‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 49 sur 102 · FAR · texte numérisé non relu

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» On délibéra ensuite sur les honneurs funèbres. Voici les propositions les plus remarquables : « que la pompe funèbre passät par la » porte triomphale, » fut demandé par Gallus Asimius; « qu'on portât » devant le corps d’Auguste les titres des lois qu’il à rendues, les » noms des nations qu’il a soumises, » le fut par Aruntius; Valerius Messala ajouta : « qu’il fallait renouveler tous les ans le serment à » Tibère. » Interrogé par Tibère si c'était par ses ordres qu’il émettait cet avis, Messala répondit que c’était de son propre mouvement, et que, du reste, dans tout ce qui regarderait l’État il ne prendrait conseil que de lui-même au risque d’offenser ; c'était la seule manière de flatter qui fût encore neuve (a).

» Les sénateurs crièrent tous d’une voix que le corps devait être porté au bücher sur leurs épaules. Tibère consentit avec une modestie insultante, et dans un édit il recommanda au peuple de ne

mais aussi à des rois!; dix millions de drachmes au peuple, deux cent cinquante à chaque soldat prétorien, la moitié. aux gardes urbaines et soixante-quinze au reste des légionnaires ?.

(a) LVI, 42 : Ensuite le lit funéraire, relevé par les mêmes porteurs qu'auparavant, passa par la porte triomphale, selon le décret ‘ rendu par le Sénat. — LVI, 34 : Des images représentant, avec leurs costumes nationaux, tous les peuples réunis par lui à l'empire, accompagnaient le cortège.

4 Nous ne nous demanderons pas ici s’il a été possible qu'Auguste eût réuni et laissé une masse de numéraire aussi considérable pour être distribuée en legs. Nous nous proposons seulement de montrer la conformité des Annales et de l'Histoire de Dion ou des abréviateurs. Cette observation s'applique aux nombreux cas analogues.

Nous ne chercherons pas non plus à savoir ce que latène a voulu dire par cohortes de citoyens romains, cohortibus civium romanorum. Il ne lui avait pas été facile sans doute de se bien rendre compte du passage de Dion : rù te Ôque quMlas pupiddas, xal Tois oTpatubtars,toïs LÈv Üopupépols XUTà TEVTN OVER xa ÊtaxoGiae Gpayuèe, Tots d'acrinoïs Tnv Auioerav, To Te Round To moMtixd TANEL TÉVTE xaù “0 xôvra dobñvar ÉxÉdeuGE.

2 M. Naudet, dans ses notes sur Tacite, I, 8, fait observer qu'il y av n des cohortes de RE RE de citoyens, à Rome “ en diverses localités et que c’est d’elles dont il parle ici. Mais remarquons que Dion ni Suétone ne font mention d’un pareil legs ; et d'autre part s’il fallait entendre ainsi le passage des Annales, on devrait admettre que l’auteur a omis de signaler le legs aux cohortes urbaines formellement spécifié dans les deux historiens. Nous croyons qu'il a simplement mal compris ou mal rendu cohortibus urbanis de Suétone et àortxoïc de Dion.

point troubler par un excès de zèle les funérailles d'Auguste, comme autrefois celles de César, et de ne point exiger que le corps füt brûlé au forum plutôt qu'au champ de Mars, qui avait été désigné pour la sépulture (a).

» Le jour des funérailles les soldats prirent les armes pour prêter l’appui de leur force. Cet appareil menaçant fut accueilli par les rires de ceux qui avaient vu ou qui avaient entendu rappeler par leurs pères ce jour où, la servitude étant encore toute récente, on avait tenté, sans succès, de recouvrer la liberté, alors que le meurtre de César était regardé par les uns comme un crime odieux, par les autres comme une action héroïque, Aujourd’hui fallait-il donc l'appui de l’armée pour que se fissent en paix les funérailles d’un prince vieilli dans un long exercice du pouvoir et qui avait assuré contre la république la fortune de ses héritiers ? »

L'auteur fait alors le tableau des sentiments que manifestaient les citoyens, les jugements qu’ils portaient sur Auguste; nécessairement les uns approuvaient sa conduite, la regrettaient, les autres en disaient du mal. Pour cela il se sert de l'éloge funèbre que, selon Dion, Tibère aurait prononcé du haut des rostres et en vertu d’un sénatusconsulte.

« De là (ch. 9) mille rumeurs sur Auguste lui-même (b). On remarqua les plus futiles circonstances : le même jour qui avait vu son élévation à l'empire avait été le dernier de sa vie; il était mort à Nole dans la même maison que son père Octave. On parlait aussi de ses consulats égaux en nombre à ceux de Marius et de Corvus réunis,

(a) LVI, 34 : Une image en cire du défunt, revêtue de la toge triomphale, partit du Palatin portée par les magistrats désignés. — LVIT, 2 : Quoiqu'il eût des gardes autour de sa personne, il pria le Sénat de lui venir en aide pour le garantir de la violence lors des funérailles ; il craignait, disait-il, qu’on n’enlevàt le corps d’Auguste, comme autrefois celui de César, pour le brûler au forum. Quelqu'un, pour se moquer de cette demande, ayant proposé de lui donner une garde, comme s’il n’en eût pas eu, Tibère comprit la raillerie et répondit : Ce n’est pas à moi, mais à l’État que les soldats appartiennent.

(b) LVI, 83 : Voilà les traits qu'on citait d’Auguste,

de sa puissance tribunitienne prorogée pendant trente-sept ans (@); du titre d’imperator qu’il avait obtenu vingt et une fois; des hon-,

neurs créés ou multipliés pour lui. Les hommes éclairés exaltaient ou blâmaient diversement les actes de sa vie. Suivant les uns, la piété filiale, la situation si grave de l'État où les lois n'étaient plus en vigueur nulle part, l’avaient seuls poussé aux guerres civiles, qu'on ne peut ni entreprendre ni soutenir par des voies légitimes. Ils rejetaient sur le désir de punir les meurtriers de son père ses nombreuses complaisances pour Lépide et pour Antoine; et quand lun eut vieilli dans une lâche inaction, quand l’autre se fut épuisé de débauches, il ne restait pour ressources à la patrie déchirée que le gouvernement d’un seul (b). Il ne prit, en établissant son pouvoir, ni le titre de roi, ni le titre de dictateur, mais le nom de prince (c): Il

(a) LVI, 39 : Vous l’avez une deuxième, une troisième, une quatrième, une cinquième fois contraint de garder la direction des affaires publiques.

(b) LVI, 37 : Plus tard, voyant ses sentiments partagés par la portion la plus nombreuse et la plus estimable du peuple et du Sénat, au lieu que Lepidus, Antoine, Sextus, Brutus, Cassius n’avaient pour appui que des séditieux... il prit les mesures les plus prudentes et les plus favorables au peuple... Il tint une conduite propre à le mettre séparément aux prises avec les divers partis, afin de ne pas avoir à les combattre tous à la fois. — 1bid., 36: Lorsque César fut mort victime d’un complot, la confusion régna dans les affaires publiques ; il sut, à la fois, et venger son père d’une manière suffisante et vous prêter un secours nécessaire.

(ec) LVI, 41 : Qui des sénateurs ne s’en souviendrait, lorsqu’après avoir retranché de cet ordre le vil résidu des séditions, sans faire de mal à personne, il a, par cet acte même, relevé la dignité des autres membres, les a grandis par l’augmentation du cens et enrichis par l'argent qu’il leur a donné; lorsqu'il a rendu leurs voix égales à la sienne dans les délibérations, ete. — LVIT, 8 : Le titre de Prince du Sénat, au sens antique, était celui que se donnait Tibère. — Jbid., 43 : Les Romains vécurent dans une sage liberté, sous une monarchie inoffensive, soumis à un prince sans être ses esclaves, gouvernés avec les formes de la république.

donna pour limites à l’empire l'océan et les fleuves lointains. Les légions, les provinces, les flottes, tout fut réuni en un même faisceau ; il fut juste envers les citoyens (a), modéré envers les alliés (b). Rome lui doit des embellissements magnifiques (c). IL n’employa que rarement la rigueur et pour le repos de tous. »

Après avoir fait entendre les louanges données à Auguste par ses nombreux partisans, l’auteur fait parler les opposants. Ceux-ci l’accusent de n'avoir été mû que par une ambition personnelle, rappellent ses proscriptions, les faux semblants d'amitié par lesquels il trompa tour à tour Lépide et Antoine, la défaite de Varus; et, pénétrant dans la vie privée, ils l’accusaient d’avoir, contre les lois et les rites sacrés, enlevé Livie à son époux (ch. 10). 11 n’était point absolument nécessaire d’être un Romain pour produire de telles appréciations. Puis l’auteur ajoute pour finir : « On disait encore qu'Auguste avait appelé Tibère à lui succéder, non par affection ou dans l'intérêt de l'État, mais parce qu’il avait vu au fond de son orgueil et de sa cruauté, et qu'il. voulait, par un terrible contraste, rehausser sa propre gloire (d).

» Les obsèques terminées (ch. 11), un temple et les honneurs divins furent décernés à Auguste (e).

(æ) LVI, 38 : Auguste a tellement mêlé et confondu le vainqueur et le vaincu qu'il a converti, pour ses adversaires, leur défaite en une victoire.

(b) LVT, 4 : Qui des alliés n’en garderait la mémoire lorsqu'il a fait pour eux la liberté exempte de danger, l’alliance exempte de dommage? Qui des peuples soumis ne se le rappellerait, lorsqu’aucun d'eux n’a subi ni insulte ni outrage?

(ce) LVI, 1 : Qui des autres Romains n’y songerait sans cesse quand il leur a procuré édifices, richesses? -— Jd., 40 : Il répara les édifices qui tombaient en ruines. il en bâtit de nouveaux.

(d) LVI, 45 : La différence fut en tout si grande entre les deux empereurs, que quelques historiens ont soupçonné Auguste d’avoir à dessein choisi Tibère pour son successeur, bien que connaissant parfaitement son caractère, afin de se faire mieux apprécier lui-même.

(e) LVI, 46 : Après avoir mis Auguste au rang des immortels, on institua en son honneur des flamines et des sacrifices.

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Ye) DE L'AUTHENTICITÉ DES ŒUVRES DE TACITE.

» Ensuite, on supplie Tibère, qui répond par des paroles vagues sur la grandeur de l’empire et sa propre faiblesse. Le génie du divin Auguste pouvait seul soutenir un si grand fardeau; appelé par lui à partager les soins du gouvernement, il avait appris par expérience ce qu'il y a de difficultés à porter seul le poids du pouvoir et tout ce qu’il faut craindre de la fortune,

» Dans une ville qui s’appuyait sur tant d'hommes illustres, il ne fallait point tout confier à un seul homme. Plusieurs citoyens, en associant leurs soins, travailleraient plus facilement à la grandeur de l’État (a). Dans un tel discours, il y avait plus d’orgueil que de sincérité. Tibère, lors même qu’il ne dissimulait pas, laissait toujours, soit par caractère, soit par habitude, quelque chose d’obscur et d’inachevé dans ses paroles; et alors, comme il s’efforçait de cacher profondément sa pensée, son discours était plus indécis et plus impénétrable encore. Les sénateurs, qui n'avaient qu’une crainte : celle de paraître en avoir deviné le sens, se répandaient en vœux, en lamentations, en larmes; ils étendaient les mains vers les statues des dieux, l’image d’Auguste, les genoux de Tibère (b).

» Alors, il fit apporter un registre dont il ordonna la lecture. Ce registre contenait l’état des richesses de l’empire, le nombre des citoyens et des alliés sous les armes, des flottes, des provinces, des royaumes, des tributs et autres parties du revenu public, des dépenses nécessaires et des gratifications. Auguste y conseillait de contenir l’empire dans ses limites. Était-ce prudence ou jalousie? On l’ignore (c).

(a) LVIT, 2 : Tibère s’excusa de ne pouvoir accepter le pouvoir tout entier sur son âge (il avait cinquante-six ans) et sur la faiblesse de sa vue (quoiqu'il vit très bien dans l'obscurité, ses yeux, le jour, étaient très faibles); puis il demanda des citoyens pour partager avec lui le soin des affaires et pour l'aider à gouverner.

(b) LVIT, 1 : Tibère n’avouait rien de ce qu’il désirait et ne voulait à peu près rien de ce qu’il disait vouloir. Si c’eût été là son seul trait caractéristique, il aurait été facile de se tenir en garde contre lui en prenant le contrepied de ses paroles... Mais il se fâchait dès qu’il se voyait compris, et fit périr beaucoup de malheureux pour le seul crime de l'avoir deviné.

(ce) LVI, 33 : Quatre volumes furent en outre apportés et lus par

» Cependant, le Sénat (ch. 12) descendant aux plus humbles prières, Tibère dit, sans avoir pesé ses mots, que seul il ne pouvait porter le poids du gouvernement; que, néanmoins, si on voulait lui en confier une partie, il consentirait à s’en charger. César, dit aussitôt Asinius Gallus, je demande quelle partie tu veux qu’on te confie. Déconcerté par cette question imprévue, Tibère resta un moment silencieux; mais, ressaisissant bientôt sa présence d'esprit, il répondit qu'il ne conviendrait nullement à sa délicatesse de choisir ou de refuser en partie, attendu qu’il préférait être dispensé du tout. Gallus devinant, à l'expression de ses traits, qu’il était offensé, répliqua que s’il avait hasardé cette question, ce n’était point pour demander qu’on séparât ce qui ne peut l'être, mais pour le convaincre, par son propre aveu, que l’État ne forme qu’un seul corps et qu’il doit être gouverné par une seule tête (a).

» Gallus ajouta des éloges pour Auguste, pria Tibère de se rappeler

Drusus... Dans le troisième, étaient contenus l’état des armées, celui des revenus et des dépenses publiques, l’état des finances et autres instructions de ce genre utiles pour le gouvernement de l’empire. Le quatrième volume renfermait des recommandations à Tibère et au public... Il était d’avis qu’on se contentât des limites actuelles de l'empire, sans chercher aucunement à les étendre; car il serait dans ce cas, disait-il, difficile à garder.

(a) LVIT, 2 : Tibère demandait qu’il lui fût adjoint des sénateurs pour l'aider à gouverner, non tout l'empire à la fois, ainsi que cela se pratique dans un gouvernement oligarchique, mais une des trois divisions qu’il établissait, et dont il prenait une -pour lui et cédait deux autres. Ces divisions comprenaient : la première, Rome et l'Italie; la deuxième, les armées; la troisième, le reste des peuples soumis. Comme il insistait avec force sur ce partage, et que les sénateurs, de leur côté, faisaient semblant de le contredire, et le priaient de se chärger du tout, Asinius Gallus, qui usait sans cesse, même contre ses Intérêts, d’une liberté de parler qu’il tenait de son père, s’écria : « Eh bien! donc, choisis la part qu’il te plaira. » « Comment, repartit Tibère, est-il possible que le même fasse les parts et choisisse ! » Gallus, comprenant alors dans quel malheur il s'était précipité, essaya d’adoucir Tibère par ses paroles, en ajoutant : « Ce n’est

Éait ses propres victoires et les souvenirs glorieux de son administration n' pendant la paix. Mais il n’adoucit point sa colère; il en était détesté | 1 depuis longtemps, parce qu’en épousant Vipsanie, fille de M. Agrippa,

| *f répudiée par Tibère, il avait annoncé des projets qui n'étaient point |l ceux d’un simple citoyen, et que, de plus, il conservait la fierté de \f Pollion, son père (a). »

Dans le chapitre suivant (ch. 13), l’auteur attribue à quelques autres personnages des paroles analogues à celles de Gallus, et qui déplurent à Tibère également. « Celui-ci, dit-il, après les clameurs générales et les instances particulières de chaque sénateur, céda peu à peu; et, sans avouer qu’il acceptait l’empire, il cessa de refuser et de se faire prier. »

Après la prise de possession du pouvoir par Tibère, il ne pouvait à manquer d’être question de Livies qui avait joué un rôle si important | sous Auguste et qui avait tant contribué à l’élévation de son fils. ph 1 «Les sénateurs, dit l’auteur (ch. 14), prodiguèrent aussi des

flatteries à Augusta. Les uns voulaient qu'on l’appelât Mère; les 1 autres, Mère de la Patrie; et, la plupart, qu’on ajoutât au nom de | | César : fils de Julie. Tibère répétait que les honneurs décernés aux KL | femmes devaient avoir des bornes, et qu’il demanderait la même réserve dans ceux qui lui seraient rendus. Mais, troublé par l'envie, wi 1 il voyait dans l'élévation d’une femme son propre abaissement, et 1l 1e souffrit pas même qu’on donnât un licteur à sa mère. Il défendit d'élever l’autel de l'adoption et proscrivit les autres distinctions du

même genre (b).»

pas pour que tu te contentes d’un tiers de l'empire, c'est parce que son partage est impossible, que je t'ai fait cette offre. »

(a) LVII, 2 : Gallus, toutefois, n’apaisa point Tibère, et finit, après beaucoup de mauvais traitements, par être mis à mort. Il est vrai de dire que Gallus avait épousé la première femme de Tibère, et qu’il #. | revendiquait Drusus pour son fils, ce qui lui avait valu, déjà même

avant cette époque, la haine du prince.

1 (b) LVII, 19 : Le pouvoir de Livie sous Auguste avait été fort grand et elle se vantait d’avoir fait Tibère empereur; et, pour cela, elle | | prétendait avoir moins une autorité égale à la sienne qu’une autorité supérieure. Aussi, y eut-ik en son honneur diverses propositions en

L'auteur s'occupe ensuite du fils adoptif et du fils de Tibère et dit :

€ Cependant, il demanda le proconsulat en faveur de Germanicus, à qui cette dignité fut portée par une députation chargée en même temps des consolations au sujet de la mort d’Auguste. Il ne réclama point le même honneur pour Drusus, parce que Drusus était présent et désigné consul. »

Il revient aux affaires gouvernementales.

« Tibère, dit-il, nomma douze candidats à Ja préture; c'était le nombre fixé par Auguste; et, le Sénat l’ayant prié d'augmenter ce nombre, il s’imposa, au contrairé, sous la foi du serment, l’obligation de ne jamais l’excéder.

» Pour la première fois alors les comices (ch. 15) passèrent du champ de Mars au Sénat; car jusqu’à ce jour, quoique les choix importants fussent laissés à la volonté du prince, il y en avait cependant quelques-uns qui étaient faits par les tribus. Le peuple n’accueillit la perte de ses droits que par de vains murmures. Le Sénat, dispensé de recourir à des largesses ou à des prières humiliantes, accepta volontiers, Tibère se bornant d’ailleurs à ne recommander que quatre candidats, qui devaient passer sans opposition et sans intrigue,

» Dans le même temps, les tribuns demandèrent à faire eux-mêmes les frais des jeux qu’on devait ajouter aux Fastes, et qui, sous le nom d'Auguste, furent appelés Augustaux. Mais la dépense fut prélevée sur le Trésor public, et l’on permit aux tribuns de paraître dans le cirque en habit triomphal, mais non sur des chars. Bientôt après,

dehors de tous les usages : plusieurs voulurent lui donner le nom de Mère de la Patrie; plusieurs même celui de Mère; d’autres furent d'avis d'appeler Tibère du nom de Livie.. Tibère ne ratifia que les moins importants des honneurs décernés à sa mère et ne lui laissa rien faire qui sortit des bornes. (est ainsi que Livie, ayant une fois consacré chez elle une statue à Auguste, et voulant, à cette occasion, donner un banquet au Sénat et aux chevaliers, ainsi qu’à leurs femmes, il ne lui permit ni de procéder à cette consécration sans y avoir été autorisée par un sénatus-consulte; ni, après l'autorisation obtenue, de donner de banquet aux hommes.

la célébration annuelle de ces jeux fut attribuée au préteur chargé de h | juger les contestations entre les citoyens et les étrangers (a):°»

E| (A || | { 1 L'auteur nous fait connaître ensuite (ch. 16) ce qui se passait aux frontières.

« Tel était à Rome l’état des choses, lorsqu'une sédition éclata parmi les légions de Pannonie (b). Cette sédition n’avait d'autre motif que l'avènement d’un nouveau prince, circonstance favorable aux désordres des troupes, et qui leur montrait dans la guerre civile Pespoir des récompenses.

1l » Au camp d'été, se trouvaient trois légions réunies sous les ordres de J. Blésus. À la nouvelle de la mort d’Auguste et de l’avènement de Tibère, Blésus, soit à cause du deuil, soit à cause des réjouissances, avait interrompu les exercices ordinaires. Ce fut là la source du mal. L’oisiveté enfanta la discorde. Le soldat prêta l’oreille aux plus mauvais conseils, souhaita l’aisance et le repos, méprisa la discipline et les fatigues. »

fr L'auteur (ch. 17) nous montre alors un certain Percennius, orateur de carrefour, haranguant ses camarades, leur rappelant leurs fatigues, | | leur solde minime et s’écriant : « Dix as par jour! voilà le tarif d’une 1 âme et d’un corps! » Et il ajoute : « Les soldats n’ont pour remède dit à leurs maux, que de fixer eux-mêmes les conditions du service milit : taire; qu’il soit accordé un denier par jour; que la seizième année de

(a) LVI, 48 : Un décret ordonna qu’au jour natal d'Auguste, les consuls donneraient des jeux avec des prix égaux à ceux des fêtes de Mars, et que les tribuns du peuple, dont la personne était sacro-

| sainte, célébreraient les Augustales. Ces magistrats remplirent toutes les formalités usitées en pareille circonstance; Cest-à-dire qu'aux jeux du cirque, ils firent usage de la toge triomphale, sans cependant monter sur le char.

(b) LVII, 4 : Les légions de Pannonie se mutinèrent aussitôt qu’elles apprirent la mort d’Auguste; les soldats, rassemblés dans un camp qu'ils fortifièrent, s’y livrèrent à une foule d'actes séditieux. Ils ten-

| tèrent de tuer leur chef, Junius Blésus.. Ils espéraient, à la faveur | du changement de gouvernement, arriver au but de leurs désirs, soit en effrayant le prince, soit en donnant l’empire à un autre.

l’enrôlement soit la dernière; passé ce terme, plus de loi qui retienne sous le drapeau, et que dans le camp même la récompense soit payée en argent (a). »

Vient ensuite (ch. 18) le tableau des scènes de désordre dans le camp. Blésus arrive, menace, puis dit aux légionnaires : « Tuez-moil! votre rime sera moins grand que celui de trahir l’empereur! » Ce n'est point par la sédition (ch. 19) que les soldats doivent manifester leurs vœux; ils n'avaient qu’à choisir et envoyer des députés à Rome. Les mutinés s’écrient alors : « Que le fils de Blésus, tribun, soit chargé, comme député des soldats, de demander le congé au bout de seize aus. Cette première demande accordée, on s’expliquera sur le reste. »

Dans les chapitres suivants (20 à 23), l’auteur nous montre une nouvelle reprise de la révolte, de nouvelles scènes de désordre dans le camp. Blésus veut faire preuve de sévérité, mais il est débordé; les prisonniers sont délivrés, et il est lui-même accusé et doit se défendre devant ses soldats; mais ses esclaves, mis à la torture, ne révèlent aucun fait contre lui, et l’on reconnait que le général n’avait illégalement mis à mort personne (b).

« À ces nouvelles (ch. 24), quoique replié en lui-même et d'autant plus impénétrable qu’il était plus inquiet, Tibère résolut de faire partir Drusus avec les principaux citoyens et deux cohortes prétoriennes. Ses instructions n’avaient rien de précis; les circonstances devaient régler sa conduite (c). » |

L'auteur (ch, 25 à 27) fait monter Drusus sur le tribunal du camp, entouré des soldats, essayant de les tromper par de feintes promesses, leur disant qu'il soumettrait leurs demandes au Sénat. Irrités et désappointés, les soldats attaquent les prétoriens isolés et les soutiens

(&) LVIT, 4: Ils ne voulaient pas servir plus de seize ans, gagner une drachme par jour et demandaient à recevoir leur récompense dans le camp même:

(b) LVIT, 4 : Ils se saisirent des esclaves de Blésus, qui furent mis à la torture.

(e) LVIL, 4: Drusus étant ensuite venu vers eux avec les gardes prétoriennes, des troubles éclatèrent, vu qu’il ne leur promettait rien d’assuré.

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de Drusus; l’un d’eux est blessé à coups.de pierres et aurait péri sans

le secours de l’escorte (a).

«La nuit était menaçante (ch. 28); quelque forfait allait éclater; le hasard rétablit le calme. La lune, au milieu d’un ciel sans nuage, pälit tout à coup. Les soldats, ignorant la cause de ce phénomène, y cherchent un rapport avec leur situation présente; ils voient. dans l’éclipse de cet astre une image de leur propre misère, et se persuadent que leurs vœux atteindront heureusement le but, si la déesse recouvre son éclat et sa clarté. Aussitôt, ils font retentir Pair du bruit de l’airain, du son des clairons et des trompettes. Selon que la lune est plus brillante ou plus obscure, ils se réjouissent ou s’affligent; enfin, quand des nuages, en s’amassant, l’eurent dérobé à leurs yeux, ils crurent qu’elle était ensevelie dans les ténèbres, et comme le passage est rapide de la frayeur à la superstition, ils s’écrièrent, en gémissant, que d’éternels malheurs leur étaient annoncés et que les dieux avaient horreur de leurs excès (b). Drusus, pensant qu’il fallait profiter de ces dispositions et se servir sagement de Pappui du hasard, envoya des émissaires dans les tentes. Il manda le centurion Clémens et tous ceux qui, par leurs bons offices, s’étaient fait aimer des troupes. Ceux-ci se mêlent aux sentinelles, aux soldats des portes et des postes; ils flattent par des promesses ou effrayent par des menaces. Jusques à quand tiendrons-nous assiégé le fils de l’empereur? Quel sera le terme de nos dissensions? Prêterons-nous serment à Vibulenus et à Percennius? Donneront-ils des terres aux vétérans et la paie aux soldats? Enfin, au lieu des Nérons et des Drusus, régneront-ils sur le peuple romain? Nous avons été les derniers à faiblir, pourquoi ne pas être les premiers repentants? Le pardon qu’on implore en commun est toujours lent à venir; méritez sans délai des grâces particulières et sans délai vous les atteindrez. » Ces discours ébranlent les esprits et sèment de mutuelles défiances. L'amour du devoir renait peu à peu; les portes du camp restent

(a) LVIL, 4: Quelques hommes de sa suite furent blessés et luimème fut cerné pendant la nuit, de peur qu’il ne prit la fuite.

() LVII, 4: Mais une éclipse de lune leur inspira une crainte qui émoussa leur courroux au point qu’ils renoncèrenit à faire aucun mal à personne.

libres; les enseignes, réunies en un même lieu, au commencement de la sédition, sont reportées chacune à leur place.

» Drusus, au point du jour, convoque l’armée (ch. 29), et, quoique orateur peu habile, mais avec une dignité qui lui était naturelle, il se plaint du passé, se loue du présent. La peur et les menaces, dit-il, ne peuvent le vaincre; que les soldats se montrent repentants; qu’il entende de leurs bouches des paroles suppliantes, il écrira à son père, afin qu’il s’apaise et qu’il accueille les prières des légions. Sur la demande des soldats, on députa de nouveau vers Tibère ce même Blésus, Lucius Apronius, chevalier romain de la suite de Drusus, et Justus Catonius, centurion de premier rang (a).

» Les avis se partagent : les uns veulent qu’on attende les députés

et que, dans l'intervalle, on achève de ramener les soldats par la douceur; les autres, qu’on prenne des mesures énergiques. Tout est extrême chez la multitude; elle menace, quand elle ne tremble pas; lorsqu'on l’effraye, on la brave impunément. Des terreurs religieuses l’accablent encore; qu’elle soit frappée par son général d’une terreur nouvelle, et que les chefs de la sédition disparaissent. Drusus inclinait par caractère vers les mesures rigoureuses. Il mande Vibulenus et Percennius, et les fait tuer. La plupart disent qu’on les enterra dans la tente même de Drusus; d’autres, que leurs corps furent exposés hors des retranchements, à la vue des soldats (b).

» Alors, on chercha (ch. 30) les principaux artisans des troubles; ceux qui erraient en dehors du camp furent tués par les centurions ou les prétoriens ; les soldats eux-mêmes, pour prouver leur fidélité, en livrèrent quelques-uns (c).

» Un hiver prématuré ajoutait aux ennuis; c’étaient des pluies continuelles et tellement violentes que les hommes ne pouvaient ni sortir de leurs tentes ni se rassembler, et qu'ils avaient peine à

(a) LVII, 4 : Ils envoyèrent alors de nouveaux députés à Tibère.

(b) LVII, 4: Les plus mutins, mandés comme pour un tout autre motif, furent mis à mort par Drusus dans sa tente même et par ceux de sa suite; l’un d’une façon, l’autre d’une autre.

(c) LVIT, 4 : Le reste se calma au point de livrer, pour être trainés au supplice, quelques-uns d’entre eux qu’ils accusaient d’avoir été les instigateurs de la sédition,

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abriter les enseignes emportées par le vent et la pluie. Ils tremblaient ainsi encore devant la colère des dieux. Ce n’était pas en vain; c'était pour menacer leurs impiétés que les astres s’obscurcissaient, que les tempêtes étaient déchaînées. Il fallait, pour remède à ces maux, quitter un camp funeste et souillé, s’absoudre par des sacrifices et regagner les quartiers d’hiver (a).

» .… Drusus n’attendit pas le retour des députés; et, le calme étant rétabh pour le moment, il revint à Rome. »

En même temps que les légions de Pannonie se révol-

-taient, celles de Germanie en faisaient autant. L'auteur des

Annales nous fait le récit de cette rébellion de la même façon que la précédente. Il prend pour base le passage où Dion en parle, et amplifie les éléments qu’il y rencontre. Nous nous bornerons donc à résumer les chapitres suivants et à signaler les points qui montrent clairement l’usage qui a été fait de l'historien grec.

« Vers le même temps (ch. 31-32), et pour les mêmes causes, les légions de Germanie se soulevèrent avec d'autant plus dé violence qu'elles étaient plus nombreuses, et dans le ferme espoir que Germanicus, trop fier pour souffrir un maître, se donnerait à des troupes qui, par leur force, entraineraient tout (b)... A la nouvelle de la mort d’Auguste, les hommes du peuple qu’on avait récemment levés dans Rome, troupe paresseuse et ennemie de toute fatigue, exaltérent la brutalité des autres soldats. L'heure est venue, disaient-ils, pour les

(a) LVIT, 4: L'hiver, qui fut très rigoureux, les décida à se retirer chacun dans son propre camp. .

(b) LVIL, 5 : D’un autre côté, en Germanie, les troupes qu’on y avait concentrées en grand nombre à cause de la guerre, Voyant que Germanicus était aussi un César et qu’il était supérieur à Tibère, ne gardèrent aucune mesure; mettant en avant les mêmes prétextes,

elles se répandirent en injures contre Tibère et saluèrent Germanicus empereur,

vétérans de hâter leurs congés, pour les jeunes soldats d'augmenter | leur paie, pour tous de demander le terme de leurs misères et de se venger de la cruauté des centurions (a). »

Germanicus (ch. 33-35), en apprenant les désordres et la révolte de ses légions, se rend au milieu d’elles. Il essaie de les ramener au devoir et à l’obéissance. Ses paroles sont accueillies par des murmures. | « Des soldats réclament le legs qui leur a été fait par Auguste; ils ajoutent des vœux pour Germanicus et lui offrent, s’il souhaite l'empire, l'appui de leurs bras. Alors, comme s’il eût été souillé par cette pensée criminelle, Germanicus s’élance de son tribunal. Les légionnaires l’arrêtent en lui opposant leurs armes et le forcent à | retourner sur ses pas. Il s’écrie alors qu’il mourra plutôt que de | trahir sa foi; il tire son épée et, la levant contre sa poitrine, il allait s’en frapper lorsque ceux qui étaient près de lui retinrent son bras | avec force, Mais à l’autre extrémité du camp un groupe tumultueux crie : Frappe. Quelques-uns même, chose incroyable, s’approchent pour répéter ce mot. Un soldat, nommé Calusidius, lui présenta son | épée nue en ajoutant qu’elle était mieux affilée. Cette action parut atroce et odieuse même aux plus furieux; il y eut un moment de calme et les amis de Germanicus en profitent pour l’entrainer dans | | sa tente (b).

» …… Enfin, après avoir pesé toutes les raisons (ch. 36), on prit le MT parti de supposer une lettre de Tibère et, suivant cette lettre, le | congé définitif était accordé après vingt ans, la vétérance après seize, mais à condition de rester sous le drapeau sans autre service que |

(a) LVII, 5 : Le plus grand nombre d’entre les soldats appartenait | à cette foule de citadins qu'Auguste avait enrôlés après le désastre de Varus. s !

() LVII, 5: Germanicus n'ayant pu, malgré ses remontrances, | les faire rentrer dans l’ordre, et même à la fin, ayant tiré son épée pour se tuer, les troupes se mirent à pousser un cri de douleur; alors un soldat lui tendant la sienne : Prends celle-ci, lui dit-il, elle est plus pointue. Germanicus, voyant à quel point les choses en étaient venues, n’osa pas se donner la mort, parce que, entre autres motifs, il pensait que la sédition n’en continuerait pas moins.

celui de repousser lennemi; on acquittait en le doublant le legs d’Auguste que les troupes avaient réclamé (a).

» Le soldat (ch. 37-39) s’aperçut qu’on voulait gagner du temps et demanda qu’on le satisfit sans retard. Les tribuns se hâtèrent d’expédier les congés; quant aux gratifications, on en ajourna le paiement jusqu’au retour dans les quartiers d'hiver...

» Cependant les députés du Sénat rejoignent Germanicus... Mais les soldats se laissent pénétrer de cette crainte qu’on venait au nom du Sénat révoquer la concession arrachée par la révolte... Munaltius Plancus, chef de la députation, est accusé d’être l’auteur du sénatusconsulte. Vers le milieu de la nuit... ils se dispersent par les rues et, trouvant sur leur route les députés qui, au premier bruit de la révolte, accouraient vers Germanicus, ils les accablent d’outrages, se disposent à les tuer, s’attaquent surtout à Plancus (b)..…..

» Agrippine (ch. 40), née du sang d’Auguste, voulait prouver, en face du danger, qu’elle était digne de sa race. Mais après lavoir embrassée ainsi que son fils, Germanicus la décida à partir. Épouse fugitive, elle s’en alla, entourée de femmes, triste cortège ! et portant son fils dans ses bras.

DAT La honte et la piété (ch. 41) se réveillent chez les soldats et en même temps le souvenir d’Agrippa son père, d’Auguste son aïeul, de Drusus son beau-père; ils songent à son heureuse fécondité, à sa chasteté glorieuse, à son fils né dans les camps, élevé sous les tentes des légions, à ce fils qu'ils nommaient Caligula, parce qu’on lui faisait porter souvent, comme pour le rendre populaire, la caligue, qui est la chaussure du soldat. »

Après un discours de Germanicus, dans un style déclamatoire, qui

(@) LVIT, 5 : Composant une lettre qu’il dit avoir été envoyée par Tibère, il leur paya double les legs faits par Auguste comme s’il'eût agi d’après les ordres de Tibère et accorda leur congé aux soldats qui avaient passé l’âge,

(b) LVII, 5 : Plus tard, à l’arrivée des sénateurs députés par Tibère,.… les soldats comprenant le stratagème de Germanicus et soupçonnant le sénateurs de n’être venus que pour annuler les concessions de leur général, recommencèrent à se mutiner; ils faillirent même égorger quelques députés.

occupe deux chapitres (ch. 42-43), «les soldats (ch. 44) suppliants reconnaissent leurs fautes, demandent qu’on punisse les coupables, quon pardonne à ceux qui ont été entrainés, qu'Agrippine et son fils, le nourrisson des légions, reviennent parmi eux. » Germanicus allégua contre le retour d’Agrippine l'hiver et sa grossesse avancée; il promit que son fils reviendrait et il ajouta que c'était aux soldats à faire le reste (a).

» Les soldats, entièrement changés, courent çà et là; ils trainent, après les avoir liés, les plus séditieux devant Cetronius, lieutenant de la re légion, qui les jugea et les punit de cette manière: les légions réunies entouraient le tribunal, l’épée nue; un tribun montrait l'accusé sur une éminence. Si le eri général le déclarait coupable, il était jeté en bas et mis à mort. Les légionnaires répandaient ce sang avec joie comme s’il eût lavé leurs crimes. César laissait faire. Il n'avait point donné d'ordres et la cruauté de ces actes retombait sur leurs auteurs (b).»

Dans le chapitre suivant (ch. 45) nous voyons les préparatifs de Germanieus pour aller châtier deux autres légions rebelles.

L'auteur nous transporte ensuite à Rome (ch. 46-47), et fait voir l'agitation qui y régnait; l'opinion publique souhaitait que Tibère allät lui-même rétablir l’ordte dans les armées; il feignit de vouloir partir; fit préparer ses bagages, équiper des navires; mais alléguant tantôt un prétexte, tantôt un autre, il ne quitta pas la ville.

(a) LVIT, 5 : Ils pressèrent Germanicus et se saisirent de sa femme Agrippine, fille d'Agrippa, et de Julie, fille d'Auguste, ainsi que de son fils qu'ils nommaient Caligula, parce que, élevé en grande partie dans le camp, il portait la chaussure militaire au lieu de la chaussure des habitants des villes, tous les deux secrètement éloignés.

(b) LVII, 5: Au bout de quelque temps, comme ils ne gagnaient rien, ils changèrent de dispositions au point que de leur propre mouvement, ils se saisirent des plus mutins, et, de leur autorité privée, en mirent quelques-uns à mort; puis, après avoir produit les autres au milieu d’une assemblée, ils massacrèrent les uns et relächèrent les autres sur décision prise à la pluralité des voix.

1 Ce dernier membre de phrase explique et justifie la modification faite au récit dans les Annales.

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Pendant ce temps (ch. 48-49), Cecina, qui commandait les légions mutinées, réussit à persuader à ses hommes de rentrer dans le devoir, et ceux-ci, donnant une nouvelle édition de ce qui s'était passé au camp de Germanicus, massacrent les instigateurs de la rébellion.

Les soldats alors (ch. 50), pour expier leurs fautes, demandent à marcher à l’ennemi. Germanicus cède à cet élan; il jette un pont sur le Rhin, passe le fleuve. L'auteur nous montre ensuite (ch. 51) l’armée romaine surprenant les Germains pendant la nuit, au milieu des orgies d’une fête; puis, après différentes péripéties, faisant un grand massacre de barbares et reprenant ses quartiers d’hiver (@).

« Ces nouvelles (ch. 52) causèrent à Tibère de la joie et du souci. Il voyait avec plaisir la révolte comprimée; mais il prenait ombrage des largesses, des congés qui donnaient à Germanicus la faveur des soldats et de sa gloire militaire. Cependant il rendit compte au Sénat de ces événements ; il vanta le courage du jeune César, mais avec une pompe de paroles qui fit douter de sa sincérité. II fit l'éloge de Drusus qui avait pacifié l’Illyrie, en moins de mots, mais avec plus d’émotion, plus de franchise, et il ratifia même pour l’armée de Pannonie tout ce que Germanicus avait accordé (b). »

Revenant aux affaires intérieures de Rome;‘l’auteur (ch. 53) mentionne la mort de Julie; et, à ce propos, il donne une notice biographique de la fille d’Auguste.

(a) LVIT, 6 : Germanicus, redoutant malgré cela une nouvelle sédition, mena son armée sur la terre ennemie, où il séjourna longtemps, afin de donner de l'occupation aux soldats et de leur procurer des vivres en abondance aux dépens de l’étranger.

(b) LVIL, 6 : Tibère, à cette occasion, donna des éloges à Germanicus et lui écrivit, ainsi qu’à Agrippine, une foule de choses agréables, sans pour cela se réjouir de ses exploits; l’attachement des légions lui était, au contraire, un motif de le craindre davantage. …. Il feignit néanmoins de ne pas être mécontent ; il combla Germanicus d’éloges dans le Sénat, proposa d'offrir des sacrifices à l’occasion de ses exploits comme on l'avait fait à l’occasion de Drusus. Il accorda aux soldats de Pannonie les mêmes récompenses que celles qui avaient été accordées à ceux de Germanie.

Il place à la même date (ch. 54) l'institution du collège des prètres d'Auguste; il signale des troubles qui se seraient produits aux Jeux

Augustaux.

Avec le printemps suivant, Germanicus recommence la guerre contre les Germains. Le récit qui nous en est fait occupe dix-sept chapitres des Annales. Dion n’en parle pas

et l’on s'aperçoit que l’auteur écrit sans guide.

Les tribus d’au delà du Rhin étaient divisées, nous dit-il (ch. 55), en deux partis : celui de Ségeste!, partisan de l’alliance romaine, et celui d'Arminius, ennemi de l’étranger. La haine de ces deux chefs était envenimée par des griefs personnels; Arminius avait enlevé la fille de Ségeste.

Germanieus (eh. 56) et Cecina tombent, à l’improviste, chez les Cattes, brülent la ville de Mattium; les Chérusques avaient songé à les secourir, mais ils sont frappés de terreur ; les Marses osèrent faire une attaque; mais un heureux combat les soumet, L’armée romaine, victorieuse, regagne les rives du Rhin.

Ségeste (ch. 57) envoie des députés réclamer les secours de Germanicus. Celui-ci retourne sur ses pas, délivre Ségeste, assiégé par Arminius (on ne sait où), et se fait restituer une partie des dépouilles enlevées à Varus.

Ségeste (ch. 58) alors fait un discours pour affirmer son attachement à, Rome. Grermanicus lui offre des terres en Gaule. Sa fille, épouse d’Arminius, mais qui avait été reprise par son père, est ellemême traitée avec faveur; elle mettra au jour un enfant qui sera élevé à Ravenne.

Arminius (ch. 59), exalté jusqu’à la fureur par l’enlèvement de sa femme, parcourt le pays des Chérusques, prêche la guerre contre César, qu’il injurie en ces termes : Tant de bras réunis pour enlever une faible femme?! Jamais les vrais Germains ne se croiront absous d’avoir vu entre l’Elbe et le Rhin les verges, les haches et la toge.

Germanicus est inquiet du succès de la campagne. « Pour diviser

1 Les détails sur Ségeste paraissent avoir été inspirés par la Géographie de

Strabon, Liv. VII, ch. 2 : Des peuptes et du territoire entre le Rhin et l'Elbe, 2 Cf. Virgile, Enceide, IV, 93.

l'ennemi, il envoie Cecina vers l’'Ems, par le pays des Bructères, avec quarante cohortes romaines. Pedon, préfet du camp, conduisit la cavalerie par les frontières de la Frise. Lui-mème, il s’embarqua sur les lacs avec quatre légions. L’infanterie, la cavalerie, la flotte, se réunirent sur le fleuve désigné pour le rendez-vous. Les Chauques offrirent des troupes qui furent admises comme alliées. Les Bructères dévastaient leur territoire; Germanicus fit marcher contre eux Stertinius, qui les dispersa avec les troupes légères; et, dans le combat, on retrouva l’aigle de la 19 légion perdue par Varus. L'armée s’avança ensuite à l'extrémité de leur pays, et tout fut ravagé, entre l’Ems et la Lippe, jusqu'aux environs de la forêt de Teutberg. »

Quand on veut suivre sur une carte cette première partie de la campagne de Germanieus, il faut bientôt renoncer à comprendre ce qu'a pensé ou ce qu’a voulu dire l’auteur des Annales. Quels sont ces lacs où Germanicus et ses troupes s’embarquent? Comment et par quelle voie se rend-il dans l’Ems!? Ce ne pouvait être que par quelque issue donnant dans l'Océan germanique, d’où il aurait gagné l'embouchure du fleuve. Pourquoi donc entreprendre cette navigation, en courir les risques, quand, en quelques journées de marche, il lui eût été facile d'atteindre son but; quand sés généraux arrivent aux rendez-vous en travérsant le pays ennemi sans difficulté ?

Quittant alors les opérations militaires, il nous montre (ch. 61) l'armée romaine arrivant dans la forêt de Teutherg, où, selon lui, Varus avait succombé; les restes des légions romaines étaient demeurés sans sépulture. Il trouve là matière à amplification de rhétorique.

« Germanicus (ch. 62) se sentit pénétré du désir de rendre aux chefs et aux soldats les derniers devoirs... Cétaient au milieu de la

plaine des ossements blanchis, épars ou amoncelés dans la déroute où le combat, des armes brisées, des os de chevaux, des têtes atla-

! L'idée de l'expédition maritime de (rermanicus peut avoir été également suggérée par Strabon, loc. cit., qui raconte que Drusus força le passage de l'Ems par un combat naval,

chées à des troncs d'arbres... On éleva un tombeau. Germanicus en posa le premier gazon; et, par cet hommage agréable aux morts, il s'associa à la douleur des vivants (a). »

Reprenant le cours de son récit, l’auteur (ch. 65) nous montre Arminius repoussant l’armée romaine vers un marais dangereux ; Germanicus arrive à son secours avec ses légions; les Germains sont intimidés: les combattants se séparent sans avantage d’aucun côté.

« Bientôt après Germanicus ramena son armée vers l'Ems; les légions repartirent sur la flotte comme elles étaient venues; une partie de la cavalerie eut ordre de gagner le Rhin en côtoyant l'Océan; Cecina conduisait aussi ses troupes par voie de terre.»

Où était l’armée romaine®? A-t-elle gägné l’Ems en s’éloionant ou en se rapprochant du Rhin? Comment la flotte était-elle venue, comment s’en va-t-elle? Comment la cavalerie pourra-t-elle arriver au Rhin en côtoyant l'Océan?

’est là évidemment de la stratégie de roman.

Cecina (ch. 64-68), dans sa marche de retour, est dans l'obligation de traverser une chaussée élevée entre des marécages; il trouve les ponts détruits; il est assailli par les Germains. Après des incidents plus où moins fantaisistes, il arrive aux bords du Rhin.

Le bruit s'était répandu (ch. 69) que l’armée avait été enveloppée; que les Germains, victorieux, marchaient vers la Gaule. Les Romains de la rive gauche du Rhin veulent rompre les ponts, pour empêcher l'invasion de leur territoire. Agrippine s’y oppose. Cecina peut ainsi agner la terre gauloise.

Pendant ce temps, Germanicus (ch. 70), parait-il, avait embarqué

trop de monde sur sa flotte; pour alléger ses navires, leur permettre

de naviguer sur une mer remplie de bas fonds, ou de s’échouer à mer basse, il débarque (on ne sait où) deux légions, environ 12,000 hommes; et il charge Vitellius de les conduire.

(a) LVII, 18 : Les succès de son expédition contre les Germains lui permirent de s’avancer jusqu’à l'Océan; et, vainqueur des Barbares par la force des armes, il recueillit les ossements des soldats tombés avec Varus, leur donna la sépulture et recouvra les enseignes.

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Mais, surprises alors par les grandes marées de l’équinoxe, elles sont enveloppées par les flots. Le désordre se met dans leurs rangs; les bêtes de somme et les bagages sont perdus. Toutefois, on ne sait comment, Vitellius parvient à gagner un lieu plus élevé, où ses soldats passent la nuit dans la crainte et les souffrances. Heureusement, la terre reparut avec le jour; on se remit en marche, «et l’on atteignit les bords du Weser où César avait dirigé sa flotte et où les légions s’embarquèrent. »

[ était à présumer que, la mauvaise saison venue, la campagne était terminée et que par suite la troupe de Vitellius, comme celle de Cecina et comme la cavalerie, se dirigeait à l'est, vers le Rhin; qu’elle tournait ainsi le dos à l’Ems, où elle s'était embarquée. Or, quel n’est pas notre étonnement de voir qu’elle se serait portée à l’ouest, sur le Weser, où la flotte l’attendait, et qu’elle s’y serait réembarquée !

Aussi, les commentateurs ont-ils été unanimes à reconnaître qu'il y avait erreur. Erreur de qui? De l’auteur ou du copiste? Ce dernier fut déclaré coupable. Quoique done le manuscrit soit parfaitement calligraphié, on a corrigé ici, comme en maints endroits, le texte, et on a substitué Unsingim à Visurgim, 11 fut alors convenu que l’auteur des Annales avait eu l’intention de dire l’Hunsing ou la Hunse, et que c’est sur les rives de cette rivière qu’il faut entendre que Vitellius rencontra les navires de Germanicüs et réembarqua ses légions. Mais un coup d’œil jeté sur une carte marine suffira pour se convaincre qu’il n’est pas vraisemblable qu’un général romain, ramenant ses troupes en Gaule, après les avoir embarquées sur l’Ems, en ait débarqué une partie pour aller les reprendre sur la Hunse.

«Enfin, comme le bruit avait couru que les légions avaient été

submergées, on n’eut foi dans leur salut qu’en les voyant de retour avec Germanicus. »

Où avaient-elles atterri? L'auteur a laissé au lecteur le soin de le chercher et de le deviner,

Les Gaules, les Espagnes, l'Italie (ch. 71) disputèrent de zèle pour réparer les pertes de l’armée. « Germanicus, pour adoucir le souvenir de leurs désastres, visitait les blessés, vantait leurs actions, examinait . leurs blessures; par ses paroles et les témoignages d’intérêt qu’il donnait aux soldats, il les attachait à sa personne et les rendait plus forts pour la guerre. »

Avec le chapitre suivant (72), nous revenons à Rome. « On décerna, cette même année, les ornements du triomphe à Gecina, à L. Apronius, à Silius, pour les campagnèés qu’ils avaient faites avec Germanicus Î.

» Tibère refusa le nom de Père de la Patrie que le peuple lui avait donné souvent; et, quoique le Sénat l’eût décrété, 1l ne permit pas qu’on prêtât le serment en son nom... (@).

» Tibère ne put cependant s’attacher les sympathies de lesprit public, car il avait renouvelé la loi sur les crimes de lèse-majesté.… Auguste, le premier, l’appliqua aux libelles scandaleux ?... Dans la suite le préteur P. Macer ayant demandé à Tibère si l’on recevrait les accusations de lèse-majesté, en reçut cette réponse : qu’il fallait exécuter les lois.

» Il ne sera pas sans intérêt (ch. 73) de dire comment on fit l’essai de ces sortes d’accusations contre deux minces chevaliers romains, Falanius et Rubrius, afin qu’on sache par quels préludes, par quel raffinement d'adresse, Tibère glissa dans PÉtat ce fléau terrible qui, vaincu un instant, se ralluma plus tard et finit par tout dévorer.

» L’accusateur reprochait à Falanius d’avoir admis un pantomime

de mœurs infèmes, nommé Cassius, dans une de ces confréries qui

(a) LVIT, 8 : Il (Tibère) refusa obstinément le surnom de Père de la Patrie. Il ne laissa personne jurer par sa fortune et refusa de poursuivre ceux qui, après avoir juré de la sorte, étaient accusés

de parjure.

1 Est-ce vraisemblable? Les Romains avaient-ils coutume de récompenser les généraux qui avaient éprouvé des échecs?

2 Dion, LVI, 27 : B16Xx arra 29 Ÿ6pu. Suétone, Aug., 55 : Famosi hibelli.

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se réunissaient dans toutes les maisons pour rendre un culte à Auguste et de plus d’avoir, en vendant ses jardins, livré aux acheteurs une statue de ce prince. Quant à Rubrius, on l’accusait d’avoir, par un faux serment, profané le nom d’Auguste. Tibère écrivit aux consuls qu'on n'avait pas décréé l’apothéose de son père pour que cet honneur causât la perte des citoyens ; que l’histrion Cassius, ainsi que d’autres individus de la même profession, avaient coutume d’assister aux jeux consacrés par sa mère à honorer la mémoire d'Auguste; qu'on pouvait, sans commettre un sacrilège, comprendre la statue de ce prince et celle des autres dieux dans les ventes des maisons et des jardins; que, quant au parjure, il ne fallait le considérer que comme s'adressant à Jupiter, mais que c'était aux dieux à venger les injures faites aux dieux.

» Peu de temps après (ch. 74), G. Marcellus, préteur de Bithynie, fut poursuivi pour crime de lèse-majesté par son propre questeur, Caepio Crispinus, auquel se joignit Romanus Hispon..…. Crispinus prêtait à Marcellus des propos outrageants sur le compte de Tibère… Hispon ajouta : La statue de Marcellus est placée dans sa maison au-dessus de celles des Césars.. Tibère éclata et, rompant le silence, il s'écria que dans cette affaire il donnerait lui-même son avis à haute voix et avec serment... Cn. Pison lui dit : À quel rang opineras-tu, César? Si tu parles le premier, j'aurai ton avis pour le suivre; si tu parles après tous, je crains de différer, sans le savoir, de ton opinion. Troublé par ces mots, Tibère comprit l’'irréflexion de son emportement et, se punissant par la clémence, il permit que Marcellus fût absous du crime de lèse-majesté (a).

AA Propertius Celer (ch. 75), ancien préteur, demandait à se relrer du Sénat à cause de sa pauvreté. Tibère, sachant qu’il n'avait hérité de ses pères que l’indigence, le gratifia d’un million de ses-

(a) LVITI, 24 : Un homme qui avait vendu avec sa maison une statue de l'empereur et qu'on avait trainé en justice pour ce fait, eut été Imfailliblement mis à mort sans le consul, qui demanda à Tibère d’opiner le premier. Craignant de paraitre se montrer complaisant pour lui-même, Tibère opina pour l’acquittement!.

{On voit dans les Annales le dédoublement ét l'amplification du passage de Dion.

terces. D’autres sollicitèrent de semblables largesses ; il les somma, par une exagération de sévérité qui rendait amère sa bienfaisance même, de justifier, devant le Sénat, des motifs de leurs demandes ; mais ils préférèrent le silence et la pauvreté à un bienfait acheté par une déclaration pénible à faire (a).

» Cette même année (ch. 76), le Tibre grossit par des pluies continuelles et inonda les quartiers les plus bas de Rome. Après la retraite des eaux un grand nombre d’édifices s’écroulèrent; des habitants périrent. Asinius Gallus proposa de consulter les livres sibyllins. Tibère, qui voulait partout le mystère dans les choses divines et humaines, s’y refusa. Mais il chargea Capiton et Arruntius d’aviser aux moyens de contenir le fleuve (b).

» L’Achaïe et la Macédoine imploraient une diminution de charges ; il fut décidé qu’elles seraient, pour le moment, allégées du gouvernement proconsulaire et qu’elles relèveraient du prince (c). »

L'auteur mentionne ensuite les jeux de gladiateurs donnés par Drusus qui, à cette occasion, laissa voir la cruauté de ses instincts.

Dans le chapitre suivant (ch. 77), il parle de troubles survenus aux

(a) LVITI, 10 : Il enrichit plusieurs sénateurs qui se trouvaient réduits à l’indigence et qui, pour ce motif, ne voulaient plus faire partie du Sénat. Là encore il n’agissait pas sans examen; il rayait ceux qui avaient des mœurs licencieuses et ceux qui étaient tombés dans une pauvreté dont ils ne pouvaient rendre un compte satisfaisant.

(0) Ibid., 14 : Le Tibre ayant envahi une partie considérable de la ville, au point de la rendre navigable, tout le monde prenait ce débordement pour un prodige, de même que les violents tremblements de terre qui firent tomber une partie des murailles et les foudres nombreuses qui tarissaient le vin dans les vases sans les briser. Mais Tibère, pensant que la chose tenait à l'abondance des eaux du fleuve, ordonna que cinq sénateurs, désignés par le sort, veilleraient continuellement à ce qu’il ne débordât pas l’hiver et ne tarit pas l'été et que son cours füt aussi égal que possible.

(ce) LVIIT, 95 : Régulus eut la succession de ces provinces, car la Macédoine et, au rapport de quelques historiens, l’Achaïie aussi n'étaient pas données au sort.

théâtres, de règlements adoptés pour fixer le salaire des histrions et

réprimer la licence de leurs partisans (a).

Le peuple (ch. 78) sollicitait la suppression de impôt du centième prélevé sur les ventes. Tibère déclara que l’état du trésor ne le permettait pas.

« On examina (ch. 79) le rapport des sénateurs chargés de prendre des mesures de défense contre les crues du Tibre..… Soit par égard pour les réclamations des colonies, soit par suite de la difficulté de l’entreprise, soit par superstition, on se rendit à l’avis de Pison et rien ne fut changé à l’écoulement du fleuve.

» Poppeus Sabinus (ch. 80) fut prorogé dans son gouvernement de Moesie auquel on ajouta l’Achaïe et la Macédoine (b).

» Il entrait dans les habitudes de Tibère de maintenir à leurs fonctions les agents du pouvoir et de les laisser la plupart jusqu'à la fin de leur vie, dans les mêmes commandements militaires, dans les mêmes conditions (c). On varie sur les motifs de cette conduite!; les

(a) LVII, 14 : Drusus avait pour les histrions de telles complaisances qu’ils se révoltèrent et sortirent des bornes assignées par les lois de Tibère sur leur profession.

() LVIIT, %5 : Poppeus Sabinus eut, pendant tout le temps pour ainsi dire du commandement de Tibère, le gouvernement des deux Mysies et en plus celui de la Macédoine.

(e) LVIIT, 93 : Il périt un si grand nombre de citoyens et de sénateurs, que dans les gouvernements de province tirés au sort, faute de successeurs à leur donner, il maintint trois ans ceux qui avaient exercé la préture, et six ans ceux qui avaient passé par le consulat. Qu'est-il besoin de parler de ceux qui élaient choisis par lui et à qui, dès le premier jour, il donna des pouvoirs pour plusieurs années ?

1 Josèphe, Guerre des Juifs, XVIII, 4, en donne une autre raison également rapportée dans l’Anthologie de Planude : « Tibère se décidait difficilement à retirer leurs charges aux magistrats établis par lui ; et à ceux qui lui en faisaient des reproches, il répondait par cette comparaison : il était un homme qui avait les pieds couverts d’ulcères ; comme les mouches s’y étaient mises et le piquaient sans qu'il cherchât à les écarter, quelqu'un tenta de le faire pour lui : Homme, s’écria-t-il, laisse-les, de peur que si tu chasses celles-ci qui sont rassasiées, il en vienne d’autres qui seront affamées et m'occasionneront une augmentation de douleur. Or Tibère disait des magistrats que le temps et la satiété rendaient leur conduite plus douce envers les administrés. »

uns disent que Tibère maintenait irrévocablement son premier choix pour s’épargner lPennui de choisir de nouveau: d’autres, qu’ombrageux de toutes choses, il craignait de multiplier les faveurs ; d’autres encore que, si son esprit était consommé dans la ruse, sa volonté était iudécise. Il ne recherchait point les grandes vertus et cependant il haïssait les vices ; il redoutait les gens de bien comme dangereux à lui-même, les méchants comme dangereux à la gloire de État. Ces irrésolutions furent poussées si loin qu’il appela au gouvernement de certaines provinces des hommes qu’il ne devait pas

laisser sortir de Rome. »

Le dernier chapitre (ch.‘81) mérite notre attention. Nous y lisons :

« Quant aux comices consulaires qu’il tint alors pour la première fois et qui se continuèrent par la suite, j'ose à peine en parler avec affirmation, tant il y a de variantes, non seulement dans les récits des historiens, mais même dans les discours qui nous sont restés de Tibère. Tantôt, taisant les noms des candidats, il parlait de leur origine, de leurs actions, de leurs services militaires, de telle sorte qu'on pût les reconnaître; tantôt, dérobant toute indication, il exhortait les candidats à ne point troubler l'élection par des brigues et promettait de solliciter pour eux. Le plus souvent, il déclara que les seuls qui se fussent présentés devant lui étaient ceux dont il avait remis les noms aux consuls; que d’autres pouvaient se présenter encore, s'ils avaient confiance dans leur crédit ou leurs services. Paroles belles en apparence; mais, en réalité, vides ou perfides ; vains simulacres de liberté, dont s’enveloppait la tyrannie pour éclater bientôt plus implacable, »

On demeure étonné qu’un historien de la valeur de Tacite n'ait pu parvenir à savoir dans quelles conditions se pas- Saient les comices consulaires, sous Tibère. N’avait-il pu connaitre aucun homme politique de ce temps? Et, quelles explications nous donne-t-il? Que peut-on saisir qui satisfasse la raison?

Écoutons Dion; il nous dit, chapitre LVIIT, 20 :

« Il choisissait ceux des candidats qu’il voulait et les envoyait au Sénat, recommandant ceux-ci, qui étaient alors nommés par tous; abandonnant ceux-là à leur mérite et s’en remettant à l'élection ou au sort. Ensuite, les candidats allaient, pour se conformer à l'antique coutume, se présenter devant les comices par centuries et devant les comices par tribus, selon qu’il appartenait, pour y être en apparence proclamés. S'il arrivait que les candidats vinssent à manquer ou se laissassent emporter à un excès dé brigue, on en ngmmait un

moins grand nombre. »

Ce n’est certainement pas bien clair, on le voit. Si donc, au lieu de Tacite, l’auteur des Annales est un humaniste moderne ayant pris Dion pour autorité, nous comprenons fort bien son embarras et l'impossibilité où il s’est trouvé de s'exprimer nettement.

La comparaison de quelques autres livres avec l'Histoire de Dion Cassius donnerait des résultats encore plus frappants. Nous ne la poursuivrons cependant pas plus loin. Il faudrait écrire plus d’un volume à ce sujet. Il est d’ailleurs facile de s’en rendre compte d’une façon suffisamment approximative, en lisant Tacite dans une bonne édition, telle, par exemple, que celle de Naudet, dans la collection Lemaire, et en se reportant aux notes qui signalent les nombreux rapprochements avec Dion. On peut réciproquement lire Dion Cassius dans l’édition de MM. Gros et Boissée, de la collection Didot; les savantes et intéressantes notes font un continuel appel au témoignage des Annales en faveur de Dion.

Dion Cassius et ses abréviateurs servent de guides aussi bien dans les Annales que dans les Histoires; partout c’est le même plan, le même mode de développement.

Entre une foule d'exemples, nous citerons un passage du

premier livre des Histoires!. Un centurion avait, au péril de sa vie, cherché à sauver de la mort, dont il était menacé, Galba ou Pison. C'était certainement là un acte de dévouement méritoire; mais ce n’était cependant pas chose si rare dans les annales des peuples. Quel n’est pas notre étonnement d'entendre Tacite nous dire, avee emphase :

« Notre siècle vit ce jour-là un grand homme dans Sempronius Densus, centurion d’une cohorte prétorienne que Galba avait donnée pour escorte à Pison. Densus, un poignard à la main, se jeta au-devant des meurtriers, leur reprocha leur crime; et tantôt par ses gestes, tantôt par ses cris, il attira leurs coups sur lui seul. Quoique blessé, Pison put ainsi fuir et se sauver dans le temple de Vesta. »

Or, Dion dit de même? :

« Un centurion, Sempronius Densus, après avoir défendu Galba autant qu'il fut en son pouvoir, finit, après d’inutiles efforts, par succomber avec lui. Cest pour cette action que j'ai fait mention de son nom dans mon ouvrage, car nul n’est plus digne de passer à la postérité. »

Le hasard ne produit pas habituellement de telles coïnci-

dences.

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