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ESSAI SLR LE COMTE DE CAYLUS
ni vrai ni fanx, à é«<ale distancé de la fantaisie telle que les artistes un peu lettrés la pratiquent ', et de la réalité historique. Les colonnes corinthienues, les niches garnies de statues par exemple sout de pure invention; en revanche, le pléron est compris, et le soubassement est acceptable. D'autre part, certaines erreurs s'expliquent peu, comme celle (|ui place au-dessus d'une chambre une pyramide pleine (jui l'eut infailliblement écrasée. Instruit par le moimment africain dont il donne le dessin comme une preuve h l'appui de son j)rojet \ Caylus aurait pu adopter l'assise en encorbellement (jui seule le rendait praticable. Mais il est piquant de constater que c'est au nom du goiit que cette faute a été commise. Caylus scinde la partie pyramidale en deux tronçons iné^raux, dont les plans se coupent à ang-le obtus. Il marie ainsi, par un effet bizarre (ju'il croit agréable, le souvenir de la pyramide à degrés avec celui de la pyramide à pans lisses ou de l'obélisque. Poun[uoi? Parce que le mausolée devait, dans sa pensée, justitier une de ses présomptions favorites, la fusion de l'art un'c et de l'art égyptien, u Le temps auquel il a été construit, écrit-il, et le lieu où il a été exécuté, devaient produire le mélange de ces deux goûts, et je me ilatte qu'il est aisé de les distinguer l'un de l'autre dans la sagesse du plan et dans l'arrangement de ses élévations \ » L'intention, si étrange qu'elle soit ici, vaut la peine d'être
1. Voir comment UeimsktM'k, le « Raphaël hollandais », représente le Mausolée dans son estampe. La pyramide est séparée en deux par une petite esplanade «pii permet de construire aux deux tiers de la hauteur totale une seeonde faeatle à niehes fjarnies de statues. Pas de soubassement; trois marches donnent accès à un corps de bâtisse surchargé d'ornements, <ii' niches, de caissons, de bas-reliefs. Le pléron est remplacé par des colonnes en ressaut. Aux coins, de doubles colonnes torses. Plus haut, à la naissance de la pyramide, des bornes flamboyantes dans le pire goût de la [{enaissance. Et pourtant, à certains détail.s on voit que l'artiste avait consulté Pline et visait à reproduire sa description.
2. Planche IV. Vestiges dUin ancien tombeau dans le royaume d'Algei\ auprès de Constanline.
notée. L'ensemble d'idées auquel elle se rattache sera étudié plus loin. Mais il n'est pas superflu d'indiquer en passant que m^me dans les travaux oii Caylus circonscrit volontairement sa critique, ses regards portent au delà de l'objet, qu'il obéit à certaines habitudes de concevoir l'art, (ju'en un mot, avec un réel amour de l'exactitude, il apporte à l'étude des questions d'art un esprit déjà plus souple, plus inventif, plus ouvert aux idées générales.
On peut dire en résumé que les mémoires archéologiques de Caylus à l'Académie des inscriptions sont remar([uables dans leur ensemble et nouveaux sous plus d'un rapport.
Ils témoignent d'abord d'une préoccupation constante de la question d'art. Personne, ou à peu près, ne la posait avant Caylus. Celui-ci au contraire la soulève à tout propos, mais à sa manière. Pas d'exposé général ou théorique; pas de dissertation dogmatique, ni de ces développements littéraires (jui déguisent mal une certaine pénurie d'idées. Des vues, des aperçus, des rapprochements, des remarques souvent profondes, de courts débats portés sur des points précis et convaincants. Trop de ténèbres enveloppent encore l'art ancien pour qu'on se prononce sur une foule de questions. Mais partout où l'affirmation est possible, Caylus la donne et la prouve. Il excelle à tirer parti de ce qu'on pourrait appeler les sources secondaires, rappelant ceux qui nient la connaissance de la perspective chez les anciens à l'étude des bas-reliefs, des camées et même des médailles *; attirant l'attention des érudits, avant Winckelmann, sur une classe précieuse de petits monuments, les pierres gravées, témoins souvent uniques d'une œuvre disparue, d'un mythe, d'une légende *; enfin, tou-