NET LP RE MUOR
quéntes : le rythme presque classique suit le lacis du vers et le récit se déroule, de la façon la plus normale. Le récit de la bataille de la Marne est très vivant et fait un peu image d’Epinal. Il est par-là intéressant :
on chantera la grande victoire de la Marne la Meuse l Yuer.
la grande misère fameuse qui n'était pas un miracle qui n'élait pas un hasard mais bien possible bien logique.
bien en règle avec l'histoire de France Perrault et la Bible Donc une farce énorme culbule la victoire et la retrousse le long d'un Septembre immortel... etc...
Et ces deux pages encore, martiales, sobres, toutes en silences intérieurs, qui demandent à être citées :
on ne de
reltournait pas
comme la femme de Loth vers
la mollesse indigne
pour être changé en statue
EÙ
PnES
LÉ LIRE X MAT vie
on marchait de vigne en vigne de maison en maison
de labour en labour
bien à l'aise dans l'indiscipline bien d’aplomb dans l'indépendance
bien délurés dans les uniformes bizarres
Ah 1
il y en avait des Alexandre
des Jason des César des Bonaparte
Ily en avait a la pelle
menant la danse
cé on ne sait même pas comment ils s'appellent
el la messe dans les bourgs avec
à l'élévation
les trompettes les tambours
des croix de bronze éi on a la chance de se maintenir deboul
et st on lombe à un endroit d’atlas ma foi tant pis un peu de cendre un peu de boue el une croix de bêtre en plein ventre
avec
a la place d'inscription en hébreu TONER ces rois la Passion un képt bleu
Je m'excuse de tout citer et d’abréger ainsi ma tâche. Ces quelques extraits, choisis à dessein, pour dévoiler la mâture du livre, le gréement, en montrant aussi la valeur intrinsèque. Le Cap de Bonne-Espérance, au nom symbolique, devait être le point de départ d’une poésie Âpre, toute dépouillée qui cessera subitement, on va le voir, de se développer.
Mais avant d'étudier les œuvres poétiques suivantes, il convient de dire quelques mots sur te livre déconcertant et plein de promesses, le Potomak qui est la préface du Cap de Bonne- Espérance, du €og et de l'Ærlequin, de Poësies, d'EÆscales, etc. Le Polomak n’est pas un livre. C’est le carnet d’un malade, les feuillets d’un obsédé qui se délivre par la plume d'envoûtements inconnus.
Celui qui a écrit : + Mes poètes furent Larousse, Chaix, joanne, Vidal-Lablache. Mes peintres : l’afficheur. La moindre impulsion suffisant à ma paresse de goinfre. ; a composé le Polomak avec angoisse et joie. J'aime assez à m'imaginer qu'il a dû éprouver des sensations contradictoires, analogues à celles du mourant qui descend dans la piscine de Lourdes... son dernier espoir.
Le Polomak est le récit de sa propre histoire. Un Adolphe transposé dans le domaine intellectuel ! Il y a des pages charmantes, d’une ironie très fine. Son étude des Mortimer, flasques victimes des Eugènes a, dans sa cruauté, quelque chose de saisissant. Nous en avons tous connu de ces Mortimer que le seul mot de modernisme a gâtés et qui prennent leurs tubs pour des Degas. J'aime aussi les mélancoliques visites au Potomak à l'aquarium de la place
de la Madeleine.
Ajouterai-je que l'ironie de Jean Cocteau ne se contente pas de la peinture ressemblante de personnages extravagants ? Dans la deuxième partie de son livre, les noms dont il affuble ses héros sont, simplement, un pied de nez dans le dos d'André Gide. Persicaire | Pygamon ! Les livres austères et compliqués du magister passent devant nos yeux mais avec cet art de la déformation, cher à Cocteau, qui lui a fait réaliser les dessins burlesques et terrifiants de ce livre.
Pour juger les dessins, je ne ferai que reproduire un passage de l’article de Jacques- Emile Blanche,paru en 1919 dans Comædia. L’excellent critique s’exprimait en ces fermes : « Le jeune poëte qui se croit mauvais dessinateur, fut, tout uniment, doué pour les arts plastiques. Il est un grand dessinateur sans le savoir ; il lui suffit, à lui, d’être un poëte, mais comme je ne suis point un lttérateur, je ne me permets de donner mon opinion que sur les dessins du Potomak. Ils sont du grand dessin et aucun peintre n'ose le dire ».
Ce talent de dessinateur, qu’il n’a plus exploité ensuite, Cocteau l’a transmis à sa poësie même. Le Cap de Bonne-Espérance semblait annoncer une œuvre de forme nue, au sens profond. Or, Cocteau a voulu se renouveler et Poësies marque un nouveau genre. C’est le retour au « genre joli » dans une forme à la mode. La disposition typographique est déjà moins accusée que dans le Cap ; la pensée plus raffinée, plus XVIII" siècle, a davantage l’heur de plaire aux lectrices du poëte.
Les pensées y sont cocasses et séduisantes.
L’étrangeté de ces pensées vient de ce procédé : pour Cocteau, un mot appelle un mot, en plus de sa so-
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norité, par dissociation d'images ou d'idées. Ainsi, par exemple :
Silencieux contre l’écume Pipe, enlend-je un bruit de flots ?
A peine si Naples fume
Comme un Joli matelot.
Parfois même, un mot appelle un mot par sa simple terminologie. Je veux dire qu'il emprunte la façon de jouer des enfants en société. Le jeu est connu ; on continue le mot commencé: “Miel de Narbonne, bonne d'enfant, fantassin, etc...” Cocteau a même poussé la drôlerie jusqu'à en faire une pièce complète, Cocardes, mise en musique par Francis Poulenc. Je vais citer une poësie qui contient, à mon avis, ces qualités que je viens d'énumérer : elle est surtout évocatrice.