A ALPHONSE KARR, JARDINIER
Esprit de bonne humeur et gaîté sans malice,
Qui, même en le grondant, badine avec le vice,
Et qui, levant la main sans frapper jusqu’aux pleurs,
Ne fustige les sots qu’avec un fouet de fleurs !
Nice t’a donc prêté le bord de ses corniches Tour te faire au soleil le nid d’algue où tu niches;
C'est donc là que se mêle, au bruit des flots dormants,
Le bruit rêveur et gai de tes gazouillements!
Oii! que no puis-je, hélas! de plus près les entendre! Oh! que la liberté lente se fait attendre!
Quand pourrai-je, à ce monde ayant payé rançon, Suspendre, comme toi, ma veste à ton buisson,
Et, déchaussant mes pieds saignant de dards sans nombre, Te dire en t’embrassant : «Ami, vite, un peu d’ombre! Nous avons trop hâlé notre front et nos mains Aux soleils, au roulis des océans humains;
Échappés tous les deux d’un naufrage semblable, Faisons-nqus sur la plage un oreiller de sable,
Et qu’inscnsiblemuit, flot à flot, pli à pli,
La marée en montant nous submerge d’oubli ! »
Il faut à tout beau soir son jardin des Olives!
N’est-il pas, sur le bord du champ que tu cultives Parmi les citronniers, les cyprès et les buis,
Un maigre champ portant sa maison et son puits?
Le figuier, tronc qui vit et qui meurt avec l’homme, N’y fait-il pas briller sa figue en pleurs de gomme ? N’y pend-il pas aux murs scs rameaux tortueux ' Comme pour subsister ou crouler avec eux ?
Vingt ou trente oliviers, à l’ombre diaphane,
N’y sont-ils pas penchés par la corde de l’âne?
Sur l’écorce en lambeaux de leurs troncs écaillés N’y voit-on pas courir les lézards éveillés?
N’cntend-on pas, au creux du sillon qui la brûle,