‹ De Lyon à Trévoux par la Croix-Rousse et SathonayChapitre 9 sur 26 · LE MARAIS DES ECHETS · texte numérisé non relu

LE MARAIS DES ECHETS

Deux chemins sont ouverts ; l'un, dans le lit même du ruisseau, où l'on trouve des tableaux imprévus et d'une véritable sauvagerie; l'autre,

en suivant de petits sentiers tracés sur le flanc des collines, au milieu du taillis. En une heure et demie, on parvient sur le plateau même où dorment tranquilles les eaux de cet immense marécage.

Le marais des Echets, sur la grande route de Lyon à Bourg par Villars, à proximité d'une gare du chemin de fer des Dombes, occupe un vaste bassin, au centre du plateau. Enfermé dans une ceinture de légers coteaux, et de configuration allongée, il est alimenté par les eaux pluviales. C'était jadis un lac très poissonneux.

En i 2 3o, Marguerite de Bagé donna aux dames de la Chartreusine, de Poleteins une rente sur la pêche du lac.

Humbert, sire de Montluel, vendit à l'abbé de Pile-Barbe tout ce qu'il y possédait, et le droit d'y établir un garde-pêche.

Plus tard, le lac fut indivis entre les seigneurs de Beaujeu et les Dauphins de Viennois, qui s'en partagèrent les redevances.

Le duc de Savoie, Amédée VIII, qui fut pape sous le nom de Félix V, octroya au couvent des Célèstins de Lyon une rente per-

pétuelle de cinquante florins, assise sur le lac des Eschez-les-Miribel.

Voici la lettre confirmant cette donation, extraite du curieux ouvrage que le jeune Georges Guigue vient de publier tout récemment, d'après des documents originaux et entièrement inédits.

« L'an M. II II» XXVI, le III de Juing, « (Amédée VIII) nous assigna cinquante flo- « rins petitz sus le lac d'Eschez pour notre « fundation totalle, annuelle et perpétuelle, « payable par son chastellayn de Miribel. Et « depuis, la dicte fundation de L florins a esté « conferméeparsondit filz, et après, par Loys, « Philippe, Philibert et Charles ducs de Sa- « voye.

« Et après confermez par le roy nostre sire « Françoys, premier de ce nom, attachez en- « semble lesdictes lettres avec le grand scel et « contrescel de France. »

En 148 1, Philibert de Savoie entreprit le dessèchement du lac ; mais il dut renoncer à cette opération, devant l'opposition du chapitre de Saint-Jean. Par l'ordre du roi de France, l'opposition fut levée, et le projet

repris par le duc Charles, en i5i 2 . Les eaux furent conduites jusqu'au Vouzon, au moyen d'un canal de quatre-vingts pieds de profondeur creusé à travers la colline de la Fouillouse ; ce qui amena, au moyen de puissantes écluses, le dessèchement partiel du lac. Des prairies et de bonnes terres à blé prirent la place des eaux stagnantes ; et le duc fit bâtir une maisonforte, où il résidait quand il venait chasser dans ce canton giboyeux. Un haras qu'il fonda aussi en vue de l'amélioration des chevaux du pays, donna les plus beaux résultats.

La jument, que montait le roi Charles VIII à la bataille de Fornoue et à laquelle il dut la vie, sortait du haras des Echets.

Ce nouveau domaine, administré par le châtelain de Miribel. fut érigé en baronnie, en faveur de dame Renée de Savoie, marquise de Bâgé ; puis réduit en simple seigneurie, il lut vendu à Jean-Baptiste Falconeri. Sous Henri IV, il passa aux Jésuites de la Trinité, qui le conservèrent jusqu'au moment de leur première expulsion de France.

Le canal , s'étant comblé, vu la défectuosité des premiers travaux, et faute d'entretien,

on en fit de nouveaux sous Napoléon I er , ce qui amena le dessèchement de 10,000 hectares environ. On se proposait de rétablir et de réorganiser le haras, mais les événements de 18 14 empêchèrent la réalisation de ce projet.

Il y a quelques années , on voulut exploiter la tourbe qui se trouve en abondance dans le marais. Une compagnie se forma; on construisit une usine avec dépendances; les produits n'ayant pas répondu à l'attente des consommateurs , ni à l'espoir des actionnaires , l'usine cessa bientôt de fonctionner.

Le marais des Echets est encore aujourd'hui aussi giboyeux qu'autrefois il était poissonneux. Les chasseurs y accourent de tous côtés, mais surtout de Lyon. Chaque maison du hameau voisin des écluses est transformée en auberge, en vue de satisfaire l'appétit proverbial de ces disciples de saint Hubert. La plus ancienne et la plus renommée de ces auberges était exploitée par la veuve Constantin, adorée des chasseurs qui, tous, la connaissaient.

Quant à ceux qui n'avaient pas eu la main heureuse et qui, tristes et découragés, revenaient bredouille , ils trouvaient dans ce ha-

meau un consolateur dans la personne d'un vieux braconnier émérite, lequel se chargeait, moyennant finance, de réparer les torts de la fortune et de remplir le carnier.

GARE DE FLEURIEUX

1 3,865 m. 20, de la Croix-Rousse

race à une large courbe et à un immense remblai, la voie ferrée continue son parcours par une pente assez douce. Le premier village qu'elle rencontre et qui porte un nom charmant, Fleurieux, n'a point de passé historique. On le trouve pourtant mentionné, ainsi que la plupart des villages riverains, dans la bulle du pape Lucius III, comme appartenant à l'abbaye de File-Barbe.

Très bien cultivé, son territoire donne quantité de primeurs, fruits et légumes qui sont expédiés à Lyon. Mais le littoral est souvent ravagé par la Saône, qui, ordinairement calme et fertilisant les pays qu'elle arrose, devient

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parfois un torrent furieux, et fait payer cher les avantages que son voisinage procure.

Le village est divisé en deux groupes principaux. Dans le plus ancien, on remarque une vieille église déclassée aujourd'hui, mais offrant avec son clocher trapu et son toit plat, le sujet d'un charmant croquis ; dans le nouveau, une église moderne élève bien haut sa flèche pyramidale.

Enfaitd'établissements industriels, Fleurieux possède une vaste fabrique de bleu minéral fondée par l'intelligent et heureux chimiste, M. Jean-Baptiste Guimet, et dirigée actuellement par son fils.

Les bâtiments de l'usine et une confortable maison d'habitation sont disposés au pied de la colline des Bruyères. On voit à la suite de l'habitation une petite ferme modèle, où l'on élève de jolies vaches bretonnes, des pintades et des poules de races étrangères ; des volières renferment des oiseaux de toutes espèces ; les serres sont remarquables par leurs plantes des tropiques. Jardins, parterres et pelouses sont à la suite; une avenue précédée d'une grille en fer donne sur la route qui longela Saône.

Cette maison contenait, de plus, de nombreux objets d'art recueillis dans les contre'es de l'extrême Orient. La majeure partie de ces richesses constitue aujourd'hui le nouveau Musée Guimet fondé à Lyon.

Le chemin de fer passe entre ces bâtiments et la colline que l'on a été obligé d'entailler pour conquérir l'espace nécessaire à son établissement.

A Fleurieux, le tracé est au niveau de la plaine, à quelques mètres seulement au-dessus des eaux de la rivière. C'est le point le plus bas qu'il a rencontré entre la Croix-Rousse et Trévoux.

Après avoir descendu constamment depuis le plateau de Sathonay, de Fleurieux, il remonte doucement, traverse à niveau nombre de chemins, dont le plus large est celui de Montanay, franchit le vallon et le petit ruisseau des Torrières, passe sous un aqueduc métallique qui mène l'eau du ruisseau à un gros moulin- Notre convoi entre alors dans la gare de Neuville, placée à l'extrémité supérieure du bourg, dans l'ancien parc de l'illustre archevêque Camille de Neufville de Villeroy.

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