'un froid trop vif; et des chambres chauffées doivent être installées près des puits d'extraction, pour que les ouvriers puissent ver.ir se laver et s'habiller sans se refroidir trop rapidement.

Voilà à peu près toutes les mesures prophylactiques qui dépendent des administrations, et presque partout elles ont reçu une exécution complète. Mais les mesures prophylactiques dont l'application dépend directement de l'ouvrier luimême mettront plus longtemps à être réalisées.

Les mineurs ne doivent pas arriver à jeun dans leur chantier. Ils doivent s'entourer durant leur travail de toutes les précautions de sûreté que leurs chefs sont les premiers à leur indiquer.

Eviter les excès, avoir une alimentation suffisamment réparatrice, savoir s'arrêter dès qu'ils ressentent les premières atteintes d'une maladie ; et aussitôt qu'un peu de céphalalgie, des battements de cœur trop fréquents, une lassitude trop prompte, de la douleur à l'épigastre, des vertiges surviennent, craindre le développement de l'anémie et aller trouver le médecin : telles sont rapidement énoncées les mesures d'hygiène privée que les mineurs devront observer avec le plus grand soin.

Dans les mines métalliques, il est un autre ordre de précautions que les chefs de travaux doivent imposer expressément aux mineurs. Les ouvriers, occupés à l'extraction des minerais de plomb, devront connue cela se fait dans bien

des endroits, boire de temps en temps de l'eau acidulée avec l'acide sulfurique, qui forme une sulfate insoluble avec le plomb qui peut se trouver dans les parties supérieures des voies digestives, avant qu'il ait eu le temps d'être absorbé.

En outre, les ouvriers devront changer de vêtements en sortant du travail et avoir soin de se laver le plus promptement possible, afin • de détacher les parcelles de minerai plombique qui auraient pu rester adhérentes à la surface de leur corps.

Au surplus, il serait à souhaiter que dans toutes les mines plombifères le triage du minerai put s'effectuer en dehors des galeries.

Dans les mines de mercure, les mesures prophylactiques les mieux comprises sont malheureusement insuffisantes. — On doit cependant recommander les soins de la propreté corporelle la plus minutieuse, car elle peut leur être excessivement utile.

M'occuperai-je des mines de cuivre, bien que les coliques cuivreuses n'aient pas été signalées comme cause d'anémie?

M'occuperai-je des mines de zinc, de fer, d'étain, etc.?

Je le crois inutile. Qu'il me suffise de dire que les conseils généraux d'hygiène privée et

de propreté personnelle que je viens d'indiquer, s'adressent également bieii aux ouvriers occupés à l'extraction de ces derniers minerais.

C'est grâce à l'assainissement des mines que les grandes épidémies ne sont plus reparues ; c'est en observant rigoureusement les lois de l'hygiène que les mineurs verront diminuer encore parmi eux le nombre des anémiques.

RÉSOMÉ ET CONCLUSIONS.

Les épidémies d'Anzin et de Schemnitz, qui ont fait entrer l'anémie des mineurs dans le cadre nosologique, furent caractérisées par une anémie secondaire, consécutive à des empoisonnements et non par une anémie essentielle.

Toutes les formes d'anémie peuvent être observées chez les mineurs ; leurs symptômes se rattachent toujours à l'anémie globulaire.

L'anémie globulaire peut être due à une diminution dans le nombre des globules ou à une altération dans leur substance.

Les globules diminuent de nombre: 1° par issue directe hors de l'organisme (hémorrhagics) ; 2° par excès de consommation ; 3*^ par insuffisance dans la production.

Les globules peuvent être altérés plus ou moins directement: 1° par les gaz délétères (acide carbonique, oxyde de carbone, carbures d'hydrogène, acide sulfhydrique, etc.); 2" par les poisons métalliques (plomb, mercure, etc.) ; S'' peut-être aussi par les maladies miasmatiques.

Cette altération des globules coïncide toujours, avec un trouble dans leurs fonctions, qui peut s'accompagner d'une modification histologique dans leur volume^ dans leur constitution élémentaire, dans leur couleur et dans leur nombre.

Les influences qui peuvent, chez les mineurs, amener l'anémie ou en ftivoriserle développement, sont de trois ordres : générales, professionnelles et individuelles :

i° Les influences générales sowt celles du milieu souterrain, dans lesquelles s'accomplissent les travaux des mineurs. Elles comprennent :

La privation de la lumière solaire, qui est une cause de pâleur et non d'anémie, les variations dans la proportion des principes constituan ts de l'air, sa viciation par des gaz méphitiques, l'humidité, l'élévation habituelle de la température, l'augmentation dans la pression barométrique qui est trop peu marquée pour occasionner des symptômes appréciables, Và présence des poussières dâns l'air des galeries, etc.

2° Les influences professionnelles varient suivant la nature du travail des mineurs et suivant la nature des minerais qu'ils exploitent.

Les mineurs aux rochers et les abatteurs de minerai sont exposés à plus de conditions anémiantes que les boiseurs, les chargeurs et les voituriers.

Les ouvriers qui travaillent de nuit semhlent être soumis à des causes spéciales d'affaiblissement.

Les minerais de plomb, de mercure, de soufre, d'arsenic sont ceux dont l'extraction est la plus malsaine.

3° Les i)i/luences individuelles sont congénitales ou acquises.

Les influences congénitales tiennent à l'hérédité, à la constitution, au tempérament.

Les influences acquises sont: i° dans l'ordre hygiénique, l'excès de travail, les excès alcooliques, etc., des habitations insalubres, l'entrée en basàge dans les mines, une mauvaise alimentation, etc.) ; 2" dans l'ordre pathologique, les anémies des convalescents, celles qui accompagnent les maladies chroniques ; et, comme plus particulières aux mineurs, les anémies rhumatismales, paludéennes, dyspeptiques et celles qui sont la conséquence de leurs bronchites spéciales et des hémorrhagies.

Il existe, chez les mineurs, une anémie que je propose d'appeler fonctionnelle, et qui présente les symptômes habituels de l'anémie, avec des troubles digestifs en plus, et les bruits de souffle et la décoloration des muqueuses en moins. Le chiffre des globules n'a pas été trouvé inférieur à la moyenne, mais un grand nombre d'entre

eux ont des dimensions plus petites et paraissent plus pâles qu'à l'état normal.

Les symptômes de cette anémie fonctionnelle apparaissent chez des ouvriers qui travaillent plusieurs semaines de suite dans un chantier mal aéré (galerie en cul-de-sac, etc.). Ils surviennent de préférence chez ceux qui par suite de fatigues antérieures, d'un embarras gastrique ou d'excès, ofTrent une moindre résistance à l'action morbifique d'un air confiné et vicié.

Les phénomènes de l'anémie fonctionnelle s'expliquent de la même manière que ceux qui sont dûs à l'hypoglobulie. Ici, ce sont les globules trop peu nombreux qui n'apportent pas aux tissus une suffisante quantité d'oxygène ; là, le manque d'oxygène est dans l'air qui n'en donne pas assez aux globules.

Quelques jours, parfois quelques semaines de repos suffisent habituellement à faire disparaître l'anémie fonctionnelle. Exceptionnellement, elle est plus tenace; alors la soustraction absolue des mineurs aux influences qui lui ont donné naissance, peut seule en triompher, et on doit interdire formellement le retour dans les galeries souterraines.

L'injpoijlolmlie vraie, l'anémie globulaire essentielle, est rare chez les mineurs d'aujourd'hui.

Les anémies secondaires, d'origine Iiéinorrliagique ou toxique (saturnine, mercurielle, etc.), l'anémie des convalescents, et celles qui compliquent les maladies chroniques, ne revêtent chez les mineurs aucun caractère particulier et exigent le même traitement que chez les autres hommes.

Un bon aérage, des galeries spacieuses, le traînage des minerais opérés par les chevaux, la descente facile dans les galeries, telles sont les améliorations réalisées déjà presque partout.

Que l'on ait soin de changer fréquemment de chantier les hommes qui travaillent dans des galeries malsaines; que les femmes et les enfants soient, dans tous les pays, bannis des galeries souterraines, que les ouvriers n'aillent jamais à jeun dans leur chantier, qu'ils s'alimentent bien et ne fassent aucun excès ; telles sont les mesures de prophylaxie générale et privée dont l'application rigoureuse fera elfacer l'anémie des mineurs du groupe des maladies professionnelles.

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