CHEZ ALBERT VANDAL
Ta incarné, divinisé dans son magnifique livre : le Jardin de Bérénice,
Par une transition liabile et délicate, passant de Fart à la politique, Albert Vandal arrive maintenant à me parler de l'impôt sur le revenu :
— A qui fera-t-on croire, me dit-il, qu'une pareille loi n'est pas inopportune et antifrançaise? Comment l'Etat pourra -t-il s'immiscer dans le difficile contrôle des affaires commerciales? Gomment procédera-t-il pour faire l'évaluation ou Pestimation approximative des bénéfices réalisés ? Il le pourra, cela est vrai, mais son rôle ne sera plus un rôle de gouvernement, ce sera,ni plus ni moins, qu'un odieux système de procédés indélicats,appropriés, inhérents à la vexation permanente des contribuables, qu'ils soient employés ou bourgeois, industriels ou hommes de lettres.
Pour les professions libérales, je me demande de quelle façon l'on va s'y prendre, vraiment, pour appliquer d'une manière équitable cette loi. Ger- |tains écrivains par leur collaboration effective à les journaux ou à des revues, par la publication le leurs livres, ou bien encore, par les reproductions faites en France et à l'étranger, arrivent, peu [ou prou, à se faire de fort modestes revenus, il faudra donc qu'ils tiennent une comptabilité des produits de leurs œuvres comme de vulgaires poutiquiers ?
Non, voyez-vous, cette loi est une loi inacceptade, indigne d'un grand pays démocratique I
Il est vrai que notre démocratie n'est pas le
gouvernement idéal que les hommes tels que moi attendent, mais en tous cas, une loi semblable ne peut qu'aggraver le malaise dont le pays souffre, et dont nous-mêmes nous souffrons, aussi.
L'entretien se termine sur ces mots et comme je le salue humblement en disant : « Au revoir,monsieur le comte », le maître * me reprend en ajoutant avec un aimable sourire :
— Ah î non pas, monsieur le comte, ^e suis Vandal et c'est tout...
1. Ce chapitre était écrit lorsque j'appris sa mort. Je salui Thomme admirable et loue son œuvre merveilleuse.
Chez Thureau-Dangin
En attendant le maître. — Méditations et recueillement — L'Institut et les génies nouveaux . — Rayons d'espoir. — L'éloge de la famille.
Un dimanche doté d'une matinée superbe, je vais rendre visite au successeur de mon illustre compatriote : Gaston Boissier.
Lorsque je me présente rue Garancière, devant l'austère hôtel du sage et digne secrétaire perpétuel de l'Académie française, le concierge, homme courtois et bon serviteur, ne me berne pas en paroles entortillées. Franchement il dit :
— M. Thureau-Dangin n'est pas chez lui; il est à la messe avec ses enfants. Dans une heure il sera là...
Résigné à l'attendre, je retourne vers mon cocher, que j'avais laissé à la porte, et près de lui je fais alors les cent pas, tandis que des tours Saint-SulpicCjles cloches carillonnent joyeusement dans le calme et la sérénité du ciel, le dernier appel aux fidèles.
Pour un croyant sincère comme moi, cette pé-
nétranle musique de la voix divine du bronze, met en mon cœur attendri,toute une harmonieuse symphonie d'espérance et de réconfort, que la foi puissante et régénératrice y fait vibrer, aux heures propices de méditation.
Oh ! la douce mélancolie, le calme provincial qui régnaient dans cette rue tranquille, où, la plupart des hôtels particuliers ressemblent à des couvents, à des monastères, dont la sérénité imposante me rappelait certains quartiers de la Vilb éternelle.
La nature, elle-même, semblait se plaire à augmenter rintensité de ma rêverie, de ma sensation de poète ému et charmé. Car, étant à la mi-avril un soleil éclatant et tiède annonçait la résurrection printanière.
Et pendant que je me promenais doucement, ei méditant sur les prémices de la saison nouvelle et sur le religieux recueillement de ce coin paisible de la capitale, je pensais, maintenant, à Tintèi gre et consciencieux historien, qui, sans réclama tapageuse et au milieu de l'affection des siens, a écrit les belles œuvres que tout le monde connaît;
Avocat à la Cour d'appel, auditeur au Gonsei d'Etat, orateur distingué des Conférences Labruyère et Mole, Thureau-Dangin est resté toujours rhomme loyal, sincère et bon, passant Si vie à écrire discrètement de beaux livres, qui vi-j vront après lui et que les érudits consulteront] toujours avec fruit. ^
Malgré ses dehors peu démonstratifs et son at-