CHAPITRE XXVI
Gpugemeni dans les fiefs.
Il n'arriva pas de moindres changements dans les fiefs que dans les aïeux. On voit par. le capitulaire de Compiègne , fait sous le roi Pépin ', que ceux à qui le roi donnoit un bénéfice donnoient eux-mêmes une partie de ce bénéfice à divers vas* saux; mais ces parties n'étoient point distinguées du tout. Le roi les ôtoit lorsqu'il ôtoit le tout; et à la mort du leude le vassal perdoit aussi son arrière-fief ; un nouveau bénéficiaire venoit qui établissoit aussi de nouveaux arrière * vassaux. Ainsi l'arrière * fief ne dépendoit point" du fief; c'étoit la personne qui dépendoit. D'un côté, l'$rrière-vassal revenoit au roi parce qu'il n'étoit pas attaché pour toujours au vassal;, et l'arrière-fief revenoit de même au roi parce qu'il, étoit le fief même et non pas une dépendance du fief.
éd. deBalnze,t. 11, p. 83, dans lequel le roi et les seigneurs ecclésiastiques et laïques convinrent de ceci : Et si aliquis de vobis sit cui suas senioratas non placet, et illi simulât ut ad alium seniorem melius quam ad illum acaptare posait, Yeniat ad illum, et ipse tranquiUo et pacifico animo donet illi commeatum.... et quodDeus illi copient et ad alium seniorem acaptare potuerit, pacifice habeat.
1 De l'an 757, art. 6, édit. de Baluce,p. 181.
l88 DE L'ESPRIT DES LOIS.
Tel étoit l'arrière -vasselage lorsque les fiefs étoiént amovibles ; tel il étoit encore pendant que les fiefs furent à vie. Cela changea lorsque les fiefs passèrent aux héritiers et que les arrière-fiefs Y passèrent de même. Ce qui relevoit du roi immédiatement n'en releva plus que médiatement ; et la puissance royale se trouva pour ainsi dire reculée d'un degré , quelquefois de deux , et souvent davantage*.
On voit dans les livres des fiefs * que , quoique les vassaux du roi pussent donner en fief, c'est-àdire en arrière-fief du roi , cependant ces arrièrevassaux ou petits vavasseurs ne pouvoïent pas de même donner en fief; de sorte que ce qu'ils avoient donné, ils pouvoient toujours le reprendre. -D'ailleurs une telle concession ne passoit point aux enfants comme les fiefs, parce qu'elle n'étoit point censée faite selon la loi des fiefs.
Si l'on compare l'état où étoit l'arrière^vasselage du temps que les deux sénateurs de Milan écrivoient ces livres, avec celui où il étoit du temps du roi Pepih , on trouvera que les arrièrefiéfs conservèrent plus long - temps leur nature primitive, que les fiefs \
Mais lorsque ces sénateurs écrivirent, on avoit
1 Lit. i, ch. i.
* Au moins en Italie et en Allemagne.