‹ De Mogador à Biskra: Maroc & Alge?rieChapitre 16 sur 25 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ck)nstantme. — Départ pour Biskra. — Troupeau de chameaux. ~ Batna. — Une scène révoltante. — Insalubrité de Batna. — Lambèse. — Une trombe. — L'insurrection de TAurès. — Les ruines romaines. — En carriole. — Aïn Touta. — Les gorges et l'oasis d'Âlcantara. — L'entrée dans le désert. — L'hôtel du Sahara. — La pluie. — Rencontre inattendue. — Le nègre Momi.

— Le vieux Biskra. — Les palmiers. — Un jardin d'Ârmide. -^ Une fantasia. — Les scorpions. — Sœur Hélène. — Les naîlettes.

— Les cafés maures. — Le caïd Ben-Gana. — A travers le désert.

— Sidi-Okba.

La ville arabe de Cens tan tine est, après Tlemcen, ce que T Algérie a de plus original. Les maisons, au lieu de se terminer en terrasses comme dans les autres villes arabes, sont couvertes de toitures en tuiles qui rappellent assez bien celles des villages d'Espagne. Vue de loin, Constantine n*a donc pas cette blancheur éclatante qui est généralement le caractère distinctif des villes orientales.

Une promenade dans ces vieux quartiers arabes est pleine de surprises : ce ne sont que ruelles tortueuses et bizarrement enchevêtrées, passages voûtés, montées rai des et descentes

rapides ; les maisons mauresques, aux portes couvertes de signes cabalistiques, ont des étages saillants qui se rejoignent au-dessus de la tête des passants, si bien qu'on n'aperçoit plus le bleu du ciel.

Gonstantine offrait une animation inusitée.

Les Arabes célébraient la fin du rhamadan par des fantasias et d'autres réjouissances. Tous avaient mis leurs plus beaux habits de fête ; ils portaient les costumes les plus clinquants : des vestes de soie rouge, bleue, verte, jaune, des fez ornés de dessins en or, des culottes historiées de broderies : les yeux en étaient littéralement éblouis. Les cafés maures regorgeaient de monde, les enfants se livraient dans les rues à toutes sortes de jeux, les cavahers montaient leurs chevaux les plus fringants, richement harnachés à la mauresque ; les nègres se livraient à leur musique infernale, et dansaient la derdeba, vêtus de peaux d'hyène, la figure couverte d'un masque grotesque, la tête coiffée d'un chapeau conique orné de coquilles et de miroirs et surmonté de plumes d'aigle ; les uns agitaient avec une ardeur frénétique des karakobs ou castagnettes en fer ; d'autres frappaient avec des bâtons recourbés sur des tambours en terre cuite, des tam-tams et autres

instruments grotesques ; ils accompagnaient leur étrange musique d'un chant sauvage qu'ils semblaient avoir apporté du fond de l'Afrique centrale. Lorsque nous leur donnions un gros sou, au lieu de tendre la main, ils le prenaient avec leurs dents dont la blancheur d'ivoire contrastait avec leur figure de suie.

Gonstantine ne se trouve qu'à deux journées de voyage du Sahara, et le jour n'est pas éloigné où quelques heures de chemin de fer suffiront à franchir les 233 kilomètres qui séparent cette ville de Biskra.

Après vingt-quatre heures de repos nous primes la diligence de Batna, une de ces monumentales diligences à trois compartiments qui, détrônées en Europe , ont cherché un dernier refuge sur la route qui mène au mystérieux désert d'Afrique. Il était sept heures du soir quand elle quitta Gonstantine emportée par ses six chevaux lancés au galop : en Algérie, on ne voyage en été que pendant la nuit ; on évite ainsi la chaleur, la poussière et les mouches. Après avoir rêvé quelque temps à travers la fumée du tabac algérien, nous nous tapîmes chacun dans un coin du coupé, et nous essayâmes de dormir.

Le lendemain, dès qu'il fit jour, la première

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chose qui frappa nos regards fut un immense troupeau de chameaux qui s'étendait à perte de vue : ils pouvaient être plus de deux mille. De loin nous les prîmes d*abord pour une forêt ; mais nous vîmes, en approchant, qu'ils avançaient lentement en broutant une petite plante rare et chétive, qui croissait par touffes sur le sol aride : tous broutaient en marchant dans la même direction, exactement comme eût fait un troupeau de moutons. Ils étaient conduits par des Bédouins, dont nous apercevions les tentes basses dressées près de la route. Les hautes montagnes de TAurès, à -demi cachées dans les nues, servaient de fond à ce tableau d'une haute couleur africaine. Le ciel seul, sombre et nuageux, n'avait rien qui répondît à l'idée qu'on se fait d'un ciel africain : à le voir on se serait cru en Hollande. « Où donc, s'écria mon compagnon impatienté, faudra- t-il aller chercher le bleu ! »

Il pouvait être huit heures du matin quand nous arrivâmes à Batna, dont le nom arabe signifie bivac. Comme nous entrions dans la localité par la porte de Gonstantine, une caravane de Bédouins en sortait et embarrassait la route. Alors notre conducteur invita les soldats à nous frayer un chemin, et les soldats

de frapper les chameaux à coups de crosse pour les obliger à nous faire place ; mais le conducteur leur enjoignit de frapper non les bêtes, mais les Arabes : alors les coups de crosse, en dépit de nos énergiques protestations, tombèrent sur les épaules des pauvres Arabes, qui n'osaient même pas se plaindre. Ce spectacle me révolta tellement* que je ne pus m'empêcher de morigéner ce brutal conducteur qui méritait d'être lui-même battu à coups de crosse. Et voilà comment, en Algérie, sont traitées les populations conquises. Quoi d'étonnant qu'elles aient en haine les conquérants ! Les Américains ne traitent pas autrement les Peaux-Rouges : et nous nous en indignons !

Batna est un village fondé en 1844, lors de l'expédition de Biskra. Il est bâti sur le plan des cités américaines, avec des rues tirées au cordeau et une enceinte parfaitement carrée- Situé à plus de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer, Batna est affligé d'un climat extrême : le froid y est aussi rigoureux en hiver que la chaleur y est excessive en été.

Chaque année les insolations et les gelées y tuent beaucoup de monde. Nous passâmes à Batna au mois de septembre, qui est particulièrement la saison des fièvres : elles sont

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causées par la fraîcheur des nuits succédant à des jours brûlants ; tout le monde en était quelque peu atteint. La fièvre de Batna est une des plus dangereuses de l'Afrique : elle se déclare par des maux de tête, des vomissements et du délire ; les yeux sortent de la tête. Si Ton ne peut arrêter le mal au début, on en meurt souvent au bout de deux heures.

A 12 kilomètres au sud-est de Batna, au pied de TAurès, on visite les restes de Tancienne ville romaine de Lambèse. Nous y allâmes dans une mauvaise patache, par une belle matinée. L'air était frais et vivifiant, et nous ne nous serions guère doutés que nous étions dans une des régions les plus insalubres de l'Afrique. Entre nous était assis un pauvre enfant de dix ans, miné par la fièvre : la maladie lui avait affreusement ravagé les yeux. Nous traversons au galop une grande plaine limitée par les hautes montagnes de l'Aurès, le massif le plus élevé de l'Atlas algérien. Il est un pic qui attire l'attention par son altitude, son superbe isolement et sa noble silhouette : c'est le Tougourt, dont l'aspect m'a rappelé le célèbre pic de Ténériffe. Ses pentes sont couvertes d'antiques forêts de cèdres.

Nous eûmes deux incidents sur cette route

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de Lambèse : nous vîmes une de ces trombes fréquentes dans le désert, qui soulèvent à une grande hauteur une colonne de sable tournant sur elle-même en spirale. Quelques instant après nous fûmes devancés par les Arabes formant Tescorte du caïd : vêtus d'un burnous de laine blanche, coiffés d'un turban en corde de poil de chameau, [il galoppaient le fusil sur la cuisse ; chevaux et cavaliers avaient vraiment grand air. Ces soldats se rendaient dans FAurès pour châtier les tribus qui s'étaient récemment révoltées ; quelques insurgés avaient voulu gagner la Tunisie par le désert, où on les avait trouvés morts de soif.

Nous arrivons vers onze heures à Lambèse :

à la fraîcheur du matin a succédé subitement une température qui met la cervelle en ébulition ; c'est par cette chaleur d'enfer que nous explorons les ruines romaines. Les inévitables thermes se présentent d'abord : bien qu'il ne reste plus de Tédifice que les fondations, on en reconnaît parfaitement la disposition, qu'on retrouve aujourd'hui encore dans les bains maures. Nous y avons ramassé de beaux échantillons de mosaïques et des restes de poteries. Mon compagnon, qui s'occupe d'entomologie, a recueilli au milieu de ces débris, le curieux insecte connu

SOUS le nom de mante religieuse. A peu de distance des thermes s'élèvent les ruines grandioses du prétoire, une de ces inébranlables constructions aux murs cyclopéens, qui donnent une si haute idée de la puissance du peuple roi. C'est le monument le mieux conservé de Lambèse : les murs, hauts de quinze mètres, sont tous restés debout ; seul le toit s'est écroulé. Les façades correspondent aux points cardinaux. On a fait de cet édifice un musée d'antiquités, où Ton a réuni des statues, des mosaïques, des inscriptions, des poteries trouvées dans les fouilles. De la principale porte du prétoire part une voie romaine encore toute dallée, qui nous mène à travers une plaine jonchée de débris.

Le long de la voie sont de nombreux monuments tumulaires qui portent des inscriptions encore lisibles. Nous passons sous un des quarante arcs-de-triomphe qu'on pouvait voir au siècle dernier, et dont quatre seulement sont restés debout ; nous visitons le temple d'Esculape érigé sous Marc-Aurèle, le grenier d'abondance récemment amené au jour parles fouilles de M. Bamion, le tombeau du général romain Flavius Maximus reconstruit par le colonel Carbuccia, et le cirque dont il ne reste plus que l'emplacement. Ce cirque avait 14 portes et

400 mètres de diamètre. Du haut de ses gradins nous avons contemplé la campagne environnante, silencieuse et abandonnée: là où s'élevait autrefois une somptueuse ville romaine couvrant une superficie de 600 hectares, nous avons vu un campement de Bédouins, et nous n'avons pu nous empêcher de songer que nos griandes capitales modernes auront peut-être un jour une destinée semblable.

Quinze heures de carriole nous menèrent de Batna à Biskra. Et quelle carriole ! une sorte de petit char-à-bancs portant sur quatre perches une toile qui ne garantissait ni de la pluie ni du froid. Or j'ai dit combien les nuits de septembre sont froides en Algérie. Il y avait place pour trois voyageurs, mais l'on s'arrangea de manière à en prendre quatre : on me plaça commet on put sur le siège de devant, entre une grosse (^ame et le conducteur. Quel lit de Procuste ! Le toit était si bas, que nous ne pouvions garder sur la tête nos casques indiens. Il y avait, parmi les bagages, une grande caisse pleine de poudre de chasse, suspendue sur nos têtes comme une épée de Damoclès.

Nous partîmes de Batna à cinq heures du soir, emportés au triple galop à travers un nuage de poussière qui devait nous escorter jusqu'à

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Biskra. Au-dessus de nos têtes s'amoncelaient des nuées orageuses qui semblaient présager un complet bouleversement dans Fatmosphère.

Un vent violent, âpre et desséchant, balayait la plaine immense : ce vent me rappelait celui qui souffle chaque soir sur les hauts plateaux des Cas tilles. A neuf heures on s'arrêta à Aïn-Touta, dans une ferme fortifiée où nous primes de la soupe et du café à trois francs par tête. Il fallait bien faire contribuer les voyageurs aux frais du pharmacien : les six enfants de Tendroit avaient la fièvre. Toutes les fermes de ce pays sont fortifiées en vue des attaques des Bédouins.

Il pou vait être minui t quand no us entrâmes dans les fameuses gorges d'Alcantara, bien nommées par les Arabes « la bouche du Sahara ». A la pâle clarté de la lune nous pouvions entrevoir Tobscur précipice au fond duquel se tord en mugissant le torrent écumeux de TOued-Kantra, entre les masses sourcilleuses du Djebel-Tilatou et du Djebel-Giaous. Ces gorges sont les thermopyles du désert. Le pont d'Alcantara, de construction romaine, franchit le précipice, et son arche unique, de dix mètres d'ouverture, semble aussi solide qu'il y a dix-huit siècles ; mais la nouvelle route le laisse à droite.

Qui s'attendrait à rencontrer au cœur de cette

via mala une oasis plantée de 20,000 palmiers ! Je n*oublierai jamais l'impression que j'éprouvai quand, au sortir de montagnes d'un aspect terrifiant, je vis le défilé s'élargir subitement et se transformer, par un contraste indicible, en une luxuriante vallée, la plus pittoresque, la plus romantique que le divin Créateur ait jamais formée. A la lueur de la lune le feuillage des palmiers s'irradiait de reflets argentés. Je ne sais si la nouveauté de la scène ou le mystère des demi-ténèbres exaltait mon enthousiasme, mais je garderai toujours le souvenir de cette merveilleuse oasis d'Alcantara entrevue au clair de lune. Peut être que si je revoyais le même site à la clarté du soleil, il me charmerait moins : au retour je l'ai revu à la même heure, et cette fois encore il m'a semblé d'une inexprimable beauté.

La tête remplie de ces splendides images, nous finîmes par tomber dans un sommeil irrésistible.

C'est dans le désert que nous nous éveillons au point du jour. L'impression est profonde, saisissante, et de celles qui se gravent à jamais dans la mémoire. Qu'on s'imagine avec quelle émotion, après un sommeil de quelques heures, nous vîmes, en ouvrant les yeux, se dérouler

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devant nous, à perte de vue, le mystérieux Sahara, Tinfinie plaine blonde où notre véhicule errait sans route tracée comme le navire sur Tocéan illimité ! Quand le soleil se leva derrière les montagnes décharnées deTAurès, Timplacable soleil qui chaque jour porte dans cette stérile immensité la sécheresse et la mort, alors nous nous trouvâmes comme annihilés devant la grandeur du tableau : sous cette puissante étreinte de Tinfini, je sentis toute mon âme s'élever involontairement vers Dieu.

La vue de T Océan éveille moins ce sentiment de rinfmi que la contemplation du désert, peut-être, comme Ta fort bien remarqué M. Goblet d'Alviella, parce qu'à l'absence de bornes visibles vient se joindre ici l'absence complète de bruit et de mouvement.

Nous cherchions vainement quelque objet qui pût reposer la vue : pas un arbre, pas même un brin d'herbe, pas le moindre filet d'eau : le sable, partout le sable. Seuls des squelettes de chameaux couvraient ça et là cette effrayante nudité, et nous annonçaient que nous étions dans une des parties les plus fréquentées du Sahara. Nous rencontrâmes, en effet, plusieurs caravanes de Bédouins qui conduisaient vers le nord des chameaux de transport.

Nous vîmes enfin poindre à Thorizon une grande tache de verdure, qui nous indiquait la place de Toasis de Biskra. Bientôt surgirent du sein des palmiers les minarets de Tantique capitale des Ziban. Comme nous approchions, le ciel depuis longtemps menaçant devint tout noir.

Nous descendîmes à Thôtel du Sahara, au

fort Saint- Germain. A., peine eûmes-nous pris possession de notre gîte, qu'un épouvantable orage accompagné d'une pluie torrentielle éclata sur cette oasis de Biskra où il pleut trois fois en dix ans. Les officiers du cercle militaire nous apprirent par la suite que depuis le 21 mai 1876 il n'était pas tombé une goutte d'eau : et notre arrivée faisait crever toute les cataractes du ciel ! Les gens de Biskra faillirent nous sauter au cou pour nous remercier. La veille encore soufflait le terrible simoun, par une température de 48** centigrades, et voici que le thermomètre était descendu à 29"*. Nous portions bonheur à Biskra. La pluie persista pendant toute la durée de notre séjour, si bien que nous aurions pu avec quelque raison noter dans nos carnets qu'il pleut constamment au Sahara, comme certain voyageur qui, voyant une fille d'auberge rousse, écrivait que toutes les femmes du pays étaient rousses.

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Les registres d'hôtel vous font souvent découvrir des amis que vous croyez à mille lieues de vous. Je ne me serais guère attendu à découvrir, dans cet hôtel perdu au fond du Sahara, le plus original et le plus entreprenant des Parisiens, un Parisien qui s'est trompé le jour où il naquit en France : il aurait dû naître sur les bords de la Tamise, ou mieux encore sur ceux de THudson ou du Potomac. Ce nouveau compagnon de voyage arrivait en droite ligne de rinde, et pour se reposer de cette « promenade » , il n'avait rien trouvé de mieux que de venir faire un petit séjour à Biskra. Il avait parcouru tout Tlndoustan, de l'Himalaya au cap Gomorin, y compris l'île Ceylan, en 83 jours. Une autre fois il trouva le moyen de faire 6,000 lieues en 60 jours à propos de l'exposition de Philadelphie, où nous dûmes nous rencontrer sans le savoir. Que dire d'une promenade dans l'Amérique du Sud, où ce kilométrophage parcourut 36,000 kilomètres en 114 jours! Déjà il projetait un voyage nouveau, digne de lui : de Paris au Japon à travers la Sibérie !

Dès que le ciel se fut rasséréné, nous fîmes une promenade de reconnaissance, guidés par Momi, nègre couleur charbon, qui parle un mélange d'arabe, d'italien et de français ; dans

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son langage, « trois francs » s'exprime par € franco, franco, franco. »

Le quartier français où nous étions logés est situé à quelque mille mètres du village indigène. Qu'on s'imagine un grand quadrilatère ombragé d'arbres des tropiques, et bordé sur tout son pourtour de maisons blanches et basses terminées en terrasses, à la façon mauresque ; l'un des côtés du quadrilatère est occupé par les bâtiments à arcades du cercle militaire construits sous le commandement du duc d'Aumale. Les officiers nous accueillirent de telle façon qu'au bout d'un quart d'heure nous étions camarades : ces pauvres exilés saluaient en nous les premiers étrangers de passage de l'année. Dans la salle de lecture j'ai remarqué le portrait autographe du duc de Brabant, qui visita Biskra il y a quelque vingt ans: alors déjà ce prince s'intéressait à cette Afrique dont il a noblement entrepris la régénération depuis qu'il est devenu roi des Belges.

Momi nous conduisit d'abord au marché, où les indigènes nous vendirent des dattes fraîches, des cornes d'antilopes, des couteaux du pays, des éventails en alfa. Nous sortîmes ensuite de la ville, car Momi brûlait d'aller voir le

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barrage de TOued Biskra : hier à sec, la rivière coulait maintenant à pleins bords, roulant une eau jaune et troublée. C'est l'orage qui avait opéré cette subite transformation. Momi était content : cette eau bourbeuse était un trésor inestimable. Nous traversons le village nègre, dont les maisons, hautes de deux mètres à peine, rappellent assez bien nos fours à briques.

Non loin de là nous trouvons le vieux Biskra, le Biskra des indigènes. Étrange village, placé au cœur de l'oasis : nous traversons des rues tortueuses bordées de murs croulants, de masures en terre séchée au soleil, et ombragées par des palmiers- dattiers hauts de 40 mètres.

Voici la mosquée, faite de boue comme les maisons-, et dominée par une tour carrée qui s'élève à la hauteur des palmiers : une tour en boue, de 40 mètres de hauteur ! Nous y montons avec Momi par un escalier tout ébreché, et du haut de l'édifice chancelant, qui semble devoir s'effondrer sous notre poids, nous dominons la forêt des 140.000 palmiers, au-delà de laquelle se dessine la ligne bleuâtre du désert, semblable à une mer sans eau. A nos pieds sont les terrasses des maisons, où les indigènes passent leur vie, font la cuisine, dînent et dorment au frais dans la saison chaude ; sur

chaque terrasse on aperçoit une grande outre en peau de bouc suspendue à un trépied : c'est la provision d'eau.

Le vieux Biskra se compose de nombreux villages disséminés dans Toasis. Nous en avons traversé trois: ce sont toujours les mêmes murs en terre, les mêmes maisons sans étage, sans fenêtres, couleur café à la crème ; mais partout c'est une inépuisable variété de costumes jaunes, rouges, bleus, blancs. Des ruisseaux traversent ces villages : leurs eaux salies par l'orage ont la même couleur que les maisons; les habitants ne s'en servent pas moins pour leur cuisine et leurs ablutions. Ce qui nous a péniblement frappés, c'est le nombre prodigieux d'aveugles et de borgnes : il n'est pas deux indigènes sur trois qui aient l'usage des deux yeux ; mais aussi ne prennent-ils aucune précaution contre l'ardeur du soleil.

Suivant El-Bekri, les Biskris appartiennent à la race mélangée, dont le sang est moitié arabe, moitié berbère.

Le palmier dattier est la providence de ces populations. La datte est la base de leur nourriture : ce fruit, délicieux lorsqu'il vient d'être cueilli, croît sur l'arbre en magnifiques régimes qui atteignent jusqu'au poids de dix kilo-

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grammes ; chaque palmier produit, dans sa plus grande force, de huit à dix régimes par an (1). Le dattier n'a pas que son fruit, et Ton peut dire que nul arbre n'est aussi prodigue envers Thomme : la sève sert à fabriquer ce vin de palmier que tout voyageur déguste à Biskra dès son arrivée ; les feuilles se transforment sous la main des indigènes en nattes et autres ouvrages ; les branches forment d'excellentes toitures pour les maisons ; les troncs sont utilisés en guise de poutres et de charpentes.

Un grand seigneur qui possède des propriétés dans toutes les parties du monde a eu la fantaisie de créer, en pleine forêt de dattiers, un parc de deux hectares : nous avons visité ce délicieux coin d'oasis, où s'épanouissent toutes les merveilles de la végétation tropicale, toutes les variétés de palmiers ; il y a des lataniers, des cocotiers, des bananiers, des ficus, des bambous, des cannes à sucre, des caféiers, des orangers, des eucalyptus : je n'ai rien vu d'aussi féerique même aux îles Fortunées, au pays des Hespérides. Pour voir une débauche de végétation qui puisse rivaliser avec celle-là,

(1) Mémoire sur la culture du palmier, par M. Hardy, cité par L, Piesse.

il faudrait aller au Brésil ou a Geylan. Il ne faut pas oublier que ce luxuriant jardin d'Armide a été créé en plein désert du Sahara, et que les travaux d'irrigation ont coûté 20,000 francs.

Le climat de Biskra est éminemment favorable au développement des végétaux propres à la zone torride. Biskra est la plus chaude de toutes les stations météorologiques de l'Algérie : en 1879 la température moyenne y était de 2V 8, tandis qu'elle n'était que de IS"" 8 à Laghouat, autre station située dans le Sahara (1). M. Goblet d'Alviella cite Madère et Biskra comme étant les deux points de notre hémisphère où la température varie le moins du jour à la nuit ; mais il observe que l'île de Madère possède en outre le rare privilège d'avoir à peu près la même température en été qu'en hiver ; tandis qu'à Biskra la chaleur, fort supportable de novembre à avril, atteint pendant les mcds d'été 40'' centigrades le jour, 30 à Sb"* la nuit, c Alors tout appétit disparaît, le sommeil se perd, et s'il vient à souffler un simoun de quelque durée, la mortalité se développe dans d'effrayantes proportions . Les malheureux Européens, exilés sous ce ciel de feu, en

(1) D'après les tableaux insérés dans VEtat général de l'Algérie.

arrivent bientôt à envier Tintérieur même du Sahara, où du moins la fraîcheur relative de la nuit compense Textrême ardeur du jour (2). »

En revenant au quartier français, nous avons eu la bonne fortune d'assister à une fantasia que les Mozabites donnaient à Toccasion de la fin du rhamadan. Le coup d'œil était d'un pittoresque indescriptible. La fête avait lieu dans une grande plaine, près de la ville. Pendant une heure entière, les Mozabites firent parler la poudre : formés en carrés, ils s'élançaient les uns vers les autres, déchargeant tout en courant leurs immenses fusils mauresques.

Ils tiraient vers le sol, en bondissant comme des panthères au moment où l'arme détonnait ; puis ils feignaient de fuir, en lançant leur fusil en l'air et le rattrapant à la course avec une incroyable adresse. Les femmes qui assistaient à cette fantasia encourageaient les tirailleurs par des « you ! you ! » stridents , en guise d'applaudissements. Un enfant fut grièvement blessé par un nègre qui lui avait déchargé sa poudre dans les jambes : on l'emporta tout en sang. Ces accidents font toujours partie du programme de la fête. Nous rentrâmes à Bis-

(2) Sahara et Laponie. — Un mois au Sud de l'Atlas. — Un voyage au cap Nord. Pion, 1873.

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kra, assourdis et enivrés par Todeur de la poudre.

Dès notre arrivée à Biskra, mon compagnon Tentomologiste avait un vif désir de se procurer des scorpions vivants. Ces vilaines bêtes dont la morsure est mortelle, fréquentent les habitations sales, chaudes et humides. Elles abondent en temps de simoun : on les voit alors sortir des fissures où elles se blottissent, et se diriger vers les endroits humides ; comme elles ont l'habitude de se promener la nuit, il n'est guère prudent de dormir à la belle étoile. Lors des grandes sécheresses la terre est sillonnée de crevasses, et c'est dans ces crevasses que les scorpions cherchent leur gîte ; dès les premières irrigations ils s'échappent de leurs retraites et errent en légions innombrables.

Il y avait à Biskra une bonne vieille connue sous le nom de sœur Hélène : elle gagnait sa vie à élever des pigeons et des scorpions.

L'aimable propriétaire de l'hôtel du Sahara nous conduisit chez elle, et lui demanda le prix de ses scorpions ; elle se mit alors à raconter que l'année dernière elle avait un scorpion si extraordinaire, que le comte X... lui en avait offert deux cents francs. Le kilométrophage objecta que nous n'étions pas d'aussi hauts

personnages. Momi, ennuyé, mit les pieds dans le plat et lui offrit un franc. Sœur Hélène se récria toute indignée. Momi offrit alors un franc cinquante. Et chacun se quitta satisfait. C'est égal, c'est un type que sœur Hélène!

Bientôt tout Biskra connut la manie de Tentomologiste : on ne le désignait plus que sous le nom de Thomme aux scorpions. Ces affreuses bêtes, si difficiles à obtenir les premiers jours, finirent par affluer à Thôtel : des Arabes, des nègres poursuivaient mon compagnon dans la rue, lui offrant des scorpions. Il les mit tous en bouteille, se proposant de les présenter au musée d'histoire naturelle de sa ville natale (1). Un jour il renversa par mégarde, dans ma chambre, le meuble sur lequel il avait déposé les précieuses bouteilles, et voilà que tous les scorpions s'échappèrent des bouteilles brisées et se sauvèrent sous mon lit. J'avoue que la nuit suivante je fus hanté par l'esprit du plus gros scorpion, qu'on n'avait pu retrouver.

L'on ne peut quitter Biskra sans avoir vu danser les naïlettes ; ce sont les aimées ou les bayadères du Sahara. Elles appartiennent à la tribu des Ouled-Naïl, cantonnée dans cette

(1) Deux scorpions, mâle et femelle, sont arrivés en vie.

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partie du désert qui s*étend de Laghoùat à Bou-Sada. Ces femmes, qui se font de la vertu une idée absolument opposée à la nôtre, séjournent à Biskra jusqu'à ce qu'elles aient amassé assez de sequins pour s'en faire une parure qu'elles posent sur le front : alors elles s'en retournent dans leur tribu, et, qu'elles soient laides ou belles, elles trouvent promptement un mari.

Rien de plus étrange que le costume de ces naïlettes : quand on les rencontre pour la première fois dans les rues de Biskra, on éprouve un indicible ^tonnement : l'Inde, le Japon, la Chine n'offrent, je crois, rien de semblable. La tête surtout est d'un effet absolument grotesque : une formidable chevelure du noir le plus mat forme, de chaque côté du visage, un volumineux chignon qui donne à la tête une largeur monstrueuse ; le sommet du crâne est enveloppé dans des pièces de soie aux vives couleurs, et un turban couronne tout le monument ; plusieurs robes très-amples ajustées par une ceinture et enveloppées d'un haïk de gaze complètent ce bizarre accoutrement; les bras, les jambes, les oreilles sont ornés d'une multitude d'anneaux d'argent dont le bruyant cliquetis annonce de loin l'arrivée de ces naïlettes ; le cou est entouré de

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nombreux colliers en perles, en corail, en argent, et le front disparaît sous plusieurs rangées de sequins ; le visage et les mains sont bizarrement tatoués de dessins faits au henné. Le type ne rappelle en rien celui des Mauresques : les Ouled-Naïl semblent appartenir à une autre race. La plupart de ces femmes sont absolument laides, et nous n'en avons pas vu de vraiment jolies.

Chaque soir les naïlettes se donnent en spectacle dans les cafés maures. Les cafés de Biskra sont tout uniment de longues pièces fort étroites, aux murs blanchis à la chaux, aux plafonds en roseaux soutenus par des poutres de palmiers, dont la flexibilité ne permet point de faire de larges appartements. La pièce a deux entrées, s'ouvrant à chaque extrémité sur deux rues parallèles, car les rues de Biskra sont toutes tirées au cordeau. Le long des murs régnent des bancs en maçonnerie, couverts tantôt de riches tapis repliés sur eux-mêmes, tantôt de nattes en feuilles de palmier ; les consommateurs s'y accroupissent à la mauresque ; le café se sert sur des plateaux de cuivre ouvragé, que le cafetier dépose sur un banc de bois. Il règne dans ces établissements une atmosphère d'étuve de bain maure imprégnée de Todeur caractéris-

tique du kiff. On y peut étudier toutes les variétés de types des populations de race blanche ou noire qui sont disséminées dans le Sahara. Nous allions souvent y prendre notre moka au milieu des hurlements et des vociférations des indigènes enivrés du vin de palmier, et aux sons d'une bizarre musique nègre composée d'un grand tambour de basque et d'une sorte de flûte: le tambour résonne sous des coups rapides et redoublés, en mesure avec la flûte qui joue un air naïf composé de cinq notes.

Si je ne parle point de la danse des naïlettes, c'est qu'elle est absolument indécente : la décrire serait manquer de respect au lecteur. Ces malheureuses ne peuvent être excusées que par leur complète ignorance des règles les plus élémentaires des convenances.

Biskra est la capitale politique des Ziban ; Sidi-Okba en est la capitale religieuse : cette ville est située à cinq lieues plus avant dans le désert. Le cheik de Sidi-Okba, Sidi-Ben-Hadj (1),

(i) Hadj est on titre que portent les musulmans qui ont fleût le pèlerinafe de la Mecque.

est le fils du célèbre caïd Mohammed- S' rir- El-Hacy-Ben-Ganah, commandeur de la Légion d'honneur. Gomme les chrétiens ne peuvent entrer dans la ville sainte sans le bon vouloir du cheik, nous allâmes présenter nos hommages au caïd Ben-Ganah, pour le prier de nous recommander à son fils. Il nous reçut dans un salon meublé à l'européenne et nous servit le vermouth dans des verres sales. L'eau, non filtrée, était toute jaune. Bien que le caïd s'exprimât fort mal en français, il comprenait toutes nos paroles. Quand nous lui rappelâmes qu'il avait dîné avec le roi des Belges à l'exposition de Paris, il s'écria d'un air satisfait : « C'est moi ! c'est moi ! » Notre visite fut courte : il devait, en effet, partir dans une heure pour Constantine ; il nous assura qu'il donnerait des ordres pour notre réception à Sidi-Okba.

Le lendemain nous partîmes à sept heures du matin dans une carriole. Nous franchîmes le lit pierreux et desséché de l'Oued-Biskra, qui peut avoir 400 mètres de largeur : nous faillîmes verser vingt fois durant cette traversée, et les cahots étaient si brusques, que nous devions nous cramponner solidement aux rebords de la carriole pour ne pas être projetés dehors. A quelque distance de là nous tra-

versons un petit affluent de F Oued, tout aussi desséché : il y a bien un pont cette fois, mais il est si compromis, que notre automédon préfère passer à côté, comme on fait en Sicile.

Pendant deux heures nous volons au grand trot à travers le désert, secoués par les mille cahots que peut causer un terrain inégal sans chemin tracé. La monotonie de Tocéan de sable n^est interrompue que par une ligne d'un vert sombre, qui indique la place de Toasis de Sidi- Okba. Le pays n'est pas absolument plane, mais présente des myriades de petites buttes d'un pied de haut, qui portent des touffes chétives de tamarin : ces buttes disparaissent souvent sous des couches de sable amenées par le simoun. La température, à cette heure matinale, était fraîche et agréable : 27** centigrades à la date du 24 septembre.

A neuf heures du matin nous entrons dans Sidi-Okba. Un indigène envoyé par le cheik vient au-devant de nous et nous mène à travers la ville, qui offre le véritable type de la cité du désert : des rues en argile, des clôtures en argile, des maisons en argile, des mosquées en argile ; derrière les murs, des palmiers ; derrière les palmiers, le ciel bleu et le désert jaune. Les portes, au nombre de quatre, sont en bois

de palmier. L'eau, salie par les dernières pluies, coule à pleins bords dans les rigoles : notre indigène nous raconte que certaines rigoles qui étaient à sec depuis plusieurs années ont recommencé à fournir de Teau depuis hier. La population est affreusement misérable': on ne rencontre que des lépreux, des aveugles, des teigneux.

Nous allons à la mosquée qui passe pour le plus ancien monument de Tislamisme en Algérie ; c'est une construction fort curieuse par son aspect naïf et tout primitif : elle est entièrement faite d'argile, et dominée par une tour carrée qui se rétrécit dans le haut. On nous a montré, dans l'intérieur de la mosquée, le tombeau de Sidi-Okba, qui est un but de pèlerinage pour les musulmans. Sidi-Okba était un émir qui vivait vers l'an 62 de l'hégire (681 de J.-G.) ; il fut tué dans un combat que lui Uvrèrent ses ennemis qui l'avaient surpris a l'improviste. Son corps repose dans une koubba à droite du mihrab, sous une châsse recouverte de soie. Une des colonnes de la koubba porte une inscription en caractères koufiquesqui remonte au premier siècle de l'hégire, suivant M. Piesse qui la copia en 1847(1).

(1) L'inscription se lit ainsi : « Hada Kobr Okba ibn Nafl rhamaho Allah : > ceci est le tombeau d'Okba, fils de Nafl, que Dieu reçoiye dans sa miséricorde.

Nous avons terminé notre visite à la mosquée par l'ascension du minaret, où Ton monte par un escalier obscur. On domine de là les terrasses des maisons d'argile, les milliers de palmiers de Toasis, et l'immense désert ; vers le nord-ouest on aperçoit, à vingt kilomètres de distance, la tache noire qui marque la place de l'oasis de Biskra. Une grande nappe d'eau semblait scintiller à l'horizon : c'était un de ces mirages trompeurs fréquents dans ces contrées.

Nous déjeunâmes chez le cheik, dont la maison blanchie à la chaux était meublée à l'européenne. On nous servit des œufs, du mouton, puis le traditionnel couscoussou, arrosé d'une sauce fortement pimentée que le kilométrophage comparait au curry de l'Inde. Rien ne manquait à ce repas servi à l'européenne, pas même l'eau de Saint-Valnier !

A midi nous prenions congé de notre aimable cheik pour retourner à Biskra. La traversée du désert sous le soleil au zénith nous a laissé de cuisants souvenirs. Nous avions, heureusement, des casques indiens et des parasols qui nous permettaient de défier les insolations.

Presque chaque jour une caravane part de Biskra pour Touggourt, localité située dans rOued-Righ, au cœur du Sahara. Ce voyage

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demande quatre journées de marche dans le désert. Nous avions projeté un voyage à chameau jusqu'à cette localité ; mais je fus tout à coup rappelé à Gonstantine par la fièvre d'Afrique que j'avais contractée. Dès que les soins du médecin m'eurent remis sur mes jambes, je me hâtai de traverser la Méditerranée pour achever ma guérison sous le ciel natal.

Maroc, Fez, Touggourt, vous m'avez échappé tous trois. C'était écrit, dirait un musulman.

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