CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ATMOLYSE ET CONCLUSIONS
Il résulte de mes recherches, bibliographiques et expérimentales que je crois pouvoir exposer dans ce chapitre, des Constidérations générales et des Conczusrons susceptibles de résumer l'état actuel de la question de l'Afmolyse.
I. — Le nom d’atmolyse a été donné par le professeur Raphaël Dubois à l'action exercée par les vapeurs de liquides organiques neutres sur les substances organisées.
IT. — L'atmolyseur de R. Dubois est l'appareil destiné à l'étude de l’atmolyse. Quelques modifications utiles ont été apportées à l'appareil primitif.
III. — L'atmolyse est donc une invention française; elle est de date relativement récente bien qu’elle soit, pour ainsi dire, le corollaire des recherches nombreuses poursuivies pendant de longues années par R. Dubois, sur le mode d'action physiologique des alcools et des anesthésiques généraux: éther, chloroforme, etc., sur les tissus organisés, recherches qui lui ont permis d'en expliquer le mécanisme physiologique intime.
IV. — En outre, ces recherches ont permis non seulement de provoquer et d'expliquer une foule de réactions pouvant prendre naissance au sein des tissus des organes,
mais encore d'extraire de ceux-ci des principes qui n'avaient pu l'être par d'autres procédés, ou bien d’en simplifier l’extraction, comme cela a été mis en évidence pour la préluciférine, la luciférine et la colucifréase, la purpurotoxine, le ferment hépatique, l’antithrombine, l'alcoolase. C'est un procédé unique pour l'extraction des ferments intracellulaires ou endocellulares.
V. — L'atmolyse a servi à montrer la localisation de produits normalement isolés dans les tissus, tels que les zymases et les glucosides sur lesquels elles agissent. On a pu prouver que des désordres physiologiques peuvént résulter de l’action mécanique de l’atmolyse.
VI. — Elle a conduit à des applications pratiques telles que le procédé d’'embaumement el de momification à l'air libre du professeur R. Dubois, par exemple, et en pharmacologie à la fabrication des intraits.
VII. — Toutefois, le rôle qu’on lui a attribué, dans ce dernier cas, n’est pas celui qui a été expérimentalement établi par R. Dubois, qui a montré que seulement l'expression de Produits atmolysés, convenait à des produits pharmaceutiques ou autres obtenus par atmolyse.
VIIL — Les vapeurs atmolysantes produisent des effets de même nature que ceux du gel; ce qui a conduit R. Dubois, non seulement à découvrir le mode d'action du froid sur les tissus, mais à démontrer que le froid, qui est employé d'ailleurs comme anesthésique local, agit, en somme, par le même mécanisme que les anesthésiques généraux.
IX. — Les liquides volatils qui fournissent les vapeurs atmolysantes peuvent avoir une constitution chimique très différente : ce sont des alcools, aldéhydes, éthers, composés chlorés de l’éthane, carbures d'hydrogène, ete., mais ils possèdent une
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propriété commune qui permet de les grouper dans uné mêmé famille physico-chimique, ou plutôt physiologique : celle d’être des anesthésiques généraux.
X.— R. Dubois a depuis longtemps démontré que ces composés organiques avaient tous une chaleur spécifique très inférieure à celle de l’eau qui est l'élément primordial essentiel de la substance vivante ou bioprotéon, lequel n'est autre chose qu'un biogel instable. Le mélange de ces composés avec l’eau de constitution des tissus abaisse la chaleur spécifique, le pouvoir endosmotique étant en raison directe de la chaleur spécifique des liquides, et le pouvoir exosmotique en raison inverse de son accroissement. Plus la chaleur spécifique d’un fluide est faible, et plus il est exosmotique. Or, l’action fondamentale, générale de l’atmolyse, est de ralentir d’abord, puis d'arrêter les mouvements endosmotiques des humeurs et, à un degré plus élevé, de provoquer l’exosmose, c’est-à-dire l'issue des sucs cellulaires, comme R. Dubois l’avait démontré dès ses premières expériences.
La rapidité et la force de l’action toxique des alcools et autres composés à vapeurs atmolysantes est en raison directe de la faiblesse de leur chaleur spécifique ou, ce qui revient au même, de l'importance de leur poids atomique. Tous ces agents augmentent ce que R. Dubois a nommé /a {ension de dissociation de l'eau el des tissus, mais, en plus de cette propriété commune, chaque liquide à vapeur atmolysante possède des propriété spécifiques.
XI. — Il est vrai que toutes les vapeurs atmolysantes peuvent déplacer l’eau des cellules ou même de leurs éléments constituants organisés : leucites, microleucites ou vacuolides de R. Dubois (mitochondries des Allemands), cette eau peut entraîner avec elle des principes immédiats cristaloïdaux et même colloïdaux, qui ne seront pas les mêmes suivant l’agent employé : c'est ce qui ressort nettement de mes expériences,
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Le choix de la vapeur atmolysante n’est donc pas indifférent suivant l'effet que l'on veut produire dans l'intérieur d’un tissu, ou suivant le ou les principes immédiats que l’on se propose d’atmolyser.
XII. — Dans le cas le plus simple de vésicules closes renfermant des liquides à atmolyser, il faut qu’il y ait de certaines affinités entre la vapeur atmolysante et le liquide interne, celle-là doit être, par exemple, soluble dans celui-ci. R. Dubois avait montré, bien avant Overton, que l’éther traverse le blanc de l’œuf de poule pour se localiser dans les lipoïdes contenus dans le jaune : c'est cette importante remarque qu'Overton n'a fait que généraliser.
XIII. — L'atmolyse ne peut se manifester qu'’autant que le produit à atmolyser est séparé de la vapeur atmolysante par un septum plus ou moins dense : c’est donc un phénomène de dialyse, mais un cas très spécial, puisqu'il s’agit de vapeurs. D'ailleurs, les résultats ne sont pas les mêmes que si l’on immerge un tissu ou un colloïde quelconque dans l'éther, par exemple. Dans ce dernier cas il s’agit bien de l'éthérolyse du Legrip mais non de l’atmolyse de Dubois.
XIV. — La nature du septum a également une influence que j'ai mise en évidence.
XV. — La tension de vapeur, la pression, le degré de température modifient, pour des raisons identiques, la marche de l’atmolyse.
XVI. — Dans certains cas, l’atmolyse ne provoque pas l’hydrolyse des produits saccharigènes, mais les prépare à l’action hydrolysante, comme la cuisson prépare l’amidon à l'action amylolytique de la salive.
XVII. — La maturation des fruits est provoquée ou accélérée par l’atmolyse.
XVIIT. — Dans les fruits, racines, tubercules, la glycogénèse est accrue dans des proportions parfois importantes.
XIX. — Il en est de même pour certains fruits ou semences oléagineuses, l'adipogénèse est accélérée ou accrue dans une notable proportion.
XX. — Dans quelques expériences, la dépense des aliments, due à la maturation, s'est trouvée ralentie, en même temps que la glycogénèse et l’adipogénèse étaient accrues par l’atmolyse.
XXI. — Mes recherches sur la noix de Kola fraîche ont vérifié, en les complétant, les notions dues aux recherches de R. Dubois sur la localisation des zymases et sur les réactions provoquées par l’atmolyse dans l'intimité des tissus.
XXII. — L'atmolyse appliquée à l'étude de quelques animaux marins a permis d'en séparer certains principes immédiats, tels que la préluciférine et la purpurotoxine.