CHAPITRE I
ANTÉVERSION DENTAIRE
L'antéversion est la projection en avant de l’une des arcades dentaires sur l’autre.
Complète, lorsque cette projection porte sur l’ensemble des incisives et des canines. Partielle, s’il ne s’agit que de deux ou même d’une seule incisive.
L'antéversion complète et partielle ne constituent que des variétés dans le degré de projection, toutefois hàtons-nous de dire qu'au point de vue de la pathogénie comme du traitement, elles donnent lieu à des considérations différentes,
L’antéversion complète est en général confondue à tort avec le prognathisme. Aussi trouvons-nous un grand nombre de praticiens soutenir qu’ils guérisent le prognathisme.
Le prognatisme ethnique, vrai, n’est susceptible d’aucun traitement. ;
Il porte en effet non sur les arcades dentaires, mais sur l’ensemble des pièces osseuses qui constituent les maxillaires.
Mais les divisions scientifiques admettant un prognatisme vrai ou ethnique et un prognatisme relatif dans
lequel est classée l’antéversion complète, de là est résulté l'erreur assez généralement commise.
Quelle est la pathogénie de l’antéversion?
L'antéversion complète consiste primitivement dans la projection de l'os incisif, dont l'existence chez l'homme ne fait plus de doutes aujourd’hui pour l'anatomie comparée.
L'obliquité en avant des incisives n’est que la résultante de cette projection. Cette anomalie s'effectue vers la période correspondant à la deuxième dentition.
: Parmi les causes nous mentionnerons surtout l'hérédité qui paraît dans l’antéversion complète, jouer le rôle le plus considérable. La cause de cette anomalie résulte de la projection totale de l'os incisif. Dans l’antéversion partielle il ne s'agit plus directement de los incisif, sauf dans les cas où, nous appuyant sur les données de l’embryologie, elle est due à la projection isolée d’une des quatre pièces osseuses dont la réunion constitue l'os incisif.
Dans tous les autres cas, l’antéversion partielle est due à des troubles d’éruption.
Sous l'influence de maladies générales (Rougeole, Variole, Fièvre typhoïde, Diphtérie, etc.), nous constatons parmi les complications, des accidents plus ou moins généralisés du côté de l'appareil buccal.
Sous l'influence de ces complications, les follicules dentaires de la deuxième dentition peuvent subir des déplacements.
Dans ces cas, l'anomalie de direction du follicule dentaire
est la cause primitive de l’anomalie de direction de la’ dent. Il s’agit ici d’hétérotopie.
Dans d’autres cas, la cause est toute locale et résulte d'une anomalie d’éruption de la première dentition. Chute précoce ou tardive. j
Lorsqu'il s’agit de chute précoce, l’anomalie de direction résulte de l'atrésie du rebord alvéolaire du maxillaire.
Lorsque accidentellement ou à la suite d’une extraction intempestive, une dent de la première dentition a disparu, si la dent de deuxième dentition n'apparaît que longtemps après, il se produit toujours une atrésie du rebord alvéolaire du maxillaire.
Le plus souvent on constate la chute tardive. I résulte que la dent permanente (deuxième dentition) ne pouvant occuper la place ordinaire, glissé en avant ou en arrière de la racine persistante de ia dent de lait: d'où l’antéversion ouù,la rétroversion.
Dans ces cas, la cause est d’origine purement mécanique.
* Certains auteurs, entre autres Gaillard, Th., de Paris, 1879, n’acceptent pas cette opinion.
Ils admettent l’atrésie du rebord alvéolaire du maxillaire dans quelques cas exceptionnels, mais ils ne font jouer aucun rôle à la dent temporaire persistante.
Pour ces auteurs, l’anomalie de direction reconnaît toujours pour cause, l'anomalie de ‘direction du follicule dentaire de deuxième dentition, c’est-à-dire l’hétérotopie
6 ce folie.”
Si, disent-ils, une dent présente une anomalie de direction, c’est que son follicule était primitivement placé placé d’une façon anormale, et c'est précisément cette hétérotopie qui explique la persistance de la dent temporaire. Celle-ci est l'effet et non la cause.
Pour apprécier la valeur de cette opinion, il faudrait connaître d’une façon précise la cause de la résorption des racines des dents de lait.
Malheureusement l'accord est loin d’être établi sur ce fait, nous ne trouvons actuellement encore que des théories.
Quelles sont les conséquences de l’antéversion?
La projection en avant des incisives supérieures soulève la lèvre, le sujet ne peut fermer la bouche qu’avec certains efforts, de sorte que ce dernier a la bouche ordinairement entr'ouverte.
La distance entre les bords des incisives peut varier entre » à 10 mm,
Les incisives inférieures viennent frapper la muqueuse de la voûte palatine chaque fois que le sujet veut fermer la bouche, soit pour la mastication, soit pour la conversation,
Les conséquences sont des ulcérations ou des stomatises, dont l’état chronique imprime à ces affections une gravité et une gène parfois considérable.
Au point de vue de l'esthétique, surtout important chez les jeunes filles, cette anomalie imprime à la physionomie un caractère d’hébétude fort choquant.
C'est en vue d’obvier à ces inconvénients que, depuis
lo
longtemps, les praticiens ont cherché dans le traitement orthopédique, des appareils assurant des résultats heureux et durables.
Nous ne décrirons pas tous les appareils spéciaux dont la plupart des praticiens revendiquent l'invention. Quelque variés que ces appareils puissent être, ils se rapportent tous aux deux types suivants que nous allons décrire :
externe ou extra buccale interne ou intra buccale.
1° Appareil à traction postérieure
2° Appareil à pression antéro-postérieure dont le type est représenté par l'appareil encore nommé « Appareil à double bandeau.
La conséquence logique et que l'expérience établit c’est que tout appareil présente les avantages et les inconvénients du type auquel il se rapporte.
Le Baillon est l'appareil qui représente le type à traction extra buccale.
Le baillon est une masse de caoutchouc vulcanisé creusée de cavités logeant les dents déviées.
Des côtés de cette masse partent deux branches qui font saillie hors de la bouche.
A l’extrémité de chaque branche est attachée une bande de caoutchouc qui, fixée à un bonnet ou à un serre-tête exerce une traction postérieure.
La bande de caoutchouc représente la force vive et la tête le point fixe.
C’est un appareil primitif, gênant et peu fidèle.
Ep Pons Néanmoins M. Magitot, dans son traité des anomalies, mentionne un succès dû à cet appareil (Voir au’ tableau des observations), observation 1".
Appareil à traction postérieure intra-buccale.
C'est une plaque métallique estompée à la surface de
la voûte palatine fixée sur les parties latérales au moyen
d'anneaux qüiembrassent les molaires. Le bord antérieur de cette plaque est parallèle à la courbure décrite par les incisives et munie d'anneaux dont le nombre est égal à celui des incisives déviées. Des fils de caoutchouc ou de soie passés en anse autour des dents sont fixés en arrière aux annéaux et exercent ainsi une traction postérieure.
Get appareil donne certains résultats; mais les nombreux inconvénients qu'il présente dans la pratique ne nous permet pas de le recommander.
C’est un appareil complexe, peu conciliable avec les né-
cessités fonctionnelles de la bouche.
Il ne peut que s'appliquer aux anomalies peu dévelop-
pées, lorsque la distance entre les arcades dentaires est
si peu marquée que les incisives inférieures ne touchent
pas la voûte palatine.
Sinon les anses à traction sont dérangées, leur action est nulle.
2 L’inclinaison des dents à dévier ne doit pas être exagérée, sinon la direction du fil tracteur devant être pérpendiculaire à l’axe de la dent, cette direction devient irréalisable avec cet appareil.
3° La forme des dents doit être telle que les fils à
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traction ne glissent pas soit au-dessus du collet (ce qui déterminerait les douleurs très vives de la périostite), soit vers le bord libre de la dent (auquel cas les anses ne pourraient rester fixes).
(Voir une observation contenant les résultats heureux obtenus avec cet appareil, observation Il).
Dans certaines anomalies simples portant sur une seule dent, certains auteurs ont imaginé sur ce type d'appareil à traction postérieure des appareils simples, métalliques, consistant dans un anneau d’or ou mieux de platine, entourant une ou deux dents latérales qui servent de point fixe.
De cet anneau part un ressort nickelé s'appliquant sur la dent déviée et y exerçant une action continue.
Dans son Traité des anomalies, M. Magitot nous montre à la figure 8 de la planche XIT un appareil de ce genre.
Il s’agit de l’antéversion isolée d’un incisive latérale droite chez un sujet âgé de 25 ans. On voit en place l’appareil de réduction métallique (en or) composé d’un double anneau fixé à la canine et à la prémolaire correspondante et armé d’un ressort compresseur destiné à opérer la rentrée de la dent déviée.
La figure 9 indique la guérison obtenue. Néanmoins, bien que le résultat ait été heureux, nous croyons devoir nous montrer réservés sur le choix de ces appareils ; leur application ne peut être qu’exceptionnelle.
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Appareil à pression antéro-postérieure.
Appareil à double bandeau.
Cet appareil est ainsi dénommé parce qu'il se compose d’un double bandeau de caoutchouc vulcanisé. Le bandeau postérieur s'applique sur le palais et latéralement sur les faces internes des dents ; le bandeau antérieur circonscrit exactement l’arcade dentaire. Au niveau des dents déviées, le bandeau postérieur présente des lacunes, tandis que le bandeau antérieur est exactement moulé sur ces dents. Dans son épaisseur sont logées des chevilles qui exercent à volonté une pression constante sur les dents déviées.
Certains emploient comme chevilles de simples taquets de bois sec et dur, son action étant basée sur le gonflement dans le milieu humide de la bouche, la cheville de bois simple exigeant, à leur avis, un bandeau moins épais.
Sans attribuer une importance aussi grande à l’action délétère des chevilles de bois sur les dents comme le veulent certains auteurs, nous reconnaissons toutefois que ces chevilles peuvent à la longue devenir un foyer septique, Leur plus grand inconvénient, à notre avis, est de se ramollir au point de ne plus exercer de pression effective.
Aussi préférons-nous les chevilles métalliques creuses dans lesquelles on engage la cheville de bois ou mieux
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ART EE ‘de caoutchouc vulcanisé durci et dont l’avancement progressif s'effectue au moyen d’un pas de vis.
Les deux parties de l’appareil sont reliées par des ponts, soit de caoutchouc, si l’absence de dents le permet, soit de fils d’or ou de platine qui se logent dans l’interstice des dents dans le cas contraire.
C’est l'appareil auquel nous reconnaissons le plus de qualités.
Il agit indépendamment de la volonté du sujet; son action est constante. |
Le sujet peut lui-même se l’appliquer. L'appareil n’apporte dans la bouche aucune gène notable. |
Sauf au moment des repas, l'appareil peut être porté.
jour et nuit. Chez les enfants cet appareil n’entrave en rien leurs études scolaires. La prononciation n’est pas défectueuse.
… Toutefois il demande plusieurs mois d'application, de sorte que grâce à l’évolution des dents permanentes on se trouve dans la nécessité de transformer ou même de renouveler l'appareil.
Enfin l’anomalie réduite, la première partie du traitement seule est achevée.
Dans l’antéversion,les dents n'ayant aucun obstacle qui assure le maintien de la réduction, il faut obvier à eet inconvénient au moyen d’un appareil dit « appareil de maintien ».
Cet appareil n’est autre que celui que nous venons de décrire. Mais le bandeau antérieur n’est pas armé de chevilles, il se moule exactement sur les dents primitivement
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déviées et par sa présence lutte contre la tendance qu'ont ces dents à reprendre leur position anormale (1).
Nous reviendrons sur cet appareil à double bandeau à
propos de la rétroversion.
Voir observations.
Parfois les canines seules peuvent présenter cette anomalie. La cause réside dans l’atrésie relative du maxillaire par rapport au volume des dents. Les canines au moment de leur évolution faute de place se déjettent en avant comme des défenses.
Le traitement par les appareils leur a été institué. Il nécessite des changements dans les rapports réciproques des dents,tels que Iles résultats sont très longs et parfois insuffisants.
Dans ces cas nous préférons la suppression de la première prœmolaire ou suivant les cas de la canine.
L’antéversion existe également à la mâchoire inférieure, Mais les cas sont exceptionnels et de causes différentes. Citons pour exemple le cas cité par Tomes dans son traité de chirurgie dentaire.
Il s’agit d'un renversement de la région mentonnière produit par la rétraction lente d’un tissu cicatriciel à la suite d’une brûlure de la région antérieure du cou.
Dans les autres cas, l'arrêt de développement du maxillaire force les dents à se dejetter en dehors.
Aussi le traitement malgré l’avis de Gaillard (2) ne
4. Le port de cet appareil doit durer 4 à 6 mois en moyenne. 2. Th. Paris 1879.