‹ de lesprit des loisChapitre 108 sur 168 · LIVRE XXXI, CHAPITRE XII. l · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAPITRE XII. l

Mais lé bas peuple n'est guère capable d'abandonner ses intérêts par des exemples. Le synode de Francfort * lui, présenta un motif plus pressant pour payer les dîmes. On y fit un capitulâire dans lequel il est dit que , dans la dernière fa* mine, on avoit trouvé les épis de blé vides', qu'ils avoient été dévorés par les démons , et qu'on avoit entendu leurs voix qui reprochoïent de n'avoir pas. payé la dîme; et en conséquence il fut ordonné à tous ceux qui tenoient les biens ecclésiastiques de payer la dîme; et , çn conséquence encore , on l'ordonna à tous.

Le projet de Cbarlemagnè ne réussit pas d'abord; cette charge parut accablante *. Le paiement des dîmes chez les Juifs étoit entré daps le plan de là fondation de leur république , mais ici le paiement des dîmes étoit une charge indépendante de celles de rétablissement de la monarchie. On peut voir, dans les dispositions ajoutées à la loi des Lombards f la difficulté qu'il y eut à

1 Tenu sous Gharlemagne, l'an 794.

3 Expérimente» enim didicimus in anno quo- illa valida famés irrepsit, ebullire vacuas annonas a demonibns devorata*, et véces exprobationis audit as, etc. Édition de Baluze, p. aB.7, art. a3.

1 Voyez entre autres le capitulâire de Louis-le-Débonnaire t de Tan 829, édit. de Baluze, page 663, contre ceux qui, dans la vue de ne pas payer la dîme, ne cultivoient point leurs terres; et art. 5. Nonis quidem et decimis, unde et genitor noster et nos fréquenter in diversis placitis admonitionem fecimus.

l56 ' DE jl'eSPRIT DES LOIS.

faire recevoir les dîmes par les lois civiles '; on i>éut juge, par les différents canon, des conciles, de celle qu'il y eut à les faire recevoir par les lois ecclésiastiques.

Le peuple consentit enfin à payer les dîmes, à condition qu'il pourrait les racheter. La constitution de Loùis-le-Pébonnaire *, et celle de l'empereur Lothaire ', son fils, ne le permirent pas.

Les lois de Cbarlemagne , sur rétablissement des dîmes, étoient l'ouvrage de la nécessité; la religion seule y eut part , et la superstition n'en eut aucunç.

La fameuse division * qu'il fit des dîmes en quatre parties, pour la fabrique des églises', pour les pauvres, pour l'évêque, po^ur les clercs, prouve bien qu'il vouloit donner à l'église cet état fixe et .permanent qu'elle avoit perdu.

Son testament ' fait voir qu'il voulut achever de réparer les maux que Charles-Martel , son aïeul, avôit faits. II fit trois parties égales de ses biens mobiliers : il voulut que deux de ces parties fussent divisées en vingt-une, pour les vingt-une

1 Entre antres celle de Lothaire, liv. m, tit. ni, ch. vi. * De l'an 829, art. 7, dans Baluze, t. 14 p. 663. - 1 Loi des Lombards, liv. ni, tit. ni, §.,8.

* ibid. §4.

" • C'est une espèce de codicille rapporté par, Eginhard l 9 et qui est différent dû testament même qu'on trouve dans Goldast et Baluze.

Page 1