‹ De loin de prèsChapitre 11 sur 24 · OUVERTURE DE LA SESSION · texte numérisé non relu

OUVERTURE DE LA SESSION

Discours de l* empereur,

€ L'impératrice portait une robe gris-perle, un mantelet de dentelle noire et un chapeau blanc.

» La princesse Giolilde, une robe bleue et un chapeau blanc.

1 La princesse Mathilde, un châle jaune et un chapeau blanc. »

Et la robe? Je pense que c'eit un oubli... du journaliste.

ADX BOIS LES TODRIEREAUX.

Et cependant, au moment où j'émets la crainte de voir le sens moral s'oblitérer en France, voilà des signes qui constatent une recrudescence, une aggravation, un redoublement de vertu, qui semble devoir faire de Paris un lieu que peu de personnes oseront désormais habiter.

Le propriétaire d'un immeuble que je ne puis désigner, parce que je ne sais qui m'a enlevé le numéro de la Gazette des Tribunaux où le procès est relaté, — un propriétaire a actionné un locataire et l'a trainé devant la justice du pays, eh demandant qu'il fût Condamné à sortir immédiatement de sa maison et à n'y jamais rentrer, parce que lui, proprié-

laire, avait découvert qu'une personne qui passait pour la femme dudil locataire ne lui était unie que par des liens d'affection.

Il avait communiqué cette découverte à un de ses autres locataires ; la nouvelle s'était répandue, et la maison était menacée d'être abandonnée comme une maison dangereuse.

On y avait arboré le drapeau rose en signe d'amour, comme on met le drapeau jaune sur les maisons où il y a la peste.

Le tribunal, faisant droit à la requête du propriétaire et des locataires pudibonds, a ordonné que le couple sortirait de l'immeuble. — Reste à purifier les lieux où Ton s'est aimé.

Le sort de ce couple m'inquiète; ces deux pauvres tourtereaux ne sont-ils pas exposés à rencontrer partout des propriétaires et des locataires d'une austérité égale? Si le tribunal est appelé deux fois, dix fois, cent fois à prononcer leur expulsion, il ne se déjugera pas (expression du palais), et alors les pauvres tourtereaux n'auront plus que les retraites des bois et les branches des arbres.

Or SUS, MM. les imprimeurs, veuillez, je vous prie, chercher la phrase toute composée que je vous ai prié de conserver :

« Certes, je professe le plus profond respect pour les décisions de la justice, mais... » je ferai humblement remarquer :

Que le scandale vient bien plutôt du propriétaire et des voisins qui ont découvert, qui ont propagé l'union dite illégitime des pauvres tourtereaux, que des tourtereaux eux-mêmes, qui ont fait ce qu^ils ont pu pour la cacher ;

Que les femmes mariées qui ont des amants montrent un peu trop de sévérité pour celles qui ont un amant et point de mari ;

Que cet avantage d'avoir comme gérant responsable un honnête homme qu'on trompe, ne doit pas rendre si inflexible pour celles qui ne trompent personne et, en définitive, ne font de tort qu'à ellesmêmes ;

Que la femme qui ne se livre que sous conditions bien et dûment enregistrées, après un contrat en bonne forme, est une femme plus prudente, plus

heureuse queTautre, qui se donne parce qu'on Taime et parce qu'elle aime elle-même^ qui sacrifie tout à rhomme qu'elle aime, à l'homme qui probablement l'abandonnera quelque jour.

Cette situation, ce me semble, devrait inspirer plus de pitié et moins de haine à celles qui ont eu le bonheur ou la prudence de l'éviter.

J'ai grand'pitié de ces pauvres tourtereaux excommuniés, et je déclare que j'aimerais mieux demeurer dans la même maison qu'eux, s'ils en trouvent une, que dans celle des gens qui les ont chassés après avoir épuisé contre eux toutes les tortures de la curiosité et toutes les férocités de la langue.

Voici que je retrouve le numéro de la Gazette des Tribunauw^ et je lui emprunte les pièces justificatives que voici :

Extrait de la plainte de M. P..., le propriétaire.

« P..., ayant appris que la personne que G... avait introduite dans la maison n'était autre qu'une jeune femme avec laquelle il vivait, cette situation bientôt

comme a causé un véritable scandale dans la maison : les locataires ont menacé de donner congé ; les appartements vacants n'ont plus trouvé d'amateurs, — etc. »

Extrait du jugement.

« Attendu que P... a loué à 6... un appartement, etc. ; qu'il est constant que 6..., qui avait annoncé à P... qu'il occuperait les lieux avec sa famille, y a installé une femme qui n'est pas la sienne; que la situation de 6..., connue des autres locataires, a amené des plaintes de ces derniers vis-à-vis du propriétaire ; ' » Attendu qu'en présence des faits articulés par P..., et acceptés par 6..., qui a été obligé de reconnaître qu'il vivait dans une position irrégulière avec la femme qui occupe les lieux, P... est fondé à demander la résiliation;

» Déclare le bail verbal fait par P... à 6... résilié à partir du l*** avril prochain, et condamne 6... aux dépens. »

{Tribunal ciml de la Seine^ p* ch,, audience du 9 mars 1860. Présidence de M. Labour.)

144 Df LOIN ET DE PRÉS.

Il résulte de ceci que c'est P... qui a appris la «ituationy que bientôt elle a été connue des autres locataires. — Ne serait-ce pas P... qui aurait jasé? — Enfin ils ont un asile jusqu'au l^ avril, les pauvres tourtereaux î

Au !•' avril, dans les environs de Paris, les arbres n'ont pas encore de feuilles, les violettes sont rares , le président n'aurait peut-être dû les envoyer au bois qu'au 1« de mai ; on a alors des pâquerettes à effeuiller.

LES IHCURÂBLES.

Un journal (l'Union médicale) fait ressortir avec beaycoup de raison ce qu'il y a d'inconvenant et de dur à voir inscrit au-dessus de la porte d'un établissement qui sert de refuge à de pauvres créatures du bon Dieu, ce mot cruel : Incurables, que les hôtes de cette maison doivent lire chaque fois qu'ils y rentrent 'y ce qui leur ôte le bénéfice de l'oubli que la

Providence nous a si lieureuseinent donné, et les oblige à laisser l'espérance h la porte, comme les parapluies et les cannes à l'entrée des théâtres.

Incurables I

Mon cher homme, vous qui revenez de voir des amis, des parents dont la cordiale réception vous a fait tant de bien au cœur, vous qui allez passer une bonne nuit après une si bonne journée, — attendez, levez la tôle, — n'oubliez pas que vous êtes incuràbley que cette maison est l'antichambre de la mort, que la mort vous tient par un membre et vous attire à elle fatalement, inexorablement, comme un homme pris dans un engrenage de machine.

On est pourtant si fort en France sur les synonymes ! Il y a eu des gouvernements qui n'ont vécu que de cela :

Plus de hallebardes! — Plus de conscription ! — Plus de droits réunis I — Plus de gendarmerie! — Plus de guerre I

Mais des Suisses avec des fusils, — un bon recrutement, — des contributions directes et indirectes, — des gardes municipaux, etc., etc.

J'aime mieux hospice q\x* hôpital; — le premier, qui s'applique aussi au refuge des voyageurs, des religieux, etc., est moins cru que le second, qui ne s'applique qu'aux malades. — J'aimerais encore mieux maison.

Pourquoi ne pas donner à l'hospice des incurables le nom de son fondateur ou d'un grand médecin, ou d'un grand ami de l'humanité?

Il en est de môme d'une inscription révoltante que l'on voit dans beaucoup d'églises de la province et de

la campagne : Banc des pauvres. — C'est la seule

place où on ne paye pas pour entendre la parole de Dieu; c'est une note infamante pour ceux qui ne peuvent pas prendre, sur le pain de leurs enfants, les quelques sous d'impôt que prélève la loueuse de chaises.

Il me semble que les églises catholiques gagneraient un certain air chrétien en modifiant quelquesuns de leurs usages.

Le Christ, qui chassa les marchands du temple, n'aurait pas beaucoup approuvé que deux ou trois vieilles femmes vinssent déranger les fidèles de leur

méditation et de leur prière pour leur réclamer deux sous, passer dans les rangs, tirer les absorbés par la manche, recevoir l'argent, rendre la monnaie, etc.

Une quête spéciale, une souscription pour l'achat des chaises serait bien vile et favorablement accueillie dans chaque paroisse.

Je proposerais encore de n'admettre aucune différence de pompe ni dans les baptêmes, ni dans les mariages, ni dans les enterrements ; d'exiger que les communiantes aiçnt un costume uniforme, dont on demanderait le prix aux plus pauvres.

Chrétiennement parlant, s'il y avait dans les églises une place réservée aux pauvres, ce devrait être la plus près du chœur, la plus commode, la meilleure.

Mais je m'arrête pour ne pas me faire traiter d'impie, d'athée et d'ennemi de l'Église par quelquesuns de ces faux fanatiques qui sont si laids, qu'ils font parfois regretter les vraif , en un mot, pour ne pas me faire veuillotiner.

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