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tierce, qu'il a gardée pendant trois semaines. Il avait repris son travail depuis un mois et demi, lorsque, il y a quinze jours, des coliques sont survenues qui persistent encore.
Elles sont plus fortes après les repas que le reste de la journée. Il n'a pas de diarrhée. Le ventre n'est pas ballonné. Il a continué de travailler ; mais hier, 14 août, il a eu un accès de fièvre. Le chiffre des globules est de 4,360,000. — J'ordonne un peu d'huile de ricin et quelques pilules d'opium. La fièvre revient le surlendemain 16, puis le 18, puis le 20 c'est encore une fièvre tierce. Le 21, la région splénique est douloureuse à la pression. La rate est dilatée et un peu dure. Les coliques sont disparues. Il se plaint de palpitations cardiaques peu douloureuses. Je n'entends aucun bruit de souffle. Le nombre des globules est de 4,098,400. J'ordonne du sulfate de quinine et de vin de quinquina.
La fièvre est coupée au bout de trois jours ; Jean 01. reprend son travail ; mais le % septembre, il revient souffrant de coliques qui sont revenues il y a quatre jours. Depuis hier, il a de la diarrhée. Les régions hypochondriaques sont douloureuses. Il a du dégoût pour les aliments. Je prescris
encore 20 grammes d'huile de ricin. Les globules sont au chiffre de 4,054,800.
Le 13, Jean 01. revient encore. La fièvre tierce a fait une S""" apparition depuis le 7 ; le chiffre des globules est de 3,793,200. Nouvelle dose de sulfate de quinine, mouche de Milan sur la région splénique. Le 15, la fièvre est coupée ; il a de l'herpès labialis. Je prescris un traitement fébrifuge pour une dizaine de jours. Le 22, l'appétit est reparu, les forces reviennent. Le nombre des globules est de 4,076,600.
On voit nettement dans cette observation l'influence de la fièvre intermittente sur la déglobulisation du sang, qui est allée croissant à chaque nouvelle atteinte de fièvre.
Observation III.
Anémie paludéenne.
Jean N., âgé de 36 ans, marié à 23 ans, demeure à la campagne et travaille à la mine depuis l'âge de 12 ans. Il n'a travaillé qu'un an à l'extérieur. Il est piqueur depuis plu^ de 18 ans. Il a eu une première pneumonie à 20 ans et une seconde à 24 ans. Je l'ai déjà soigné, il y a trois ans et demi, pour une pleurésie du côté gauche dont l'épanchement mit très-longtemps
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à se résorber et qui le retint au lit pendant trois mois. Quelques frottements pleurétiques dans les grandes inspirations se font encore entendre à l'auscultation. Il y a quatre mois, il a eu une atteinte de rhumatisme subaigu. Depuis trois mois, il a des tournements de tête, et éprouve quelques palpitations non douloureuses. Je ne trouve aucun bruit normal ni du côté du cœur ni du côté du cou. 11 a eu la fièvre pendant trois jours de la semaine dernière; elle est revenue hier. La langue est recouverte d'un enduit bilieux. L'haleine est fétide; il accuse une douleur sous le sein droit quand il respire et tousse un peu. Il existe de la bronchite simple. Je prescris de la pouh'e d'ipécacuanha. Le lendemain, la fièvre revient, à la même heure que l'avantveille; j'ordonnai de l'huile de ricin, puis du sulfate de quinine pour le soir. Les globules sont au nombre de 3,095,600.
Après le cinquième accès, la fièvre n'est pas revenue. C'était une fièvre tierce.
Bien que j'ai donné à cette observation le titre d'anémie paludéenne, on pourrait la rattacher à l'anémie rhumatismale, sans compter que les deux pneumonies et la pleurésie que Jean N. avait .eues antérieurement, ont dû contribuer pour leur part à le rendre anémi(pu>.
Observation IV.
Anémie conséculive à l'emphysème pulmonaire, au catarrhe bronchique.
Georges C, âgé de 47 ans, marié, habitant la campagne, à été obligé depuis cinq mois d'interrompre son travail. Grand, gros et fort, il a travaillé dans l'intérieur de la mine pendant 2o ans, dont 14 ans dans l'humidité, les pieds dans l'eau. Depuis quelques années, il travaille à l'extérieur. La face est pâle, un peu bouffie. Le cœur bat fort, et est un peu hypertrophié. Georges C. a de fréquents vertiges, ses pieds
se refroidissent facilement.
L'inappétence est extrême. La dyspnée survient
dès qu'il fait quelques pas. Ses crachats, blancs
filants, un peu visqueux, sont très-abondants.
Le chiffre des globules est de 4,338,300. De
très-petits globules s'y trouvent en grand nombre.
.]'ai envové ce malade au Mont-Dore; à son
retour, le chiffre des globules est de 4,054,800.
Bien que l'anémie soit loin d'être évidente dans cette observation, quelques-uns de ces symptômes s'y trouvent, et je crois qu'on pourrait rapprocher ce fait des anémies fonctionnelles dont j'ai parlé plus haut. C'est pourquoi j'ai rapporté ce cas à cette place.
Observation V.
Anémie. — Bronchite. — Hémoplijsie.
Gabriel P. a ^8 ans; il s'est marié à l'âge de 22 ans; il habite la campagne. Jusqu'à 15 ans, il s'est occupé dans des travaux agricoles ; et depuis il travaille dans les galeries de la mine, sauf un an, où il a travaillé en jour. Remblayeur de nuit dans les galeries au début, il est maintenant piqueur depuis près de quatre ans. Il y a déjà longtemps qu'il tousse, il crache beaucoup ; les crachats sont quelquefois noirs. Depuis quelques jours, il s'est enrhumé et a craché plusieurs fois, hier dans la journée, du sang pur, d'un rouge vermeil. Le thorax est globuleux ; il est très-sonore sous les clavicules. J'entends des râles sibilants et ronflants disséminés dans toute la poitrine. Il est trèsfacilement oppressé, et dit n'avoir jamais de palpitations. Le cœur bat ^ régulièrement, les bruits sont un peu éclatants; il n'y a pas de souffle. Les conjonctives sont un peu décolorées ainsi que les lèvres. L'examen du sang donne le chiffre de 3,924,000 par millimètre cube. J'ordonne des calmants, et conseille lo repos. Neuf jours après, il revient me trouver, il a craché encore du sang la veille et plus abon-
(larnmcnt que la première fois. Le nombre des globules est descendu à 3,313,600. Je lui prescris une potion hémostatique. Au bout de quelques jours, il allait mieux ; il a repris son travail.
Observation VI.
Anémie d'origine dyspeptique.
Joseph D., âgé de 43 ans, marié à 30 ans, habite la campagne; il est grand, et paraît robuste. II a travaillé 21! ans dans l'intérieur de la mine, d'abord piqueur, puis mineur aux rochers. Depuis sept ans, il travaille aux terrassements dans une tranchée, et constamment de jour. Il a été soldat pendant six ans et trois mois ; depuis six mois surtout, il digère mal, et a des renvois nidoreux plus-fréquents le soir que le matin. Il a fait autrefois quelques petits excès de boisson, mais n'en fait plus depuis longtemps. Il éprouve depuis deux mois des vertiges, des éblouissements, des palpitations fréquentes. Il est dans un état d'agitation continuelle. A gauche de la ligne médiane du tronc, au-dessus de la ceinture, il éprouve des douleurs vagues. Toute la nuit, son sommeil est troublé par des rêves et des cauchemars. La langue est fendillée, il va facilement du ventre deux fois au moins tous
les matins, et le soir il a des envies d'aller, des efforts même, sans résultat. Le nombre des globules est de 3,^,600.
Trois semaines après, il revenait des eaux de où je l'avais envoyé. Le nombre des globules était 4,076,600.
Observation VII.
Anémie d'origine rhumatismale.
François H., âgé de 18 ans, demeurant dans un village des environs, travaille au fond de la mine depuis deux ans ; il nettoyé la voie dans les galeries. Il a la figure un peu colorée. Les muqueuses labiale et buccale sont rouges, les conjonctives un peu pâles. II éprouve un sentiment de lassitude notable depuis une semaine. Il y a deux mois, il avait eu une arthrite rhumatismale du genou droit, avec un peu de fièvre, . et avait gardé le lit pendant quinze jours. Il a voulu reprendre son travail, mais la fatigue et une contusion légère qu'il a reçue sous la clavicule gauche, l'obligent à l'interrompre. Il ressent quelques battements de cœur ; l'auscultation ne révèle aucun bruit de souffle.
Le chiffre de ses globules est de 3,488,000.
Observation VIII.
Anémie avec affection cardiaque.
Pierre 1). . . a 19 ans, habite un village distant de près d'une lieue d'où il vient tous les jours travailler à la mine depuis l'âge de 1 4 ans. D'abord occupé à l'extérieur, il était depuis plus de deux ans et demi voiturier dans les galeries, lorsque, l'année dernière, il fut atteint d'une fièvre scarlatine, à laquelle succéda un rhumatisme articulaire qui lui a laissé une affection cardiaque. Pendant six mois, il a tourné un ventilateur dans un puits. Mais il a été obligé, depuis un mois et demi, d'abandonner ce travail qui le fatiguait trop. Tous les soirs il était harassé, et n'avait pas la force de rentrer chez lui. Il est très-facilement essoufflé. Il existe une hypertrophie du cœur assez marquée. On entend un bruit de souffle un peu rude qui voile le l*"" bruit du cœur et précède même un peu la systole ventriculaire. Le maximum d'intensité de ce bruit de souffle s'entend à la pointe du cœur. Il n'y a pas de souffle vasculaire. L'appétit est diminué. La face est un peu cyanosée. La numération des globules donne le chiffre de 3.880,400.
Observation IX.
Anémie conséculive à la dijsenlcrie.
Jules H. . ., âgé de 30 ans, marié, habite la campagne. Depuis l'âge de 12 ans 1/2, il travaille à l'intérieur de la mine ; il a été successivement voiturier, piqueur, remblayeur, encageur, et il est actuellement depuis 1870 surveillant de remblai. Il travaille constamment la nuit. Grand, d'une constitution assez forte, il y a dix jours qu'il a été obligé de suspendre son travail, car depuis deux jours il avait la dysenterie avec un peu de fièvre. Il a eu de très-vives coliques, des épreintes, et jusqu'à 20 et 30 selles par jour. Les selles ont été un peu sanguinolentes. Il ne va plus guère depuis deux jours et n'a pas eu de garde-robe depuis hier au soir. Il est trèsaffaibli. Pâle, amaigri, ses jambes le soutiennent mal. J'entends un léger souffle au 1" temps et à la base du cœur, je perçois aussi un souffle intermittent dans' les vaisseaux du cou. Le nombre des globules est de 2,778,600.
Trois jours après, l'amélioration s'est accentuée, l'appétit est revenu. Il a eu encore le matin deux selles liquides. Le cbifïre des globules s'élève à 3,488,000. Je ne perçois plus le bruit de souffle cardiaque et je lui ordonne des toniques.
Jo ferai remarquer, dans cetle observation, l'abaissement considérable du nombre des globules et l'augmentation rapide qui s'est produite en trois jours, mais on peut attribuer en partie cette augmentation si brusque à un certain degré de concentration de sang due aux deux gardesrobes liquides que Jules H. . . avait eu quelques beures avant mon second examen.
Il paraît intéressant de noter aussi la disparition du bruit de souffle, trois jours après l'avoir perçu bien nettement.
Les intoxications professionnelles ne représentent rien de spécial cbez les mineurs, et les anémies qui font suite aux empoisonnements saturnin ou mercuriel, confondent leurs symptômes avec ceux de ces empoisonnements.
Il en est de même des anémies qui succèdent aux intoxications par les gaz délétères.
Ce serait décrire les symptômes mêmes de ces empoisonnements que de vouloir attribuer des caractères spéciaux à l'anémie qui peut être la conséquence de la respiration prolongée des gaz toxiques.
Je n'ai pas non plus à décrire les symptômes de la chlorose, la loi française, qui bannit les femmes de l'intérieur des mines, me dispense de faire cette étude.
Des Kjjmpl unies d'anémie locale.
Les anémies partielles peuvent survenir aussi bien chez les mineurs qui ne sont pas anémiques que chez ceux qui le sont; elles seront toutefois plus fréquentes chez ces derniers. N'est-ce pas par une anémie bulbaire que l'on explique les palpitations nerveuses (Germain Sée) (1) et aussi les palpitations qui sont occasionnées par une élévation de température, ou par une exercice musculaire excessif?
Chez les hàveurs qui abattent les minerais dans des couches très-minces ou qui travaillent dans des couches en plateure, il survient fréquemment des phénomènes d'anémie locale.
S'ils travaillent couchés sur le côté, certaines artères peuvent être comprimées. Ils ressentent alors des fourmillements au-dessous du point . comprimé, le membre se refroidit, se décolore, diminue même de volume, et la sensibilité en devient obtuse et même s'abolit; parfois, au contraire, elle s'exalte.
Dans le travail à col tordu, c'est la circulation cérébrale qui peut être gênée ; des vertiges,
(i) Leçons cliniques sur les palpitations, faites à l'Hôpital de la Charité. /« France médicale, 1875, 70, 79, 86 et 87.
dos syncopes même peuvent en être la conséquence.
D'autres fois, la respiration se trouve diminuée d'ampleur, soit par suite d'une posture qui gêne les mouvements du thorax, soit par suite d'une compression directe de la poitrine ; il se produit alors un certain degré d'anémie pulmonaire.
Dans la descente ou l'ascension par les échelles fixes, rien n'était moins fréquent que de voir survenir une anémie de toutes les parties supérieures du corps.
Le professeur Piorry (1) a démontré l'influence de la pesanteur sur la circulation du sang, surtout chez les anémiques. C'est par cette influence
que l'on peut s'expliquer les vertiges, les syncopes, les palpitations cardiaques, l'essouftlement
qui se présentaient si souvent sur les échelles
fixes. Et si cette influence persistait trop longtemps
on comprend qu'il pût même se produire de
l'œdème des extrémités inférieures.
Je n'ai pas à décrire ici les conséquences extrêmes des anémies locales : atrophie, dégénérescence graisseuse, et même mortification par gangrène.
(n InfluoncG do la pesanteur sur le cours du sanf^. (Ardii\a>s (lo MtHlocine, dnccmbro 182G, t. xii, p. 547).
Los anémios circonscriKvs, auxquelles los mineurs son! le plus spécialement sujets, exercent leur action d'une façon trop passagère pour atteindre ces tristes résultats.
Diagnostic.
11 semble que les conditions particulières dans lesquelles ils travaillent, doivent rendre facile le diagnostic nosologique de l'anémie des mineurs. Il n'en est pas toujours ainsi ; car les symptômes les plus visibles de l'anémie, tels que la pâleur de la peau et les apparences d'une grande faiblesse, sont bien souvent trompeurs.
On devra donc attacher une importance considérable aux bruits de souffle spéciaux à l'anémie, et à la décoloration des muqueuses.
Ces deux groupes de symptômes suffisent généralement à caractériser l'anémie vraie, tandis qu'en leur absence les autres signes qui sont généralement des signes purement subjectifs ^ ne permettent pas d'affirmer l'aglobulie. C'est plutôt sur le diagnostic de la forme et sur le diagnostic de la cause immédiate que devra s'exercer la sagacité du médecin. De ce double diagnostic, en effet, découleront des indications pronostiques et thérapeutiques spéciales à chaque forme d'anénne.
Les formes d'anémie qui se présentent le plus souvent chez les mineurs, peuvent se diviser en cinq groupes: 1° L'anémie que j'ai appelée fonctionnelle ; t° L'anémie globulaire qui succède à la forme précédente ; 3" Les anémies qui suivent les intoxications minérales ou par gaz délétères ; 4" Les anémies qui succèdent aux maladies aiguës ou chroniques ; 5° L'anémie d'origine hémorrahgique.
Signes diagnostiques de l'anémie fonctionnelle.
L'anémie fonctionnelle se distinguera à l'ensemble des signes suivants: 1° Signes objectifs: aucun, si ce n'est la pâleur de la peau, qui, comme nous l'avons vu, est trop générale chez les mineurs pour constituer un signe diagnostique. 2" Signes subjectifs : lassitude extrême depuis plusieurs jours, depuis plusieurs semaines, rarement plusieurs mois; vertiges, épigastralgie, palpitations cardiaques de loin en loin, et surtout pendant le travail ou une marche rapide, inappétence, quelquefois troubles dyspeptiques, oppressions, refroidissement facile.
Signes diagnostiques de l'anémie globulaire
essentielle.
On reconnaîtra cette terme:
'1° A la pâleur des muqueuses qui n'existe pas habituellement dans la forme précédente..
2" Aux bruits de souftïc anémiques du eœur, que l'on entend souvent dans cette forme d'anémie au 1" temps et à la base.
Les bruits de souffle du cou sont moins constants que ceux du cœur.
J'ai observé le bruit de souffle intermittent plus fréquemment que le bruit de souffle continu, mais on sait que le souffle intermittent est de nature artérielle et que la pression du stéthoscope suffit souvent à le produire, sans qu'il y ait hypoglobulie. Il est rare d'ailleurs de trouver chez les mineurs un degré extrême d'hypoglobulie ; aussi n'ai-je jamais constaté chez eux le frémissement cataire.
3" A la décoloration de veines superficielles.
4° A la faiblesse du pouls qui se laisse déprimer très-facilement.
5° Mais on reconnaîtra surtout l'aglobulie par la numération des globules.
Caractères des autres formes d'anémie.
La 3^ forme accompagne les empoisonnements qui lui ont donné naissance. Elle présente les symptômes tantôt de la 1^° tantôt de la 2'"" forme, suivant la dtjrée et le degré de l'intoxication ; elle ne s'en distinguera que par l'origine causale.
On la rencontrera principalement dans les mines métalliques, dans les mines de soufre, et dans les mines à grisou. Dans les autres mines, les mineurs aux rochers seront exposés, plus que les autres ouvriers, aux intoxications par des gaz délétères.
Le quatrième groupe d'anémies, celui qui comprend les anémies consécutives aux maladies aiguës ou chroniques, confond ses symptômes avec ceux de la 2"'*' forme et ne s'en distingue que par l'origine.
Quant à l'anémie qui suit les hémorrhagies, le fait même de l'hémorrhagie suffît à en faire le diagnostic. Ses signes varient d'ailleurs d'intensité, suivant le degré de l'hémorrhagie et se rapprochent de ceux de l'anémie essentielle.