CHEZ THUREAU-DANGIN
titude réservée, que l'on n'aille pas croire que rillustre auteur de Saint Bernardin de Sienne soit, comme on dit vulgairement, un ours ; au contraire, le maître, dans sa sagesse impassible, aimant et espérant en la jeunesse poétique, l'évoque et Fencourage, à tout propos, de toute la force de son amour passionné pour la gloire de notre langue.
Et si Ton veut une preuve, entre mille, qu'on lise ces quelques lignes rencontrées dans Fun de ses rapports, sur les prix littéraires annuels, que décerne FAcadémie française :
« L'Académie, dit-il, regarde Favenir non moins que le passé, soucieuse de trouver parmi les générations montantes ceux à qui puisse être transmis, sans qull s'éteigne, le flambeau reçu par des devanciers. II ne lui suffît pas de considérer les hommes d'un talent éprouvé, son regard se porte plus loin ; elle se demande ce qui se prépare dans les rangs de cette jeunesse qui n'a pu encore dévoiler son secret. Elle épie avec une impatience à la fois anxieuse et confiante les moindres signes qui pourraient y présager la venue d'un génie nouveau, prête à le saluer, quelles que soient son étiquette et son école. »
Par ce beau cri, digne d'un cœur français, par . cette sublime exhortation adressée à la jeunesse intellectuelle, cette pépinière de nos gloires futures, Thureau-Dangin prouve son sincère amour pour la nouvelle génération des lettres et pour la poésie éternelle.
J'étais plongé dans ces douces réflexions sur notre immortelle langue, quand, soudain la voiture de l'éminent académicien pénétra dans la vaste cour de Tliôtel.
Au bout d'un moment, je me présente et fais passer ma carte. Peu après, je suis introduit dans son magnifique salon, où presque aussitôt M. Tiiureau-Dangin vient me prendre pour m'emmener dans son cabinet de travail.
Là, assis à son côté, faisant face à un beau buste de Voltaire, ce grand forgeron de notre langue, en peu de mots, j'explique au maître le but de ma visite, et le principe démocratique qui me fait agir, en posant ma candidature ouvrière à l'Académie française. J'insiste, entre autres, sur les idées exposées dans ma lettre-programme adressée à ses illustres collègues et publiée par la presse.
Après m'avoir écouté attentivement et semblant goûter Toriginaiité de mes prétentions plébéiennes, M. Thureau-Dangiii me dit :
— Oui,pourrinstant votre candidature ouvrière est un peu prématurée; mais cela ne prouve pas qu'elle soit impossible dans un laps de temps peut-être très court.
«Dans la vie active et fiévreuse d'un peuple, en prévision des transformations immanentes, tout évolue dans Tordre logique et fatal, à mesure que le corps social en éprouve Timpérieuse nécessité. C'est vous dire que je ne désapprécie pas votre idée, et qu'au contraire je vous encourage.
« Quant à vos œuvres poétiques, je les ai parcouj