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Nous avons dit que le pseudo-Tacite ne connaissait pas exactement la topographie du golfe de Baies, ce qui eût été fort étonnant chez un Romain de distinction du second siècle de notre ère. Or, tandis que Beccadélli, Valla et autres de ses contemporains s'étaient rendus à Naples, Poggio n’y a Jamais été. Il n’a pas été au delà de Ferentino, à la suite du pape. C'est à Rome, Florence et dans le nord de l'Italie qu’il a passé toute sa vie.
L'auteur des Annales nous à laissé voir qu’il ne savait à peu près rien des choses de la marine, et cependant il eède toujours à la tentation d’en parler; expéditions de Germanicus, combats maritimes sur le lac Fucin, manœuvres d'Anicetus pour noyer Agrippine. Poggio avait plusieurs fois traversé la Manche; il avait gardé une fort mauvaise impression de la mer, des navires et des marins. Mais il n'est guère de personne qui ait fait un voyage en mer qui ne se plaise à en parler et ne finisse par se croire pilote consommé.
Tout citoyen romain était soldat; tout personnage de distinction avait servi avec un grade plus ou moins élevé dans quelque légion. Un écrivain tel que Pline nous a peint Tacite, ne pouvait donc être aussi complètement étranger à l'art de la guerre que se montre l’auteur des Annales. L'ignorance des affaires militaires était au contraire chose inévitable chez Poggio; il ne porta jamais les armes: n’assista à aucun combat. On ne voudra sans doute pas lui compier comme campagne les quelques semaines qu'il demeura prisonnier des troupes de Piccinino, alors qu’il tomba en leurs mains, quand il fuyait Rome à la suite du pape pour se rendre à Florence, Plus tard dans les fonctions
1 Epist., I, 43.
de chancelier de la République, il n'eut à s'occuper que d’affaires politiques; il n’a même pas, comme fit Machiavel, étudié théoriquement l’art militaire.
Mais à ce sujet il y a plusieurs remarques à faire qui semblent bien trahir plus spécialement Poggio.
Dans une de ses lettres à Niccoli, il dit qu’un certain Nicolas de Trèves! a promis de lui apporter l'Histoire des guerres de la Germanie par Pline l’Ancien. Quel était ce volume? C'était vraisemblablement quelque manuscrit dans le genre du Tite-Live de Soroe, qui n'a pu tromper personne et qui, en conséquence, ne nous est point parvenu. Mais le fait que Poggio en parle à Niccoli en même temps qu'il s'occupe du Tacite, qu'il y attache de limportance, montre que les expéditions des Romains au delà du Rhin occupaient son esprit et explique qu’elles tiennent une si srande place dans les Annales.
Puis, cette action combinée des forces navales et de terre que nous voyons employer par Germanicus n’était pas dans les usages ordinaires des Romains.+Mais la cour pontificale n'avait pas oublié qu’en se rendant à Naples, Charles d'Anjou et une partie de ses troupes, au lieu de traverser l'Italie, avait remonté le Tibre avec ses galères?. Dans la lutte soutenue contre Milan par Venise et Florence liguées, Poggio avait vu la flotte vénitienne remonter le Pô pour pénétrer au cœur de la puissance ennemie et joindre son action à celle de Carmagnola. Il à lui-même, dans son Histoire de Florence*, raconté cette campagne fluviale dont l'insuccès est encore un point commun avec celle de Germanicus.
1 Epist., II, 12.
? De Sismondi, Histoire des Républiques italiennes, t. IT, p. 859.
3 Poggii Historia florentina, liv. VI. Venise, 1725, p. 284 et suiv. — Of. Sismondi, op. cût., t. VIII, p. 455.