CHAPITRE V
Symptômes, marche et complications.
I. Sympromes. — Il existe plusieurs formes de l’hallux valgus : on peut en distinguer trois principales :
1° Variété non inflammatoire ;
2° Variété inflammatoire de Broca ;
3° Enfin une forme atténuée, fruste.
Ces variétés existent, mais elles ne nous semblent pas caractériser autant de formes différentes de l'affection.
Voici d'habitude ce qu'on observe : le plus souvent l'affection débute vers quarante ans : peu à peu, sous l’influence de causes diverses, l’avant-pied s'élargit : la chaussure devient trop étroite : le patient est obligé d’en faire faire de plus larges, et si l’on à affaire à une femme, la bottine très large au niveau du diamètre prémétatarsien
se termine brusquement en pointe comme une mitre d’évèque.
Que l’on vienne à examiner le pied nu, on constate l'existence : 1° d’une exostose siégeant au niveau de la partie interne de la tête du 1° métatarsien, coiffée d’un oignon accompagné lui-même d'une bourse muqueuse ; 2° de l’écartement du premier métarsien dont la tête a été repoussée en dedans à mesure que la 1" phalange s'inelinait en dehors.
Si on regarde de plus près, on voit que le tendon de
PR REA l'extenseur propre, considérablement soulevé au-dessus de l'articulation métatarso-phalangienne, a quitté plus ou moins le bord antérieur du métatarsien: l'orteil lui-même est dévié de 45 à 60°.
À ce moment, le malade ne souffre pas encore quand il marche : l'oignon seul est douloureux, et sa sensibilité est exagérée par plusieurs causes ; par un choc, les chan-
gements de température hygrométriques de Broca) : en somme, les signes fonctionnels sont peu: accusés.
Quelquefois, le processus s'arrête là ; la maladie subit un temps d'arrêt, parfois temporaire, parfois définitif : lorsqu'il en est ainsi, c'est la forme atténuée, la forme fruste de l’hallux valgus.
Mais le plus souvent, l'affection suit son cours : la déviation du gros orteil s’exagère, les orteils se tassent les uns contre les autres, et comme nous l'avons déjà dit au chapitre de l’anatomie pathologique, ils chevauchent, de telle sorte que le plus souvent le gros orteil se place audessous des autres, atteignant une déviation de 60 à 80.
C'est alors que les symptômes fonctionnels prennent une grande intensité : les douleurs s’éveillent et s'établissent d’une façon continue.
Elles ont pour siège le gros orteil, avec maximum au niveau de l'oignon et irradiation le long du nerf collatéral interne. |
Les chaussures deviennent un instrument de torture et sont presque intolérables : la douleur s'étend à tous les orteils.
C’est alors que les malades mettent leur imagination à
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l'épreuve : ils inventent une foule de stratagèmes pour atténuer leurs souffrances : ils interposent des bourdonnets de coton, des chiffons entre le 1 et le 2° orteils ; ils marchent en se déhanchant avec une lenteur et un balancement qui rappellent l'allure du canard : on connaît le vieux de Bicêtre, dont parle Malgaigne, « lequel mettait plus de 2 heures à aller de Bicêtre à la Barrière, c’està-dire à parcourir un trajet de 20 minutes ».
Enfin, terrorisé par de telles angoisses, le malade a une véritable horreur du sol, et il se confine sur un fauteuil ou dans son lit.
On pourrait ainsi considérer trois périodes dans l’évolution de l’hallux valgus :
a) Une période latente ou de début caractérisée par la déformation du pied ;
b) Une période d’état ou de douleur ;
c) Une période terminale ou d’impotence absolue.
Cependant, il faut bien le dire, l'intensité des douleurs n’est pas loujours en rapport avec le degré de la déviation ; tel hallux valgus à déviation énorme sera bien toléré, tandis qu’une légère déformation amènera des souffances épouvantables.
Il existe une forme anormale d’hallux valgus, la variété calleuse de l'oignon, suivant Broca, encore appelée hallux valgus blanc par Quévédo ; elle est caractérisée par l’absence d’oignon ; ou s'il en existe un, il est petit, indolore et coriace.
I. Marcne. — La marche de l’hallux valgus est lente, surtout chez les sujets âgés ; plus le début a été précoce,
plus le malade est jeune, plus l’évolution est rapide : on
a vu un jeune homme de 19 ans, dont on trouvera l'observation à la fin de notre thèse {obs. 1}, chez lequel l'hallux valgus avait débuté et évolué jusqu’à un degré extrême dans l’espace d’une année.
IT. CompzicaTions. — Les complications peuvent être de deux ordres: non inflammatoires ou mécaniques et inflammatoires.
a) Les complications non inflammatoires ou mécaniques sont : le martellement des orteils et Le pied plat.
Par suite du tassement des orteils, ceux-ci chevauchent, et cette position vicieuse donne naissance à des ankyloses qui aboutissent à l’orteil en marteau.
De même, la tête du premier métatarsien étant rejetée . de plus en plus en dedans, le pilier antérieur de la voûte plantaire vient à manquer, Le pied s'écroule et le pied plat est confirmé ; nous nous sommes d’ailleurs étendu déjà sur ce sujet au chapitre de l’anatomie pathologique et nous ne saurions y revenir sans faire des redites inutiles.
b\ Les complications inflammatoires sont considérées par certains auteurs comme formant une variété spéciale d’hallux valgus, la variété inflammatoire de l'oignon, d’après Broca.
Mais comme ces accidents peuvent toujours être évités lorsqu'on observe une hygiène raisonnable du pied et qu'on n’expose pas celui-ci à des traumatismes, nous avons cru préférable de ranger cette forme parmi les complications de la maladie.
À la suite d’excoriations amenées par la pression de la
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chaussure où par toute autre cause permettant l'infection de la bourse séreuse, l'oignon gênant et simplement douloureux jusque-là, devient d’une sensibilité exquise. Le moindre contact est douloureux, la peau rougit, elle est parfois d’une teinte violacée. La tumeur formée par la bourse séreuse, très augmentée de volume, est franchement fluctuante.
L'inflammation peut se limiter à la bourse séreuse, hygroma suppuré entouré par une petite zone inflammatoire. Si on n'intervient pas à ce moment, l'hygroma s'ouvre au dehors par un orifice cutané qui reste fistuleux. Cette fistule tarit, et, quelque temps après, survient une nouvelle poussée inflammatoire qui, comme la précédente, dure de 3 à 4 semaines. Mais les choses se passent quelquefois moins simplement.
L'hygroma suppuré peut devenir le point de départ de complications du côté de la peau, du tissu cellulaire et de l'articulation métatarso-phalangienne.
La Iymphangite réticulaire diffuse, envahissant le dos et la plante du pied, s’observe ici comme dans tout hygroma suppuré. On à noté également le développement d’un phlegmon diffus.
L'hygroma peut enfin s'ouvrir dans l'articulation métatarso-phalangienne, d'où arthrite suppurée avec toutes ses conséquences.