Voyage en ïhilie, passim
2. Notamment en ce iiiii roncernc les diverses écoles de la Grèce, aujourd'hui si ingénieusement définies et classées, avec leurs genres et même leurs sous-genres.
LA THEORIE. — CAYLUS ET WINCKELMANN-
vaient le clouer à terre : il planait déjà quand la foule des antiquaires rampait encore autour de lui, et que Caylus, s'élevant avec effort, et cherchant à saisir le beau qu'il voyait trop bas, n'étreignait que le vide et retombait lourdement.
Ainsi, des troi§ éléments qu'on peut distinguer dans Y Histoire de VArt, l'élément historique, rélément technique et l'élément esthétique, — le premier est de valeur contestable \ le second manifestement emprunté de Caylus; quant au troisième , il n'est pas sans modèle dans ses parties inférieures ou moyennes, mais il est original et inimitable dans ses parties supérieures ", ce qui justifie suffisamment sa fortune : en art, il n'y a que le supérieur qui compte.
Winckelmann devait déployer un autre genre de mérite dans son second ouvrage, incontestablement supérieur au premier, bien qu'il n'en contienne guère que les pièces justificatives. Ici la précision des détails, la fécondité des ressources, l'abondance et l'ingéniosité de l'érudition mettent l'auteur au-dessus de lui-même . Dès lors, ce qui demeura acquis à la science nouvelle, ce fut celte herméneutique spéciale que Winckelmann avait pour ainsi dire créée de toutes pièces. Prouver que la connaissance des mvthes est la clé de l'art ancien, c'était nous ouvrir la Grèce et l'Orient; pour trouver en archéologie une découverte de cette importance, il faut descendre jusqu'à Cham-
1. Signalé de très bonne heure par Hcyne {Eloge de U\), qui semble avoir jugé son glorieux compatriote avec une perspicacité de frère ennemi.
2. « Son principal mérite est d'avoir indiqué à l'étude de l'antiquité sa vraie source, qui est la connaissance de l'art. Comme aucun artiste n'avait encore écrit sur les anciens ouvrages de l'art, mais seulement (juelques savants,... le plus savant antiquaire n'avait pas encore songé à tourner ses regards vers l'origine de l'art ou sur la manière de le traiter et de l'exécuter », etc. (Heyne, Eloge de W.) — On sait maintenant, sans diminuer la gloire de Winckelmann, quelle restriction il faut apporter à cette dernière phrase au bénéfice de Caylus.
ESSAI Sun LE COMTE DE CAYLUS.
LA THEORIE. — CAYLUS ET WINCKELMAiNN.
pollion. Ici encore, Wiiickelmann doit bien quelque diose à Cavlus, c esl-à-(lire l'art de ces descriptions exactes et techniques qui sont déjà des demi-explications : et, s'il sV montre l'égal de son maître, il ne lui est pas supérieur. Quant à l'idée même d'un art mythique, il a pu, comme nous l'avons déjà fait remanpier , en prendre ridée ou plutôt le soupçon fugitif dans Cavlus lorsqu'il écrivait son Cabinet de Stosch. Mais insister serait attribuer d'autant plus de mérite à Caylus qu'il a plus laissé à faire. L'entreprise, à supposer qu'il l'ait crue possible, était trop au-dessus de ses forces. Si l'idée sur laquelle reposent les Monumenti inediti est déjà dans (Cavlus, elle n'y existe que comme la statue existe dans la carrière.
C'est pourtant quelque chose que d'avoir fourni le marbre, et ce genre de service, Caylus l'a souvent rendu à son glorieux successeur. Winckelmann a puisé dans le fouillis (lu Recueil en génie qui prend son bien partout il le trouve. Libre à lui; mais on peut constater que c*est presque uniquement dans Caylus qu'il l'a trouvé. Si d'ailleurs l'emprunt porte sur des idées non moins que sur des faits, s'il touche à la méthode et à la constitution même de la science; si, d'autre part, dans la divergence qui sépare ces deux hommes remarquables, il se trouve que le plus ancien des deux a eu, à certains égards, la vue la plus pénétrante et la plus vraiment scientifique, on peut — sans prétendre à les comparer sous le rapport de l'inlluence directement exercée sur les contemporains, — on doit même, semble-t-il, au lieu de les sacrifier l'un à l'autre, associer leurs noms comme désormais inséparables l'un de l'autre, inexplicables l'un sans l'autre, et montrer dans l'œuvre commune, dans la science définitivement fondée, la conciliation qu'on ne trouve ni dans leurs caractères, ni dans leurs esprits, ni parfois dans leurs œuvres.
Oui , malgré l'évidente disproportion de leur savoir et de leurs titres, leurs mérites sont jumeaux, et par la difficulté très particulière que aliacun rencontrait dans son œuvre, et par l'invention dont chacun a fait preuve dans la partie qu'il a réalisée. Chacun d'eux est plus d'un demiarchéologue, au sens le plus large du mot; mais l'un est encore trop antiquaire, et l'autre ne Test pas assez. Il faut les réunir pour avoir un archéologue complet. Ils olTrent alors, si Ton peut dire, les deux côtés de la science, la face et le revers. Winckelmann a joué le rôle éclatant, retentissant, celui qui attire d'abord la vue. Dans une question encore confuse, d'instinct, il est allé droit à l'essentiel : il l'a dégagé, il l'a montré. Ébloui de sa propre découverte, il s'en est enivré, il l'a préchée au monde. Qui s'inquiète alors de son émule, penché sur des fragments informes, cherchant ses preuves dans ce qui fut le rebut des âges, occupé, comme ce vieil orateur méticuleux, à « soulever toutes les pierres ' » pour voir ce qu'elles peuvent cacher d'arguments?
Qu'on ne s'y trompe pas cependant. Si la part de Caylus n'est pas la plus belle, elle ne fut pas la nioins utile. Caylus n'est ni précisément érudit, ni du tout esthéticien, métaphysicien, ou mythologue : mais, s'il n'a pas les qualités d'un fondateur de doctrine, il a, au plus haut degré, celles de l'observateur, du critique, et de l'archéologue de profession. Quand, au lieu de lui reprocher ce qu'il n'a pas fait, on tient compte de ce qu'il a su tirer de ses « guenilles », on demeure confondu. Il fallait un tact surprenant, un sens exceptionnel, affiné encore par un maniement quotidien, pour opérer tant de découvertes sur des objets si misérables. Materiam superavit ojnis. Ce genre