‹ De l’authenticité des annales et des histoires de TaciteChapitre 8 sur 102 · POGGIO ET SES TRAVAUX LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

POGGIO ET SES TRAVAUX LITTÉRAIRES

Parmi les découvreurs de manuscrits anciens, un des plus habiles et des plus renommés était Poggio Bracciolini.

Né en 1380, à Terra-Nuova, petite ville du territoire de Florence, il s'était fait de bonne heure remarquer par son érudition et sa sagacité. D'abord au service du cardinal de Bari, il passa à la cour pontificale, sous Boniface IX, en qualité de copiste, scriptor pontificus. Il devint ensuite secrétaire, secretarius, c’est-à-dire qu’il eut la charge de rédiger, avec d’autres collègues, la correspondance, les brefs ou les décisions du pape.

Dans cette situation modeste, il vit les règnes éphémères d'Innocent VII et de Grégoire XII. Il était auprès d'Alexandre V, à Bologne, où avait été transféré le siège apostolique, quand ce pontife mourut, empoisonné, selon l’opinion généralement admise alors, par Balthasar Cossa, ancien corsaire, devenu archidiacre de cette ville. Celui-ci se fit élire à sa place et prit le nom de Jean XXIIT. Pogoio, qui n'avait pas plus de scrupule qu'un homme de son temps, demeura

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secrétaire du nouveau pape. Il l’accompagna à Constance en 1414. Mais, par suite de sa déposition prononcée par le concile, Poggio se trouva sans emploi.

Quelque temps après, il accepta de se mettre au service de Beaufort, évêque et depuis cardinal de Winchester. Il avait eu l’occasion de connaître à Constance le riche et puissant prélat, qui jouait alors un rôle important dans les affaires de l’Église, au nom de la nation anglaise. Au mois de septembre 1418, Poggio se rendit en Angleterre avec son protecteur. Mais trompé dans les espérances de fortune qu'il avait conçues, au bout de quelques années, en 1499, il revint à Florence; et de là il se rendit à Rome, où il reprit, auprès de Martin V, successeur de Jean XXIII, ses anciennes fonctions de secrétaire du pape.

Bracciolini était un homme remarquable au milieu de tous ceux qui illustrèrent le xve siècle. Il avait étudié le latin avec Giovani Malpaghini de Ravenne, l’ami de Pétrarque; il avait appris le grec aux leçons de Chrysolorast; il connaissait l’hébreu?. Il était animé d’une grande ardeur pour l'étude de l'antiquité; on le trouvait toujours lisant les auteurs grecs ou latins et en faisant des extraits8.

Dans sa jeunesse, il avait, à Florence, puisé à son gré dans la riche collection de Collucio Salutato, chancelier de la République. A Londres, il avait eu à sa disposition la magnifique bibliothèque du cardinal de Beaufort5. À Rome,

{ Epist., I, 4. De Constance à Guarino. Au sujet de l'éloge de Manuel Chrysoloras prononcé par Andrea Juliani, il dit : Qui cum eo familiaris viximus.

? Epist., I, 1. De Constance à Niccoli: Dicebam multa de litteris hebraïcis quibus operam dabam.

3 Epist., IE, 2. De Rome à Niccoli : Mitte.….. excerpta illa ex variis libris quos legi quae sunt plurima.

# Epist., IL, 46 : O noster Coluci, quam saepe eum desidero! cujus libri non magis sui erant quam doctorum omnium.

S Epist., I, 7: Dominus meus quasi continuo abest, vagus ut Scytha ; ego autem hic dego, ts quiete libris involvor,

les livres qu’il trouve au palais pontifical ne lui suffisent pas; il écrit constamment à ses amis de lui en faire parvenir. On voit dans sa correspondance que, parmi le grand nombre d'auteurs qu’il avait lus, figurent les Pères de l'Église! saint Jean Chrysostôme, saint Jérôme, saint Augustin, et avec eux Lactance; les philosophes? Platon, Aristote, Lucrèce, Cicéron, Sénèque; les leçons d’éloquence et de style de Quintilien#, Nonius Marcellus; les poètes! Virgile, Horace, Ovide, qu'il cite souvent, et avec eux Térence, Valérius Flaccus, Silius Italius, Sénèque le Tragique, Calpurnius; les écrivains ÿ de genre facétiéux Pétrone, Apulée, Martial; il donne une grande part de ses études aux historiens et géographesé Plutarque, Xénophon, Diodore de Sicile, Salluste, Tite-Live, Suétone, Justin, Spartien, Ammien Marcellin, Ptolémée; il se passionna pour l’Hnstoire naturelle de Pline?.

Il étudiait les monuments de l'antiquité ; il essayait de déchiffrer et d'interpréter les inscriptions et les médailless; il collectionnait les débris de l’art antique? et les faisait rechercher en Grèce et en Orient; il put faire ainsi, plus tard, un assez beau musée dans sa villa de Val-d’Arno, près de Florence.

Il iraduisait en latin les ouvrages grecs récemment apportés en Italie, tels que la Cyropédie de Xénophon, les cinq premiers livres de Diodore de Sicile. |

L'Epist.;. 1, 6,:748,9,/10%11/18/20 99

2 Epist., 1, 8,5:11,222793,97, 3404891:

3 Epist., 1, 5: IL, 5.

tEpist., l'A, 100 n1I109,10672295:

SEpist., Il, 9, 1,84.

6 Epist., Il, 7, 14, 18, 29, 37,

T Epist., Il, 38,

SnEÉpist:, Il 8,149,°20;

9 Epist., Il, 37,

POGGIO BRAGCIOLINI. ZT

Mais il ne se bornait pas à être un érudit, il se montrait un écrivain original du plus haut mérite et d’une incroyable souplesse de talent.

Il écrivait des traités, en quelque sorte philosophiques, où les vices étaient flétris et la sagesse prônée, non sans éloquence. On serait tenté de le prendre pour un austère disciple de Cicéron ou de Sénèque, quand on lit le De Avaritia, le De Nobililate, le De Infelicitate Principum, le De humanae Condilionis Miseria. Parfois, il prend la voix d’un père de l’Église et prêche le détachement des biens d'ici-bas, le pardon des injures, la nécessité de songer au salut et de se rendre digne des récompenses célestes.

I publiait un livre De Moribus Indorum. Dans un autre, De Varietate Fortunae, il a laissé une description intéressante des monuments de Rome et fait preuve de quelques connaissances archéologiques; il racontait en outre les voyages en Perse du Vénitien Niccoli di Conti. Il traduisait en langue vulgaire l’Asfronomicon de Manilius.

Dans son Historia convivalis, se manifestait son esprit satirique et mordant par les traits acérés qu’il lançait contre les médecins et les jurisconsultes, qui alors jouissaient d'une grande importance et acquéraient facilement de belles fortunes. :

Il fit encore preuve de remarquables qualités d’historien dans son Historia Florentina. Le récit des événements est clair et précis; les caractères sont peints avec art; dans ses jugements, il montre un esprit de grande sagacité.

Poggio était en relation avec Nicolas, Laurent et Cosme de Médicis, les Sforza, les Visconti, Leonello d’Este, Alphonse d'Aragon, la plupart des cardinaux et presque tous ses contemporains notables.

Les correspondances entre amis étaient alors, en quelque

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sorte, les journaux de nos jours; elles portaient les nouvelles, appréciaient les choses présentes, faisaient prévoir les événements, élevaient à la gloire les hommes qui se faisaient remarquer dans les armées, dans la politique, dans les lettres, ou bien jetaient sur eux le déshonneur et le ridicule. Les lettres de Poggio, pleines d'intérêt et presque toujours écrites avec soin, étaient colportées, lues et com:mentées dans toutes les petites cours d’Italief.

Poggio était, par suite, assez légitimement devenu le plus en renom des écrivains de son époque. Il fit accepter-sa suprématie? et personnifia, pour ainsi dire, la littérature de son temps; aussi, la première moitié du xv° siècle fut-elle appelée l’âge du Pogge. Florence, sa patrie, se montra fière de le compter parmi ses plus illustres enfants. Donatello fut chargé de faire sa statue, et on la plaça sous le portique de l’église Santa-Maria del’ Fiore, au milieu d'un groupe d’apôtres ÿ.

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