‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 146 sur 236 · A propos de Rej^naudin, Mém. inédits, I · texte numérisé non relu

A propos de Rej^naudin, Mém. inédits, I

2. Diderot sur Greuze : « Fais-nous de la morale, mon ami », etc.

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proment ». Et noire Aristarque conclut brutalement qu'il faut <( ne pas sortir de son genre * ».

Si la conviction de Caylus, dans tous ces passages, ne peut ({u'iuspirer le respect, le ton dont il rend ses arrêts risque parfois de dé[»laire. On dirait d'un censeur officiel de Tart, qui tranelie en dernier ressort les questions pendantes. Tel est l)ien le nMe que semble jouer Caylus. Il y est peu à peu amené par la déférence de ses confrères, par le succès de ses premières tentatives, par sa véritable supériorité. Puis il s'en pénètre; il l'exerce comme une magistrature. La classe des « Amateurs » lui apparaît comme une institution destinée à assurer le salut de Tart. De là ce portrait idéal de VAmateur, solennellement tracé un jour par (.aylus en pleine Académie, et bien fait pour froisser d'ombrai^euses susceptibilités. Il est inévitable qu'en pareil cas la comparaison s'établisse cbez le lecteur malin entre lauteur et le sujet, et qu'on accuse le premier d'avoir trop peint son idéal d'après nature. Il fallait être ('avlus, c'est-à-dire un singulier mélange d'assurance et de candeur, de maladresse et de bonne foi, pour ne pas le sentir. Il fallait aussi une babileté qu'il n'eut jamais pour faire entendre aux artistes qu'ils étaient mauvais juges des œuvres de leur art, j)ar cette jalousie naturelle qui, en les aveuglant sur leurs propres défauts, les rend si clairvoyants sur les défauts des autres. « Tirons le rideau, s'écrie un peu tard Cavlus, sur ces vices du cœur que la quantité d'exemples ne peut faire excuser, et revenons à l'Amateur qui s'est mis en état de remplacer la sincérité {sic) qu'on craint avec raison de ne pas trouver parmi ses confrères. On le consulte : Une critique vague ou simple ne peut être d'aucune utilité. Il faut donc qu'il saclie appuyer ses rai-

i. Vie de P. Mif/nnrd. Il est juste d'ajouter (jue c'est sans doute son amitié pour l'adversaire de Le Brun (jui vaut à Molière ce coup de férule. Caylus, académicien, avait la rancune rétrospective et tenace.

sons, qu'il soit en état de proposer les remèdes, et qu'il lui soit i>ossible de rendre convaincants les motifs de cbaiigement qu'il désire sur la couleur, l'accord, la correction et le costume, l'bistoire, la fable antique, et la composition. Vous voyez, messieurs, que je ne forme pas de médiocres soubaits pour l'Amateur*. » Plût au ciel que, dans son intérêt même, il en eût formé de plus modestes!

Ce n'est pas, du reste, qu'il ne dise des cboses fort sensées. Il distingue le véritable amateur du simple curieux, qui ne cbercbe souvent qu'à faire des prosélytes : « C'est ainsi... que la mode, qui ne devrait pas influer sur les opérations de l'esprit, a presque banni l'Italie de nos cabinets et ne nous présente aujourd'bui que des Flamands ». Autrement large doit être le goût de l'Amateur : « Toute peinture, c'est-à-dire celle qui peut en mériter le nom, doit être bonne pour lui. Il n'y en a point qui n'ait une partie favorable dont il ne puisse profiter, ainsi qu'il n'y a point d'bomme en tant que peintre dont il ne puisse tirer des conseils et des lumières pour nourrir, former et augmenter son goût... » Voilà des lignes qu'on pourrait croire écrites de nos jours, tant la critique en est saine et élevée. Assurément: mais la suite gâte tout. Le remède qu'il propose est pire que le mal. Voit-on le peintre de génie soumettant son œuvre au régent du goût, bomme en place et breveté, et écoutant « les motifs de cbangement qu'il désire » ! Ce serait la plus dangereuse des utopies, si ce n'en était la i^lus puérile. On s'explique fort bien que Coypel, répondant à un tel discours, fasse suivre cette fois les compliments inévitables de quelques restrictions. Sans

1. Lu le 7 septembre 17iS. — La réponse de Coypel cache une épigrammc sous un compliment. Il fait justement valoir que « très peu d'amateurs sont en <lroit de déclarer, d'un Ion affirmatif, (lu'un tableau est mauvais, parce qu'il ne leur plaît pas ». Coypel avait commencé, il est vrai, par déclarer poliment : « L'amateur, tel que vous venez de le peindre, est sans doute très difficile à rencontrer, mais nous pourrions prouver ici que ce n'est pas une chose impossible ». {Procês-verbaux, VI, 135.)

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doute le parti des mécontents vit dès lors grossir ses rangs. Et c'est la faute de Caylus si, pour une fois, certaines imputations de Cochin, malgré les mensonges prémédités que nous avons relevés à sa charge, risquent de trouver crédit auprès des gens de bonne foi \

On s'étonne que Caylus, après avoir accordé si peu d'autorité à la critique d'un Diderot, par exemple, en attribue une si grande h l'Amateur selon la formule. La contradiction n'est qu'apparente, et ne détruit pas le système exposé plus haut. Caylus est, en art, pour le principe d'autorité. Il est vrai qu'il suppose, par définition, cette autorité intelligente el éclairée; mais elle est en revanche sans appel. Elle doit s'exercer au sein de T Académie, par un membre auquel le corps confère le mandat de juger. C'est, on le voit, le rétablissement d'une domination unique, de l'ancienne centralisation dont l'art s'était atTranchi depuis Le Brun. La seule différence, c'est que le chef d'école est, cette fois, non un peintre de métier, mais un homme qui connaît le métier de peintre. Caylus croit une restauration de ce genre non seulement possible, mais nécessaire. Le salut du goût, si fortement compromis, est à ce prix. Toutefois, il faut noter ces deux traits qui donnent à l'institution nouvelle un caractère moins exclusif : l'Amateur, ne peignant pas lui-même, n'est point porté à juger de la peinture d'aulrui d'après sa ressemblance avec la sienne; enfin, et c'est là le fond de la pensée de Caylus, l'Amateur a le loisir d'amasser des connaissances de toutes sortes dont les artistes sont trop dépourvus : il saura les en faire profiter, et bannira ainsi de l'art cette ignorance qui le déshonore. Sur ce terrain, on a pu voir et on verra mieux encore dans la suite que Caylus a rendu de très grands services. En considération de ceux-ci, on peut bien

1. (Que plusieurs peintres auraient gâté leurs tableaux pour suivre ses conseils.)

lui pardonner un peu d'étroitesse ou de naïveté dans la conception d'un idéal qui le montre, malgré tout, homme de son siècle en ses innocentes rêveries : faut-il ajouter que cet idéal, tant que les artistes seront le genus irritabile que l'on connaît, n'avait d'ailleurs aucune chance de tenter personne?

Les rares conférences de Caylus qui nous restent nous ont montré le critique officiel, l'homme des grands jours de la compagnie. Il nous reste à montrer, rapidement, l'homme de tous les jours, celui des Biographies. Il se reposait des unes par les autres. Quoique d'étendue et de valeur fort variables, ces biographies n'en représentent pas moins un travail considérable : nous avons pu en compter jusqu'à dix-huit, et certainement il y en eut davantage. Il est à noter que, sauf une seule (celle de Bouchardon), elles se placent toutes entre 1747 et 1751. C'est le moment du plus grand effort de Caylus pour relever les études pratiques à l'Académie. Plus tard il instituera divers prix pour stimuler le zèle des élèves, il écrira des livres plus spécialement destinés aux peintres. Maintenant, les avertissements s'adressent à tous : la biographie est une leçon familière où chacun peut trouver intérêt et profit.

Ils econdait en cela les vues de l'historiographe Lépicié, qui avait pris au sérieux sa tâche. Lépicié avait fort affaire pour la remplir, à en juger par le désordre des archives, dont Caylus se plaint encore en 1749. Il caressait déjà le projet, à peine réalisé de nos jours, de donner la série des Vies des peintres suivant l'ordre de leur réception, autrement dit une histoire par monographies de l'École française. Cette œuvre ne reçut jamais qu'un commencement d'exécution '. Pendant qu'il l'élaborait, Caylus mettait son plaisir à fouiller dans les Biographies sèches, mais instruc-

1. Vies des premiers peintres du fioz, 1732, publiées par Lépicié, 2 vol. in-12.

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tives, laissées par Giiillet de Saint-Georges, et à les remanier à sa manière, pour en tirer en quelque façon la leçon du jour. D'aulres fois, il faisait lui-même revivre quelque artiste oublié, et racontait son histoire d'après des documents inédits, chose dont il fut toujours avide, et dont il ne cessait de recommander la recherche à ses confrères.

C'est là qu'il fait bon le voir. Le canevas ne lui appartient pas toujours, et il ne s'en cache pas. Ce qui lui appartient, ce sont les réllexions, appréciations, anecdotes, (h)nt il sème son récit. Celui-ci rellète son tour d'esprit, Thumeur du moment, sa personnalité en un mot. C'est Cavlus en négligé, un pédagogue qui s'adresse à des élèves, un pédagogue à la parole d'ordinaire plate et délayée, au ton volontairement bonhomme et paterne. Le style est à l'avenant. Il écrit de Poissant : « Il fut attaqué de la maladie dont il mourut le G septembre 1608, âgé de soixante-trois ans et sans avoir été marié ». Il fait songer à quelque Prudliomme de l'ancien régime par ses aphorismes : « Il faut convenir que le génie des arts a besoin d'être entretenu et d'être échauffé par les tableaux du monde et les événements de la société ». Il morigène les élèves d'un ton bonasse, leur prêche la morale, la sagesse, et leur recommande d'éviter toute dispute. Surtout, il s'efforce de leur inspirer des sentiments dignes de futurs élèves de notre Académie à Home. L'Italie, voilà le but qu'il leur replace sans cesse sous les yeux, la terre promise où les attend une félicité qui le fait, lui aussi, pleurer de tendresse. Avec quelle complaisance il décrit la carrière du peintre î Enfant, il est accueilli partout; jeune homme, il entre à l'Académie, il a le privilège d'étudier « d'après le modèle.... Il ne lui faut plus que de la bonne volonté '. » Des prix, distribués tous les ti'ois mois, entretiennent son émulation,

i. Vie de Simon Guillain.

puis les médailles. Il est admis alors à l'étude des chefsd'œuvre de l'antiquité. A-t-il quelque lueur de génie, il remporte le grand prix. Le voilà délivré de tout souci. L'Italie l'attire; on l'y envoie. « Il prend la route et la voiture qui lui conviennent.... Il voyage sous la protection d'un prince dont les ministres dans toutes les grandes villes sont obligés de le secourir et de le protéger. Il arrive enfin à Rome pour être nourri, défrayé et logé dans un palais meublé des meubles de la couronne. » — Ces derniers mots font sourire. Et pourtant, que ne révèlent-ils pas sur la condition de l'artiste à cette époque! N'y a-t-jl pas quelque chose de touchant dans ces efforts d'un Caylus pour relever le talent à ses propres yeux et aux yeux de la nation?

Caylus a d'ailleurs plusieurs tons, et des boutades viennent, parfois plaisamment, rompre l'uniformité de ces homélies. A propos de Van Clève, un bon académicien : u Cette exactitude n'est pas ordinaire. Il serait à souhaiter qu'elle fût plus à la mode. » Le protecteur se fait aussi çà et là sentir. Il lui échappe de dire : « Après une digression que l'amour de l'art et Vintérét que je prends à voire si tuatwnTQiiàeniGXCu^ahlG, je reviens à Anguier*... ». Mais la vraie originalité de ces biographies est dans certains passages, trop courts, où Caylus jette sur l'art des aperçus personnels. Rien de pareil dans Guillet : des faits, des dates, un inventaire. Ici au contraire, des vues à chaque instant \ Nous retrouvons le critique fm et ingénieux

1. Michel Amjiiier et Thomas Regnaudin, dans les Mém. in., I, 451-418.

2. « Presque' toutes les notices de Caylus qui se rapportent aux artistes du rèj;ne de Louis XIV sont des paraphrases de celles de Guillet de Saint- Georges : elles en diffèrent seulement en ce sens que l'esprit critique du siècle commence à s'y montrer. Caylus, en appréciant les œuvres d'art (|u'il décrit,... juge, di^scute. C'est l'homme des théories nouvelles et des nouveaux préjugés, et l'on sent, bien (lu'il n'ose pas le dire tout haut, que Guillet lui paraît singulièrement arriéré. - Mém. inédits de VAcad. royale, Inlrod., XXXni.

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(les conférences, avec plus de familiarité, mais surtout TAIceste ennemi de son temps et de ce « siècle barbare ». Le ^rand goût du siècle précédent a disparu, avec l'amour du « solide » joint ù celui du « magnifique ». L art s'est rapetissé aux dimensions de l'objet d'étagère, le bibelot est né. La sculpture est désormais l)annie de nos mesquins appartements, ou ne mérite pas le nom de sculpture; et la peinture n'a de place que dans « quelques dessus de portes qui sont encore chantournés en dépit du bon sens ». La rocaille lui apparaît comme la a folie » du temps; et quant à ce goiit du vernis qui pousse les amateurs à recouvrir d'anciens ouvrag-es d'une peinture grossière qui leur fait perdre toutes leurs linesses, « c'est une propreté qui sent bien le marguillier ». Ces divers passages, et nombre d'autres, montrent clairement que si les Biog-raphies sont les moindres travaux de Gaylus à l'Académie, ils ne sont peut-être pas les derniers par l'action directe, répétée, qu'ils durent exercer sur les élèves et le sens qu'ils donnèrent aux études.

Dans les réponses qu'il fait à ces diverses lectures, Coypel loue avec raison Caylus d'avoir inaug-uré un nouveau genre, où la critique modérée vient à propos tempérer l'éloge; d'avoir su faire discerner aux écoliers « les beautés, qu'on ne saurait étudier avec trop de soin, et les défauts, que l'on ne peut trop éviter ». Il aurait pu le louer encore de son goût prononcé pour les peintres de notre école, de ses efforts pour en mettre en lumière les mérites méconnus. Caylus était patriote en art. L'œuvre qu'il poursuit patiemment, en détail, n'est pas moins qu'une réhabilitation. Il écrit à Paciaudi : « Il est sûr que nous sommes les [)remiers à mépriser et à ne pas rendre justice aux parties avantag'^euses que présente notre école française. Ce n'est que depuis quelque temps qu'en rendant justice aux grands mérites de l'Italie on a connu le mérite

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de nos Français, et c'est pour vous en donner une idée que je vous ai envoyé le catalogue du cabinet qui sert le plus à connaître notre école. » C'est peut-être dans le riche Cabinet de La Live qu'il conçut la pensée d'écrire, pour mieux servir son dessein, une préface destinée à l'ouvrage de Lépicié. Nous avons sous les yeux une portion de son brouillon manuscrit \ Ce n'est pas autre chose, pour le fond, qu'une seconde rédaction des notes laissées jadis par Henri Testelin le cadet, et publiées de nos jours par M. de Montaiglon ^ Mais ce qui nous a véritablement confondu, c'est la pénétration de certains jugements que Caylus y ajoute, la justesse du coup d'œil, la hardiesse des vues d'ensemble. Cet ennemi déclaré du gothique, et pour lequel l'art ne devrait commencer, semble-t-il, qu'à l'école de Fontainebleau, affirme énergiquement « le génie de la nation pour les arts à toutes les époques de son histoire ». Les manuscrits de la Bibliothèque du roi ont dessillé ses yeux. Etant de ceux qui, suivant un mot du Poussin, savent juger du lion à l'ongle, il a vu quelle certitude pouvait donner à l'histoire des beaux-arts l'étude attentive des miniatures. Du coup, il rétablit les anneaux qui manquent à la chaîne, entrevoit le développement des arts en France avec ses phases logiques. Cent ans avant Charles Blanc, il écrit : « Avant la Renaissance des arts, nos peintres français étaient aussi bons pour le moins que les Italiens. Dans l'exacte vérité, nos artistes, quelque secs et froids qu'ils paraissent avec raison, n'ont pas été longtemps sans être supérieurs à ceux du Bas-Empire, et cela j)ar leur propre force. Il est aisé de se convaincre de cette supériorité en considérant les seuls manuscrits de la Bibliothèque du roi. » Il signale déjà ceux qui lui sem-

1. Prffface de la Vie des peintres de l'École française. (Brouillon manuscrit, Bihl. de la Sorbojine.)

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