CAFES
Les cafés sont pleins de pendus Que l'on décroche après mil, Les gens les veillent, moi Jondus, Qu spéculent sur leur ennux.
Ah ! c’esl un assez noble sport Que le nôtre fiers libertins ; Cherchons Le sens de notre mort ET des rimes dans le Bottin.
Or donc, messieurs les vo yageurs, Ceci HER ut café
Où quelques muets lapageurs
> A < / Révent leur propre aulodafé.
Dans leur verre est tout le printemps, Ils sont portés sur la boisson
Cassent de l'or entre leurs dents
Et le reste est pour le garçon.
LE
Vous les verrez, tous ces lépreux, Sourire à leurs vils compagnons Quand un squelette scrupuleux Viendra baisser les luminions.
C’est des poèles en fonction Pas la pour s amuser, bien sir,
. Dont les lerribles digestions
Préparent l'appétit futur.
Celui-ci, tout jeune, qui dort
Dans son tourment s'est écroulé :
Plus lard lorsqu'il sera plus fort Il dormirg toul éveillé.
L'œil d'un autre s’est obscurci Car son désir est trop profond Depuis trente ans il n’a souct
Que de se coucher au plafond.
Le plus sceptique croit en Dieu Puisqu'il altend tout de demain
E! le plus petit est bien vieux Quand le pauvre a lu dans sa main.
On a loul fait pour les chasser Mais ils s'obstinent dans leur coin, On dirait qu'ils vont trépasser En proie a la fièvre des foins.
Æt c'est pour ces lugubres blancs Que des nègres sont employés
A cultiver le Maryland
Qui miote dans les Gambiers.
Il faut citer encore Louis de Gonzague-Frick, le somptueux parnassien d'autrefois qui plie son vers aux exigences contemporaines ; Pierre Drieu la Rochelle, l’auteur d'Inlerrogation et de Fond de Cantine; Marcel Sauvage dont le Voyage en Aulobus, un peu volontairement moderne, contient d’amusantes images :
« Le Bottin coule Ni entre des quais vitrés d'étincellements — sur don lit de bilume, etc. »
Georges Gabory, dont j'aime ces vers, parus dans la revue Signaux, sous ce titre “ Vénus à Montmartre ”
L'ange a perdu son auréole
En jouant à colin-maillard Dans Paris, un soir de brouillard J'ai rencontré Vénus la folle. »
Il y a beaucoup à attendre de la personnalité aiguë, volontiers sarcastique, un peu distante de Paul Morand. Dans ses “ Feuilles de Température”,
oÙ
il procède par observations accumulées sans lien visible, par ellipses.…
IE se rend au Club Conservador
Il a des chaussures à tige de drap gris,
Une barbe de cacique, un chapeau de Cordoue, Des yeux d'anthracite avec des poches dessous Pour avoir vendu des mules à l'armée américaine (Les boîteuses défilant au centre du troupeau)
IL a des billets de mille à même sa poche revolver. La statue du Commandeur qui était au cimetière Appartient à l'ainé des Seligmann Brothers. etc.
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On voit que Morand ne manque pas d'humour ; il ne craint pas d'employer le calembour et l’allitération comique :
« Agonie d'Antigone, infirmière en lea-gown.… »
Je préfère pourtant à ce dandy du modernisme, Jean Pellerin, le jeune poète mort récemment. Il y avait dans la Romance du Retour des vers charmants :
Fermons les romans d'aventures, Oublions le chien sur un plaid, EE regardons les devantures
Où se complaisent les complets,
des visions pittoresques :
Le remouleur immobilise La moitié d'un cycliste fou.
Max Jacob :
Le Salon d'Automne est owert!
Or, on n'a peint que des prairies Comme un banc devant la mairie,
Le salon d'automne est tout vert.
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on des cocasseries de vocabulaire qui l’apparentent à
Chapitré Jean Cocteau
Je Cocteau débuta très tôt dans la littérature. Trop tôt! Il eut le temps de se tromper. Peut-être ne se souvient-il plus de l’époque où influencé tour à tour par Catulle Mendès, Maurice Rostand, Sacha Guitry, ami des musiciens Claude Debussy et Reynaldo Hahn, du peintre Paul Iribe et du dramaturge Francis de Croisset, il donnait au public ses premiers livres : Za Lampe d'Aladin, le Prince Frivole, La Symphonie du Soir, la Danse de Sophocle, livres que récitait avec un dévouement sans égal, dans des matinées littéraires, le grand tragédien que nous aimons M.de Max,et faisait la caricature de M*° Charlotte Lysès. Heureux de proclamer un aëde nouveau, Laurent Taïlhade faisait sur la scène de “Femina ”une conférence dans laquelle il annonçait les espoirs que promettait cet adolescent..….….
Nous ne reprochons pas à Cocteau de n'avoir pas connu à ce moment Apollinaire, Max Jacob et Igor Strawinski; ce n'est pas une critique pour
déprécier son œuvre. Mallarmé imita Baudelaire avant d'écrire son Æprès- Midi d'une Faune ! Depuis, Jean Cocteau a complètement fait volte-face et nous n’avons même pas à étudier ses œuvres de jeunesse qui ne nous intéressent pas plus qu elles ne doivent l'intéresser. Il était nécessaire cependant et probe d'indiquer pour ceux qui ne savent pas que le premier Jean Cocteau, musard, musagète, cocardier, ne ressemble pas au Jean Cocteau d'aujourd'hui. Un fil ténu, imperceptible pour ceux qui ne savent pas observer, relie encore les deux Cocteau : la fréquentation du grand monde parisien, Cocteau, jadis la coqueluche des salons dans lesquels il récitait ses précieux vers, demeure l'idole de ces mêmes salons. L'enfant prodige est devenu un professeur de modernisme. Il y a dans son œuvre (Gil ne le croira pas!) des traits d’audace qui se devinent et n’osent s'afirmer, par peur de ces salons. On ne peut pas être à la fois compris des snobs et des ennemis du snobisme. Cocteau, fin diplo-
mate, cherche à concilier les deux tendances. C’est
impossible. Il faudra qu’un jour où l’autre il choisisse.
Car, si grande que soit la valeur que je reconnaisse à Cocteau, ainsi qu'on va le voir dans cette étude, si nombreuses et si riches que soient ses qualités, si séduisante que soit son originalité, J'affirme qu'il peut mieux encore que ce qu'il a donné. Il doit pour cela briser certains liens et rompre d’ennuyeuses liaisons. L'œuvre, dépouillée de ces parures, de ce masque, qu’elle adopte pour le monde, apparaitra dans sa nudité plus sèche et par là plus séductrice.
DE ces œuvres ou plutôt ces fautes de jeunesse, le Temps a semé beaucoup d'ombre. Avec une énergie chirurgicale, Jean Cocteau a radicalement supprimé fout ce qui était derrière lui, tout ce qui l’attachait au passé. Porté par goût, grâce à cette intelligence merveilleuse qui sait « voir pour prévoir afin de pouvoir » vers les œuvres nouvelles, musicales, littéraires, picturales,chorégraphiques, il devait non seulement s’y adapter, mais les transformer. |
Le Cap de Bonne Espérance, paru au début de 1918, marquaitla nouvelle étape (et quelle étape!) du poète. Ainsi qu'il le dit lui-même dans une courte mais substantielle préface qui commence et commente le poème « sept années le séparent de ses dernières publications poétiques » et il était utile d'expliquer le but qu'il se proposait. Ce poème-type, à la forme architecturale et inspirée de peintures géométriques, devait être l’art poétique des jeunes écrivains; il fixe, à n'en pas douter, une date dans l’histoire de la poésie. L’artifice typographique, renouvelé des
poèmes d’Apollinaire, de Reverdy, de Picabia, mais amélioré, atteint une perfection que nul autre ne pourra dépasser. La valeur de l’ouvrage en sotest indéniable et procure une rare délectation intellectuelle.
Mais pourquoi ce poème surprend-il à ce point qu'un critique de valeur « se déclarait incompétent devant les vers ‘ cubistes ”” du Cap de Bonné Espérancé ? » pourquoi ce poème suscita-t-1l tant de détracteurs, tant d’incompréhensions? En dehors du contraste qu'il présente justement avec l'œuvre antérieure du poète, il faut bien dire que le Cap donne, de prime-abord, pour ceux qui ne réfléchissent pas, pour ceux qui n'analÿysent pas, pour ceux qui ne regardent pas, une impression de mystère inintelligible avec ses blancs, sa disposition et même sa langue si volontairement nue et pauvre.
Des passages comme ceux-ci que je tire du Préambule « où le poète ébauche un art poétique » si clair, ont fait rêver bien de jeunes têtes ; ils peuvent ne pas être saisis si on se refuse à les saisir. :
« Je te prémédile aucune architecture
simplement sourO comme Loi LupwiG BEETHOVEN
aveugle
comme loi
Homère
weillaro innombrable
ho ner Rt DAS RME AE MO vrre AT ro en
ne partout GE:
J'élabore dans les prairies du silence unlérieur
el l'œuvre de La mission
el le poëme de l'œuvre
el la strophe du poëme
el le groupe de la strophe
el les mots du groupe
el les lettres du mot
el la moindre
boucle des lettres etc.
Celui-ci est expressif. Cocteau indique ses préférences et sa voie :
L'épaule seule ayant connu le joug respire libre et nul mieux que toi la fugue Igor nu mieux que loi Pablo l'anatomie nul mieux que moi l’arithmétique alexandrine
Pour ceux qui, sans se lever du fauteuil, se donnent la peine de voir, il y a une découverte qui est un ravissement. Et Je veux montrer que je n'avais pas tort d'étudier, au début de ce livre, Stéphane Mallarmé, puisque cest encore sa loi
« Suggérer, évoquer, voilà le rêve » qui domine cet œuvre. Cocteau qui connaît toutes les finesses et toutes les ressources de Mallarmé puisqu'il a pu railler ce poète et mystifier le public parisien avec ses vers dans une comédie-bouffe, faite en collaboration avec Raymond Radiguet et intitulée le Gen-
darme Incompris, ne peut nier sa foi et sa confiance au précepte.
Le poème du Cap est tout entier en profon-
deur et sans pédales; par cela, il déroute le public qui aime le flou et qui est habitué pour longtemps aux harmonies verlainiennes et laforguiennes au même point que Satie choque les « oreilles myopes » accoutumées à Borodine ou à Moussorgsky. Le Cap est construit sur de grandes lignes. On lui reproche ‘être abscons. C’est le reproche le plus absurde qui puisse être porté, car Cocteau a horreur de l'obscurité volontaire; il veut de la clarté et une nuit « où chacun apporte sa lampe ». Voici un passage caractéristique. Devenu la proie des fantômes de l'esprit, ainsi que dans le Potomak, il s'efforce de les fixer et de les voir :
Un atavisme d'éternité mon plus beau voyage d'enfance
il faudrait de relourner vite n'importe comment n'importe où
surprendre l'ange et le domaine
à Re & , 0 Fu ati en L7 1 y) der
Suis-je le mort dans ce fauteuil
la lente pelite escorte un gedle adieu final
d'abîme écran vide une trépidation blanche où le capitaine Scolt et ses amis relournent mourir jadis ‘ chaque soir dans un linceul Véronique esquimau cinématographe
ils arrivèrent à nos yeux comme une étoile
déjà morte
el non cet héroïsme vain.
de touristes... ele.
Les vers du Cap sont dénudés. Nudité expressive. L'image fait partie intégrante du vers et adhère au vers comme la sueur colle au corps. Ainsi :
Un désir inconnu pavotse les frégates…., etc.
- On trouve cependant deux passages, dans le Cap de Bonne Fspérance, les Géorgiques funèbres et la Parabole de l'Enfant Prodigue où l'auteur, par un souci scrupuleux, peut-être regrettable, sûrement exagéré de vouloir plaire à fout le monde revient à une forme plus facile pour atteindre la compréhension du grand public : les rimes entrecroisées, les assonnances sont nombreuses ; les allitérations fré-