‹ De M. Fabio Quintiliano [microform], L. Annaei Senecae judiceChapitre 145 sur 236 · Sur Vhannonie et la couleur · texte numérisé non relu

Sur Vhannonie et la couleur

2. Les derniers compliments de Coypel à Caylus au nom de l'Académie (voir Procès-verbau.r) sont aigres-doux; on sait par Mariette {Abecedario) que leurs rapports allèrent se refroidissant.

ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLLS-

le monde. Caylus, d'ailleurs, ne se bornait pas à l'enseignement indirect. 11 montre l'ennemi; il le démasque hardiment. « C'est devenu une espèce de bon air, dit-il, que de trancher du connaisseur », et rien n'é'^ale aujourd'hui « leur ton assuré que Ton peut dire tenir du vertige ». Que l'artiste se défie d'abord des gens du monde.

A côté de ces importuns, il y a encore les théoriciens, espèce plus redoutable, parce qu'elle prétend fonder en raison ses rêveries. Rien de commun entre nous et vous, semble dire Caylus à toute la cohorte des raisonneurs, qui, de Du Bos et de Batteux à Diderot, ont rempli le siècle du tapage et de l'inanité de leurs disputes : le plus beau des systèmes ne vaut point le plus petit traité, même mal écrit, d'un homme de l'art. « Ce que les honmies consommés dans un art écrivent sur ce même art est préférable à ce que peuvent avancer ceux qui n'ont que la théorie. Ceux-là sont convaincus, ceux-ci ne peuvent qu'imaginer. Les uns ont le droit de prononcer : Cela est, fat jyratiqué. Les autres doivent se contenter de dire : Je crois, cela doit être. » Yoilà du coup l'assurance rendue aux artistes, que tant de beaux raisonnements littéraires risquent d'ébranler. Passant à la définition de ces deux critiques rivales, Caylus les caractérise à merveille en montrant que l'une est de pure forme, l'autre de fond. « Il est cependant vrai que les meilleures choses se trouvent quelquefois mal arrangées, qu'on peut leur reprocher un défaut de liaison, et qu'enfin on y rencontre de mauvais mots, des termes impropres et des répétitions inutiles. En général, ces critiques sont peu importantes pour nous, qiii ne désirons <jiiune instruction qui n'existe que dans les choses et qui ne fut jamais dépendante du choix des paroles.,,. Ces mots choisis peuvent être justement comparés à la bordure du tableau, dont nous n'avons pas

CAYLUS A L'ACADÉMIE ROYALE

besoin pour admirer les ouvrages qui méritent notre estime *. »

Rien de plus nettement tranché que l'opposition de ces deux doctrines. C'est le mérite de Cavlus, d'avoir seul tenu tète à ce torrent de philosopliisme qui menaçait de noyer les arts. Pour lui l'esthétique est une chose, la critique en est une autre. Entre elles, aucun rapport, pas plus qu'entre la théorie et la pratique d'un art. Dissertez, si vous voulez, sur l'origine du beau, in speculatu; mais, in actu, si vous n'êtes pas du métier, ne parlez pas peinture, fussiez-vous tout barbouillé d'expressions techniques. Surtout, pas de phrases : les artistes n'auraient qu'à s'aviser d'en vouloir peindre, et c'en serait fait.de l'art.

L'art débute par la naïveté et finit par la phrase. Peindre n'est pas écrire : la première qualité d'un peintre est de faire de bonne peinture , ne put-il trop en expliquer le pourquoi et le comment; d'avoir un bon dessin et une bonne couleur, non de prêcher telle morale ou de vous suggérer une page sentimentale ". Et la critique d'art n'est pas un canton de la littérature; elle n'est pas du domaine de la conversation courante, comme les lettres, dont on peut bien juger avec du goût naturel et de la sensibilité. Maintenons donc notre droit de conseiller et d'enseigner dans les limites de l'École, séparons nettement nos jugements de ceux du monde, refusons toute autorité à un ignorant, fiit-il homme de génie. Que chacun parle de ce qu'il entend, et se taise sur le reste. Si absolu est l'ostracisme dont Caylus frappe le profane, que Molière lui-même ne trouve pas grâce à ses yeux. Le poème du Val de Grâce est durement maltraité : son « ton emphatique n'apprend rien et s'exprime fort impro-

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