Mémoire sur les pierres gravées, XIX
ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLUS
jours préoccupé des exigences de l'art, de ses moyens d'expression, de ses conditions et de ses limites *, et de ses caractères probables aux diverses époques de son histoire. L'étude du travail des monuments lui fournit, il est vrai, la plupart de ses arguments. Mais, à côté de cette question où il est passé maître, il ne faut pas oublier qu'il pose aussi celle du sti/le, et qu'il ne les sépare pas l'une de l'autre. Cela seul suffirait déjà à le distinguer de tous ses prédécesseurs.
Ce qu'on y trouve encore, c'est une critique toute nouvelle des textes relatifs aux beaux-arts ; un esprit scientifique apporté à la recherche de ces procédés techniques qui sont à l'art un superflu nécessaire, une originalité inventive et raisonnée dans la conjecture. Toutes ces tentatives sont inspirées par la même pensée, tendent au même but : raj)procher de nous l'antiquité vénérable, la mettre à portée de nos yeux, la mieux juger par comparaison, l'éclaircir par une perpétuelle confrontation avec Tart moderne, bref, la faire vivre et par là la faire aimer.
Avant Caylus, au sein de deux Académies, dans une discussion sur Fart ancien on pouvait entendre l'artiste trancher sans preuve, le savant raisonner sans compétence, l'un trop fort de son goCit, l'autre de son érudition. Après Caylus, il ne fut plus désormais possible à l'artiste d'aborder de tels sujets sans être suffisamment savant, au. savant sans être suffisamment artiste.
1. Des boucliers d'Achiile, cV Hercule et cVEnée, XX VU, 21-34, avec 3 pi ches.
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