‹ De Mallarmé à 391Chapitre 28 sur 28 · ESS · texte numérisé non relu

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leur decafconc’,lesgloses métaphysiques.Car Picabia aborde tout de suite les questions qui ont préoccupé Taine, Ravaisson, Durckeim. Il s'exprime ainsi : « Les pensées du cœur, les pensées de l’âme, les pensées du cerveau, sont autant de réactions chimiques automatiques ; le courant qui les fait agir vient de vous-même, du Soleil ou de la Grande Ourse ; la Grande Ourse récite et nous récitons nos digestions et indigestions. Vos réflexions, chères lectrices, qu'elles soient anti-raison ou anti-vérité, sont autant de conventions sur un absolu qui n’est eneore que convention. Le ciel est couché sur notre dos et nous le portons pour devenir forts. »

On pourra objecter que l’auteur présente des théories dont il ne fournit, par ailleurs, aucune preuve. Je sais que la discussion philosophi que réclame des preuves, même si les formules avancées sont de grossiers sophismes. Picabia qui, sincèrement, ne croit à aucun absolu, ne croit pas aux preuves et les néglige. Il se contente de jeter des pensées saisissantes, comme celle-ci : « Il y a des hommes qui ont la tête en bas, comme les plantes et qui regardent avec leurs pieds ! Telle fut la conclusion de notre conversation sur I intelligence. »

Se reposant parfois de la destruction des entités métaphysiques, Picabia, plus calme, expose ses doctrines sur l'amour. Dans un passage, intitulé “Amour d'Intellectuels”, on trouve des idées d’une frappante originalité, exprimées dans une langue aux qualités harmoniques : « Les cloches des églises, dit-il, le bruit des vagues, le calme plat de la mer,

les clairs de lune, les couchers de soleil, l'orage, sont.

autant de shampoings pour le pénis aveugle ; notre phallus devrait avoir des yeux, grâce à eux nous pourrions croire un instant que nous avons vu l'amour de près. »

Ce qui surprend dans ce livre, en plus de l’audace des tendances énoncées, c’est la variété avec laquelle il est composé. Le chapitre IIT commence par un passage ” l'Oeil froid” qui est une merveille : « Après notre mort, on devrait nous mettre dans une boule ; cette boule serait en bois de plusieurs couleurs. On la roulerait pour nous conduire au cimetière et les croque-morts chargés de ce soin, porteraient des gants transparents, äfin de rappeler aux amants le souvenir des caresses.

Pour ceux qui désireraient enrichir leur ameublement du plaisir objectif de l'être cher, il existerait des boules en cristal, au travers desquelles on apercevrait la nudité définitive de son grand-père ou de son frère jumeau. »

Plus loin, parlant des œuvres modernes qui ne sont pas faites par des hommes, mais par des artistes, faisant allusion aux spéculations honteuses du futurisme et du cubisme, il termine par cette invective ; +: Messieurs les artistes, foutez-nous donc la paix, vous êtes une bande de curés qui veulent encore nous faire croire à Dieu. »

Il a des boutades vraiment drôles : « Dieu était Juif. Il fut roulé par les catholiques. » Des pensées pittoresques : « Toutes les croyances sont des idées chauves. » « Notre tête a deux besoins

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Ron le ventre, » Des phases simples et profondes : « Il y a D moins de choses sur terre que ne nous le fait croire notre philosophie. » Et

surtout cette parole : « Le père et la mère n ont pas

droit de mort sur leurs enfants, mais la Patrie, notre seconde mère, peut en immoler à son gré pour la plus grande gloire des hommes politiques. »

J'espère que les citations choisies montrent ce que j'avais annoncé : La force et l'originalité de ce beau livre. Qualités intérieures auxquelles Je subordonne une connaissance subtile du cœur humain ; un rare esprit d'observation. Je veux montrer maintenant, les qualités extérieures en choisissant trois exemples. Le premier est tiré du chapitre II :

Mon Sourire

Toutes les plantes m'appartiennent, c’est pour cela que je n'aime pas la campagne. ”

Il est une espèce d'oiseaux d’une grande rareté ef, bien difficile à connaître, car les oiseaux ne se posent jamais ; la femelle pond ses œufs dans les airs à une grande hauteur et l’éclosion des petits a lieu avant qu'ils n'aient eu le temps d'arriver jusqu'à terre ; volant sans cesse, ignorant le repos, les batfements de leurs ailes sont semblables aux battements de notre cœur ; arrêt signifie mort. »

Outre cette légende qui ravissait Rachilde, je veux citer un autre passage qui montre les qualités rythmiques de ce style inimitable et relâché : « Si tu savais comme je f’'aime, quel beau roman nous allons

vivre.» Et ils allument la lampe pour cacher leur nudité, leur nudité qui tremble sous la lumière de la lune. » Et cette phrase musicale, Vers l’Inaccessible :

« Là-bas, au Nord, au Midi, à l'Est, à l'Ouest, les oiseaux Fe en rond pour dessiner le soleil dans les airs.

j'ai dit en passant que le style de Pia avait un air relâché. Cela nécessite une explication. Jamais, je crois, la parole de Buffon «le style, c’est l'homme, » ne s'applique mieux qu'ici. Lorsque je vois Picabia, en manches de chemise de soie noire. tête nue, les cheveux dans le vent, au volant de sa frondeuse Mercer et quand je lis un de ses livres, un de ses articles, j'ai la même impression de bien-être et de liberté. L’attitude physique de Picabia met à l'aise ; son style permet de s'étendre. Il ne porte, ce style, ni faux-cols ni gants, mais il joue au rugby, boxe et plonge dans les fleuves. Sa grâce sauvage et capricante n'exclut pas son charme.

Il faut aussi bien, maintenant, résumer quel est le but de ce livre. Picabia, avec ses amères critiques du rastaquouérisme, sa classification des sousfemmes et des sous-hommes, veut montrer le néant des choses d’en haut et l’inanité des choses d’en bas: divinité et gloire. Y parvient-il ? L'auteur de ce livre n’étudie Picabia qu’en fant que chef incontesté du mouvement moderne ef ne s'occupe de ses croyances qu'autant qu'elles influent sur un livre; cela sans discussion, sans approuver ni réprouver.

« Il n'y a rien cependant » dit-il, dans un passage de Jésus-Christ, reprenant sa fameuse for-

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mule qui immortalisera le dadaïsme. C’est, onle voit, son unique conception, l’unique but de cet ouvrage. Livre pessimiste, trop intelligent pour devenir un Evangile de scepticisme et pour ne pas être le livre préféré de quelqu'uns de nos enfants.

La parution de Jésus-Christ Rastaquouëère laissait croire aux envieux que se terminait, après un tel effort, la carrière du peintre et du poète. Ils ne pensaienf pas que cet homme, doué d’une singulière vigueur intellectuelle et d’une extraordinaire origiginalité, allait évoluer encore, se renouveler com-

plètement.

Cette évolution coïncida avec la rupture dadaïste. On verra dans l’annexe que, pour plusieurs raisons, Picabia se sépara des dadas, résolu à travailler dans un autre milieu, nullement disposé à stagner, prêt à marcher de l'avant. Il fit paraître, en juillet 1921, un supplément de 301, qu'il baptisa le Pilhaou-T'hibaou, avec des collaborateurs nouveaux, et dans lequel il ous en des articles comme sa Lettre à Confucius etc..., sa nouvelle manière.

Ces articles qui Ldient déjà d'un grand courage et d'indépendance nepeuvent pas se comparer à deux articles parus dans Comædia. Le premier

s os Pourquoi nous avons le cafard et commençait ainsi : « On se moque des nègres parce qu’ils aiment porter des uniformes, mais ce sont les blancs quiles ont inventés ! La vénération des blancs pour l’uniforme est en rapport avec le grade qu'il représente, la

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. vénération des nègres pour l’uniforme est en rapport

avec la quantité d’or dont il est brodé — c’est pareil. ».

Après une pointe poussée contre le cubisme et ses moyens d'expression actuels, si pauvres, il poursuit : « Plus que jamais on a perdu tout plaisir d'invention », ef attaque ce qu'on appelle “ l'esprit parisien ” et tout ce qu'il engendre ; il termine par cette apostrophe : «je vous assure qu’on peut-être bien élevé sans être lâche et que c'est une lâcheté que d’applaudir à foutes les idioties que l’on nous montre sous préfexte de modernisme. J'ajoute que les coups de sifflet et les cris me paraissent encore plus absurdes que les ovations. Ceux qui protestent avec fracas sont si irrémédiablement incompréhensifs qu'ils vous donnent le désir de trouver ravissant ce qu'ils dénigrent. Les pauvretés que l’on nous propose sous l'étiquette de l'art valent exactement le silence. Il faut s'exprimer uniquement à travers soimême, ce qui nous vient des autres esf encombrant, incertain et surtout inutile. »

Par son style si clair, si précis, si nuance; (car les sous-entendus ne manquent pas) par ses ressources polémiques, cet article intaurait des formules neuves et laissait deviner une série de chroniques qui ne manqueraient pas de saveur. Quelques temps après, en effet, dans Comædia toujours, qui doit à l'indépendance éclairée de son directeur Georges Casella d'accepter des pages de cette valeur, parut Lulle contre La Tuberculose.

Après quelques lignes qui ridiculisent l'emploi constant et inopportun de certains mots comme : «général, intelligent, sublime etc...» ; après une discussion sur notre prétendue connaissance de la vie,

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Picabia ajoute : « Le plus grand poëte est certainement celui qui sen doute le moins, il a cela de plus sympathique que le soi-disant grand homme qui tâche à le devenir un peu plus chaque jour en fabriquant d’autres grands hommes qui devront à leur tour servir à lui renvoyer l’encensoir. »

Quelques lignes après, il définit les hommes : « Les êtres se divisent en plusieurs catégories — pôles actifs, pôles réceptifs — il y a ceux qui sont uniquement réceptifs, ceux qui possèdent ces deux falcultés unies et d’autres qui sont neutres au sens chimique du mot puisque rien ne peut les transformer pas plus qu'ils ne peuvent contribuer à la moindre transformation. »

Picabia termine cet article par une vision; il nous fait entrevoir ce que va devenir le monde: « l’œuvre d'art n’est que l’objectivé subjective qui dirige les hommes vers la Transparence. Transparence qui pourra donner du bonheur et de la joie, sans religions, sans croyances artistiques, mais uniquement par les points de contact qui s’établiront entre les ‘individus dans un silence de vie interne, jusqu'au moment où d’autres hypocrisies officielles viendront pourrir cette nouvelle évolution.

« La nature est amorale, ne cherchez pas à lui mettre le vilain costume de la moralité, dans le seul but de vos besoins mercantiles. »

Ces dernières lignes, la conclusion de ce bel article indiquent, plus que toute mon étude, les idées de ce perpétuel novateur.

Dans une annexe à ce chapitre, je vais essaye une critique du dadaïsme dont il fut PR à

Annexe

| Le Dadaïsme

| Le dadaïsme qui fut la dernière formule du mouvement contemporain est né de l'ennui.

À À New-York, en 1914, malgré l’affluence de visiteurs toujours inattendus et de distractions tou- __ jours nouvelles, Francis Picabia et Marcel Duchamp, ces deux ads ennuyés, s'ennuyaient. Tout les lassait, surtout leur art. Au cours de longues cau- series, ils ébauchèrent le dadaïsme, sans lui donner aucun nom.

RE n'y a pas ou du moins il y a peu de choses aussi mal comprises que le dadaïsme. La plupart de ceux qui savent ce nom l'ont dénigré systématiquement, par un parti-pris absurde, parce que leur journal préféré l’attaquait, etc..., sans aller plus loin, sans se demander si leur probité pouvait être satisfaite de ce jugement porté à la légère. Je vais pour ceux quilironftcelivreet quine connaissent pas ce mou- vement expliquer du mieux que je le pourrai ce que

l'on a appelé ” l'esprit dada”.

Picabia et Duchamp avaient quitté le cubisme, écœurés par la spéculation éhontée qui présidait à cette forme. En étudiant l’histoire du futurisme, du symbolisme, de l’impressionisme, etc..., ils constatèrent, au début, une même ingénuité, bientôt remplacée par de semblables calculs intéressés. Alors commença pour eux ce grand dégoût de l'Art...

Dada n’admet pas de valeurs. Un serrurier vaut un maréchal de France et l'employé de banque égale le peintre ou l’académicien. Pourquoi cet orgueil boursoufflé de l’homme de lettres, du compositeur ? L'artiste ne doit pas être un Artiste mais un homme. Dada combat tout les grades qui octroient la sottise et la vanité : il blâme tous les titres et n’admet que l'originalité de la personnalité, quelle que soit par ailleurs cette personnalité. Dada aime du même amour ou méprise du même mépris Rubens et le copiste du Louvre. Les “ Descentes de Croix” ne dépassent pas les descentes de lit.

Dada est contre toutes les classifications.

Il n’admet ni dogmes, ni principes et considère comme vaines les religions ou les croyances puisqu'il n’y a pas d’absolu. Il est au- -dessus des partis et des gouvernements.

Contre la morale.

Contre la logique.

IT déteste les faux grands hommes et rit du sérieux des pontifes. La vie est ridicule et Dada rit. I] trouve l’art vieilli ; le mot “art ” suranné : la littérature désuète ; les mots usés et sans valeur.

On voit que Dada, d’un seul coup, jetait trop de vérités. La musique, la peinture, la httératur sont de pauvres petites poupées mécaniques à qui tant de fois déjà ona fait dire “ Papa, Maman” qu'il est fastidieux d’insister. Picabia ne se vante pas d’avoir donné d’autres cheveux à l’une de ces poupées; il ne prétend pas l'avoir fait bavarder plus longtemps, non ; il l’a prise et au lieu de dire comme jadis “ Papa, Maman, Maman, Papa, ” la petite poupée mécanique a dit “ Merde.” Néanmoins, comme le dadaïsme se déclarait contre les spéculations, contre les tripotages financiers et les préoccupations mercantiles, il eut, dès son apparition, des ennemis irré-

ductibles.

En Suisse, en 1916, au cabaret Voltaire, un poète roumain, Tristan Tzara, préoccupé par des questions similaires, dégoûté lui aussi par l’intellectualisme contemporain, composait des poèmes, dans le même esprit, sans toutefois connaître Picabia. C'est en 1918 que Picabia, se trouvant en Suisse pour des raisons de santé rencontra Tzara avec lequel :il échangea des idées communes et qu'il emmena à Paris. On sait que Tzara prétend avoir trouvé le mot Dada, mais d'autre part les écrivains allemands Richard Huelsenbeck et Christian Shad en revendiquent la paternité. Toujours est-il que, quelqu’en soit l'inventeur, le mot Dada exprime mieux que n'importe quel autre par sa répétition et son sens symbolique, la philosophie amère et découragée de ce mouvement.

Lorsque Picabia et Tzara arrivèrent à Paris,

de nouveaux adeptes se joignirent: Georges Ribemont-Dessaignes, Paul Dermée, Gabrielle et Marguerite Buffet, Céline Arnault, Louis Aragon, André Breton, Philippe Soupault, Paul Eluard etc... Les dadaïstes organisèrent alors, salle de l'Œuvre et salle Gaveau, des manifestations dont on n'a pas fini de se souvenir et dont le tumulte ne peut se comparer, dit-on, qu'aux tumultes qui accompagnèrent

le Roi Bombance et Ubu-Roi.

Ces manifestations se composaient de manifestes, de poèmes, de piéces lus et joués par les dadaïstes quiaiment les contrastes. Dans un étrange décor de Picabia, représentant une roue de bicyclette, n'imaginèrent-t-ils pas afin de mystifier le public en délire de faire chanter des mélodies de Duparc par la toute charmanfe Hania Routchine? Le public qui sifflait, huait, hurlait, tempêtait fut pris à son propre piège, insultant ce qu'il aime.

C'est à la salle de l Œuvre que fut jouée l'ahurissante et célèbre “ Première aventure céleste de M. Antypirine” de Tristan Tzara que je préfère : à la seconde: c'est aussi à la salle de l Œuvre qu'André Breton lut le fameux “ Manifeste cannibale” de Picabia où la véhémence de l’auteur se donnait libre cours. Les imprécations volaient sur le public ahuri : « Debout devant Dada qui représente la vie et qui vous accuse de fout aimer, par snobisme, du moment que cela coûte cher... Que faites-vous ici, parqués comme des huîtres sérieuses — car vous êtes sérieux n'est-ce pas ? Sérieux, sérieux sérieux jusqu’à la mort... Dada lui ne sent rien, il n’est rien,

rien, rien. Îl est comme vos espoirs : rien, comme

vos paradis: rien, comme vos idoles : rien, comme vos hommes politiques : rien, comme vos héros : rien,

comme vos artistes : rien, comme vos religions : rien Mietc..:+

Après ces manifestations retentissantes, qui soulevèrent un instant le Paris des premières, les dada- __ ïsfes n’eurent plus que rarement l’occasion de se montrer en public. Une conférence de F.T. Marinetti sur le tactilisme fut leur dernière sortie. Une période de silence succèda qui, on va le voir, est assez facilement explicable.

| Les dadaïstes, grisés par le succés, prenaient de l'importance. Les principaux comme Tzara rece- vaient chaque matin, de l’ÆArqus de la Presse, deux ou trois enveloppes de coupures. Aragon, Breton et Soupault vaficinaient et pontifiaient dans la Revue Litlérature, dont ils sont les co-directeurs. Ce qui devait arriver arriva. Après avoir combattu tous les dogmes, après avoir nié foutes les valeurs, ils fondaient une chapelle où des offician(s gradés célébraient à l’envi le culte dada. Ceux-là qui se ser- virent des revues de Picabia pour donner largement leurs noms à la presse, je les ai appelés les “ profiteurs du dadaïsme“.

De plus en plus dégouté par cette attitude singulière et inattendue de ses camarades, harassé par les potins, les intrigues, les jalousies, les lettres anonymes, Picabia s’obstinait à se faire. Deux ou trois manifestations données sans lui, une visite à l'Eglise de Saint-Julien le Pauvre et le piteux procès

Barrés, montrèrent la stérilité de ces novateurs. Ce fut alors que Picabia résolut de se séparer d'eux. Ille fit dans un article de Comædia puis dans une lettreau cours de laquelle il cinglait les mufles, les sots et les

imbéciles. Ce fut définitif.

La scission fit grand bruit. Les jeunes dada, depuis, bien que le plus remarquable d’entre- eux, André Breton, se soit à son tour retiré, ont essayé de se grouper sous l'impulsion de Tristan Tzara. [1 ne nous semble pas que ce mouvement puisse donner beaucoup ; les répétitions abondent et l'intérêt diminue.

Non que l'intelligence manque. Tristan Tzara dont j'ai à plusieurs reprises parlé, a un don de poète qui le rapproche de Verlaine et de Madame de Noailles. Ce don il l’a volontairement dissimulé derrière une langue rébarbative, inculte où parfois cependant scintille un diamant. Tzara est pourvu d'une incontestable originalité. Son « Calenorier Cinéma du Cœur Abstrait» sa série de Monsieur Aa intéressaient au plus haut point. Ce que je préfère c'est son ÆManifesle sur l'Amour fable et l'Amour Amer, Vu au vernissage Picabia, dans lequel Tzara donne libre cours à sa verve, à une ironie intense et veloutée.

L'ironie est aussi l’un des trait caractéristique d'André Breton dont les Champs Magnétiques écrits en collaboration avec P. Soupault m'ont vivement captivé. Les qualités rythmiques de ce livre fixent des points de ressemblance avec le ’isage émerveillé de Madame de Noailles. Ainsi: « La

fenêtre creusée dans notre chair s'ouvre sur notre

cœur. On y voit un immense lac où viennent se poser à midi des libellules mordorées et odorantes comme des pivoines.» Il y a de jolies trouvailles personnelles : « Les grands marais phosphorescents font de jolis rêves et les crocodiles se reprennent la valise faite avec leur peau » ou « La volonté de grandeur de Dieu le père ne dépasse pas 4.810 mètres en France, altitude prise au dessus du niveau de la mer.»

Le dadaïsme est-il mort? Je ne crois pas, pour ma part, que les manifestations de la salle Gaveau ou du Théâtre de l'Œuvre se renouvellent. Les éléments dadaïstes se sont séparés de telle façon qu’une recollation semble impossible. Si le dadaïsme est mort, en tant que mouvement reconnu, j'allais dire officiel, l'esprit dada subsiste, de nou- velles tendances se dessinent, des surprises se préparent qui feraient peut-être oublier dada de ceux % qui en eurent si peur.

Note I

Annexe à 391

" Quelles seront les tendances de ce mouvement en avant ? Aura-t-il des affinités avec le dadaïsme ? Il serait, je crois, téméraire de vouloir préciser. Il sera peut-être original en ceci qu'il ap- portera quelque chose quon n'attend pas du tout. On peut espérer qu'il sera plus audacieux encore que le dadaïsme et qu'il suscitera davantage de colères, de tumultes, d'insultes et partout d'intérêt.

are, La génération contemporaine qu'ennuient les arts, qui préfère à toutes les philosophies la lecture du Bottin ou du Livret Chaix, qui préfère aux ballets stylisées de l Opéra les essais géométriques de « Jeanne Ronsay, que n'intéresse aucune musique si ce n'est la poignante nostalgie des fangos nègres, que ne distrait même plus la mécanique avec ses rouages ef ses moteurs; cette génération qui répudie tous les sentiments et tout l’encombrant bagage du cœur ; cette génération veut marcher en avant pour toujours.

À Picabia, en juillet 1921, après sa scission avec les dadaïstes, fit paraître le Pilhaou Thibaou,

annexe à 391. Les différents articles, d’un ton tout nouveau, étaient signés de Picabia, de Jean Cocteau, de Marcel Duchamp, de Gabrielle Buffet, de Céline Arnault, du poète anglo-américain Ezra Pound, de Christian, du belge Clément Pansaers, de Paul Dermée, de Jean Crotti, de Georges Auric, d'Erik Satie, de Pierre de Massot. Cette revue à laquelle il me semble on a prêté peu d'attention, était

au début de ce mouvement. 4

Les sciences peu à peu, vont occuper la place, une des foutes premières, à laquelle elles ont droit et que des années de stupidité leur ont refusées. Elles domineront, je pense, les époques à venir, étouffant les dernières œuvres du passé jusqu'au jour où selon notre seul rêve, la littérature, la musique, la peinture deviendront les trois branches principales de la neurologie |

Paris Octobre, 1924

Gabrielle Buffet Marguerite Buffet Paul Bonnetain

Due Emile Blanche | CS Braque |

rite dés No cités

a Paul Claudel

Jean Cocteau Georges Casella Francis de Croisset Blaise Cendrars Tristan Corbière Cézanne Christian

Jean Crotti Cresson

Henri Collet Docteur Collin

Dujardin-Baumetz Léon Daudet Ernest Dupré Dorival Durckeim

Louis Durey

Duparc

Paul Dermée

Drieu la Rochelle André Derain Claude Debussy Marcel Duchamp

Degas Delauna y Serge de Diaghilew Raoul Dufy

ÆE Eschyle Paul Eluard Einstein

el Favory Flammarion

Léon-Paul Fargue Louis de Gonzague-Fricx Fauconnet

René Ghill Georges Gabory André Gide

Sacha Guitry Remy de Gourmont Paul Gauguin Albert Gleizes

Juan Gris

Pierre Louys

Joris-Karl Huysmans Marie de la Hire Arthur Honneger

Ludovic Halévy Reynaldo Hahn

Paul Iribe

J Max Jacob

Francis Jammes K

Gustave Kahn Kant

Jules Laforgue Leibniz # Charlotte Lysès

Lautréamont |

F. Léger André Lhote

Marie Laurencin Irène Lagut

| Stéphane Mallarmé Paul Morand ï | Mistinguett

éonide Massine

Ezra Pound Marcel Proust Clément Pansaers Pablo Picasso

Jean Pellerin

Henri de Régnier Rachilde

Raymond Radiguet G. Ribemont-Dessaignes Pierre Reverdy Ravaisson

Henri Rousseau Rubens

Léonce Rosemberg Arthur Rimbaud Renoir

Hania Routchine .

Maurice Rostand Rouveyre Rutebœuf

Jeanne Ronsay

S ë Saint-Pol Roux

Cécile Sorel

Marcel Sauvage Igor Strawinsky Philippe Soupault

Sisley Christian Shad André Salmon Erik Satie Stieglitz

T Albert Thibaudet

Germaine Tailleferre

Tristan Tzara Saint-Thomas “US Gustave Toudouze . Taine Laurent Tailhade

À. Toussaint-Luca

Paul Verlaine st ke Edgar Varese ne Tancrède de ve à

Richard Wan b ; Oscar Wilde 4

Emile Z6la- 00040 Marius de Zayas

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