‹ De lʼemploi du chalumeau dans les analyses chimiques et les déterminations minéralogiquesChapitre 3 sur 174 · II. Du Chalumeau · texte numérisé non relu

II. Du Chalumeau

Le chalumeau des ouvriers est ordinairement un tube de laiton qui va en se rétrécissant vers l’une de ses extrémités à deux pouces de laquelle

11 se courbe à angle droit (pl. I, fig. 1 ). Son ouverture à cette extrémité , est aussi fine que le serait un trou fait avec une aiguille , et c’est cette ouverture qu’on tient contre la flamme de la lampe , tandis qu’on souffle parle gros bout. Dans les opérations des arts , on a rarement besoin de prolonger l’insufflation au del.à d’une minute , en sorte qu’il ne résulte aucun inconvénient pour l’opérateur de l’eau que les poumons chassent dans l’intérieur du tube. Mais dans les expériences de chimie où l’on est obligé de soutenir long-temps l’insufflation , il se fait dans le tube un amas d’eau assez considérable pour entraver quelquefois l’opé^ ration. Ce fut pour obvier à cet inconvénient , que Cronstedt plaça vers le milieu du chalumeau , et plus près de l’extrémité recourbée que de l’embouchure , une boule creusp destinée à recevoir

DU CHAIUMEAU. 1 t

l’humidité. Son chalumeau eut alors la forme re* présentée par la figure 2. La partie la plus longue pouvait se démonter au moyen d’une vis a 3 et il y avait en b un anneau d’ivoire percé d’un petit trou destiné à recevoir une aiguille ou un fil d’acier tin, avec lequel on pouvait nettoyer l’ouverture du bec , lorsque dans le courant d’une expérience cette ouverture se trouvait obstruée par la suie. Ce chalumeau a cependant un inconvénient, c’est que quand après avoir soufflé quelque temps, on vient à le tenir un instant dans une situation verticale, la pointe en bas, l’eau coule de la boule dans l’intérieur du bec , et l’on a ensuite beaucoup de peine à l’en chasser avant de pouvoir continuer l’opération.

Bergman corrigea ce défaut de la manière suivante : il adapta à l’extrémité du chalumeau une chambre semi-circulaire d’un pouce de diamètre sur ^ de pouce en travers , et implanta immédiatement le bec dans la partie supérieure de cette chambre. (Voye^ pl. I , fig. 3.) Le chalumeau de Bergman se compose de trois pièces séparables ; a est le tube; bb , la chambre destinée à recevoir l’eau , v.ue sur son plat et par un bout , et c le bec; l’assemblage s’en fait aisément. Ce système remplit parfaitement bien son but , et a en outre l’avantage de prendre peu d’espace et de pouvoir se placer daps une boîte mince telle qüe

ISt DE l’emploi

celles dans lesquelles on sériait alors le chalumeau et ses accessoires pour les transporter commodément d’un lieu dans un autre.

Gahn a un peu changé la configuration de cette partie du chalumeau qui est déstinée à recevoir l’eau , et lui a donné la forme d’un cylindre d’un pouce de longueur sur un demi-pouce de diamètre, ainsi qu’on le voit pl. I , fig. 4? b. Son chalumeau , semblable du reste à celui de Bergman , consiste en quatre pièces qui sont a } b , c et d , fig 4> Sur l’extrémité du bec c , se place un petit ajutage , tel que d, percé d’un trou plus ou moins fin par où l’air s’échappe. Il faut en avoir plusieurs de différens calibres pour en changer suivant les besoins. L’avantage du chalumeau de Gahn sur celui de Bergman tient à la forme cylindrique de son réservoir qui occupe encore moins de place que le précédent, età la longueur de la douille conique du bec c, qui s’introduit dans l’ouverture e du réservoir cylindrique. Après un long service, ce bec peut bien s’enfoncer dans le réservoir plus avant qu’au commencement ; mais du moins il adhère constamment aux parois de l’ouverture destinée à le recevoir , et n’est pas exposé à tomber dans le courant d’une expérience, comme- cela arrive souvent avec le chalumeau de Bergman. Je crois que l’on peut sans hésiter donner auchaîumeau de Gahn la préférence sur tous les autres. Dans les cas où j’ai besoin du chalumeau

DU CHALUMEAU. l3

pour souffler du verre , je me sers d’un petit bec f , courbé à angle droit, que j’adapte à l’ouverture e , et auquel je puis donner toutes les directions possibles par rapport au tube a. La figure 5 , pi. I , représente le chalumeau de Gahn lorsqu’il est monté.

Voigt a proposé un autre chalumeau dont l’usage est très-répandu. Il porte à son extrémité une chambre circulaire d’un pouce de diamètre et d’un huitième de pouce en travers ; le bec part du centre de cette chambre, et peut se tourner dans toutes les directions. La fig. 6 représente ce chalumeau. Les inconvéniens qui accompagnent la forme proposée par Voigt sont, i° que les dimensions du réservoir rendent l’instrument peu commode à porter en voyage ; et , en second lieu, quele bec mobile finit par vaciller après un long usage et laisse échapper l’air. Il sérait aisé de faire disparaître cet inconvénient, au moyen d’un tube recourbé qu’on ferait entrer à frottement doux dans une ouverture conique pratiquée au centre du réservoir ; mais dans tous les cas , la forme de cette dernière partie dans le chalumeau de Voigt- est la moins commode de toutes.

Comme c’est une circonstance très-désirable , principalement pour ceux qui s’occupent de minéralogie, que le chalumeau tienne peu de place et soit commode à porter, sans rien Ôter d’ailleurs à. ses qualités essentielles, plusieurs chimistes ont

J 4 DE I-’EMPLOl

tâché d’atteindre la limite de la simplicité dans la1 construction de cet instrument ; on distingue sous ce rapport le chalumeau de Tennant, et celui de WoLLASTON.

Le chalumeau de Ten-nant' consiste en un tube droit, cylindrique, ou très -légèrement conique (pl. I, fig. 7, ah.), lequel est ferme par une extrémité, mais qui présente à un demi-pouce de cette extrémité une ouverture destinée à recevoir un petit tube recourbé d qui y entre à frottement et que l’on peut diriger dans tel sens que l’on veut. Lorsque l’on s’en sert , le bec du petit tube fait en général un angle droit avec le tube principal , et si c’est du verre que l’on souffle , un angle plus ou moins obtus : quand on veut le serrer dans son étui , on place le petit tube parallèlement au grand comme on le voit dans la figure. Cet instrument joint à unhaut degré de simplicité tous les avantages qu’on peut désirer. L’eau produite par l’insufflation, coule au fond du grand tube et ne s’introduit point dans le bec. Dans une comparaison que j’ai faite entre le chalumeau de Gahn et celui de Tennant , j’ai cru remarquer que ce dernier exigeait un plus grand effort des muscles des joues, sans doute parce qu’il oppose à l’expansion du courant d’air dans toute sa longueur une résistance plus , forte jque le chalumeau de Gahn, lequel porte un réservoir d’air dont le contenu cède en partie à la près-

iS

sion latérale du courant. La différence entre les effets produits est à peu près la même qu’entre un ressort dur et un ressort doux. Cette circonstance n’est pas tout-à-fait indigne d’attention, surtout pour les essais minéralogiques où l’on se sert quelquefois du chalumeau plusieurs heures de suite.

Le chalumeau de Wollaston prend encore moins de place que celui de Tennant. Il se compose de trois parties, pl. I , fxg. 8, a, b et c, que l’on peut en gainer, la troisième dans la seconde , et celle-ci dans la première, de manière à réduire de moitié la longueur du chalumeau dont le diamètre moyen n’excède pas d’ailleurs celui d’un chalumeau ordinaire ; l’extrémité la plus étroite de la pièce a entre à frottement doux dans l’extrémité la plus large de la pièce b dont l’autre bout est fermé , mais qui présente une ouverture latérale à une petite distance de ce dernier. La base de la pièce c est fermée par un fond plat , et son sommet est percé d’un trou fin. Dans le voisinage de sa base la pièce c offre une ouverture transversale destinée à recevoir le sommet de la pièce b ; cet assemblage n’est pas, rectangulaire, mais lorsque le chalumeau est monté le bec forme avec la tige un angle obtus. Le but de cette disposition paraît être que si l’ouverture transversale de la pièce c s’élargit ayee le temps, en sorte que la petite ouverture latérale pratiquée vers

l6 DE L’EMPIOI

l’extrémité de b, étant tournée du côté du fond plat où la vapeur d’eau se condense , dépasse le bord ultérieur delà pièce c; cette ouverture reste encore dans l’intérieur du canal , étant tournée vers l’extrémité du bec. Lorsque ce chalumeau est bien fait , l’extrémité fermée de la pièce b remplit exactement l’extrémité correspondante de a , et c ferme l’ouverture principale de b, en sorte que le tout ensemble est à l’abri de la poussière, et ne tient pas plus de place dans la poche qu’un crayon de mine de plomb. L’instrument a alors la forme et la grandeur représentées pl. I, fig. 8, d. Ce chalumeau n’est pas précisément approprié aux cas où l’on a besoin d’étudier les corps avec soin , i° parce que les pièces extrêmes ne joignent pas si bien qu’elles ne laissent quelquefois échapper de l’air; 2° parce qu’il est dépourvu de réservoir; 5° enfin parce que l’angle obtus formé par le bec avec la tige donne à la flamme de la lampe une direction telle (par rapport au corps soumis à son action ) que ce corps est en partie caché parla flamme elle-même. Mais pour les besoins éventuels et la facilité du transport, il l’emporte sur tous les autres. On le met dans la poche sans en être gêné, et si l’on y joint une feuille de platine et un morceau de borax,

on est déjà à même de faire un grand nombre

d’opérations , attendu qu’on trouve partout du charbon et de la chandelle. J’ai souvent employé

Ï>U tlH À LÜ ME A Û. in

}é chalumeau de Woleaston dans des inspections pharmaceutiques ét des revues de collections mi- 1 néralogiques » où il m’a suffi plus d’une fois pour remettre à leur place des fossiles mal dénommés.

La longueur du chalumeau , quelle que soit d’ailleurs sa forme » est subordonnée à la portée des yeux de l’opérateur , et doit satisfaire à cette condition que le corps sur lequel on souffle se trouve à la distance où la vision est la plus distincte. Celui dont je vois le mieux les effets a 8 pouces - de longueur, et 7 pouces | depuis l’embouchure jusqu’à l’insertion du bec dans le réservoir d’air.*

Ces chalumeaux doivent être faits , soit en argent pur, soit en fer-blanc ; le bec seul doit être de laiton. Lorsque l’instrument entier est de laiton , il prend à la longue une odeur et un goût de vert-degris. On a cherché à éviter le désagrément qui ré^ suite de l’emploi des chalumeaux de laiton, en y adaptant une embouchure d’ivoire ; mais .cette embouchure ne remédie pas à la mauvaise odeur, et si l’on n’a pas les mains sèches, les doigts mêmes contractent durant l’opération cette odeur de vert-de-gris , surtout lorsque le chalumeau a été quelque temps sans servir et que l’on n’a pas eu la précaution de le nettoyer avant l’opération. Or cela n’arrive pas avec les chalumeaux de fer-blanc qui ont en outre l’avantage de coûter moins. Dans ces derniers on fait adhérer la tige au réservoir

d’air, et avant d’insérer le bec on l’envéloppe d’un peu de papier pour rendre la jonction plus parfaite.

Quoique l’argent soit meilleur conducteur du calorique que tout aptre métal , il ne m’est jamais arrivé d’être gêné dans une opération par réchauffement d’un chalumeau d’argent, même après une insufflation prolongée. Les petits ajutages dont on recouvre l’extrémité du bec sont un perfectionnement remarquable du chalumeau. Us ne tardent pas à se couvrir de suie , et leur ouverture à se boucher, ou seulement à perdre sa forme ronde ; il faut alors les nettoyer , et vider le trou avec une petite aiguille qu’on a toujours sous la main pour cet effet. Ce nettoiement est une opération très-ennuyeuse , mais indispensable , parce que ces ajutages une fois encrassés , salissent tout ce qu’ils rencontrent. En conséquence j’ai fait faire ces petites pièces en platine, chacune d’un seul morceau, et lorsqu’elles sont par trop sales, je les mets sur le charbon et les fais rougir à l’aide du chalumeau ; par ce moyen elles redeviennent propres en un instant, et les trous se débouchent sans le secours d’aucun agent mécanique. Si elles étaient d’argent elles ne pourraient pas supporter ce traitement; car quand même on les chaufferait assez, peu pour ne pas donner lieu à un commencement

de fusion , l’argent rougi cristalliserait par le re-

DU CHAUUMEAU. i9

froidissement , et deviendrait aussi cassant qu’un métal non malléable.

Les chalumeaux de verre sont assurément moins salissans et moins coûteux que les autres , mais leur fragilité et la fusibilité de leurs becs sont des inconvéniens si graves , qu’on ne s’en sert jamais qu’en cas de nécessité.

On a cherché en différens temps à construire des appareils dont l’emploi fût beaucoup plus commode que celui du chalumeau ordinaire. De Saussure fixa sur une table un support auquel il adapta son chalumeau de manière à pouvoir le gouverner avec la bouche, en conservant ses mains libres. Je ne sache aucun cas où ce perfectionnement soit d’une utilité remarquable. Il y a plus , les différences entre les divers modes de conflagration dont on a besoin dans les essais au chalumeau tiennent à de si petites variations dans la position du bec , qu’il est impossible de les exécuter avec précision par des mouvemens delà bouche.

Haas fixa son chalumeau sur le bord d’une table, au moyen d’une agrafe à vis. Devant le bec était une bougie que l’on pouvait hausser ou baisser au moyen d’un bouton ; et à peu de distance de cette bougie , des pincettes à ressort tenaient à la hauteur du bec un morceau de charbon sur lequel on chauffait le corps que l’on voulait examiner. L’appareil était en outre pourvu d’une paire de

mohchett.es avec lesquelles on accommodait la mèche toutes les fois que cela était nécessaire. L’opérateur pouvait alors disposer de ses deux mains ; mais à quoi bon? Je ne sache pas de cas où l’emploi du chalumeau de Haas offre un avantage réel.

On s’est représenté l’insufflation au chalumeau comme une opération difficile* qui exigeait beaucoup de force dans les poumons , et pouvait être préjudiciable à la santé. C’est en partie pour cette cause* et en partie parce qu’on ne saurait, sans quelque exercice, préalable , arriver à soutenir convenablement et commodément l’insufflation , que l’on a imaginé des appareils qui dispensent de souffler àvec la bouche. Tels sont ceux d’EuR- Mann, de Kohler, de MeusnieR , d’AcHARD , de Marcet , de Broox et de Newman , au moyen desquels on produit en petit les plus hautes températures par une insufflation artificielle d’air atmosphérique ou d’oxigène ; mais comme l’usage de ces appareils n’a aucun rapport avec l’objet qui nous occupe , je m’abstiendrai d’en rendre compte.

Pour alimenter son chalumeau , Hasseïtfrat2; employa, à l’instar des émailleurs, un soufflet qu’il faisait marcher avec le pied. J’ai vu en Angleterre un petit soufflet à deux âmes qui se posait sur une table, et qu’on mettait en activité au moyen d’une corde de boyau qui s’attachait au

DU CHAtXJMEAü. . 21

pied : le chalumeau était adapté à la partie fixe du soufflet.

Kâzen a imaginé de remplir uue vessie d’air atmosphérique , et de diriger cet air sur la lampe au moyen d’un tube recourbé qui se termine en pointe. On tient la vessie entre ses genoux , et on la comprime plus ou moins selon le besoin ; quand elle est vide d’air» PU la remplit de nouveau avec la bouche» par l'intermédiaire d’un tube particulier, lequel est pourvu d’un robinet.

Par ces prétendus perfeetionnemeps, l’on n’a fait que substituer des mouvemens plus ou moins embarrassant à une tepsion léger# des muscles des joues ; ceux qui les ont imaginés nous ont montré par cela même qu’ils ne savaient pas se servir du chalumeau, et l’on peut dire qu’ils auraient eu autant de grâce à proposer l’emploi d’une vessie pour jouer d’un instrument à vent. Concluons que tous les appareils de cette espèce sont d’une parfaite inutilité.

Page 1