‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 63 sur 102 · A QE · texte numérisé non relu

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l'époque de la Renaissance, quand la division des intérêts politiques eut brisé l'unité religieuse, que la force matérielle fut impuissante à tuer la pensée; c’est alors qu’on vit Jean Huss et Jérôme acquérir, après leur mort, une puissance sur les masses plus grande que celle qu’ils avaient eue de leur vivant. Les réflexions que nous trouvons dans les Annales sont donc vraisemblablement celles d’un homme du xv° siècle qui a assisté au concile de Constance et qui a vu les conséquences de ses décisions.

Tout lecteur attentif a sans doute remarqué que dans le chapitre des Annales relatif à la persécution des chrétiens sous Néron, lors de l’incendie de Rome, 1l est dit qu'à l’atrocité des supplices se joignirent des moqueries, pereuntibus addita ludibria 1. Les Chroniques n’en parlent pas; tout ce qui s’y lit n’est propre qu'à soulever l'horreur; rien n'y donne à penser qu’on eût imaginé des travestissements destinés à provoquer l’hilarité des spectateurs. Pourquoi cette addition dans les Annales? Qui avait pu la suggérer?

C’est encore un souvenir de la mort de Jean Huss et de celle de Jérôme de Prague. On avait vu à Constance ces deux hommes tenus au bout d’une longue chaine comme des animaux féroces, puis, la tête coiffée d’une ridicule mitre de papier où étaient peintes des figures de diables, marcher à la mort au milieu des rires d’une vile mullitude?, qui se pressait autour de leurs bûchers comme à une fête publique.

D’autres considérations viennent s’ajouter à celles qui

précèdent.

1 Annales XV, 44. — Cf. Études au sujet de la persécution des chrétiens sous Néron, page 248.

2 [1 était venu à Constance une cohue de cent cinquante mille personnes, prétres, moines, nonnes et laïques, tous désœuvrés, se croyant à une foire et passant leur vie dans les cabarets. Poggti Epistolue, I, 1. Cf. Operu, Argentine, fo 79.

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