C. — INDICATIONS TIRÉES DU DEGRÉ DES DÉFORMA- TIONS OSSEUSES
Doit-on intervenir en présence d’un enfant présentant des déformations rachitiques peu accentuées avec un état fonctionnel satisfaisant ?
Devant la simplicité et l’innocuité de l’ostéoclasie moderne, on est tenté d’imiter cet audacieux chirurgien italien Rizzoli qui, en 1848, chez un individu boiteux depuis vingt ans, à la suite d’une fracture de la cuisse gauche vicieusement consolidée, n’hésita pas à briser, au moyen de sa « Machinetta ossifraga », le fémur du côté sain pour réduire, par le chevauchement des fragments, sa longueur aux dimensions du membre raccourci.
Malgré les brillants résultats obtenus par Rizzoli, il nous paraît téméraire de vouloir le suivre dans cette voie, surtout en ce qui concerne les déviations rachitiques. Il est, en effet, des courbures qu’il ne vaut pas la peine de redresser, parce qu’elles n’entraînent qu'une gêne fonctionnelle insignifiante : telles sont les courbures antéro-postérieures du fémur ou du tibia, qui permettent l’adaptation exacte des surfaces articulaires et sont, le plus souvent, cachées par le simple port du vêtement ; d’autres, sont tellement
complexes, en forme d’'S irrégulier, que l'intervention correctrice est à peu près impossible à déterminer : d'autant qu’il arrive que ces courbures se compensent mutuellement.
Par contre, l'acte opératoire est amplement justifié lorsqu'il est dirigé contre des déformations assez .accentuées pour entraver le bon fonctionnement du membre : courbures fémorales à petit rayon, jambes en O ou en parenthèses, jambes en X, torsion du tibia autour de son axe vertical.
Quelle que soit la forme de la déviation, presque toujours le pied est aplati et en valgus ; la plante du pied repose sur le sol par son bord interne ; quelquefois le bord externe est légèrement surélevé. Cette attitude du pied en valgus rend la marche pénible et douloureuse. En outre, lorsque la déformation est très accentuée, l’axe du membre vient tomber complètement en dehors de la voûte plantaire. Il en résulte un grave défaut d'équilibre, une gêne considérable dans la marche, parfois même l'impossibilité absolue pour l’enfant de se tenir debout. On conçoit aisément que dans ces conditions l'intervention chi-
rurgicale ne se discute pas.