REA DIEU AI
Annexe I
Satie et les Six
N E cherchant pas à me faire passer pour universel, n'étant pas critique musical, cette notule, jugée cependant indispensable, sera très brève. Mais, le fait d'étudier les tendances contemporaines et les divers représentants de ces
tendances, le fait d'essayer de les classer en vue de
mouvements futurs, déjà pressentis, m'interdisait de passer sous silence les musiciens dont le rôle, depuis quelques années, est considérable.
Erik Satie, le prophète de la jeune école musicale, n’est admis que depuis quelques années. En dehors de ses originalités de caractère, en dehors de la bizarrerie de ses titres, qui l’ont fait passer pour un mystificateur, sa musique, à l’encontre de toutes les autres musiques, en réaction complète contre le debussysme, était considérée comme la musique d’un ignorant ou d'un fou. La structure enfantine de son œuvre laissait croire à ceux qui n'étudient point que Satie, ne connaissait pas les
premières règles de composition et d'harmonie. Satie apporte surtout une grande originalité dans la construction. Son esthétique est aussi celle des Six, comme l'a vu Henri Collet : aller à la simplicité par la complexité polytonique. Satie ne développe pas mais compose. Dans n'importe quelle de ses œuvres on ne cesse de percevoir la claire ordonnance des motifs.
Le temps a passé. Après la partition de Parade, qui a soulevé d’incompréhensibles tumultes, cette partition « chef d'œuvre d'architecture, » nous avons pu entendre ce Socrale, œuvre admirable, douloureuse, toute de sérénité et de calme attique, et nous pouvons affirmer avec Cocteau, qui a eu le mérite génial de le soutenir «que Satie arrive aujourd'hui jeune entre les jeunes, trouvant enfin sa place après vingt ans de travail modeste. »
Satie, lequel se transforme continuellement, n'a pas cessé de montrer à Debussy, qui a orchestré à la russe ses ravissantes Gymnopédies le danger des musiques allemande et russe : Richard Wagner et Rimsky Korsakow. Debussy n'évita qu'à demi l'emprise wagnérienne ainsi qu’on le voit dans Pélléas el Mélisande opéra presque bayreuthien, mais ne put resister aux grâces slaves. « Ecœuré, dit Cocfeau, qu'il faut toujours citer, écœuré de flou, de fondu, de superflu, de passe-passe modernes, et souvent tenté par une technique dont il connaît les moindres ressources, Satie se privait volontairement pour «tailler en plein bois » demeure simple, nef, lumineux, » et il ajoute : « Jamais de sortilèges, de reprises, de caresses louches, de fièvres, de miasmes.
Se dtes TR
Jamais Satie ne « remue le marais. » C’est la poësie de l'enfance rejointe par un maître technicien. »
On considère volontiers Satie commeun humoriste, parce qu'il baptise tel de ses morceaux “ Prélude flasque pour un chien ” tel autre “ Æorceaux en forme de poire ” ou parce qu'il invente une * musique d'ameublement, ” musique sur laquelle on peut, suivant le souhait de Cocteau, marcher. Il est aussi un fervent, un poëte, tel que nous les aimons, sans le savoir.
Ce maître fut bientôt escorté, grâce à Jean Cocteau qui les enleva à Strawinsky, de six jeunes suiveurs, ayant chacun une originalité propre et nettement définie, des moyens d’expression divers, une technique différente mais un même but. Ces jeunes hommes devaient fournir une telle somme de travail
qu ils ont pu, en quelques années, acquérir de toutes premières place à Paris.
Darius Milhaud, avec ses commentaires musicaux d'Eschyle, d'André Gide, de Paul Claudel, de Francis Jammes, avec ses Soirées de Pétrograd, rou- ges comme le sang et ses poignants Poëmes d Israël et ses 5 quatuors ;
Georges Auric, l’auteur des Chandelles Romaines, de la Dame de Cœur, des Znlerludes et de tant de Æélodies, au ton souvent populaire, mais si sincère, si prenant ;
Louis Durey, qui a illustré le Bestiaire d’Àpollinaire (c'est un miracle l);
Germaine Tailleferre, avec ses délicieux Jeux
de plein air qui évoquent Irène Lagut et Maisons-
Laffite ;
Francis Poulenc, avec sa Raprodie Nègre, ses spirituels Æ#ouvements Perpétuels ;
et Arthur Honnegger, le compositeur de la Mort de Sainte- Alméenne, du Dit des Jeux du Monde, d’Alcools et de cet opéra. le Roi David, qui l'apparente à Hændel et à Bach ;
en un mot ces six musiciens avec Erik Safie, leur maître à fous, nous promettent des heures de repos et durant cette vie où tout lasse, même la musique, quelques minutes d’apaisement et peut-être d'espoir.
Annexe II
Raymond Rue
S 1 j'ai placé l'étude de Raymond Radiguet en annexe del’étude sur Jean Cocteau, ce n’est pas sans raison. Outre que Cocteau a découvert, annoncé et je puis bien le dire, lancé ce poète, il est certain que si original qu'il soit, Radiguet subit à un haut degré l'influence de l’auteur d’Æscales.
Dans un article de l’ “Esprit Nouveau ”, paru
il y a un an, Jean Cocteau qui devait employer les mêmes termes ou à peu près dans sa dédicace de la Noce Massacrée, écrivait que Radiguet « menaçait l’extrême-gauche des lettres d’une rose, comme d’une bombe » et que « tournant le dos au génie, il était le premier contradicteur né de la poésie maudite. »
Radiguet est, par excellence un poète précieux. Lui qui n’a pas écrit le “ Cap de Bonne-Espérance” n'eut pas à retourner au “genre joli ”: il y naquit. Désigné pour chanter les époques disparues, les falbalas, les perruques et les mouches, Radiguet le* fait avec un sourire d’ironie au coin des lèvres et d'agréables trouvailles personnelles.
J'ai trouvé, dans un numéro des “ Ecrits Nouveaux ”, un long poème de Radiguet, intitulé “ Histoire de France” ce qui est significatif. Significatif car il doit y avoir une réminiscence du poème de Cocteau appelé “ Hôtel de France et de la Poésie”:
La vie est sommeil dont nous tire La mort, par les pieds les cheveux
Avec un art très fin, un sens aiguisé des moindres nuances, Radiguet fait apparaître un petit coin du passé. Il n'y manque même pas les allusions lestes, libertines qu'il est de bon ton de trouver :
Semblant dans le gazon chércher De Gygès la bague perdue
Vous vous promeniez entre amies Respirant un peu, en cachette
Un amant, il l'eut pardonné
Mais pareils Jeux de pensionnaires Ne les peut comprendre un mari Avouez, Marie- Antoinelle etc.
ni les délicatesses railleuses et quintesseniées :
Des perles de votre collier Gygès suivra le pointillé
ar à ce mince col de cygne La bague de Gygès suffit
Pour escamolter votre tête etc.
Nous ne fâcherons pas Radiguet si nous ajoutons que ce prestige du passé avec les raffinements
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ét les subtilités qu'il compte ne nous séduit plus guère et que nous préférons l'an 1950 à n'importe quelle année du siècle du gros Louis XVI.
Raymond Radiguet qui n’a que 17 ans a déjà fait paraître deux livres : “ Joues en feu” et “ Devoirs de Vacances”. Il en a sous presse et en préparation. Je veux, dans cette étude consacrée au plus jeune poète de l’époque, parler surtout de Devoirs de Vacances.
Devoirs de Vacances est, ainsi que l'indique le titre, un jeu d’écolier lettré qui badine et madrigalise, jeu qu'illustrent de beaux dessins d’Irène Lagut, apparentés un peu aux “ Arlequins de Picasso ” et qui donnent envie, suivant-la fine remarque du poéte, d’être coloriés. |
Cette poésie est précieuse, narquoise, un rien agaçante aussi. Le jeu d’un enfant amuse quelques heures et lasse. Radiguet a pourtant des images plus simples et charmantes. Ainsi :