CHAPITRE II
Historique.
L’ostéomyélite infectieuse aiguë a été considérée jusque dans ces dernières années comme étant une maladie appartenant exclusivement à l’adolescence. Aussi, est-il tout naturel que la part réservée aux adultes dans les travaux ayant trait à cette question ait été jusqu’à ce jour à peu près nulle. Il était en effet logique de penser, à une
époque où l’ostéomyélite était considérée comme le résul-
tat d’une inflammation, que cette manifestation morbide se rencontrait exclusivement chez des individns dont le système osseux est encore en voie de développement et les cartilages de conjugaison en pleine période d'activité. Mais aujourd’hui que l’ostéomyélite est considérée comme une maladie infectieuse, on doit admettre que les adultes, bien qu'incontestablement infiniment moins prédisposés, peuvent aussi subir les atteintes de l’agent d'infection.
Le premier cas d’ostéomyélite aiguë survenue chez un adulte que nous avons trouvé dans la littérature médicale est dû à Culot. Cet auteur, étudiant dans sa thèse inaugurale (Paris, 1871) l’inflammation primitive aiguë de la moelle des os, rapporte l’observation d’une femme âgée de vingt-neuf ans qui, ayant toujours joui d’une santé excellente et ne présentant rien de particulier du côté des antécédents pathologiques personnels ou héréditaires, fut prise subitement de violentes douleurs au niveau de la cuisse droite bientôt accompagnées d’un gonflement considérable. A l’autopsie, une incision faite jusqu’à l’os donna issue à une grande quantité de pus situé sous le périoste ; et en faisant une section verticale de la diaphyse, on trouva la plus grande partie de la cavité médullaire remplie par un liquide puriforme.
Il faut aller jusqu’en 1885 pour trouver le premier travail traitant exclusivement de ce sujet. Le D' Lemoyne prit comme sujet de sa thèse inaugurale l’Ostéomyélite aiguë chez l’adulte. Dans cette thèse sont réunies 19 observations de périostites, ou d’ostéomyélites survenues chez l’adulte. De ces 19 observations 6 ont trait à des abcès consécutifs à des périostites, sans suppuration médullaire des os atteints et nous paraissent devoir être laissées de côté. Une d'elles (obs. XIX) est un exemple d’ostéomyélite apparue chez un jeune soldat dont l’âge n’est pas indiqué. C’est donc un cas d’ostéomyélite peut-être un peu tardive chez un homme à peine sorti de l’adolescence.
Un autre fait est probablement un exemple d’une ostéomyélite de l’huméurus consécutive à une infection
purulente développée elle-même à la suite d’un pana-
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ris grave résultant d’une piqûre (obs. IX, service de M. À. Guérin). Dans un autre cas la suppuration opératoire du tibia s’était produite chez un homme porteur de lésions tuberculeuses aussi graves que multiples : on peut tout au moins supposer que l'affection osseuse elle aussi s'était développée sous l’influence de la même cause générale ; en tout cas il serait hasardé de la considérer comme le résultat d’une ostéomyélite franche.
De ce total de 19 observations, il n’en reste donc que 10 où il s’agisse d’une manière à peu près certaine d’ostéomyélites infectieuses aiguës et dans 4 d’entre elles les commémoratifs font entièrement défaut. Or des 6 dernières observations, seules valables au point de vue qui nous occupe, 4 accusent l’existence indubitable d’affections osseuses graves survenues à une période bien antérieure à l’ostéomyélite chez les sujets qui en étaient atteints. Dans un cas (obs. III, M. Verneuil) d’ostéomyélite aiguë spontanée de l’humérus qui nécessita la désar ticulation de l’épaule chez une femme âgée de trente ans il existait en même temps un trajet fistuleux qui aboutissait au bassin et qui remontait à quatorze ou quinze ans. Dansun cas d’ostéomyélite aiguë du fémur (obs. VIII, M. Ricard) on trouva une hyperostose fusiforme qui ne pouvait provenir que d’une ostéite fort ancienne dont le malade, en raison de son âge et de la gravité de son état, avait probablement perdu le souvenir. L’observation XV (par M. Girard) est encore plus explicite. Il s'agissait d’une femme-de quarante-neuf ans qui succomba à une ostéomyélite suppurée du fémur. Elle avait eu à l’âge de onze ans une première poussée d’ostéomyélite suivie pendant toute l’adolescence d'attaques nouvelles à la suite
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desquelles il lui était resté une hyperostose et une élongation de l’os malade.
Enfin chez le malade qui fait le sujet de la sixième observation (par M. Brun) ce n’était pas l’os qui fut plus tard atteint d’ostéomyélite aiguë et de fracture spontanée de l’humérus qui avait été touché par la maladie pendant l’adolescence. Le malade âgé de quarante-deux ans avait eu trente ans auparavant une suppuration du genou, peut-être une véritable tumeur blanche, plus probablement encore une ostéite épiphysaire dont les abcès fistuleux n’avaient, il est vrai, donné lieu à aucune élimination de séquestre. Si on tient compte de la multiplicité si fréquemment observée des lésions osseuses et de leur répartition sur des points souvent très éloignés du squelette, dans l’ostéomyélite on pourra supposer, tout au moins avec vraisemblance, que l’humérus avaitété en même temps que le genou le siège de lésions qui, demeurées inaperçues d’abord, ne s’étaient révélées que plusieurs années après sous l’influence d’une nouvelle infection.
Deux des observations rapportées par M. Lemoyne sont assez détaillées pour permettre d’exclure d’une façon certaine l'existence antérieure d’une inflammation osseuse. Dans la XII (due M. F. Alessandrini) l’ostéomyélite du tibia qui nécessita l’amputation paraissait avoir été provoquée par un coup. Dans l’observation IV, recueillie par M. Isambert, enfin, l’ostéomyélite s’était déclarée deux mois après une maladie fébrile assez grave sur la nature de laquelle l’auteur ne put avoir de renseignements.
Enfin en 1888 àla Société de chirurgie M. Paul Reynier déclare que, «comme chez l'enfant et l’adolescent l’inflammation aiguë et même septique du tissu médullaire peut se
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produire à la suite d’un traumatisme, d’une maladie générale et surtout d’une maladie infectieuse telle que la scarlatine, la variole et la fièvre typhoïde » Il admet avec M. Bouilly que l’ostéomyélite de l'adulte est toujours la récidive plus ou moins éloignée d’affections du même ordre survennes dans l’adolescence. A la suite d’une longue discussion M. le professeur Lannelongue conclut à l’existence de l’ostéomyélite en tant que maladie primitive chez l’adulte comme chez l'enfant et chez l’adolescent.