Le Musée archéologique, par Caix de Saint-Aymour
4. Aux Beaux-Arts (salle Caylus) et au Cabinet des médailles.
0. Clément de Ris, les Amateurs d'autrefois; — Duménil, llist. des plus célèbres amateurs français, passim.
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<rapprécier son œuvre, on comprendra pourquoi nous avons choisi un genre mixte, oii l'examen raisonné se m«Me à Texposition méthodique. Aussi nous sommesnous préoccupé moins d'être complet que de dire l'essentiel: de pousser à fond toutes les questions que d'en montrer l'intérêt, la valeur, le lien surtout; de ramener cet ensemble si divers à une certaine unité de vues qui fut non point nôtre, mais propre k l'auteur; de saisir enfin le plan général de son esprit, et de le reproduire dans le plan de notre étude. C'était, croyonsnous, le meilleur moyen d'orienter le lecteur dans le dédale de la Vie et des Ouvrages du comte de Caylus. Des sacrifices s'imposaient. — Le premier i est-ce bien un sacrifice?» est celui de Caylus auteur badin. Non par une pudeur — qui serait d'ailleurs fort explicable, — ni dans l'espoir naïf qu'une omission si voyante servirait les intérêts de sa réputation; mais pour deux raisons selon nous péremptoires. La première, qu'il n'existe aucun moyen critique d'établir quelle part revient à Caylus dans le gros recueil inqirimé sous son nom; et que €ette part, bien moindre qu'on ne croit, de Taveu même des éditions posthumes, semble pouvoir être encore considérablement réduite '. Caylus a été éditeur responsable.
1. Œuvres badines «lu eonile dv Caylus, Paris, 1781, li> vol. }iv. in-8. — Sur ces 12 volumos, «juatrc sont dos tradurlions ou adai>lalions; sur les huit autres, la moitié à pou \\rès passe pour être de Caylus, ou, n'étant pas
• If Caylus, est nonobstant insérée parmi ses œuvres; — le reste, consé-
• lUommoQt, soniblo devoir lui être attribué : mais sur quelles prouves? Rien, ou pres«pio rien, n'avait primitivement paru sous son nom. —On pourrait, ^•royons-nous, applùpior aux éditeurs de Caylus la confession d'un de ses personnages : « J'ai souvent attribué de fort mauvais ouvrages à de fort
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bien plus qu'auteur. Il a été auteur pourtant, on le sait, ou du moins on le dit, car lui ne le dit guère. Mais de quoi? Longue serait la discussion, si elle importait. Elle n'importe pas. Car, à qui notre première raison ne suffirait pas, nous donnerions l'autre, que les douze in-octavo de Caylus, en y ajoutant tous ceux de « sa société », ne présentent pas le moindre intérêt, même et surtout littéraire. Platitude, fadeur, grossièreté, voilà, en trois mots, ce qu'elle nous offre presque partout. Quant aux perles qu'on pourrait découvrir dans ce fumier (et il en est peut-être d'une pureté relative) *, les cherche qui en aura le temps et le goût. En ne nous excusant pas de n'avoir pas poussé plus outre l'examen de ces infiniment petits de notre littérature, nous rappellerons le mot de Ca^lius faisant recueillir les nouvelles à la main par ses esclaves : « Nescio cujus otii es.set non modo perscribere liœc, sed omnino animadvertere.
Pour les parties solides de l'œuvre, une simplification était nécessaire, sous peine de se perdre dans le détail. Il a fallu procéder par réduction et par groupement. Plusieurs idées, auxquelles Caylus tenait avec raison, sont souvent et un peu au hasard ressassées; nombre d'indications disséminées ne valent que par le rapprochement; sur le tout, enfin, flottent souvent de ces
honnêtes gens cpii n'avaient jamais pensé à les faire, pour en déterminer l'acquisition ». [Hist. de Catherine Cuisson, qui colportait.) Caylus en a bien commis quebiues-uns; mais on lui en a altribué beaucoup d'autres, surfout après sa mort, pour les mieux vendre.
1. Quel(|ues-uns font grand cas, par exemple, de M. Guillaume, cocher, qui n'est pas absolument sans mérite. Mais justement il n'a jamais été prouvé que Caylus en fût Fauteur.
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choses en suspension qui sont le meilleur d'un esprit, (juand cet esprit, hanté de découvertes, dit moins qu'il ne donne à penser. Se borner aux répétitions indispensables, utiliser le détail sans en abuser, fixer enfin l'unité intellectuelle d'une œuvre composite, délicate entreprise, que nous ne nous flattons point d'avoir su mener à bien. Nous pouvons du moins annoncer la disposition matérielle de notre travail.
L'homme d'abord : il est peu connu, mal expliqué. Son caractère, pour difficile à comprendre qu'il paraisse, n'est pourtant pas une énigme. Si les faits et les dates manquent dans cette vie, les traits moraux sont assez accusés pour lui donner un relief singulier. Le lecteur ne sera peut-être pas pris, pour notre héros, d'une sympathie particulière. Il ne pourra toutefois lui refuser quelques-unes des vertus que Mme de Gaylus remarquait chez son fils enfimt, la franchise, la délicatesse, une incroyable volonté. Mais surtout il en admirera l'originalité profonde. La carrure de Gaylus le frappera, comme un de ces rares exemples d'une personnalité qui s'accroît constamment et fait de plus en plus saillie sur les autres, aussi rebelle aux contraintes du monde qu'insensible aux retouches de l'âge.
L'œuvre ensuite, Tanivre doubh^ et une, dans ces deux domaines de l'art et de l'archéologie qui n'étaient pour Gaylus que le prolongement l'un de l'autre, et qui ne font qu'un à dater de lui. On étudie en lui l'artiste et le critique. Grande fut son influence dans les arts : l'érudition moderne peut en sourire; il n'en aura pas moins
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laissé, comme on l'a dit justement, sa trace dans l'histoire de l'art au xviif siècle \ Mais en quoi et comment? C'est ce que nous nous sommes attaché à préciser. Le hasard a secondé nos efforts. Quelques discours retrouvés par bonheur nous ont permis d'être, là-dessus, moins vague que nos prédécesseurs, et de donner à nos assertions quelque
consistance.
Pour la partie archéologique, nous avons cherché à établir que Gaylus avait jeté quelques bases définitives de la science que Winckelmann passe pour avoir inaugurée de toutes pièces, et à montrer ce qui a passé de Gaylus chez Winckehiiann, tout en maintenant l'antithèse et l'antipathie de Winckelmann et de Gaylus. L'un aide à sentir l'autre, et, à notre sens, le complète. On dira que nous prenons de haut un point de comparaison pour l'antiquaire français. Le reproche n'est pas pour nous déplaire. On a été chez nous si peu ambitieux pour Gaylus, que nous courons volontiers le risque de l'être un peu trop. Les critiques allemands, dans ce cas, nous ont donné l'exemple'. Nous avons eu constamment leurs articles sous les yeux, ainsi que les pages si substantielles de M. Maury. On s'en apercevra à la lecture. Toutefois, si nous n'infirmons aucun de leurs jugements, et pour cause, on se convaincra que notre enquête nous est bien personnelle. Sur la critique, sur la méthode de Gaylus, presque tout était à dire, et surtout à prouver.
1. Méni. inédits de l'Académie royale. Paris, 1854, 2 vol. in-8, par Dussieux, Soulio, etc. Introduction, XXXU.
2. Outre les deux précités, voir encore Heyne, Eloge de Winckelmann, en tête de la traduction française de Jansen.
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Nous n'avons pas craint d'y insister longuement, persuadé qu\\u exposé plus plein, plus arrondi, amènerait le lecteur à des conclusions inévitables, et surtout qu'il démontrerait la cohésion parfaite de Tœuvre de Gaylus jusque dans ses parties en apparence les plus désunies. On voit que, sans prétendre à renouveler le sujet, nous nVibdiquons pas l'espoir de l'avoir quelque peu enrichi. Sans nous piquer nullement d'érudition, nous avons taché d'être exact; nous n'avons pas négligé non plus les sources manuscrites. Disons tout de suite qu'elles ont pu nous fournir des détails intéressants, mais pas de vraie découverte. C'est comme une opinion répandue que Gaylus aurait laissé des manuscrits importants. Il est vrai qu'on retrouve un peu partout sa trace. Ses papiers ont été dispersés dans toutes les directions après sa mort; ils étaient probablement aussi sans beaucoup d'ordre durant sa vie. Gaylus conservait, paperassait, mais ne classait pas. Après enquête, nous croyons pouvoir affirmer qu'aucun dépùt public de Paris ne contient rien d'essentiel. Tout ce qu'il était utile de relever, nous le signalons au passage. — Pour la province, il est certain qu'un assez grand nombre de lettres de Gaylus sont égarées dans les villes où celui-ci comptait des correspondants. Nous avons essayé de s'iivre quelques-unes de ces pistes, inutilement, sauf pour un cas. Mais la correspondance qu'un ami nous a signalée d'Avignon \ quoique
1. ConvsiMnula.ice de Gaylus avec Calvet (S.'i lettres ou billets, soi^-neusement elassès, au Muséum Calvet). Nous devons cette découverte à I ohl.jreance de feu M. Gen,uand, inspecteur honoraire d'Académie, doctejir es leKres.
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assez considérable en son genre (Gaylus ne semble pas en avoir eu de plus suivie après celle de Paciaudii, perd tout intérêt auprès de celle qu'a publiée M. Gh. Nisard. On peut présumer que les pages oubliées dans les archives de nos autres départements ou de l'étranger ne sont pas d'une valeur supérieure, et nous en avons la preuve indirecte dans quelques billets conservés à la Sorbonne. •En terminant, l'auteur de cette simple étude demande rindulgence pour ce premier travail. A défaut d'autre mérite, il espère qu'on lui reconnaîtra la conscience et la sincérité. S'il avait pu se flatter d'en avoir quelque autre, il en eût fait honneur à ses excellents maîtres, à ceux qui, en inaugurant chez nous l'enseignement archéologique, ont exposé avec tant de sympathie dans leurs leçons l'histoire des antiquaires français \
Nous adressons nos remercîments îi tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont aidé pour ce travail de leurs conseils et de leur inépuisable obligeance. Nous ne pouvons les citer tous ici; mais nous ne saurions taire les noms de MM. Gharies Henry, le jeune et savant bibliothécaire de la Sorbonne; Eug. Miintz, conservateur de la Bibliothèque des Beaux-arts; Ludovic Lalanne, conservateur de la Bibliothèque de l'Institut; et Louis Farges, attaché au ministère des Affaires étrangères. Qu'ils reçoivent ici l'hommage de notre vive gratitude.
1. MM. Geor^'e Perrot et Max. Collifînon, cours des années 1819-1883 à la Sorbonne.
Paris, 14 janvier 1889.
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