‹ de lesprit des loisChapitre 155 sur 168 · PAR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

PAR VOLTAIRE

MA Marseille, mai 17^0.

Vous ^ivez rendu service au genre humain en vous déchaînant sagement contre des ouvrages faits pour le pervertir. Vous ne cessez d'écrire contre l'Esprit des lois, et même il paroit à votre style que ^ous êtes l'ennemi de toute sorte d'esprit. Vous avertissez que vous avez, préservé le mqnde du venin répandu dans l'Essai sur l'homme, de Pope, livre que je ne cesse de relire pour me convaincre de plus en plus de la force de vos raisons et de l'importance de vos services. Vous ne vous amusez pas, monsieur, à examiner le fond de l'onvrage sur les lois, à vérifier les citations, à. discuter s'il y a de la justesse, delà profondeur, delà clarté, de la sagesse ; si les chapitres naissent les uns des autres, s'ils forment uq tout ensemble; si enfin ce

1 Facktibs. Tome 60, page 1* des OEuyres complète j ; éd. Baudouin, 1 829-1830.

Cet Jtomme eharitabU était Jacques Fontaine de La Roche, auteur des nouvelles eccle'siaStiqèes , journal dans lequel Montesquieu atait été attaqué ayec acharnement. (Noue, édit.)

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livre, qui devrait être utile, ne serait pas par malheur un livre agréable.

Vous allez d'abord au fait; et, regardant M. de Montesquieu comme le disciple de* Pope, vous les regardez tous deux comme les disciples de Spinosa. Vous lqur reprochez avec un zèle merveilleux d'être athées, parce que vous découvrez , ditesi vous, dans toute leur philosophie , les principes de la religion naturelle. Rien n'est assurément, monsieur, ni plus charitable ni plus judicieux, que de conclure qu'un, philosophe ne connoît point de Dieu, de cela même qu'il pose pour principe que Dieu parle au cœur de tous lés hommes.

« Un honnête homme est la plus noble ouvrage « de Dieu , » dit le célèbre poète philosophe ; vous vous élevez au-dessus de l'honnête homme. Vous confondez ces maximes funestes; que la Divinité est l'auteur et le lien de tous les êtres, que tous les hommes sont frères, que Dieu est leur père commun, qu'il faut ne rien innover dans la religion , né point troubler la paix établie par un monarque sage j qu'on doit tolérer les sentiments des hommes , ainsi que leurs défauts. Continuez , monsieur > écrasez cet affreux libertinage, qui est au fond la ruine de la société. C'est beaucoup que par vos gazettes ecclésiastiques vous ayez saintement essayé de* tourner en ridicule toutes les puissances; et, quoique la grâce d'être plaisant

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vous ait manqué, voienti et conanti, cependant vous avez le mérite d'avo.ir fait tous vos efforts pour écrire agréablement des invectives. r Vous^ avez voulu quelquefois réjouir des saints , mais vous avez souvent essayé d'armer chrétiennement les fidèles les uns contre les autres. Vous prêchez le schisme pour la plus grande gloire dé Dieu. Tout cela est t rès-édifiant. : mais ce n'est point encore assez.

Votre zèle n'a rien faitqu'£ demi, si vous ne parvenez à faire brûler les livres de Pope, dç Locke et de Bayle , l'Esprit des lois, etc. , dans j Un bûcher auquel on mettra le feu avec un paquet de Nouvelles ecclésiastiques.

En effet, monsieur, quels maux épouvantables n'ont pas fait dans le mondé une douzaine de vers répandus dans l'Essai sur l'homme de ce scélérat de Pope, cinq ou six articles du dictionnaire de cet abominable Bayle, une ou deux pages de ce coquin de Locke, et d'autres incendiaires de cette espèce! Il est vrai que ces hommes ont mené un vie pure et innocente, que tous les honnêtes gens les chérissoient et les consultaient; mais c'est par là qu'ils sont dangereux. Vous voyez leurs sectateurs, les armes à la main, troubler les royaumes^ porter partout le flambeau des guerres civiles. Montaigne, Charroji, le président de Thou, Descartes, Gassendi, Rohault, le Vayer f

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ces hommes affreux qui étaient dans les mêmes principes, bouleversèrent tout en France. C'est leur philosophie qui fit donner tant de batailles, et qui causa la Saint-Barthélemi. C'est leur esprit dé tolérantisme qui est la ruine du monde, et c'est votre saint zèle qui répand partout la douceur de la concorde.

Vous nous apprenez que tous les partisans de la religion naturelle sont les ennemis de la religion chrétienne. Vraiment, monsieur, vous avez fait là une belle découverte ! Ainsi , dès que je verrai un homme sage, qui dans sa philosophie reconnoîtra partout l'Être siiprême , qui admirera la prtovidençedanstfnfiniment grand et dans l'infirment petit, dànà. la production des mondes , et dans celV àés insectes, je conclurai de là qu'il est impassible que cet homme soit chrétien. Vous nous avertissez qu'il faut penser ainsi' aujourd'hui de tous les philosophes. On ne pouvoit certainement rien dire de plus sensé et de plus utile au christianisme, que d'assurer que notre religion est bafouée dans toute l'Europe par tous ceux dont la profession est de chercher la vérité. Vous pouvez Vous vanter . d'avoir fait là une réflexion dont les conséquences seront bien avantageuses au public. >

Que j'aime epcore votre colère contre l'auteur de l'Esprit des lois, quand vous lui reprochez

SINCÉJtE. " Soi

d'avoir loué les Solon, les Platon, les Socrate, les Aristide, les Cicéron, les Caton, les Épictète, les Antonio et les Tràjan ! On croïroit , à votre dévote f u reOT con« re ce S . g en S . tt>q „-a S on,«ouss i ^le Formulaire. Quels monstres, monsieur, que tous ces grands hommes de l'antiquité ! Brûlons tout ce qui nous reste de leurs écrits, avec ceux de Pope, de Loke, et de M, de Montesquieu, En^effet, tous ces" anciens sages sont vos ennemis; ils ont tott$. été éclairés par la religion naturelle. Et la votr^e, monsieur, je di$. la votre: en particulier, paroît si fort contre la nature, que je ne m'étonne pas que voua détestiez sincèrement tous ces illustres réprouvés qui ont fait, je ne sais .comment, tant de bien à la terre. Remerciez bien Dieu de n'avoir rien de commun, ni avec leur conduite, ni avec leurs écrits.

Vos saintes idées sur le gouvernement politique sont une suite de votre sagesse. On voit que vous cohnoissez les royaumes de la terre tout comme le royaume des cieux. Vous condamnez de votre autorité privée les gains que Von fait dans les risques maritimes. Vous ne savez pa# probablement ce que c'est que l'argent à la grosse; mais vous appelez ce commerce usure. C'est une nouvelle obligation que le roi vous aura cfejçapecherses sujets de commercer à Cadix. Il faut laisser cette œuvre de Satan aux Anglois et aux Hollandois,

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