DÉMOCRATIQUE
Le système politique doit s'accommoder aux besoins des hommes. Or, les besoins changent avec les idées, les usages, les coutumes, les mœurs, la civilisation ; il faut donc que le système politique change avec tout cela. (Saint Thomas, Sum. théoL, V I", q. XCVII, art. 1).
Le consentement de la nation est l'unique source d'un pouvoir juste. (Suarez, De legibus, livre III, Ch. IV).
La participation y lus ou moins large du peuple au gouvernement n'a rien en soi de blâmable. Et même, à certaines époques, et sous l'empire de certaines nécessités, cette participation peut être non seulement un avantage, mais un devoir pour les citoyens. (Li^on XIII, Encycl. Imnwrlale Dei).
Avant-Propos
Les pages dont se compose cette brochure — exception faite de la conclusion -^ ont paru, l'été dernier, dans Z'Ouest-Eclair. Quelques-uns de ceux qui me firent alors Vhonneur de les lire, m'ont demandé de les rééditer en les complétant. Ils ont pensé que leur objet était assez général et les questions qu'elles soulèvent assez importantes pour intéresser un public plus étendu que celui de notre région de VOuest.
Les voici donc accompagnées de notes et sui" vies d'un appendice documentaire qui en accroU tront, je Vespère, la valeur démonstrative.
Si je leur ai donné ce titre : De Léon XIII au Sillon, ce n'est pas que je considère que Von doive identifier les idées particulières du Sillon et toutes les manif es talions ^ si variées, de son activité à ce que Von a appelé, d*un mot qui n'est peut être pas tout-à-fait exact, « la politique de Léon XIII ^>,Mais, cherchanl à indiquer^ en un raccourci snffisam-
ment expressifs la nature du conflit politique qm\ depuis plus de quinze ans^ divise les catholiques français, il m'a semblé que ce rapprochement marquait assez bien ce qui rattache Fintervention pontificale d'hier aux efforts si combattus d'aujourd'hui.
Hier, l'esprit de parti et l'aveuglement volon^ taire des catholiques conservateurs entravaient l'action pacificatrice d*un grand Pape, parce que cette action supposait de leur part l'acceptation préalable des institutions républicaines. Aujourd'hui, les mêmes cahotiques conservateurs font au Sillon une guerre sans merci, parce que le Sillon s'affirme résolument républicain. C'est donc, dans un cas comme dans l'autre, la même tentative, la même conjuration obstinée et violente des partis de réaction pour lier l'Eglise à leur sort et pour faire de la religion la complice bénévole des revanches qu'ils méditent.
Le Sillon, d'ailleurs, n^est pa-s le seul qui puisse s'honorer d'avoir réveillé les suspicions et les colères dont le génie clairvoyant de Léon Xlll eut tant à souffrir. A côté de la sienne, d'autres initiatives également inspirées de l'esprit démocratique se sont heurtées aux mêmes antipathies et aux mêmes résistances. Ma^s, de tous les mouvements d'origine catholique qui ont eu le mérite d'une orientation nettement républicaine, c'est assurément le Sillon qui s'est montré le plus vivant, le plus décidé et le plus combatif, et c^est^ sans doute, la raison pour laquelle, inquiets de son influence grandissante, les réactionnaires opèrent,,
€n ce moment^ contre lui la concentration de> toutes les forces accoutumées à leur obéir.
Ces considérations suffiront, je pense, à justifier ou, du moins, à expliquer le titre que j'ai choisi pour les pages qui strivent.
Puissent celles-ci communiquer à ceux qui voudront bien les parcourir l'ardente conviction qui me les a dictées /... S'il en va de la sorte, j'aurai la satisfaction de pouvoir me dire qu'en les écrivant, je n'ai pas inutilement parlé ce que je crois être le langage du bon sens, de la justice et de la vérité.
Rennes, le 27 novembre 1907.