‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 48 sur 102 · EE A · texte numérisé non relu

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mort au Sénat; il feignit de connaitre un ordre de son père, qui enjoignait au tribun placé près d’Agrippa de le tuer sans retard, aussitôt que lui-même aurait cessé d'exister. Auguste, il est vrai, avait éclaté souvent en reproches violents contre Posthume et les habitudes de sa jeunesse; mais jamais il ne se rendit coupable de meurtre sur aucun des siens; et il n’est point croyable qu'il ait sacrifié son petit-fils à la sécurité du fils de sa femme. Il est plus probable, au contraire, que Tibère et Livie, lun par crainte, l'autre par une haine de marâtre, hâtèrent la mort d’un jeune homme qui leur faisait ombrage ou qu’ils détestaient. Quand le centurion, suivant les usages militaires, vint annoncer à Tibère qu’on avait exécuté ses ordres, Tibère répondit qu’il n’avait point donné d’ordres et qu’il fallait rendre compte de l'événement au Sénat. Sallustius Crispus, qui était dans le secret... représenta à Livie que Tibère, en soumettant tout au Sénat, réduisait à rien les forces du pouvoir suprême, et que la meilleure condition pour dominer était que les comptes ne fussent rendus qu’à un seul. »

L'auteur, dans un tableau concis et bien fait (ch. 7), nous montre consuls, sénateurs, chevaliers se ruant à la servitude, composant leurs visages, pour ne point paraître joyeux de la mort d’Auguste ou tristes à l'avènement de son successeur; mais ce tableau convient à tout changement de pouvoir. Il dit ensuite :

« Tibère, comme pour rappeler la vieille république, et comme s’il eût hésité à commander, laissait en toute chose l'initiative aux consuls; dans l’édit même par lequel il convoquait le Sénat, il ne s’autorisait que de la puissance tribunitienne dont Auguste l'avait investi (a). Les termes de cet édit étaient brefs et réservés; il voulait consulter le Sénat sur les honneurs dus à son père, ne point se séparer de son corps; C'était cela seulement qu’il paraissait s’attribuer dans les fonc-

(a) LVIT, 2 : Fidèle à ce caractère, Tibère écrivit aussitôt de Nole aux armées et à toutes les provinces comme empereur !, sans toutefois en prendre le titre; bien qu’il lui eût été, comme tous les autres, décerné, il ne l’accepta pas; et, bien qu'héritier d’Auguste, il ne voulut pas en porter le nom; cependant il eut des gardes autour

de sa personne.

Luc avroxparwp. Cf. Etudes sur la vie de Sénèque, ch. IT.

tions publiques. Mais Auguste mort, il avait, comme imperator, donné des ordres aux cohortes prétoriennes. On veillait autour de hu; il avait des gardes, une cour ; des soldats le suivaient au forum, l’accompagnaient au Sénat ; il envoyait des lettres aux armées comme s'il eût exercé la souveraine puissance, et jamais il ne témoignait d’hésitation, si ce n’est quand il parlait devant les sénateurs.

» IT agissait ainsi dans la crainte que, maître de tant de légions, d’un nombre immense d’auxiliaires et entouré d’une popularité inouïie, Germanicus aimât mieux saisir le pouvoir que lattendre (a).

» Le jour de la première assemblée du Sénat (ch. 8), Tibère voulut qu'on ne s’occupât que du testamént d’Auguste.

» Dans son testament, qui fut apporté par les vestales (b), Auguste nommail Tibère et Livie ses héritiers. Livie, admise dans la famille des Jules, y recevait le nom d’Augusta. Venaient en seconde ligne les pelits-fils et arrière-petits-fils et ensuite les principaux citoyens de Rome qu’il détestait, mais dont il s'était souvenu par orgueil et pour se faire louer de la postérité. Ses legs n’excédaient point ceux qu’auraient pu faire de simples citoyens, si l’on excepte quarante-trois millions cinq cent mille sesterces qu’il laissait à l’État et au peuple, mille sesterces à chaque prétorien et trois cents par chaque homme aux légions ou aux cohortes des citoyens romains (ce).

(a) LVIT, 3 : Cette conduite de Tibère lui était dictée avant tout par son naturel et par sa politique et aussi par ses soupçons à l'égard des légions de Pannonie et de Germanie et par la crainte de Germanicus, alors gouverneur de la Germanie et possédant l'amour de ces légions.

(b) Au chapitre 32 de Dion, on constate une lacune; elle a été complétée par l’abrégé de Zonare : « Drusus ayant reçu des mains des vierges consacrées au culte de Vesta le testament d’Auguste qu’elles avaient en dépôt, l’apporta dans le Sénat. (Cf. Dion Cassius, trad. Boissée, t. VIII, p. 90, note.)

(e) LVL, 32 : Auguste laissait deux parts de son héritage à Tibère et le reste à Livie, selon quelques historiens; pour la faire jouir d’une partie de son patrimoine il avait demandé au Sénat de pouvoir, malgré la lot, lui léguer cette quotité. Tels étaient les héritiers inscrits. Il ordonna aussi de donner des terres et de l’argent à une foule de gens, parents et étrangers, non seulement sénateurs et chevaliers,

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