‹ De Lyon à Trévoux par la Croix-Rousse et SathonayChapitre 23 sur 26 · LES TOURS · texte numérisé non relu

LES TOURS

Le château de Trévoux, où l'on arrive par une longue et tortueuse montée, au milieu de vignes et de jardins, occupejle point culminant delà colline, à l'endroit appelé Montessuy. Son plan, des plus bizarres, offre un triangle allongé, fortifié de plusieurs tours. Chaque tour a sa forme particulière. Celle du nord, le donjon, est octogone et d'une construction remarquable. Coupée par des cordons en saillie et des assises de pierres jaunes et de pierres blanches, haute jadis de cent vingt pieds, mais bien moins élevée aujourd'hui, elle était desservie par un escalier ménagé dans l'épaisseur des murs ; on en voit encore les marches mutilées. Les archives [et le trésor, ainsi que la prison de la châtellenie, se trouvaient dans les salles basses et voûtées de ce puissant donjon.

La tour du sud-ouest, de forme [demi-circulaire du côté de la campagne, mais carrée du côté du château, renfermait une chapelle aux ouvertures ogivales.

Dans la tour du sud-est, parfaitement ronde,

on reconnaît, comme dans le donjon, comme dans l'autre tour et comme dans les murailles, les traces du vandalisme des hommes de o3, qui, s'acharnant contre les monuments des temps passés, et ne trouvant pas la pioche, le levier et le marteau assez actifs pour seconder leur impatience, eurent recours à la miné et à la poudre pour en finir plus promptement.

Mais leur rage s'épuisa en vain contre ces ruines respectables.

L'unique entrée, basse, étroite, profonde, s'ouvre à l'orient dans l'une des épaisses courtines réunissant les trois tours, et donne accès dans une vaste cour encombrée de ruines.

Dans les remparts qui avoisinent le château, est percée la porte de Villars, qui aboutissait à la forteresse et à la partie haute de la ville, et descendait se relier à ceux de [la partie basse. Elle est très bien conservée, et ses matériaux, en grosses briques rouges, offrent une couleur qui se marie harmonieusement avec la verdure de la campagne.

Avant de quitter ces ruines, il nous est agréable de mentionner la rencontre que nous y fîmes de MM. d'Aiguy et Valentin-Smith,

tous deux anciens conseillers à la Cour d'appel de Lyon.

M. Smith, qui voulut bien nous conduire chez lui, nous y montra, avec l'amour d'un vrai savant et une complaisance sans bornes, une belle et précieuse bibliothèque et des vitrines riches d'une quantité considérable de morceaux d'antiquité des époques préhistorique, gauloise, romaine et moyen-âge, trouvés dans les environs de Trévoux, et d'un haut intérêt pour la monographie du pays.

Il habite l'ancien hôtel du conseiller Aubret, qui a laissé une intéressante histoire de

la province de Dombes.Gethôtel,nomméBeau- Sejour, construit en 1708, est remarquable par sa position, ses jardins et ses terrasses, qui dominent la vallée de la Saône. — Nui peintre au monde, dit la Grande-Mademoiselle dans ses Mémoires, publiés en Hollande ne saurait imaginer une plus belle vue que celle qui se déroule devant les yeux de l'observateur placé sur l'une ou l'autre des nombreuses terrasses de Trévoux.

Nous voici arrivé au terme de notre voyage, sur ce nouveau chemin de fer, et des prome-

nades entreprises aux environs immédiats de chacune de ses gares. Ces promenades, nous aurions pu les étendre autour de Trévoux et sur les rives de la Saône. Nous les reprendrons plus tard, dès que le railvvay sera poussé jusqu'à Saint- Laurent- les - Mâcon, comme la Compagnie nous Ta fait espérer.

Il ne nous reste donc plus, maintenant, qu'à remercier nos lecteurs et amis de la bienveillance que, depuis déjà bien des années, ils n'ont cessé de nous donner tant de preuves, et de l'intérêt qu'ils portent à la publication de nos œuvres.

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SAINT-YICTOR-THIZY

Le présent ouvrage était sous presse lorsque nous fûmes invité à assister à l'inauguration du chemin de fer routier de Saint- Victor à Thizy. Le peu d'étendue de cette ligne n'offre pas des éléments assez nombreux pour nous permettre de lui consacrer un volume spécial. Mais, afin d'être agréable au public, nous reproduirons ci-après le compte-rendu de cette inauguration, qui eut lieu le 1 1 juin 1882, et que nous avons fait paraître dans le Courrier de Lyon, le lendemain même de la cérémonie officielle :

Encore une inauguration de chemin de fer

A la grande ligne du Paris-Lyon-Méditerranée et à son vaste réseau; à celles de Montbrison, de Bourg-Nantua-Bellegarde, de Givors à la Voulte, de Crémieu et de Saint- Genix-d'Aoste, de Sathonay et de Trévoux, on doit ajouter aujourd'hui la ligne bien modeste de Saint- Victor à Thizy.

Ce nouveau chemin de fer est le premier de ce genre que l'on ait construit dans notre département. C'est un chemin de fer routier et c'est ce qui motive l'intérêt tout particulier attaché à cette inauguration.

Le dimanche, 1 1 juin, les invités représentant la ville de Lyon étaient réunis à la gare de Perrache. A 8 heures 40 du matin, on monte en vagon et l'on part. A la bifurcation de Saint-Germain-au-Mont-d'Or, on quitte la grande ligne de la Bourgogne et l'on s'engage sur celle du Bourbonnais par Tarare. On traverse successivement des cantons tour à tour gracieux ou sévères : Lozanne, sur l'Azergues, qui sera bientôt doté de la nouvelle ligne de Givors à Paray-le-Monial ; l'Arbresle, sur la Brévenne, où l'on touche en passant la ligne

de Montbrison; Tarare, sur la Turdine, et sa nombreuse population ouvrière ; le beau pont-viaduc que Ton franchit au sortir de la ville et le long tunnel des Sauvages ouvert dans la montagne, qui sert de point de partage entre le bassin du Rhône et le bassin de la Loire; Amplepuis et ses fabriques de tissus, mues alternativement par la vapeur et par les eaux du Reins. On arrive enfin à la gare de Saint-Victor, à 1 1 heures 34.

Saint-Victor appartient au département de la Loire. Il se présente bien aux yeux du touriste et rappelle un de nos jolis villages du Jura. L'église est sur la hauteur; dans le bas, les maisons se sont groupées sur les deux rives du Reins, dont les eaux, divisées en plusieurs canaux, actionnent des moulins et un grand nombre d'établissements industriels.

Ces usines et toutes celles qui se sont établies sur le cours supérieur de la rivière, reçoivent le coton à l'état brut; aussitôt mis en œuvre, il est filé, teint, tissé, puis livré à la consommation sous forme de cotonnade grossière, de mousselines légères, de couvertures de tous genres, d'élégants rideaux, de tapis moel-

leux, etc. Thizy est le centre de toute cette production; Saint- Victor en est le débouché, et de sa gare les produits sont expédiés dans toutes les directions.

D'après une récente statistique, un mouvement quotidien de 70 à 80 tonnes de marchandises et de 200 voyageurs, existe entre Thizy et Saint- Victor; et ce mouvement ne peut que s'accroître de jour en jour.

Une faible distance, sept kilomètres parune bonne route de terre, sépare Thizy de Saint- Victor; il fallut cependant songer encore à abréger cette distance pour satisfaire aux exigences du trafic.

Une compagnie particulière se chargea de l'entreprise, sans demander aucune subvention à l'Etat ni au département.

A la suite de la lecture d'une brochure publiée par M. Léon Malo, cette compagnie comprit que, pour l'exécution d'un chemin de fer d'intérêt local, les frais de construction et d'entretien devaient être proportionnés au trafic que l'on espère obtenir.

Que servirait à un campagnard, a écrit le savant ingénieur, de faire emplette d'une ri-

che voiture et d'un luxueux attelage pour conduire ses pommes de terre au marché voisin.

Ce serait une fantaisie dispendieuse et rien de plus. Un rustique tombereau, solidement attelé, ferait assurément bien mieux son affaire et celle de son budget.

C'est en s'inspirant du sentiment qui avait dicté ces lignes, que les créateurs du chemin de fer routier de Thizy à Saint-Victor ont procédé à son établissement.

A moins de nécessité absolue, pas de tracé à travers champs, par conséquent suppression de tout ce qui s'ensuit: expropriations, indemnités, dessertes variées à l'infini, servitudes, et, pour couronner le tout, appel au jury. Plus de grands remblais, de profondes tranchées, de tunnels?...

On a tout simplement demandé et obtenu l'autorisation d'occuper un des côtés de la route départementale numéro 5, de construction toute récente, d'une largeur de dix mètres, avec des courbes et des déclivités on ne peut plus satisfaisantes.

« Cette portion de route a reçu un léger exhaussement, ou pour mieux' dire une ban-

quette de ballast, et la voie s'est trouvée ainsi établie. Ses traverses parfaitement résistantes ont servi de supports aux rails, à l'écartement d un mètre.

Elle est séparée du reste de la route par une simple barrière formée de piquets fichés en terre et reliés par des fils de fer.

La voie était construite dans des conditions delà plus stricte économie, et c'est à son inauguration que nous venons assister. La réception officielle par les ingénieurs du contrôle de l'Etat a eu lieu le 3i mai; la ligne et ses dépendances, y compris le matériel roulant, ont été reconnus conformes aux projets approuvées.

Cette ligne est reliée à la gare de Paris-Lyon- Méditerrannée dans les conditions les plus favorables pour toutes les exigences du service. Elle fait honneur à MM. Ailloud et Vernay qui en dressèrent les plans et les exécutèrent. Les administrateurs du Saint-Victor-Thizy ayant à leur tête le président du Conseil, M. Coint-Bavarot , nous reçoivent à notre arrivée dans la salle d'attente de la nouvelle gare et nous offrent le vin d'honneur.

Après quoi commence le voyage d'inauguration.

« Nous prenons place dans deux élégants vagons d'un modèle nouveau, à plate-forme aux deux extrémités et à impériale couverte; la fanfare de Thizy monte dans deux autres vagons, disposés pour la circonstance. Les locomotives le Rhône n° i et le Rhône n° 2, sont légères et relativement puissantes; elles sortent de l'usine Cail. Leurs six roues épousent les courbes de faible rayon et remorquent jusqu'à 3o

tonnes.

Au sortir de la gare, notre train, littéralement couvertde fleurs etdedrapeaux, rencontre unpremierviaduc construit surun chemin vicinal, puis s'engage sur un second viaduc courbe d'une longueur de cent dix mètres. Il franchit le profond ravin où coule le Reins; les piles sont en maçonnerie et supportent douze travées métalliques. Ces deux viaducs sont les seuls travaux d'art de quelque importance qui se voient sur le parcours de la ligne. Le dernier est remarquable par son élégance autant que par sa hardiesse et sa solidité.

De l'autre côté du ruisseau, le viaduc abou-

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tit à la route de terre, et les rails se marient ensemble.

Sans le moindre effort apparent, notre petite locomotive fait merveille ; elle veut rivaliser avec les colosses des grandes lignes. Le train suit les sinuosite's, les montées et les descentes, en laissant derrière lui les voitures et les charettes traînées par des chevaux. Deux fois il passe sous le nouveau chemin de fer de Saint-Victor à Cours.

Le pays est très accidente'; dans le fond, la vallée de la Trambouze qui ne tarde pas à se confondre avec celle du Reins; de chaque côté, des collines, qui vont être tout à l'heure de véritables montagnes ; dans le lointain, à l'ouest, la plaine du Forez. Ici et là, des hameaux, des fermes, des usines. On fait une' courte halte au hameau de Colin.

Le long de notre route, les habitants des environs saluent le train de leurs plus bruyants applaudissements.

Après un parcours de vingt-cinq minutes, partie dans le département de la Loire, partie dans le département du Rhône, le train officiel arrive à la gare de Thizy, où nous atten-

dait M. le maire, qui, en termes excellents, nous souhaite la bienvenue. Une nombreuse population nous accueille avec de vives démonstrations de joie. Tout était pavoisé, enrubané, enguirlandé ; des mâts vénitiens aux couleurs nationales s'élevaient çà et là; un arc de triomphe en feuillage était érigé à l'entrée de la ville. La fanfare jouait les morceaux les plus entraînants, alternés par la Marseillaise et le chant du Départ; tout respirait une vraie fête, excepté le ciel qui reste brumeux et pluvieux. Notre cortège était précédé de la gendarmerie à cheval; les pompiers formaient la haie. Plusieurs gardes champêtres se trouvaient à l'arrière-garde.

Thizy, chef-lieu d'un canton des plus industriels et des plus commerçants du Haut- Beaujolais, s'élève en amphithéâtre sur un mamelon escarpé, au sein d'un pays découvert, très beau de lignes et de perspectives, situé à égale distance du Reins et de la Trambouze. Des pans de vieilles murailles, des églises, des clochers, des maisons qui se profilent irrégulièrement sur l'horizon, donnent au monticule un air moyen-âge, une appa-

rence grandiose qui frappent vivement l'étranger et l'artiste.

Depuis quelques années, Thizy s'est considérablement agrandi et embelli ; des rues ont été élargies, de nombreuses maisons construites ; des usines et leurs hautes cheminées s'élèvent de tous côtés.

^ Les annales de Thizy rappellent que cette ville doit son origine à un prieuré de Bénédictins de Cluny, les grands défricheurs de la contrée ; q u'e] le fut attaquée par les Tard -Venus ; que dans les troubles du XVI e siècle elle eut à soutenir deux sièges meurtriers, et qu'elle fuiprise et pillée plr les calvinistes. Aux fureurs de la guerre ont succédé les bienfaits de la paix. Les donjons et les remparts de Thizy ont fait place à des ateliers et à des manufactures qui ont valu à cette ville si intéressante le surnom de Mulhouse lyonnais. Depuis longtemps, les éclats du canon ont cessé, et l'on n'entend aujourd'hui que le bruit de la navette et des machines industrielles.

Les noms des Rébé et des Adrets sont à peu près oubliés pour ceux des Roland de la Platière, des Desvernay et des Mulsant qui per-

sonnitient le commerce, l'industrie et la science.

Mais revenons à plus d'actualité... Nos invités sont conduits dans la belle salle Mercier, au centre de la ville, où était dressée la table du banquet qui nous était offert. L'inclémence du temps nous priva de dîner en plein air, sur une terrasse abritée par un immense vélum, et d'où la vue est très belle sur le bassin de la Trambouze et les collines du Roannais.

A la suite de faits et pour des raisons que nous n'avons pas à apprécier ici, cette fête est due tout entière à l'initiative privée. Elle fut organisée par une commission composée des principaux négociants de la ville; et si le maire se trouvait à la tête de cette commission, c'était, non comme représentant l'autorité municipale, mais comme simple particulier.

Enfin le banquet est commencé. Merci , mon Dieu! se serait écrié un de nos bons collègues, en énumérant le menu du repas, et qui, en sa qualité d'homme d'esprit, tient en une profonde estime ce grand art de la gueule, chanté par Rabelais, Berchoux, Brillât-Savarin et autres écrivains émérites, qui maniaient

aussi bien la fourchette que la plume (i).

Prennent place à la table d'honneur:

M. Ebeling, sous-préfet de Villefranche, représentant M. le préfet du Rhône; M. Bouillard, sous-préfet de Roanne ; M. le sénateur Millaud; des conseillers de préfecture; des conseillers généraux -et des conseillers municipaux ; l'ingénieur en chef du département et l'ingénieur ordinaire; M. Coint-Bavarot et les administrateurs de la ligne. Le banquet est présidé par M. Dauphin, maire de Thizy.

Les journaux de Lyon et de Roanne y étaient dignement représentés.

De leur côté, les autres convives s'asseoient au hasard de leurs goûts et de leurs sympathies. Les premiers moments sont solennels ; peu à peu commencent les plus aimables causeries interrompues seulement par la fanfare, qui, malgré vent et pluie, faisait entendre une excellentemusique, agrémentée de la Marseillaise et autres airs nationaux qui vraiment n'avaient que faire dans cette fête toute pacifique.

Au dessert, voici venir la série des toasts.

(i) Voir à la fin de l'ouvrage la réponse de notre collègue.

On entend : MM. Dauphin, Millaud, Ebeling, Bouillard, Rebatel, Coint-Bavarot, Ovise et l'auteur du présent compte-rendu. A cinq heures, la fête se termine par une collecte en faveur de la Société d'encouragement des écoles communales de Thizy.

Le train ramène les invités à la gare de Saint-Victor, et, à neuf heures du soir, toujours avec la pluie qui nous avait tenu trop fidèle compagnie, nous sommes de retour à Lyon, enchantés de cette journée laborieusement remplie.

Baron Raverat.

L'alinéa noté à la page 96 fait allusion au directeur du journal de Nantua, l'Abeille du Bugej, M. A. Arène, un des invités à l'inauguration du chemin de fer de Lyon à Trévoux, qui avait eu lieu peu de jours auparavant.

Dans le compte-rendu de cette cérémonie, il nous fit l'nonneur de s'occuper de nous en termes beaucoup trop flatteurs.

Bien que n'assistant pas à l'ouverture de

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la ligne du Saint- Victor-Thizy, il n'en écrivit pas moins la relation,, et voici la char-

mante boutade qu'il y inséra à notre inten-

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tion :

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ENCORE ONE INAUGURATION t)E CHEMIN DE FER

Cctte fois il s'agit d'un chemin de ter rou- ■ tier de Saint-Victor (Loire) à Thizy (Rhône).

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La fête a eu lieu dimanche n juin. M. le

baron Raverat, officier d'Académie, était au

B nombre des invités; il vient de faire part aux

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