Recueil, II
ESSAI SUR LE COMTE DE CAYLLS-
imcles sur les hiérof;lyj»h('s, dont roxamen lui suggère plus (Tune ingénieuse conjecture *; il suit avec passion les premiers débals sur FAsie, épie cet Orient mystérieux d'où il attend la clarlé. comme un sphinx prêt à expliquer son énigme. (Test hii ii au delà de l'Europe, jusqu'en Chine et à l'Inde, qu'il ose porter ses regards, avançant toujours, sans savoir |)récisément où — avançant j>our avancer, — en avenUirier, en j)ioimier, en explorateur.
De beaucoup supérieur à son siècle par cet esprit d'initiative et cette intidiilîence du prolongement indéfini de la science à travers des objets diiïérents, il ne l'est pas moins par ( erlaines inluitions plus j>récises. Il y a chez lui des cas de divination extraordinaire. Celui qui a pressenti la vaste év(dution de l'art ancien, avec ses actions et ses réactions, sa propagation par influences géogTaj)hiques, telle que peuvent la concevoir nos archéologues modernes, ce même homme, sur des points spéciaux dont la science du temps ne |>ouvait le faire jug-e, a deviné ce qu'on n'a démontré qu'un siècle après. A une date où nombre de « gens savants » ne voient dans l'écriture cunéiforme qu'une façon d'ornement ^ non seulement il s'applicjue à en déterminer l'origine probable, mais il entrevoit la grande vérité qui a fait la gloire de notre Enmianuel de llougé. Il écrit à Paciaudi à la date du i:] août 17G3 : « Je crois qu'il sera prouvé dans quelque temps que les lettres n'ont eu qu'une seule et même origine, (jui, selon les apparences, ne peut (Mre attribuée (pi'à l'Egypte. Au reste, cette opinion H est encore ([uù moi seul \ » — Ailleurs, il discerne, on
1. Recueil, IV, 37 (explication des liiérojrl\ plies par des séries de plus en plus corrompues de reprèsenlalions d'objets»; — I, (VJ et suiv.; — au t. VII, rénexions diverses pour la description de la Table Isiacjue.
3. Corr., I, 3if». — Au reste, on peut suivre dans le Recueil le progrès de ses idées sur cette question de l'alphabet. Dès le premier volume (I,"5), il croit qu'on pourrait arriver à décliilTrer l'égyptien par le phénicien. — Tome IV, 39. il conjecture «pie toutes les écritures anciennes, la phéni-
LA THÉORIE. — CAYLL'S ET WINCKELMANN
ne sait vraiment par quel miracle de coup d'œil, dans un monument médiocre, la preuve d'un art égyptien très ancien et encore inconnu; cent ans avant les découvertes de Mariette, il afiirme l'existence de l'art vivant et varié que Ton désigne aujourd'hui sous le nom d' « art de l'ancien empire »; et, dès son premier volume, il « voudrait pouvoir distinguer la haute antiquité du siècle des Ptoléiii^Ses • ». — Ailleurs enfin, on n'est pas peu surpris de trouver indiquée la véritable interprétation de ces soidisant scènes d'adieu représentées sur les stèles, où l'auteur d'un mémoire célèbre a vu depuis peu des scènes de réunion'. Sans doute ce ne sont là que des conjectures; et souvent, comme on l'a fait remarquer \ l'auteur même eût été aussi embarrassé que ses contemporains de les expli- (juer. Mais ce sont justement des conjectures de ce genre ([ui jugent un archéologue. De tels pressentiments sont le propre du vrai savant. Prévoir est alors supérieur à savoir. Nul au xviii" siècle n'était capable d'une telle pénétration, et l'on n'en trouverait des cas analogues que chez nos plus illustres contemporains. C'est pourquoi, si l'on considère, non plus une certaine date capitale dans l'histoire de la méthode, mais la suite des études archéologiques et la direction actuelle de nos idées, on souscrit pleinement à cette appréciation d'un archéologue d'outre-
eiennc v comprise, dérivent de l'écriture cunéiforme, examen pour lequel Barthêremy l'a aidé. Enlin, en 1163, il arrive à la conviction ci-dessus énoncée, et à celte opinion iVunitc absolue d'origine, qu'il est encore seul à partager. — C'est seulement en ISo'J que Rougé lit connaître sa découverte à l'Académie, et en 1815 que le public en eut connaissance. (Cf. N isard, note.)
1. Recueil, I, 2; — III, 1-5, etc. AVinckelmann a totalement négligé celte
indication.
2. Uavaisson, le Vase de Myrrhine. Caylus dit, en propres termes, de la personne assise, qu'il présume morte (ftec, Vi, p. 181, pi. LVI) : « On pourrait croire qu'étant morte avant lui [son mari], elle le reçoit, à la véri'.é, fort à son aise, et même avec beaucoup de dignité ». Il est vrai qu'il ajoute : « Mais j'abandonne promptement une conjecture que je ne pourrais appuyer sur l'exemple d'aucun monument ».