‹ De L’Ostéomyélite Aiguë Chez L’AdulteChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Etiologie.

On admet que l’ostéomyélite aiguë telle qu’on la rencontre habituellement, c’est-à-dire, dans l’adolescence a une prédilection marquée pour le sexe masculin. On attribue généralement cette préférence à l’influence du traumatisme et des exercices violents auxquels se livrent les jeunes garçons. Dans ce cas, on peut considérer le traumatisme comme étant le point de départ des phénomènes inflammatoires qui se passent au niveau de l’os et qui aboutiront à la suppuration.

Or, nous nous occupons actuellement de l’ostéomyélite évoluant chez des sujets adultes et frappant primitivement d'emblée, en dehors de toutes causes extérieures provo-

TR catrices, traumastismes ou autres, des individus en pleme santé. |

Nous ne pouvons donc pas chez l’adulte attribuer aux traumatismes la place prépondérante qu’il occupe dans l’étiologie de la maladie chez l’adolescent. Aussi devonsnous admettre que l'affection se rencontre avec une égale fréquence dans les deux sexes. Devons-nous aussi attribuer à la nature du terrain une influence particulière sur le développement de la maladie comme de nombreux auteurs ont cru devoir le faire chez l'adolescent? On a, en effet, incriminé la scrofule et le rachitisme auxquels on avait une certaine tendance à rattacher l’ostéomyélite, allant même jusqu’à admettre un tempérament délicat chez les individus atteints de cette maladie. Mais on pense actuellement qu’il n’en est rien et qu'une pareille asser tion n’est nullement justifiée. Du reste, si nous examinons avec soin les antécédents pathologiques des malades sur l'observation desquels nous nous appuyons, il nous est impossible de recueillir le moindre indice à ce sujet. IL nous semble également qu'il faille complètement négliger dans l’étiologie de la maladie le rhumatisme, la syphilis et la tuberculose au sujet desquels nos observations sont absolument muettes. Nous pensons donc pouvoir, avec juste raison, laisser de côté d’une façon complète la nature du terrain dans l’étiologie de l’ostéomyélite aiguë chez l'adulte.

Mais si au point de vue étiologique nous admettons qu'il n’existe aucune prédisposition naturelle, il nous parait indispensable d'admettre l’existence d’une porte d'entrée aux agents provocateurs de l’ostéomyélite, et, comme le dit M. le professeur Eannelongue « cette porte

d'entrée est bien petite quelquefois, bien peu largement ouverte ; depuis la simple dent malade jusqu'aux croûtelles aux fissures de la peau, il y a mille voies ouvertes au staphylococcus, véritable origine du mal ». Que la voie suivie par le microbe nous apparaisse nettement ou au contraire qu’elle soit cachée et échappe aux plus minutieuses investigations, nous devons toujours admettre son existence. Trois de nos observations sont muettes à ce sujet et il n’est pas possible de découvrir le chemin par lequel les micro-organismes ont pénétré dans l’économie. Mais, par contre, cette porte d’entrée nous apparaît nettement dans l’observation III. Nous voyons en effet que notre malade a présenté deux mois avant l’apparition des accidents osseux actuels un anthrax de la région de l’épaule qui nécessita une intervention chirurgicale et dont le malade ne porte du reste plus aujourd'hui aucune trace. Or, M. le professeur Verneuil a constaté plusieurs fois à la suite d’éruptions furonculeuses cutanées l'apparition de ce qu'il appelle de véritables furoncles osseux et qui ne sont en somme que des manifestations de l’ostéomyélite. Du reste, nous voyons dans la thèse de M. Jaboulay qu'après avoir inoculé à de jeunes lapins du pus provenant d’abcès chauds il avait constaté chez ces animaux l’apparition sur le squelette de lésions d’ostéomyélite. D’après ces expériences, il est permis de conclure à l'identité entre le pus de l’abcès chaud et celui de l’ostéomyélite. En raison de ces considérations, nous sommes autorisé à regarder dans l'observation dont nous nous occupons actuellement l’anthrax que ce malade avait présenté à l’épaule comme la voie d'introduction du microbe dans l’organisme. Mais d’après ce qui précède, il ne faudrait pas

admettre que la lésion osseuse était la propagation directe de l’anthrax; bien au contraire, la lésion profonde est indépendante des accidents cutanés. Et ce qui le prouve, c’est l’intégrité absolue des tissus intermédiaires de la peau, du tissu cellulaire, des muscles, des nerfs et des vaisseaux qui existait réellement et qui fut constatée au moment de l'opération. Tous les tissus qui séparaient la cicatrice cutanée du foyer purulent osseux étaient absolument sains. Aussi pouvons-nous considérer l'affection osseuse comme le résultat lointain de l'infection.

En somme, la seule notion qui nous paraisse devoir être admise sans contestation, comme jouant un rôle prépondérant et que nous puissions considérer comme la condition essentielle qui préside à l’étiologie de l’ostéomyé lite, c’est l’existence d’une porte d’entrée pour les agents infectieux. Dans une de nos observations, elle nous apparaît très nettement, et si nous n’avons pu la découvrir dans les autres, il nous est cependant permis d'affirmer qu’elle existe.

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