‹ De Lyon a la MéditerranéeChapitre 6 sur 14 · TABLEAU DES STATIONS · texte numérisé non relu

TABLEAU DES STATIONS

24 # station.

Mirerai. — Distance de Tarascon : 91 kilomètres. — Distance de Cette : 14 kilomètres. — Population : 5l4 habitants.

25* station.

rrontlgnan. — Distance de Tarascon . 98 kilomètres. — Distance de Cette : 7 kilomètres. — Population : 2129 habitants.

26* station.

Celte. — Distance de Tarascon : 105 kilomètres. — Population : 19 124 habitants.

Notrc-Damc-dc-Fourvières .

La vue qui s'offre au regard du voyageur forcé de traverser Lyon sans s'y arrêter lui produira l'effet d'un rêve. Au sortir des tunnels et des tranchées , prodigieux travaux qui illustreront le nom de M. Juliien, le convoi n'a pas encore repris sa marche rapide , l'œil a pu plonger d'abord sur le cours de la Saône, puis sur celui du Rhôné, que franchit un pont de pierre et de fonte , véritable chef-d'œuvre d'élégance solide, et, s'il est permis d'associer ces deux mots, de robuste légèreté. L'étranger n'a rien vu des laideurs de la ville, de ses rues étroites, fangeuses, mal pavées et mal entretenues ; mais son imagination ne perdra jamais le souve- 165 a

nir du spectacle grandiose qui l'aura fasciné, surtout s'il ne néglige pas, une fois que le convoi aura atteint la rive gauche du fleuve , de regarder en arrière.

Nous avons décrit, dans le Guide de Paris à Lyon, ce merveilleux spectacle. Nous avons dit l'impression que devait produire l'aspect de cette cité aux constructions colossales, qu'arrosent les eaux bruyantes du Rhône et les ondes paisibles de la Saône, que couronnent des montagnes couvertes de couvents, de fabriques ou de villas, au-dessus desquels s'élève la vierge dorée de Notre-Dame-de-Fourvières, et où la nature môle ses magnificences aux travaux des hommes, rare assemblage, unique peut-être en France, sinon en Europe.

Le railway, après avoir traversé le Rhône, laisse à gauche la ville de la Gitiilotière et ses vastes campagnes, ombragées de saules et de peupliers. A droite , la vue s'arrête sur de ravissantes collines semées de villas, de fabriques, dont les murs blancs et les toits de tuiles rouges ou d'ardoises bleuâtres se détachent au milieu de la verdure des vignes, des bouquets d'arbres et des jardins. Au bas du coteau, et parallèlement au fleuve , glisse le chemin de fer de Saint- Étienne, d'où vous arrivent par bouffées les rauques aspirations des locomotives. Il longe le beau et souriant village d'Oullins , dominé par les constructions modernes de la maison de refuge de Saint-Joseph. Les collines s'éloignent et s'abaissent. Dans le fond se dessinent les lignes accentuées des montagnes lyonnaises.

Oullins vit mourir le littérateur Thomas (1785), puis l'illustre mécanicien Jacquart (1834).

Après Oullins, vient, dans une situation charmante, Irigny ; puis Vernaison, autour d'une colline sur les flancs de laquelle s'élève la vaste et blanche façade , percée d'innombrables fenêtres , de l'asile des vieux prêtres , fondé par Mgr de Bonald , archevêque de Lyon. Le paysage prend un aspect plus grave et plus solennel. A Givors, il a un accent

sévère. Les montagnes s'élèvent et forment derrière la ville un amphithéâtre imposant.

Givors est déjà loin du chemin de fer; on ne l'aperçoit guère que par échappée. Nous ne pouvons cependant passer sous silence cette localité , plus remarquable par son grand commerce, son industrie, l'animation de son port, que par son aspect agréable ou pitloresque. Cependant son port, de forme demi-circulaire, lui donne une physionomie dont un peintre pourrait tirer profit, grâce aux nombreux bateaux qui l'encombrent, au canal et à la rivière de Gierqui viennent y verser leurs eaux , et surtout au beau paysage qui lui sert de cadre. Mais les constructions de Givors, noircies par la houille, ses rues fangeuses, ses monuments publics sans intérêt et sans histoire ne sont point faits pour laisser dans l'esprit une impression poétique; c'est avant tout une cité industrielle.

Sur la rive gauche du fleuve, nous traversons la station de Saint-Fond, située dans une plaine que va bientôt border un coteau peu élevé, mais rapide, au-dessu* duquel se montre une église gothique, d'un gothique tout neuf, l'église du Feyzin. Le Feyzin est situé entre le Rhône et le chemin de fer; c'est un joli village, avec un beau château sur les bords du Rhône.

Après Feyzin vient Sérézin et la belle église romane de Saint-Maïeul-du-Ternay , dont les lignes calmes et sévères s'harmonisent on ne peut mieux avec le paysage.

Nous venons de perdre le Rhône encore une fois. Le chemin s'enfonce entre deux vallées dont les flancs se couvrent m de maisons et de fabriques. Ces maisons et ces fabriques appartiennent au bourg de Saint-Symphorien d'Ozon.

Il n'y aurait pas grand'chose à dire de Saint Symphorien, sinon qu'on y fabrique des couvertures de laine , qu'on y blanchit de la toile, qu'on y rencontre quelques tanneries, et qu'en somme il a l'air de jouir d'une honnête prospérité. Mais, puisque nous voyageons en chemin de fer, c'est le cas

de rappeler qu'autrefois, dans ce bourg , commençait la poste aux ânes. Les diligences, qui ont tué la poste aux ânes, ont à leur tour succombé devant les chemins de fer.

Nous voici à Petit-Chasse; le paysage change tout à fait. Aux collines et à la plaine de la rive gauche vont bientôt succéder les montagnes. Le Rhône reparaît grondant, la vallée se rétrécit, les coteaux se couvrent de vignes et de bois, les rochers prennent des attitudes pour ainsi dire héroïques. En aval du fleuve, l'horizon est fermé par des rampes aux profils accentués et bizarres. Les méandres d'ailleurs peu fréquents du Rhône s'égarent dans des perspectives arcadiennes, d'un aspect tour à tour mélancolique ou souriant , doux ou grave, familier ou solennel , toujours plein de charme et de beauté.

Aux environs de Vienne, la nature revêt un caractère grandiose qui n'avait point encore frappé les yeux du voyageur parti de Paris. Le voisinage du Midi s'indique ici par une couleur plus intense, par des localités de ton, dirait un peintre , plus simples en leur variété, plus éclatantes et plus riches que dans les contrées déjà parcourues.

Pour jouir d'un des beaux aspects de Vienne, il faut traverser le fleuve et aller à Sainte-Colombe, bourg situé en face de la ville. De ce point, la vue s'étend sur la cité bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une colline, tandis que son faubourg oriental s'allonge sur la rive gauche du Rhône. Les monts Arnaud, Pipet, Salomon, les montagnes de Saint-Just et de la Bastie, couronnées d'une ruine gothique, chancelante et lézardée, forment le fond d'une décoration splendide. Les flancs de ces montagnes sont couverts de villas, de jardins et de bosquets qui égayent par instants ce cadre imposant et sévère. A droite et à gauche de la ville se détachent des collines parées de verdure. On distingue nettement la basilique de Saint-Pierre, Saint-Maurice, Saint- André-le-Bas et son campanile; puis, au-dessus de ces édifices , le collège et l'église de Saint-André-le-Haut.

Si maintenant nous nous décidons à repasser le fleuve , à gravir une des montagnes qui se dressent derrière la ville, nous trouverons en face de nous ce bourg de Sainte-Colombe, auquel son donjon doré par le soleil prête une physionomie italienne; son vieux monastère, vêtu d'une robe plus sombre que le donjon, son église pittoresque , sa villa ombragée de beaux arbres; plus loin, un horizon montagneux, étroit, moins sévère que celui de Vienne, et qu'élargissent des perspectives de vallées parées d'une végétation splendide, vergers, vignes, bouquets d'arbres, sombres noyers. Le mont Pilât, le roi des montagnes vivaraiscs , élève au fond de ce tableau sa tête superbe; à droite s'entr'ouvre une belle et calme vallée; à gauche les montagnes déclinent; sur la rive droite du fleuve s'étalent les coteaux vignobles d'Ampuis et de Condrieu. Puis le Rhône va se perdre au midi et*au nord en s'enfonçant dans ces défilés de hauteurs agrestes d'un si grand style, qui caractérisent le paysage viennois.

Avant l'invasion romaine, Vienne était la capitale des Allobroges, un des peuples les plus belliqueux des Gaules. De cette époque de son histoire, on ne trouve guère de traces dans les livres; l'illustration de Vienne ne date que des Romains, mais, à partir de ce moment, on peut dire qu'elle fit du bruit dans le monde. César, Strabon, Pomponius Mêla, Velléius Paterculus, Pline et d'autres encore en ont parlé. Les conquérants des Gaules, attirés sans doute par le charme de la situation , se plurent à l'embellir et à la décorer d'habitations et de monuments splendides. Ausone l'appelle Vienne l'opulente; Martial, Vienne la belle, pulchra Vienna , et il ne faut pas se défier de l'opinion de Martial , encore qu'il convienne que dans cette ville, dont il se complaît à faire l'éloge, ses vers étaient lus avec plaisir. Si Ton en doit croire quelques témoignages, la magnificence de la ville antique était telle que plusieurs de ses rues étaient pavées en mosaïque. Hélas! il n'y a plus de pavés de mosaïque dans

les rues de Vienne, mais d'horribles cailloux pointus, les cailloux des villes de la Saône et du Rhône, bien capables de faire regretter la domination romaine.

Tant de richesses et de magnificences n'étaient pas faites pour détourner l'avidité des barbares. Ils s'abattirent sur la cité et la couvrirent de ruines. Lorsqu'ils s'en emparèrent pour la première fois, elle faisait partie de la Province Viennoise, dont elle était la capitale.

Les Bourguignons envahirent cette province, qui avait donné à Rome des sénateurs et même des consuls, dès le commencement du v* siècle. Puis vinrent les Francs, qui incorporèrent le Dauphiné dans le royaume d'Austrasie. A l'invasion des peuples du Nord succéda celle des Sarrasins (730), qui y dominèrent jusqu'à l'époque où Charles Martel rattacha cette contrée au royaume de France.

Si les barbares firent perdre à Vienne et au Dauphiné la brillante civilisation due h la conquête romaine, le christianisme qui s'introduisit dans ce pays , comme dans toutes les Gaules, avec les invasions des peuples du Nord, lui rendit une nouvelle importance. Les évêques de Vienne prirent une grande part aux événements de cette époque. L'un d'eux réunit dans cette ville un concile où Boson fut nommé roi d'Arles; après la mort du fils de ce dernier, l'empereur Louis l'Aveugle, Vienne devint la capitale du nouvel État. Les comtes d'Albon s'emparèrent ensuite de toute la contrée qui porta plus tard le nom de Dauphiné , et ajoutèrent à leurs titres celui de comtes du Viennois. Selon quelques historiens, l'un d'eux, Guigne III, fut le premier qui porta le titre de Dauphin, qu'il prit ou qui lui fut donné à cause du dauphin qui ornait le cimier de son casque.

Il est certain que les comtes d'Albon furent les premiers Dauphins de Vienne. Leur race s'éteignit en 4 1 84 , dans la personne de Hugues IX, qui laissa pour héritier sa fille

Béatrix. Celle-ci, par son mariage avec Hugues III, duc de Bourgogne, devint la tige de la seconde race des Dauphins du Viennois, qui gouverna la contrée jusqu'en 1282. A cette seconde race en succéda une troisième , dont le premier prince, Humbertll, désespéré , dit-on , d'avoir perdu sa fille unique, céda le Dauphiné à la France (1343).

Une des principales conditions de l'acte par lequel se fit cette cession était ainsi conçue : « Celui qui sera Dalphin et ses hoirs et successeurs du Dalphiné se appelleront et soyent tenus de faire soy appeler Dalphin de Viennois, et porteront les armes dudit Dalphiné, esquartellées avec les armes de France, et ne laisseront et ne pourront laisser le nom de Dalphin, ne lesdictes armes; et ne sera, ne pourra estre uni ni ailjouté ledit Dalphiné au royaume de France, fors tant que l'empire y seroit uni. >»

Après la cession de son comté à la France, Humbert se fit moine de l'ordre de saint Dominique. Les conditions de l'acte de cession furent observées jusqu'en 1790, époque à laquelle, est-il besoin de le dire? le Dauphiné fut confondu dans la grande unité française et forma les trois départements de l'Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes.

Ce n'est point ici le lieu de rapporter tous les événements mémorables qui s'accomplirent dans les murs de Vienne depuis la chute de la domination romaine. L'histoire de cette ville ressemble d'ailleurs à celle de presque toutes les villes de France ; elle est pleine de troubles et de désastres pendant tout le temps qu'elle eut à subir le joug féodal.

L'Église de Vienne disputa plus d'une fois la souveraineté aux princes qui possédaient la ville. Après la mort de Robert le Fainéant, dernier roi d'Arles, le clergé, aidé de quelques puissants seigneurs, parvint à s'emparer des débris de ce royaume. L'Église de Vienne, devenue maîtresse de la ville et du comté, eut à soutenir des luttes nombreuses contre le Dauphiné et les comtes de Savoie. Elle ne s'accorda pas tou-

jours avec l'Église de Lyon; néanmoins ni les discordes intérieures dont elle eut aussi à souffrir, ni ses démêlés avec sa rivale ne l'empêchèrent d'atteindre à un tel degré de puissance, que Philippe le Bel et Edouard V d'Angleterre recherchèrent l'alliance de ses prélats.

Nous avons vu qu'un concile tenu à Vienne avait conféré à Boson le titre de roi d'Arles. Un autre concile, le quinzième, qui eut lieu dans celte ville, est devenu célèbre par l'abolition de Tordre des Templiers.

Aujourd'hui Vienne n'est plus même un évêché.

De sa splendeur passée il ne lui reste que des ruines encore assez importantes pour en faire une des villes françaises les plus intéressantes pour l'archéologue et pour l'artiste. Du reste, ce n'est plus une ville de plaisance, une réunion de palais et de monuments comme au temps de la domination romaine , mais une cité commerçante et industrielle.

Bien que le climat de Vienne ne soit pas précisément celui de la Provence, la ville a une physionomie méridionale qui frappe tout d'abord. Elle a bien l'aspect négligé, pelé et chancelant qu'on retrouve dans les vues italiennes de Hubert Robert. Les maisons neuves semblent aussi vieilles que les ruines. Les rues serpentent et s'égarent dans d'inextricables dédales, et semblent braver pour des siècles les impérieuses exigences de l'alignement municipal. Les Viennois, qui sont gens de progrès, s'en montrent contrits et font voir avec un certain orgueil les quartiers plus réguliers de la Halle- Neuve, le CJiamp de Mars et le Cours de Romestang. Pour nous, qui devons rechercher le pittoresque, nous préférons les quartiers qu'arrose la Gère, où de hautes maisons, des fabriques de draps, de soieries, de produits chimiques, surplombent la rivière rapide , à laquelle viennent aboutir des ruelles tortueuses et des montées escarpées.

Nous avons remarqué, sur les bords de la Gère, non loin d'un pont de construction antique, une élégante maison

romane, dans la rue Guvière, une façade du xv siècle, et d'autres maisons historiques dans les rues des Clercs, du Port-Plantier , des Orfèvres, etc. Mais ces restes du moyen âge et de la Renaissance ne peuvent nous arrêter qu'un instant : leur intérêt disparaît et s'efface devant celui qu'offrent les monuments de l'époque romaine.

Nous devons notre première visite au petit temple antique connu sous le nom de Temple d'Auguste et de Livie. Il serait

Temple d'Auguste et de Livie.

peut-être un peu téméraire d'affirmer qu'il a des titres véritables à cette désignation; mais la tradition a consacré ces noms, qui doivent lui rester à défaut d'autres.

Ce monument reproduit à peu près les proportions de la Maison-Carrée de Nîmes et semble de la même époque. Comme la plupart des constructions romaines , il eut à subir des dégradations et des outrages. Des moines en firent une église, la révolution y plaça un club, plus lard on y mit un tribunal de commerce. Aujourd'hui c'est un musée.

M. Constant Dufeu , chargé de le restaurer en 1853,

s'acquitta de ce travail avec une intelligence et une sobriété dignes d'éloges.

Parmi les morceaux très-intéressants que renferme le musée de Vienne il faut citer, avant tout, un beau groupe d'enfants, dont l'un tient un oiseau que l'autre cherche à lui enlever. Une levrette en marbre , d'une très-fine exécution , malheureusement restaurée avec une évidente gaucherie, des portions de mosaïques, de très-beaux fragments d'architecture romaine, gallo-romaine, romaine et byzantine; des inscriptions précieuses attireront encore justement l'attention du visiteur, artiste, savant ou simplement homme de goût.

V Arcade du Forum, le Portique du théâtre, la Porte triomphale, la Tour d'Orange, tels sont les noms divers qu'on donne à un ensemble de ruines composé de deux arcades et d'une portion de voûte, seuls restes des portiques qui bordaient le forum viennois. Dans l'opinion de M. Mérimée, cet édifice, qui lui a paru lourd et mal exécuté, dale de ce qu'on est convenu d'appeler la décadence des arts, c'est-à-dire des derniers temps de l'empire romain. Nous ne saurions accepter une opinion si vite formulée. A la vérité, ce monument est construit sur des proportions inusitées : l'arche principale , qui mesure 15 mètres de haut sur 7 d'ouverture, peut sembler d'un style maigre à ceux qui se sont fait de l'art antique la fausse idée que tous les monuments grecs ou romains étaient bâtis d'après des règles invariables. Nous sommes porté à croire qu'ici l'artiste a voulu produire une œuvre originale en dehors des données communes, et nous oserions affirmer qu'il a réussi. D'ailleurs les détails de ces monuments sont d'une grande beauté et d'un travail si habile, qu'il est impossible de se figurer qu'ils aient pu être exécutés dans une époque de décadence.

Auprès de l'Arcade du Forum sont les rampes d'un escalier construit sur des proportions grandioses, auquel on a superposé un bâtiment d'assez laide apparence.

Un autre monument, qui a servi de ihème aux conjectures des savants, est situé près de la porte d'Avignon, sur la route du midi. Les habitants de Vienne rappellent le flan de l'Aiguille et volontiers le Tombeau de Pilule. La tradition veut que Pilate, exilé de Judée, soit venu finir ses jours à Vienne. Les savants et les archéologues ont donné à ce monument d'autres noms; ils le désignent assez souvent sous

Plan de l'Aiguille.

celui de Tombeau de Vcspasien ou d' Alexandre Sévère. La vérité est qu'ils n'en savent rien , ce dont beaucoup conviennent aujourd'hui, et même qu'ils ignorent si le Plan de l'Aiguille est réellement un tombeau. En attendant, c'est un édifice fort curieux, d'un beau style, et bien conservé.

Il se compose d'une pyramide quadrangulaire posée sur une base percée de quatre arcades, ornées chacune de quatre colonnes corinthiennes engagées. La voûte de soubassement qui supporte la pyramide est formée d'un encorbellement en

pierres colossales reposant sur les clefs des arcades. Tout l'ensemble du monument est construit en pierres de taille admirablement appareillées. Nulle part on n'aperçoit de traces de ciment; mais , dans le massif sur lequel il repose, on voit des happes de fer placées horizontalement et liées avec du plomb. Le même système avait dû être employé partout; mais telle est la belle construction du Plan de l'Aiguille, qu'on a pu enlever le fer et le plomb sans nuire à sa solidité.

Il ne paraît pas qu'il ait jamais été achevé complètement, comme le montrent les chapiteaux des colonnes seulement épannelcs, et les bases sans moulure, qui attendent encore le ciseau du sculpteur. La hauteur totale du Plan de l'Aiguille est de 14 mètres.

Nous trouverons encore des ruines près de la porte Saint- Marcel ; il semble démontré qu'elles faisaient partie d'un théâtre. Les éboulements de terre l'ont enseveli à ce point qu'on ne pourrait le dégager sans des frais considérables. On a longtemps cru que ces ruines avaient appartenu à un amphithéâtre, mais cette opinion est justement abandonnée aujourd'hui.

Tout près du théâtre, on rencontre une vaste enceinte flanquée de tours qui suit les contours du mont Pipet; ces vieilles murailles paraissent être les restes d'une citadelle romaine, que les rois de Bourgogne et plus tard les évêques et les comtes de Vienne ont utilisée.

La nomination du gouverneur du fort Pipet et du fort Salomon dépendait des évêques. Aussi choisissaient-ils toujours un chanoine de la cathédrale, lequel s'adjoignait, et pour cause, un lieutenant homme d'épée.

Partout où les Romains ont dominé, on retrouve des vestiges d'aqueducs, et tout le monde sait quelle grandeur et quelle magnificence ils apportaient dans la construction de leurs monuments hydrauliques. Ceux de Vienne sont sou-

terrains et remarquables par leurs proportions colossales. Le plus grand est abandonné; on a fait servir l'autre à l'alimentation de la ville, au moyen de quelques réparations.

Ajoutons, pour en finir avec les monuments antiques de Vienne, qu'on a cru retrouver, sur le sommet du mont Pipet, les traces d'un temple construit en marbre de Paros, qui avait 4 30 mètres de long. A ce temple était adossé un amphithéâtre long de 280 mètres sur 140 de large.

Et maintenant que nous avons terminé cette rapide description des restes de la grandeur romaine , nous allons visiter les monuments des époques plus modernes.

L'église, autrefois métropolitaine et primutiale, de Saint- Maurice date du xr siècle. On peut la regarder comme un des spécimens les plus importants de l'art ogival dans le midi de la France. Ici le gothique lutte visiblement et avec effort contre les traditions romanes et byzantines. Le défaut d'harmonie qui se remarque en entrant dans l'église, ses trois nefs, ses proportions un peu lourdes attestent que le plan primitif a été plusieurs fois modifié. Bien que cette cathédrale ait été commencée en 4052, le portail et la partie de la nef qui y touche ne datent que du xvi* siècle.

Saint-Maurice a la forme d'une basilique terminée par trois absides. Les huit piliers de chaque côté , à partir de l'abside, sont du commencement du xn* siècle. Dans l'intérieur de la nef, ces piliers sont décorés de pilastres cannelés et rudentés; des colonnes engagées supportent la retombée des arcades. Les chapiteaux appartiennent au plus pur style byzantin; mais les arcades ogivales de la nef indiquent une époque de transition. Tout cet ensemble présente un aspect grave et solennel. ;

Autour de la nef et du chœur règne une galerie ogivale,

dont les arcades reposent dans le chœur sur des colonnettes gothiques; dans le reste de l'édifice, les colonnettes sont remplacées par des nervures. Au-dessus e* au-dessous de la galerie, dans le chœur, on voit une frise d'ornements peints en rouge d'un effet original et puissant. *

Nous indiquerons aussi la chapelle de Tous les Saints et son bas- relief de Y Adoration des Mages; dans le chœur, le mausolée de l'archevêque de Montmorin , un des chefsd'œuvre de Slootz ( xvn e siècle) , statuaire si fécond et si rempli de verve. Saint- Maurice possède encore de ce maître un très-bel et très-pompeux autel en marbre. Il ne faut pas oublier non plus les fresques de la chapelle Sainte-Catherine et les tombes de saint Léonien et d'un abbé de Saint-»- Pierre, qu'il convient de ne pas confondre avec l'auteur de l'utopie trop raillée de la paix universelle.

Le portail de Saint-Maurice appartient au xvi* siècle , comme nous l'avons déjà dit. On y retrouve toutes les fantaisies sculpturales particulières à cette époque, un monde d'ornements et de figures d'une très-habile exécution, mais que le baron des Adrets a mutilés sans pitié.

Le pinacle qui encadre l'ogive de la porte centrale est interrompu par la cinquième galerie. Dans le portail de gauche on remarque un zodiaque commençant au Verseau, sans addition de figures allégoriques, ce qui est une véritable singularité, car ces figures sont les accessoires presque obligés de tous les zodiaques.

Les deux tours de rigueur flanquent et surmontent le portail. Une statue de saint Maurice s'élevait jadis entre ces deux tours ; le baron des Adrets la fit disparaître.

Le portail est précédé d'un parvis élevé de vingt-deux marches et décoré d'une balustrade fort élégante. Ce parvis offre une singularité qui mérite d'être signalée : non-seulement ses deux côtés sont inégaux, mais son alignement n'est pas parallèle à la façade de l'église.

Saint- André- le- Bas appartient au style romano-byzantin le plus pur, moins la façade, qu'on est en train de restaurer ou, pour mieux dire, de mettre en harmonie avec le reste de

Cathédrale de Vienne (Suint-Maurice).

l'édifice. On peut faire remonter sa fondation au «• siècle ou à la fin du \\ Rien d'un effet plus imposant et plus simple que l'ordonnance de la nef, dont la voûte repose sur des colonnes doriques. Celles du chœur sont en marbre blanc. Un

cloître gothique, dont les piliers présentent des chapiteaux très-variés de forme, est attenant à cette basilique.

L'église est surmontée d'une tour, vrai chef-d'œuvre d'élégance et de légèreté. Elle se compose de quatre étages percés de fenêtres et séparés entre eux par une arcature que divisent en trois parties des mascarons servant de consoles. Les fenêtres sont cintrées avec des archivoltes saillantes, retombant sur des chapiteaux fortement évasés.

On va restaurer aussi, dit-on , l'église de Saint- Pierre , plus vieille encore que Saint-André et qui depuis longtemps n'est plus consacrée au culte. Tel aujourd'hui est l'état de dégradation dans lequel cet édifice , encombré de masures, s'offre à l'examen des voyageurs, qu'il faut l'œil d'un artiste pour reconnaître dans son plan celui d'une basilique.

Saint - André - le - Haut appartient au style italien du xviii* siècle (1725) et ne mérite pas une longue visite , quand on a été forcé de passer si rapidement devant des édifices bien plus curieux ; mais l'on trouve dans son voisinage une très-belle porte de la Renaissance.

Parmi les monuments de l'époque moderne, nous citerons la halte au blé, Y hôpital, Y hospice des vieillards et Y hôtel de ville, construit récemment dans le style néoétrusque, dont plusieurs monuments de Paris offrent des modèles. x

Les travaux nécessités par la traversée du chemin de fer ont donné à certains quartiers de Vienne une nouyelle physionomie. Nous reparlerons ailleurs de ces admirables travaux , si bien à leur place sur cette vieille terre, où la domination romaine a laissé des traces de son génie puissant et audacieux.

Avant de quitter Vienne, nous recommanderons encore une fois une excursion à Sainte-Colombe, non-seulement à cause de la vue admirable dont on jouit depuis ce village et

que nous avons déjà décrite, mais pour saluer d'un dernier regard la vieille tour carrée du xir siècle qui fait un si bel effet dans le paysage. Sainte-Colombe dépendait, au temps des Romains, de la ville de Vienne , dont elle était le quartier aristocratique. Les barbares l'avaient ruinée; mais un monastère de bénédictins s'y établit au vir siècle, et, s'il ne lui rendit pas, tant s'en faut, son ancienne splendeur, il lui redonna cependant quelque importance. Elle lui doit le nom qu'elle porte aujourd'hui.

Sainte-Colombe ne cessa de faire partie de Vienne qu'au xiv e siècle, époque à laquelle les rois de France s'en emparèrent. Ils firent construire la tour dont nous avons parlé, pour surveiller les luttes des archevêques avec leurs compétiteurs et en profiter au besoin.

On ne trouve plus de trace du monastère des Bénédictins à Sainte-Colombe; mais les restes de celui des Cordeliers, où séjourna Philippe le Bel lors du concile de Vienne , qui abolit l'ordre des Templiers, subsistent encore. C'est aujourd'hui une propriété particulière.

Le territoire de Sainte-Colombe renferme de nombreux vestiges de la magnificence de ses anciens habitants. Ce sol historique, déjà plus d'une fois fouillé, a déjà rendu à la lumière de rares et précieux débris, qui ont enrichi des collections particulières ainsi que le musée de Vienne. Le goût des antiquités s'est développé dans ces contrées et permet d'espérer que de nouvelles exhumations amèneront encore de nouvelles richesses.

Nous avons parlé des promenades de Vienne, mais les les plus belles et les plus intéressantes ne sont point peut-être celles que nous avons citées. Les chemins montueux , les sentiers abruptes qui gravissent ou contournent les coteaux offrent mille sites ravissants et pittoresques, d'où la vue toujours charmée plongera sur des horizons variés à l'infini. Nous conseillerons aussi une excursion sur les rives de

la Gère , bordée de nombreux établissements industriels et de charmants paysages. Le voyageur qui pourra disposer de swi temps devra aussi faire une visite aux mines de plomb deGèré. L'une d'elles traverse entièrement la montagne de Pont-FÉvêque.

l'ont de Condrieu.

Au sortir de Vienne, le paysage conserve toute sa granr deur et tout son charme. Malheureusement le voyageur ne jouit pas des beautés de la rive gauche du fleuve, parce que le railway rase de trop près les coteaux, dont l'œil n'aperçoit que la base souvent échancrée par le chemin.

Nous passons près de Vaugris-les- Roches et Ghomon , dont nous n'avons rien à dire. Presque vis-à-vis le premier de ces villages, un peu en arrière toutefois, se trouve, sur l'autre rive, le bourg d'Àmpuis. Ampuis occupe un territoire fertile en productions de toutes sortes, mais le coteau qui abrite ses maisons en fait la plus grande richesse. Ce coteau est le premier de ceux qui forment la chaîne de vignobles connue sous le nom de Côte-Rôtie.

Condrieu, qui vient ensuite, et que nous pouvons plutôt deviner qu'apercevoir à travers les arbres de la plaine ,

20 ITINÉRAIRE Dlî LYON A LA MÉDITERRANÉE.

porle un nom célèbre par ses vins blancs, d'un savoureux fumet, mais dangereux pour les têtes faibles.

Si Ton en croit la tradition, les premiers ceps de vigne plantés sur la Côte-Rôtie le furent par ordre de l'empereur Probus. Plus d'un cru célèbre réclame la même origine; aussi nous garderons-nous bien de décider. Au reste, la Côte-Rôtie, qui s'étend depuis Ampuis jusqu'à Saint-Péray, n'était, jadis qu'une chaîne de rochers arides; il a fallu l'industrieuse patience des habitants de ces contrées pour transporter de la vallée sur les flancs des montagnes la terre végétale nécessaire à la culture de la vigne. Mais ce n'était pas lout de l'y transporter, il fallait l'y retenir; les eaux pluviales l'eussent bientôt chassée des pentes rapides. Aussi a-t-il été nécessaire d'établir ces petits murs de soutènement en pierres sèches que vous verrez tout le long du fleuve. Dans la langue du pays, ces murs s'appellent des mas.

Si les vignes ont apporté l'aisance dans ces contrées , elles ont peut-être nui à la beauté du paysage. Mieux eût valu sans doute r pour le plaisir des yeux, les rochers pelés et couverts de broussailles. Toutefois les vignes n'occupent pas seules les flancs des montagnes. Les mûriers y alternent avec les Vignes , puis , çà et là , des bouquets de bois étalent leur verdure plus sombre sur les nappes d'un vert pâle: D'ailleurs, les coteaux vignobles s'adossent d'ordinaire à des contre-forts plus élevés, ou laissent, en s'entr'ouvrant, la vue errer sur des vallées tour à tour ombreuses , sauvages et pittoresques. Çà et là des ravins, en déchirant les flancs de la montagne, y ont creusé des oasis où croissent, avec une végétation vigoureuse, des frênes au feuillage dentelé, des chênes majestueux ou des bouleaux à la chevelure tremblante.

Condrieu est une assez jolie ville, bien bâtie et d'un aspect gai et avenant. Sa population fournit à la navigation du Rhône des mariniers courageux et habiles,

Sur l'autre rive, le chemin de fer traverse une plaine fertile, et tantôt se rapproche du Rhône, tantôt s'en éloigne, Quelquefois il passe au pied de petits coteaux ou d'escarpements qui forment la limite des inondations du fleuve. Le paysage que nous avons décrit sur l'autre rive se continue jusqu'à Andance; seulement les coteaux vignobles ne composent pas toujours les premiers plans : entre le Rhône et leur base s'élargit parfois une plaine couverte d'une riche végétation, ou bien ce sont des îles aux vertes prairies plantées de peupliers, qui s'élancent comme des flèches gothiques des groupes épais des saules ou des oseraies. «

Le chemin de fer rencontre ensuite plusieurs villages> Il laisse à la gauche Auberive, et passe au Péage du Roussillon.

Ce fut dans le château du Péage, construit par le cardinal de Tournon et qui subsiste encore, que Charles IX rendit Tédit qui prescrivait l'adoption du calendrier grégorien.

Au Péage commence véritablement, disent les voyageurs et les traditions du pays, le climat du Midi. Sans vouloir contester ni accepter cette assertion, vieille de bien des siècles, nous devons reconnaître qu'en effet les brouillards humides et épais, qui mettent si souvent obstacle à la navigation du Rhône, deviennent ici moins fréquents, que l'air y est en général plus doux que dans les contrées que nous venons de parcourir, le printemps plus précoce, et que l'automne y compte plus de beaux jours. Toutefois l'aspect de la nature ne change pas visiblement. Seulement de temps à autre, sur la rive droite du fleuve, des montagnes rocheuses , pelées , interrompent la chaîne des vignobles et viennent se mirer dans le Rhône ou se dressent au bord de la plaine. Voici sur cette côte Saint- Pierre-de-Bœuf, construit sur un tertre qu'encadre un amphithéâtre imposant; puis Servières, puis, au pied d'un* coteau boisé, un petit château dans une situation pittoresque, dominant le cours du fleuve*

Nous courons toujours dans la plaine; nous traversons Sablon, Saint-Rambert , Andancette.

En face de ce village, sur l'autre rive, Andance, privée de quais , voit les flots du Rhône battre le pied de ses maisons construites au bord du fleuve. C'est une jolie petite ville, à l'entrée d'un vallon à demi sauvage.

Avant d'arriver à Saint-Vallier , les montagnes apparaissent à gauche de l'horizon : ce sont des coteaux cultivés , couronnés çà et là de bouquets de bois aux lignes molles et arrondies, contrastant avec les plans plus abrupts des montagnes de la rive droite.

Un monticule rocheux, surmonté d'un bouquet de sapins, semble surgir des eaux du fleuye.

Saint-Vallier ne diffère pas d'aspect avec les autres villes du Rhône. Elle est située au bord du fleuve, à Pembouchure de la Galaure, au pied de coteaux chargés de vignes et de vergers. Selon quelques écrivains , cette petite cité est bâtie au même lieu qu'occupait jadis la ville romaine d'Usoli. Le fait est au moins douteux; d'ailleurs elle ne joue pas un très-grand rôle dans l'histoire. Nous savons pourtant que les gentilshommes du Dauphiné se réunirent dans ses environs avant de partir pour la troisième croisade (H 68), et que Diane de Poitiers y eut une maison de plaisance.

Le château de la favorite du roi François I or existe encore; mais sa façade est moderne et ses beaux jardins ont été plantés par Le Nôtre.

Aujourd'hui Saint-Vallier est une ville industrielle; elle fabrique une espèce de faïence qui porte son nom et se livre au moulinage de la soie. . »

Les rives de la Galaure sont bordées de sites pittoresques et sauvages, et qui méritenl dè tout point l'épithète de romantiques, prodiguée si volontiers par la littérature allemande à certains paysages. A une demi lieue de la ville, en remontant cette rivière , on trouve les ruines imposantes du

château de Saint-Barthélémy de Vais, et celles du vieux manoir des Dauphins du Viennois. Il faut visiter aussi la passe de Rochetaillée, défilé creusé par la main de l'homme dans un roc ouvert à pic du haut en bas.

Ruine» de Sainl-ïîarlliélemy de Vais.

En sortant de Saint-Vallier , le Rhône s'enfonce dans une vallée d'un grànd style , entourée de montagnes aux profils accentués et sévères. A gauche du fleuve, un petit village s'abrite sous les ruines d'un vieux château démantelé. Un-

2i ITINÉRAIRE DE LYON A LA MÉDITERRANÉE.

verger pousse maintenant dans l'enceinte féodale. En facé se dresse une autre ruine couronnant un monticule où grimpent quelques maisons.

Les voyageurs et les touristes dont les agendas et les albums sont remplis d'imprécations , d'anathèmes contre la brutalité et les exigences des agents du fisc autrichien ou napolitain, ne sauraient refuser de reconnaître à ces derniers de belles manières et beaucoup de politesse, s'ils les comparent un instant aux anciens maîtres de ces antiques murailles. Quand les gens d'armes de monseigneur arrêtaient le bateau du malheureux marchand lombard ou juif qui remontait le Rhône pour lui demander d'acquitter les droits de péage , il eût été mal venu h contester la légitimité de leurs réclamations. Encore le plus souvent avait-il à payer deux fois, l'argent donné au baron de la rive gauche n'entrant pas dans l'escarcelle du baron de la rive droite.

Nous traversons la station de Serves. Le paysage devient k chaque pas plus grandiose; des vallées, en s'entr'ouvrant sur la rive droite , laissent la vue plonger sur des amphi*théâtres de montagnes sourcilleuses; à gauche, les Alpes se découpent en silhouettes fantastiques et bleuâtres. De ce côté, l'horizon s'agrandit; mais bientôt le chemin de fer passe au pied des coteaux de la rive gauche, contourne celui de l'Ermitage après avoir traversé plusieurs localités insignifiantes, et arrive à Tain.

Dans la table théodosienne , Tain est indiqué sous le nom de Teyna. Les restes antiques découverts dans ses environs attestent d'ailleurs son origine romaine. Elle faisait partie de la province viennoise. On voit encore sur la place de l'hôtel de ville un taurobole, découvert au xvi* siècle sur le coteau de l'Ermitage, et qui fit peut-être partie de l'un des deux temples et de la tour que Fabius, selon Strabon, avait fait construire au sommet, en commémoration de la victoire qu'il avait remportée près de là sur le roi des Arvernes. ...

Le taurobole de Tain , composé d'une seule pierre carrée, mesure environ 1 mètre 30 centimètres de hauteur et 70 centimètres de long. Une tête de taureau décore la face principale; celle de droite est ornée d'une téte de bélier; sur celle de gauche est sculpté le couteau du victimaire. Une inscription constate que ce monument a été élevé en l'honneur de Commode, le \\m* siècle de l'ère chrétienne.

L'abbé de Chalieu , qui a découvert et décrit les ruines d'un des temples et de la tour qui occupaient le sommet du coteau de l'Ermitage, est né à Tain. Aujourd'hui les fondations de ces édifices sont ensevelies sous l'herbe. Si l'on en croit la tradition, au commencement du xur siècle, un ermite avait établi son domicile sur les débris des temples païens. Sa réputation de sainteté lui attirait chaque jour de nombreux pèlerins; mais la côte était rapide, et l'anachorète, qui n'avait à offrir que de l'eau à ses visiteurs altérés, se mil à planter quelques ceps de vigne. On reconnut bien. vite que le vin de l'ermite était excellent; les visiteurs devinrent chaque jour plus nombreux, et il se vit forcé de planter toute la montagne.

Tain ne se recommande pas par des souvenirs historiques d'un grand intérêt; il nous suffira de dire que son église vit célébrer le mariage (4350) de Charles de Normandie avec Jeanne de Bourbon, événement qu'il convient de signaler, parce que ce prince , qui devint plus tard Charles V, fut le premier des fils de France qui prit le titre de Dauphin.

Le voisinage de l'Ermitage et des crus de la Côte-Rôtie a fait de Tain une ville très-commerçante. Malheureusement elle ne vend pas uniquement les vins de ses coteaux justement célèbres, mais aussi ceux qu'elle fabrique avec les produits de crus vulgaires qu'elle habille de noms plus ou moins pompeux. C'est aussi une ville industrielle, où se trouvent des filatures et des fabriques de soie. " Sur Vautre rive du Rhône, au pied de rochers abrupts,

est bâtie la ville de Tournon , réiinie à oelle de Tain par deux ponts suspendus.

Le plus important de ces ponts est aussi le plus ancien de ce genre qui ait été élevé en France ; il fut exécuté par M. J. Seguin, qui en resta longtemps Tunique concessionnaire.

L'inscription romaine suivante, gravée sur une pierre trouvée jadis dans les murs du château, et qu'on voit aujourd'hui dans Saint-Jean de Muzal, constate r&rigine reculée de Tournon :

1MP. CMS. DIVI TRAJANI PARTHtCI FIL. D1VI NERViE NEPOTI TUAJANO HADlilANO ÀCG.

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